I.i: IliîCiNE DE ROBESPIERRE
Le règne de Robespierre. — Troubles de Pologne; leur influence sur la guerre et sur la paix. — Trois mois de délibérations à la diète d'Empire B< r un décret impérial. — François II prend la direction des opérations de ses armées de Belgique.
18 avril 1794 (d).
Les Français, dégagés d'inquiétudes sur tout le reste de leur frontière, peuvent porter sur les Pays-Bas des forces immenses. Le départ de l'archiduc Charles n'a eu, selon toute apparence, d'autre ohjet que de pousser l'Empereur à s'arranger avec la cour de Berlin, dont la retraite absolue eût extrêmement exposé le sort de ses armées des Pays-Bas et pu entraîner les plus grands malheurs, et ce que vous me marquez du succès des négociations de La Haye me persuade que Ton pourra encore, dans cette campagne, porter des coups sérieux à l'ennemi commun.
C'est, m'assure-t-on, à Thugut (2) que l'on doit le départ de l'Empereur pour la Belgique. Il a successivement fait venir à Vienne et l'oncle et le frère et il paraît même que le premier vise à jouer un rôle influent sous ce règne ; on avait craint surtout l'Impératrice que son auguste époux aime tendrement et aux charmes de laquelle on pensait qu'il saurait difficilement s'arracher.
11 est assez vraisemblable que l'Empereur ne reviendra point à Vienne que la paix ne soit faite ou entamée. Bien des gens pensent même qu'il en est question dans ce moment, mais les préparatifs immenses de l'Angleterre me persuadent qu'elle veut mettre toute cette campagne à profit; d'ailleurs, il lui faut encore un certain temps pour assurer le succès de ses opérations dans les colonies et Ton m'assure qu'elle veut à tout prix avoir Dunkerque.
(1) Au Baron de Jacoby, ministre de Prusse,
(2) Le baron François de Thugut, homme d'État de grande valeur était ministre à Paris au moment où éclata la révolution. Rappelé àVienne, il devint sous la présidence de Kaunitz, après la retraite de Cobenzl et de Spielman, chargé de la chancellerie d'État et en réalité le chef de la diplomatie autrichienne. A la mort de Kaunitz, en 1794, il devint premier ministre.
426 SITUATION DE l'eUROPE AU DEBUT DE 1794.
Ces points, une fois obtenus, je crois fermement que rien ne l'écartera de l'idée de la paix et qu'elle n'est d'ailleurs nullement disposée à faire une troisième campagne, puisque pour subvenir aux frais de celle-ci, outre l'emprunt de H millions qui, comme vous l'observez, lui en coûte 17 et qui sera entièrement absorbé par le courant, elle a recours à des souscriptions volontaires qui ne sont jamais de nature à être prolongées. Si les 30,000 Prussiens qu'elle prend à sa solde sont effectivement prêts à agir au 1er juin, ils porteront, joints à ceux que prendra la Hollande, l'armée des Pays-Bas à 500,000 hommes effectifs et avec cela il me semble cependant qu'on peut faire bien de la besogne.
Ce qui m'embarrasse le plus, c'est la résolution que prend l'Angleterre d'enrôler tous les émigrés qui se présenteront, car si la paix se fait, que fera-t-on de ces malheureuses victimes que l'on aura ainsi désignées en quelque sorte à la vengeance de leurs féroces ennemis? Je ne vois pas que l'on puisse les oublier dans le traité. Cette idée serait horrible et aussi impolitique qu'inhumaine. Mais sera-t-il bien facile d'obtenir leur rentrée dans le royaume? Seront-ils sûrs eux-mêmes d'y trouver une réception amicale et fraternelle; quand même on les y recevrait, ne seraient-ils pas bientôt la victime du fanatisme d'un peuple égaré encore pour longtemps; car considérez bien que je n'admets pas la possibilité d'une contre-révolution complète, parce que je ne l'entrevois pas et qu'il faudrait qu'elle fût complète pour que les émigrés fussent réintégrés dans tous leurs droits. Je n'admets pas non plus la durée du gouvernement actuel, mais je vois des factions se succéder, s'abattre et se disputer les lambeaux de la France, jusqu'à ce que, parvenues à un épuisement total, l'impuissance de l'agitation amène la nécessité du repos.
La faction dominée par Robespierre, à la faveur du caractère vraiment énergique de ce tyran, subjuguera vraisemblablement toutes les volontés. Il ne s'est pas écarté d'une ligne de sa marche depuis le commencement de la Révolution; et depuis la mort du roi, il a culbuté dans le même abîme tous les partis les uns après les autres, en faisant marcher à grands pas le gouvernement vers cette centralité absolue qui est bien le système de despo-
tisme le plus réel que jamais la France ait subi. C'est sans doute une chose bien prodigieuse que de voir ce pays plein de démocrates présomptueux et babillards, d'assemblées factieuses et tracassières par essence, de corporations politiques électives, trembler sous la verge de ce comité de Salut public, qui, à son tour, rampe sous un seul homme; de voir que ce seul homme qui, aujourd'hui domine toute la France, est un avocat dont la main n'a jamais manié une épée, qui, sans sortir de Paris, est parvenu du fond de son cabinet à s'assujettir des millions d'hommes armés et à les diriger selon sa volonté.
Après la suspension de Louis XVI (10 août) et la révocation de ses ministres, la Législative nomma un nouveau ministère qui prit le nom de Conseil exécutif provisoire.
Peu à peu et notamment sous la Convention, il perdit toute autorité. Le 1er janvier 1793, un comité de défense générale,îormê de 24 députés (presque tous Girondins), fut chargé de la surveiller et de mettre de l'unité dans la direction des affaires. Après la défaite de Neerwinden (25 mars), les Montagnards y entrèrent en grand nombre. Ce comité était trop nombreux et par conséquent impuissant. On le vit bien lors de la défection de Dumouriez. Aussi, le 6 avril, la Convention décréta-t-elle l'établissement d'un Comité de Salut public composé de 9 membres qui délibérerait en secret, surveillerait le conseil exécutif, pourrait même susprendre ses décisions, à la charge d'en informer la Convention, prendre des mesures de défense générale extérieure et intérieure. Ce conseil non seulement surveilla, mais gouverna ; il fut tout-puissant et le conseil exécutif provisoire ne fut maintenu que pour respecter le principe de la séparation des pouvoirs. Rarère, Danton, Cambon, Treilhard en étaient les principaux membres et il dura jusqu'au 10 juillet. Il y eut aussi un Comité de Sûreté générale chargé de surveiller la police de la République.
Après les événements du 31 mai et du 2 juin, l'opinion parisienne, inquiète de l'insurrection fédéraliste dans les départements et excitée par Robespierre, réclama des mesures de rigueur contre les Girondins et les départements insurgés. Le comité en était pour la temporisation et voulait ajourner les procédés violents. La Convention lui donna tort et renversa Danton en élisant un nouveau comité (10 juillet) dont Robespierre fut le chef avec Billaud-Varenne, Collot d'Herbois,Couthon, Saint Just, etc. C'est ce second Comité de Salut public, qui porte la responsabilité du gouvernement de la France à cette époque, auquel il est fait allusion ci-dessus.
Après l'exécution de Danton, le conseil exécutif provisoire fut supprimé et remplacé par douze commissions executives subordonnées au Comité de Salut public qui était entre les mains de Robespierre.
Jamais un fait aussi singulier n'était encore arrivé ; presque tous les usurpateurs étaient des hommes de guerre. Robespierre avec la parole et la plume a fait ce que le glaive des plus farouches conquérants n'aurait pu faire. Ceci est une remarque bien caractéristique pour notre siècle et pour nos mœurs, moitié lâches, moitié féroces, qui sont un amalgame de la philosophie fanatique des esprits forts et de la brutale impétuosité des passions du peuple.
Je crois que Robespierre veut la paix et que c'est à cela qu'il vise depuis longtemps. Remarquez que la commission des Affaires étrangères est confiée à un seul individu (voir le fameux décret du u2 avril qui supprime le conseil exécutif, le remplace par douze commissions absolument subordonnées au Comité du Salut public) et que, depuis l'exécution des brissotins, arrêtés le 31 mai 1795, suppliciés le 51 octobre suivant, celle d Hébert (^ et consorts arrivée le 24 mars, de Danton, Hérault (2), le 5 avril 94. rien n'entravera plus de sitôt la marche du tyran; il ne consultera pas même la Convention sur ce projet, il fera la paix et il annoncera qu'elle est faite et, au fond, tout le monde en sera très content. Mais ces armées innombrables que deviendront-elles? A cela il est impossible de répondre d'une manière fixe et positive et je suis bien loin de regarder les troubles de la France comme finis, mais cela n'empêche pas qu'il ne faille un terme à la guerre du dehors.
(1) Hébert, directeur du Père Duchéne, le grand organe de proDagande révolutionnaire, Procureur-syndic de la commune. Il lutta contre la Gironde et provoqua la dissolution de la Commission des Douze. A son tour il fut combattu par Danton et Robespierre qui se rapprochèrent en cette circonstance ; il périt sur I'échafaud.
(2) Hérault de Séchelles, député de Paris à la Législative, président de l'Assemblée législative et de la Convention pour Seine et Oise. Il combattit la Gironde au profit de la Montagne et fit révoquer la Commission des Douze. Lié avec Danton et Camille Desmoulins, il fut englobé par Robespierre dans la proscription de leur parti et périt avec eux sur I'échafaud.
Les nouveaux troubles qui viennent d'éclater en Pologne (*) vont renouveler les préoccupations des alliés et les distraire une fois encore des affaires de la République. Les Turcs vont devenir un objectif secondaire pour la Russie ; quant à l'Autriche, elle pourrait, bien à son tour, s'indemniser immédiatement et sûrement du côté de Cracovie. Enfin, d'une manière ou d'une autre, la malheureuse Pologne ira s'ensevelir dans les royaumes des Babyloniens et des Assyriens, qui vont sans doute s'occuper principalement de cette proie facile. Toutes ces considérations influeront extrêmement, ce me semble, sur la décision des événements sur le Rhin et dans les Pays-Bas et voilà ce qui rend plus vraisemblable la conclusion de la paix avec la France, pour la fin de celte campagne. Chacun voudra se tenir prêt pour la scène qui se prépare en Orient.
Ratisbonne le 4 mai 1794 (2).
Le conclusu m relatif aux points proposés dans le décret de commission du 20 janvier ne sera fini que demain; l'extrême lenteur que l'on a apportée à résoudre des points si importants, dans des circonstances si critiques, prouve ce qu'on peut attendre du corps germanique considéré en masse après plus de trois mois de délibérations ou de préparations (3). Si l'on avait au moins adopté des mesures définitives, on pourrait se consoler : mais la résolution des trois points du décret est telle qu il s'agit de travailler sur nouveaux frais î On répond au premier, qui était relatif aux mesures à employer contre les Etats qui n'avaient pas rempli les obligations que la Constitution leur imposait, que
(1) A la suite du deuxième partage, l'armée russe avait occupé la Pologne. C'était, pour ce malheureux État, le régime de la conquête et des réquisitions militaires qui devait finalement exaspérer le sentiment national. Le 24 mars, l'insurrection éclatait dirigée par Kosciusko qui reprenait bientôt Varsovie et Yilna. Il comptait, pour vaincre, sur une diversion des Turcs menacés par Catherine et sur les défaites des Allemands sur le Rhin.
(2) Au duc de Mccklembourg-Slrélilz.
(3) Il est intéressant de comparer les travaux de cette cour suprême de l'Empire pendant cette époque de troubles, de dangers et de conquête, avec l'activité prodigieuse et productive des comités révolutionnaires.
l'Empire ne pouvant prononcer sur un cas si important sans une connaissance plus approfondie de la nature du délit et de ceux qui l'ont commis, désirait que Sa Majesté Impériale fit remettre une note des Etats délinquants, afin de pouvoir statuer à leur égard. Au second point concernant l'armement en masse, l'Empire a rejeté cette mesure se bornant à provoquer l'armement d'une milice régulière dans les cercles, auxquels d'ailleurs les détails de cet armement doivent être renvoyés. Au troisième point, l'Empire propose de conclure un traité de subsides avec Sa Majesté Prussienne qui fournirait un corps de troupes auxiliaires pour la défense de l'Empire.
Un courrier qui a passé avant-hier, annonce que le 26, l'armée alliée, commandée par l'Empereur en personne, avait prévenu les Français qui voulaient venir délivrer Landrecies, les avait attaqués avec vigueur sur tous les points, leur avait tué 7,000 hommes, pris 1,500 hommes et 54 canons et les avait repoussés jusque derrière Cambrai qui se trouve ainsi tout à fait cerné. On ne doute plus, d'après ce nouvel avantage, que Landrecies ne succombe bientôt. Ces deux places prises, il n'existe plus, jusqu'à Paris, que la petite forteresse de Péronne, et il y a tout lieu de croire que le mécontentement général, accru par le mauvais succès des armées exciteront enfin la rage des Français contre l'infâme gouvernement qui les persécute. Cependant ces trois dernières années, nous avons appris à être circonspects et à ne pas précipiter les conjectures.
Le prince de Condé aura le commandement général de tous les émigrés qui seront réunis aux Pays-Bas, pour lesquels il est parti avec sa petite armée. Il fournira ainsi le noyau de l'armée royaliste à laquelle se réuniront sans doute tous les mécontents de l'intérieur; c'est le vrai moyen d'attaquer dans ses bases l'horrible République. Le nom de Condé est respecté et aimé, et sa personne est très recommandable par ses qualités morales et ses talents militaires. Je me promets beaucoup de bien de cette mesure qui va enfin donner un chef et une existence au parti royaliste.
Les succès des Français en Italie n'ont pas été de longue durée. Saorgio et Oneglia sont repris et les Français mis entre
deux feux dans une vallée des Alpes. Si on pouvait pénétrer en Provence et s'avancer sur Marseille, il n'y a pas de doute que cette malheureuse ville ne devienne bientôt le foyer d'une contre-révolution dans le Midi.
L'offensive française en Belgique. — La politique intérieure de M. Pitt. — Le roi de Prusse se porte avec ses forces disponibles en Pologne — François il rentre à Vienne pour s'occuper des affaires de Pologne. — Succès des armées républicaines aux Pays-Bas. — Les Autrichiens occupent Cracovie et Sandomir.
La Convention allait porter tout son effort sur les Pays-Bas et la campagne de \ 794 fut d'abord très active et donna lieu à des rencontres très meurtrières, comme le raconte M. de ttray. Carnot avait tracé avec une grande lucidité d'esprit le plan que Pichegru devait exécuter. Les résultats des opérations des armées républicaines devinrent décisifs dès que l'Empereur eut quitté le commandement de ses troupes pour rejoindre Vienne où les affaires de Pologne rendaient sa présence nécessaire. Les troupes destinées aux Pays-Bas sont dirigées vers Cracovie, et les Français, profitant de cette situation, infligent aux Autrichiens une défaite à Fleurus (26 juin) puis occupent la Belgique; ils entrèrent le 10 juillet 1794 à Bruxelles.
Encore une fois donc la question de Pologne faisait sentir son influence tout à l'avantage des armées républicaines, qui ne trouvent plus devant elles que des ennemis pratiquant la simple défensive sur un théâtre de guerre devenu momentanément secondaire pour eux.
Ratisbonne, le 10 juin 1794 (').
Les espérances brillantes que l'ouverture de la campagne avait permis de concevoir se sont presque entièrement évanouies. Laprisede Landrecies n'a point entraîné celle d'Avesnes, comme on s'en était généralement flatté. Les Français, voyant qu'ils ne pouvaient résister à l'armée alliée réunie en masse, se sont portés sur les deux côtés et, se contentant de fortifier les meilleures positions du Cambrésis et de l'Artois et de laisser de fortes garnisons dans les places fortes et un corps d'observation pour tenir
(1) A S. A. É. Mgr le Grand Maître de Malle.
l'armée impériale en échec, se sont portés d'un côté sur la Flandre où ils ont pris Menin et Courtrai, le 26 avril, et de l'autre dans le Brabant en passant la Sambre vers Fontainel'Évêque, et en se dirigeant, par Binche et Mariemont, sur Bruxelles.
Cette résolution inattendue a détruit dans son entier le fameux plan conçu par le général Mack (*) et adopté par les puissances. Ce plan, qui tendait à pousser une pointe jusqu'à Paris et à attaquer toujours en masse en portant la guerre dans les plaines du Cambresis et de l'Artois où la nombreuse cavalerie alliée pouvait se déployer avec avantage, péchait essentiellement en ce que pour fortifier le centre on dégarnissait entièrement les deux côtés. Les Français ont profité de cette négligence et les puissantes diversions qu'ils ont faites ont mis de nouveau les Pays- Bas à deux doigts de leur perte et forcé l'armée des alliés de se replier pour défendre son territoire.
Par ce moyen, les Français ont obligé l'ennemi à étendre sa ligne de défense et ils sont parvenus à reporter la guerre dans le sein des pays autrichiens. Cette manœuvre, vraiment belle, a été soutenue avec autant d'audace qu'elle avait été conçue avec intelligence. Le grand nombre de combats sanglants qui, depuis les derniers jours d'avril, ont eu lieu, soit en Flandre, soit sur la Sambre, n'ont encore rien décidé en faveur des alliés. La journée du 18 à Tourcoing, Roubaix, etc., si fatale aux Anglais, a déconcerté de nouveau la grande manœuvre par laquelle on voulait couper aux Français la retraite sur Lille. Celle du 22 a coûté un monde infini aux deux partis sans que l'un ait obtenu le moindre avantage décisif sur l'autre. Chaque jour éclaire de nouveaux combals, tous longs, tous meurtriers, où les républicains déploient un acharnement, une opiniâtreté, une fureur et souvent
(1) Le général baron Charles Mack, général autrichien, attaché à l'état-major de l'armée dans la guerre contre les Turcs. Il servit en 1793, sous le prince de Cobourg, comme quartier-maître général. En 1794, il devint quartier-maître général de l'armée de Flandres. Plus tard ayant été mis à la tête de l'armée napolitaine il fut battu et pris pas Macdonnald et Championnet. Prisonnier sur parole à Paris, il s'échappa. En 1805, Mack fut investi dans Ulin avec l'armée autrichienne qu'il commandait; il fut obligé de capituler. Condamné à mort, sa peine fut commuée et il fut détenu deux ans au Spielberg.
une lactique remarquable. Ils perdent toujours plus de monde que les alliés, mais leurs pertes se réparent facilement, tandis que celles des autres sont presque irréparables.
Les victoires du 24 et du 27 remportées par le prince Kaunitz à Fontaine-l'Evêque n'ont point encore mis le Brabant hors d'inquiétude, et l'armée, excédée par tant de combats, ne sera plus guère capable de remporter par la suite des succès décisifs contre le gouvernement français. Or, tant que cet horrible gouvernement ne sera point attaqué dans son centre, les plus éclatantes victoires ne seront que d'insignifiants avantages. D'ailleurs, les Jacobins voient triompher leurs armes en Espagne et en Italie, et leur retraite du Palatinat qui a été une suite des avantages remportés par le général Môllendorf à Kaiserlautern, le 23 mai, et de la marche combinée de l'armée d'Empire et des Prussiens, ne peut pas même être regardée comme leur ayant porté un coup bien sensible, puisque la conduite barbare qu'ils ont eue dans ce malheureux pays qu'ils ont entièrement dévasté, prouve assez qu'ils ne prétendaient pas s'y maintenir. Ils se sont retirés derrière les lignes de la Lauter qui ont arrêté l'an dernier Wurmser et le duc de Brunswick si longtemps, et la forteresse de Landau est un rempart qui coûtera nécessairement beaucoup de sang et beaucoup de temps à emporter.
La prise de toutes les colonies françaises affecte peu un gouvernement ennemi de tout commerce, tendant à augmenter le luxe et à nourrir l'amour du repos et de l'aisance, fruits des richesses ; ce sont d'ailleurs des points de défense trop éloignés et peut-être, au point de vue politique, les colonies sont-elles plutôt une charge qu'un avantage pour une métropole qui se suffit à elle-même comme la France. Ces colonies peuvent donc être une acquisition très précieuse pour l'Angleterre sans être une grande perte pour la France. Cette première le sent si bien que, sans s'arrêter à des succès qui dans d'autres temps auraient dépassé toutes les conceptions de son ambition, elle s'efforce de réunir la plus grande masse de forces possible contre cette dangereuse ennemie.
M. Pitt, afin d'animer davantage la nation anglaise, a dévoilé,
dans ces circonstances critiques les mesures que le gouvernement a prises contre les sociétés turbulentes qui, échauffées par les Jacobins de Paris, tendaient à bouleverser l'Angleterre et à l'entraîner dans l'abîme sanglant où la France se roule aujourd'hui, sur les débris de toutes ses antiques constitutions, de ses mœurs, de sa religion, de son industrie et même sur celles de la civilisation dont elle s'efforce de détruire les liens dans la terre entière.
M. Pitt, en intéressant toute la saine partie de la nation anglaise à combattre de si noirs complots, ajoute en même temps à l'autorité du roi en concentrant dans ses mains une plus grande masse de pouvoirs par la suspension de la loi d'Habeas corpus et met l'opposition qui combat ces mesures patriotiques dans un jour odieux qui ruinera son crédit. Mais quels que soient ses efforts, il y a tout à craindre de l'épuisement général où cette guerre jette les puissances, des moyens désespérés des Français, des nouvelles combinaisons politiques que les événements désastreux de la Pologne font naître et qui vont prendre la première place dans l'esprit des alliés, et du malheureux esprit qui semble diriger l'Europe.
On a découvert des complots à Naples, à Rome, à Turin, mais le principe qui les fit naître n'est pas détruit et l'homme qui réfléchit sur l'avenir ne peut que pressentir les résultats les plus funestes de cet esprit d'insurrection et de mépris pour les anciennes institutions qui s'est emparé d'une grande classe d'hommes mûrs et de presque toute celle de jeunes gens qui sont livrés, dans les universités, au venin d'une éducation empoisonnée par des principes perfides.
L'espoir d'une paix plus ou moins prochaine ne peut calmer les trop justes inquiétudes qui résultent de cet état de choses. Cette paix arrachée à tous les gouvernements par un pouvoir essentiellement ennemi des principes qui les constituent et des bases sur lesquelles ils reposent, ne sera qu'une suspension d'armes et une cessation des hostilités des puissances alliées contre la masse du peuple français, leur permettant de diriger leurs principaux efforts vers la Pologne.
L'Ordre de Malte peut trouver dans son île des ressources
immenses, s'il sait en tirer parti. L'idée des subsides à demander aux puissances maritimes est toujours celle qui me paraît la plus convenable comme la plus facile à suivre. La France même, quel que soit son régime futur, est intéressée à maintenir dans les mains de l'Ordre cette possession importante.
Le 5 juin, l'Empereur a battu les Français, près de Charleroi (d) et les a forcés d'en lever le siège. Il part pour Vienne où il sera rendu dans huit jours, avec le général Mack que le prince Pierre Waldeck remplacera. Luchésini est allé en Pologne où il serait possible qu'il ménageât quelque arrangement avec les Prussiens.
Ratisbonne, le 25 juin 1794 (2).
Votre séjour à Brest vous aura permis de juger par vousmême du véritable esprit de la nation et de l'espoir qu'on peut fonder sur la guerre actuelle. Pour moi, cet espoir devient de plus en plus faible et cette nécessité d'une paix dont je vous ai entretenu il y a déjà bien longtemps se présente à mon esprit avec plus de force que jamais.
La vigueur incroyable avec laquelle les Français ont soutenu les assauts qu'on leur a livrés aux Pays-Bas et la tactique admirable avec laquelle ils ont rejeté dans les provinces belgiques la guerre qu'on voulait porter au sein de leur pays, l'intelligence avec laquelle ils ont à point nommé déconcerté tous les plans des alliés et miné leurs forces en les obligeant de s'éparpiller, en les provoquant à des combats continuels et souvent à des batailles longues et meurtrières qui les ont tellement affaiblis que Sa Majesté Impériale ne l'a point dissimulé dans les bulletins officiels qu'elle a donnés à Tournai et dans l'adresse écrite aux Belges avant de partir, causent les inquiétudes les plus justes
(1) C'est l'armée des Antennes qui vainement essayait de franchir la Sambre et de percer les lignes autrichiennes. On lui adjoignit l'armée de la Moselle; et la nouvelle armée, ditedeSambre-et-Meuse, avec Jourdan, Marceau, Kléber, Ney, reprit Charieroi et gagna la bataille de Fleurus, peu de temps après le départ de l'Empereur pour Vienne.
(2) Au baron cTOxenstiern.
sur le résultat final de cette campagne. Il est à craindre que les républicains, enflés par leurs succès, ne veuillent entendre parler de paix que lorsqu'ils auront consommé la conquête et le pillage de la Belgique et qu'ils l'auront réduite au malheureux état où se trouve le Palatinat. Les succès que l'on avait eus de ce dernier côté ne pourront être poursuivis si l'on est obligé d'affaiblir l'armée du Rhin pour renforcer celle des Pays-Bas ou pour la porter en Pologne.
Mme de Lucchésini me mande que son mari se trouve auprès du roi en Pologne et a assisté à la première affaire du 6 juin qui fait espérer que les troubles de ce pays-là seront bientôt apaisés; mais cette paix qu'il faudra faire, mon ami, qu'en dites-vous? Quelles en seront les bases et quelles en seront les suites surtout? Que dit notre cher Jacobi de l'avenir sinistre dont elle menace l'Europe? Qu'en pense-t-on en Angleterre où l'opinion règne plus que partout ailleurs et où les esprits occupés pour la plupart de combinaisons politiques auront sans doute beaucoup réfléchi sur le grand nombre de modifications nouvelles auxquelles les grands corps politiques seront soumis?
La victoire navale (') que les Anglais, sous l'amiral Howe, ont remportée le 2 juin sur la flotte française commandée par Jean Bon-Saint-André (2), a causé une grande sensation à Londres où elle a ajouté une grande force au parti ministériel et porté un coup très sensible à celui de l'opposition et cela dans des circonstances très critiques Mais cette victoire est plus influente par le bien qu'elle fait aux Anglais que par le mal
(1) Bataille navale le 1er juin 1794. L'amiral Howe croisait dans le Golfe de Gascogne avec 27 vaisseaux. Une flotte française de 26 vaisseaux sortit de Brest pour accompagner un convoi de blé et de farine qui venait ravitailler la France. Les équipages fiançais étaient composés en grande partie de recrues qui ne connaissaient pas la manœuvre et étaient par conséquent très inférieurs ; malgré tout il se battirent avec une énergie farouche et ce combat est resté célèbre par la belle défense du vaisseau Le Vengeur.
(2) Jean Bon Saint-André, député à la Convention pour le département du Lot; il se plaça de prime abord à l'extrême gauche. Il combattit les Girondins et fut un des proscripteurs les plus acharnés. Il s'occupa d'organiser la marine, fit voter cent millions et décréter que tous les matériaux employés à la construction des vaisseaux seraient mis à la disposition du ministre de la marine.
qu'elle cause aux Français dont le système doit être de concentrer leurs forces sur terre et dont la marche révolutionnaire ne peut être arrêtée par des victoires navales. Cracovie a été occupé le 8 ou le 9 juin.
Ratisbonne, 18 juillet 1794 (*).
La prise d'Ypres, arrivée le 19 juin, a ouvert la porte à tous les malheurs qui ont inondé les Pays-Bas. Dès lors, la Flandre a été envahie et successivement l'armée alliée a été forcée d'évacuer tous les postes qu'elle avait occupés. La prise de Charleroi,le 25 juin, la bataille de Fleurus, le 26, où le Prince de Cobourg (2) a fait d'inutiles et tardifs efforts pour délivrer Charleroi qui s'était rendu la veille, enfin la prise de Mons et celles de Tournai et d'Ostende, arrivées le 2 juillet, ont coupé toute communication entre les alliés et les quatre forteresses conquises.
L'abominable décret rendu par la Convention qui porte que les troupes renfermées dans ces forteresses seront passées au fil de l'épée si vingt-quatre heures après la sommation elles ne se rendent pas à discrétion, prouve à quel point leurs succès ont enivré les républicains puisqu'ils ne se font plus le moindre scrupule de violer les lois des nations et tous les droits de la guerre et des gens. Au surplus il est à craindre que ce décret ne produise son etïet et qu'on n'y réponde pas du côté des alliés comme on devrait le faire.
D'après des lettres des Pays-Bas, Bruxelles a dû être occupé le 9 au soir par les Français, Namur subira le même sort le 10.
Après cette série de succès il n'est pas probable qu'on cherche à défendre la Meuse au-dessus de Maestricht et les alliés se borneront à tirer une ligne de défense depuis cette place jus-
(1) A S. A. É. Mgr le Grand Maître de Malte.
(2) Prince Frédéric-Josias de Saxe-Cobourg, feld-maréchal au service de l'Autriche, plusieurs fois cité dans cet ouvrage. Commandant en chef dans la guerre de 1787 contre les Turcs. Misa la tête d'une armée pour expulser, en 1792, les Français de la Belgique, il gagna la bataille de Neerwinden. En 1794, il fut battu par Jourdan à Fleurus et dut se replier vers la Meuse et le Rhin.
qu'en Hollande et de l'autre côté à disputer le terrain pas à pas comme l'a fait le général Clerfayt en 1792, lors de l'invasion de Dumouriez. Toute l'activité des alliés va se porter en Pologne.
Les combats sanglants et continuels, que les alliés on eu à soutenir, ont cruellement réduit leurs armées. Les trois corps du Prince de Cobourg, de Beaulieu et de Clerfayt ne se montent pas à beaucoup plus de 40,000 hommes effectifs. La perte des deux garnisons d'Ypres et de Charleroi a enlevé 10,000 hommes aux alliés. Il est vrai que les Français ont fait des perles immenses, mais ils portent tout aux frontières et leur système d'oppression, en rendant l'habitation de l'intérieur odieuse, fait affluer quantité de soldats à leurs armées qui sont le seul point où l'on jouisse de l'abondance des vivres, ou l'on ait une honorable occupation et où ils puisent un enthousiasme fondé sur de brillants succès qui leur font oublier leurs misères. D'ailleurs les Français vont abondamment se recruter et s'approvisionner dans les Pays-Bas et les ressources qu'ils y trouveront, leur fourniront des moyens pour de nouvelles conquêtes.
L'Angleterre, cependant, ne se décourage pas, elle fait filer de nouvelles troupes en Hollande, et ses flottes couvrent de nouveau la mer, mais l'Autriche est à 500 lieues du théâtre de la guerre ; la Prusse s'est déclarée hors d'état de rien faire ; elle ne fournit même pas son contingent à l'armée d'Empire. Ces deux puissances s'occupent d'ailleurs particulièrement des affaires de Pologne et la Prusse semble fermer les yeux sur les destinées qui attendent l'Europe (i). On sait aujourd'hui ce que veut la Russie. Le Piémont est toujours menacé et les Espagnols n'ont gardé de toutes leurs conquêtes que la seule place de Bellegarde. L'armée d'Empire n'est point complète, c'est à qui s'excusera de fournir son contingent.
L'armée prussienne, qui devait être de 82,000 hommes, n'est pas de 60,000 effectifs. Le général Môllendorf a des ordres positifs de ne point la diviser et il est faux qu'une partie se porte vers le Bas-Rhin. Rien n'annonce qu'on veuille faire encore
(1) Voir le développement donné à ce jugement par Sorel (VEurope el la Révolution française, vol. IV, pp. 56 et suivantes).
de nouveaux efforts pour cette campagne ailleurs qu'en Pologne; d'ailleurs le temps qu'exigent les délibérations, qu'entraînent les grandes distances, détruisent tout espoir d'un développement vigoureux contre l'ennemi commun.
Ajoutez à cela la méfiance continuelle qui divise les cabinets et le peu d'harmonie de leurs opérations, la diversité de leurs vues et le découragement de quelques-uns, enfin l'épuisement des autres, et vous obtiendrez des résultats bien peu satisfaisants.
Le vrai est que le fameux plan de Mack, dont j'ai parlé, n'a été communiqué au général prussien que pour la parlie correspondante à ses opérations; du reste, on lui en a caché le but et les dispositions ultérieures. Ce défaut de confiance a aigri la cour de Berlin, mais il faut rendre cette justice au général Môllendorf qu'ayant entrevu le plan de Mack, il le condamna sur-le-champ et prédit exactement la marche que les Français ont tenue et ce qui est arrivé.
Quoiqu'on parle beaucoup de paix, je ne saurais la croire imminente. Ce n'est pas le sentiment de l'Angleterre de la faire après de si grandes pertes et les Français sont trop enflés par leurs avantages. Le petit nombre de tyrans qui les gouvernent tendent à bouleverser l'Europe entière pour régner avec plus de sûreté. Dans tous les cas, rien ne pourra changer la France, qu elle-même. C'est de son sein que naîtront les vengeurs de la divinité, de l'humanité, et, selon toute apparence, la providence n'a point encore comblé la mesure des châtiments dont elle veut punir la folie et la légèreté des hommes. Cette dernière est telle qu'au sein du pays que j'habite, on parle de cette guerre et de ses suites comme d'un simple objet de curiosité et que d'ailleurs personne ne change rien à ses habitudes, à ses plaisirs, mais à la lettre rien, absolument rien !
Ratisbonne, 22 juillet 1794 (*).
L'armée prussienne est réduite à 40, au plus 44,000 hommes, il n'est point question d'y envoyer des renforts parce que
(1) AS. A. É. Mgr le Grand Maître de Malle.
l'Angleterre, mécontente de la Prusse, n'a point effectué les payements stipulés par la Convention de La Haye, du 19 avril.
La cause de ce mécontentement est que l'intention de l'Angleterre, qui était que l'armée prussienne défendît les Pays-Bas, n'a point été suivie. Lord Cornwallis (*) n'a pu déterminer le général Môllendorf à détacher un corps de son armée pour le porter vers la Belgique. Alors la maison Hope, d'Amsterdam, qui avait la commission de faire les payements, a reçu ordre de ne pas les effectuer et celle-ci a transmis cet ordre à ses correspondants de Hambourg qui devaient solder en mains des commissaires prussiens.
Il est vrai qu'il était dit dans la convention de La Haye que l'armée prussienne serait employée d'après les mesures concertées entre les quatre puissances. Mais le concert n'ayant point été unanime sur l'emploi de ces troupes, les Prussiens se sont autorisés de cette division d'opinion pour rester sur le haut Rhin qui en effet, sans eux, eût absolument été dépourvu de défense. Mais n'a-t-on pas tout à redouter de l'animosité et de la défiance extrême qui existent entre les cours? L'Angleterre ne veut point payer avant que la Prusse n'ait fourni les troupes stipulées. Celle-ci ne veut point fournir de troupes avant d'avoir reçu l'argent, et en attendant l'ennemi fait d'effrayants progrès.
Les Autrichiens occupent Cracovie et le Sandomir, et le nouveau partage de la Pologne entre les trois grandes puissances, prévu depuis longtemps, va enfin s'opérer en vertu d'un accord effectué entre elles.
M. de Thugut remplace le prince de Kaunitz et lui succède dans toutes ses dignités et fonctions politiques. On dit M. de Thugut très pacifique et l'on s'attend en conséquence au développement d'un nouveau système.
(1) Lord Cornwallis, accompagné de Malmesbury, se rendit au quartier général de Môllendorf et eut avec lui une entrevue fort agitée. Hardenberg et Schulembourg assistaient à l'entrevue. Le général prussien, qui avait ses instructions particulières, fut inébranlable. Les Anglais se retirèrent fort irrités des Prussiens.
Ratisbonne, le 5 août 1794 (*).
Namur a été pris, le 18 juillet, par les Français. Le prince de Cobourg semble vouloir défendre la Meuse au-dessus de Liège et attendre des renforts pour rentrer dans les Pays-Bas en vainqueur et traiter leurs habitants comme ceux d'un pays conquis. En effet, la cour de Vienne semble être décidée à imiter, si elle rentre dans les Pays-Bas, la conduite qu'y tiennent les Français ; ceux-ci y lèvent un million de contribution par semaine et ont formé une conscription militaire de 100 mille hommes, qu'ils pourraient bien envoyer aux Pyrénées orientales, de sorte qu'il n'y a pas de temps à perdre si l'on ne veut pas rentrer dans un pays ruiné et dépeuplé.
Le voisinage des Français donne de la confiance aux factieux de la Hollande et cela, joint au mauvais succès des inondations, cause de l'inquiétude pour ce pays. La retraite des armées du Palatinat depuis l'atfaire du Schanzel, le 13 juillet, où les Prussiens, après une superbe défense, ont été obligés de se retirer, augmente encore l'aigreur et la division entre les puissances.
Le 26, le général Môllendorf a reçu par courrier ordre de se retirer tout à fait et d'évacuer même Mayence, en ayant prévenu le duc de Saxe-Teschen, celui-ci a expédié ordre au prince héréditaire de Hohenlohe d'occuper cette forteresse avec les 20,000 Prussiens que les traités mettent à la disposition de l'Autriche. Il lui a été répondu que l'Autriche n'ayant point fourni les 20,000 hommes que les mêmes traités l'obligeaient de fournir à la Prusse, depuis l'agression des Polonais, celle-ci était libre de ses engagements. Cependant l'armée prussienne occupe encore les mêmes emplacements et l'on espère que l'urgence du danger fera adopter de plus sages mesures.
L'entrée des Autrichiens en Pologne n'ayant point été concertée avec les deux cours copartageantes, ce pays dont le démembrement pourrait, si l'on voulait, concilier tous les intérêts, deviendra peut-être une nouvelle pomme de discorde entre les trois puissances voisines. Il est certain que cette entrée a excité des mécontentements et occasionné des témoignages peu
(1) A . S. A. É. Mgr le Grand Maître de Malle.
442 SITUATION DE i/EUROPE AU DEBUT DE 1794.
amicaux de la part de la Prusse. Tout cela profite aux armées républicaines.
A Vienne, on a découvert une nouvelle conjuration et arrêté quantité de personnes, heureusement aucun personnage considérable. Il y a aussi des mouvements à Trêves.