‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 69 sur 92 · LA PRUSSE RÉCLAME DES SIBSIDES, ETC · texte numérisé non relu

LA PRUSSE RÉCLAME DES SIBSIDES, ETC

telle qu'elle est aujourd'hui ; M. Pitt s'est prononcé là-dessus ; mais la partie de son heau discours où il traite cet objet ne démontre en aucune manière qu'il persiste ou qu'il tienne exclusivement à l'idée du rétablissement de la monarchie... it is a question, the solution ofivhich must dépend upon a combination of events... Le sens de la déclaration du 28 octobre est le même à ce point de vue. Tous les actes diplomatiques émanés des différents cabinets n'indiquent à cet égard aucune résolution fixe, aucun accord. M. Mallet du Pan (*), dans sa belle lettre à M. le maréchal deCastries,se plaignait dès 1792du peu d'harmonie qui existait à ce sujet entre les cours. Depuis 1792, leurs intentions sur le mode de gouvernement à donner à la France sont devenues bien plus obscures, ont été bien moins précises encore.

Lorsqu'une fois les droits des hommes et la destinée des Empires s'agitent avec le glaive, alors les déterminations calmes de l'esprit deviennent inapplicables. Le plus fort l'emporte, voilà la seule chose positive. Ce plus fort, s'il s'agit de prononcer entre la France et les puissances coalisées, je crois que ce sera la France. Après cela, ce sera dans l'intérieur que les véritables destinées de la monarchie seront agitées et c'est là surtout que j'applique la prophétie de M. Pitt... qu'un système tel que celui qui existe actuellement en France ne peut être, d'après tous les calculs humains, d'une longue durée.

Le cours des événements de cette campagne indiquera bientôt quel fond on peut faire sur l'avenir. Je suis bien loin de regarder les Jacobins comme invincibles, mais je prétends que le repos leur fera plus de mal que la guerre. Ils se détruiront tandis que les autres puissances répareront leurs pertes. La paix produira donc sur l'Europe et sur eux des effets contraires. Le projet de marcher sur Paris est grand, sans doule, et peut-être

(1) Jacques Mallet du Pan, publiciste suisse. Dirigea le Mercure politique dans lequel il attaquait les excès de la démocratie. On a parlé plus haut de la mission de confiance dont le chargea Louis XVI, en mai 1792, auprès de l'Empereur d'Autriche et du roi de Prusse pour les engager à n'agir offensivement qu'à la dernière extrémité.

Il a laissé des mémoires fort intéressants sur cette mission et les événements révolutionnaires.

le seul qui aille au but, mais pour cela il faudrait être parfaitement d'accord et je me demande si on l'est.

L'Angleterre a besoin de la continuation des hostilités jusqu'à ce qu'elle se soit emparée de celles de nos colonies qu'elle n'a point conquises encore. Ce but atteint, elle laissera la France se miner et la marche du reste de l'Europe lui imposera vraisemblablement la nécessité de cette mesure. La nature des moyens qu'elle emploie pour poursuivre la guerre cette année encore, prouve assez qu'elle ne prétend point y donner plus de suite et qu'elle croit cette campagne suffisante pour accomplir ses desseins. Les dépenses pour l'armée se montent :

à 6,340,000 L. st.

celles pour la flotte à 5,525,000

Ensemble. . . 11,865,000 ces deux objets en 1789 n'avaient coûté que 7,478,050

différence sur ces deux objets seulement. . 4,386,970 le total de la dépense en 1789 était . . . 19,591,997 celui de l'année courante est évalué . . . 50,468,181

Pour subvenir à un accroissement si énorme, il a fallu faire un emprunt de 11 millions dont la totalité est absorbée pour les besoins de l'armée, il faudrait donc faire Tan prochain un autre emprunt peut-être plus considérable et je ne pense pas que le premier ministre expose son crédit aux hasards de cette tentative. Content d'avoir marqué son horreur pour le gouvernement français actuel et d'avoir acquis à l'Angleterre toutes les sources de commerce où sa rivale allait puiser jadis, il n'aura vraisemblablement que trop de moyens pour justifier sa retraite d'une ligue que d'autres auront abandonnée avant lui.

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