ATTITUDE DE L AUTRICHE
Unuât la guerre; elle faisait même de cette clause la condition du traité de partage.
Cependant comme l'Empire désirait la paix, l'Empereur fut bien obligé de le suivre et nomma Bartenstein membre de la députation chargée de négocier (voir lettre du 22 mai 17i)5i. La diète avait voté déjà la médiation de la Suède et du Danemark (voir lettre du 4 septembre).
De temp en temps Thugut, pour obtenir quelques milliers de livres sterling, ou des Cosaques menaçait les Anglais et les Musses de faire la paix, — de là ces velléités de négocier qu'indique M. de Bray — mais Thugut n'en avait nulle envie.
Les Français, de leur côté, manifestèrent les mêmes intentions, mais c'était pour piquer la Prusse, l'amener à obtenir des Allemands, qui s'y refusaient obstinément, les conditions imposées par la France concernant la rive gauche du Rhin et la neutralité de l'Allemagne du Nord. Il ne fallait pas trop se mettre à la discrétion des Prussiens. Cela leur réussit pleinement.
M. de Bray, comme tous les diplomates de l'époque, crut un instant à la paix prochaine entre la France et l'Autriche (voir lettre du 27 mars 1795), à la suite de la prétendue mission du comte Carletli dont se servit le Comité du Salut public. Or, ce ne fut qu'un jeu de sa part destiné à inquiéter non seulement la Prusse, mais aus-i l'Angleterre. La France, moins encore que l'Autriche, était décidée à négocier. M. de Bray expose à ce sujet des idées fort justes dans la lettre du 26 mai. Maintenant qu'elle a repoussé la coalition, obtenu ses frontières naturelles, il serait sage pour la France de se limiter dans ses conquêtes, sinon elle excitera un mécontentement universel et perdra à l'intérieur et à l'extérieur le fruit de ses victoires. Ce sont de judicieuses considérations, mais qui ne furent pas celles qui inspirèrent le Comité de l'an III.
Ratisbonne, 22 mai 1795.
L'Empereur a nommé son commissaire au congrès de paix, c'est M. de Bartenstein. Il est probable que, comme roi de Hongrie, il nommera Lehrbach pour le même objet. Il n'y a donc plus de doute que la cour de Vienne ne s'occupe sérieusement de la paix, et le seul point indécis est encore la manière dont elle se fera par et pour l'Empire. Les mesures proposées par la cour impériale sont les plus constitutionnelles, mais celles proposées par la Prusse sont les plus promptes et les plus avantageuses. D'ailleurs on sait que la France a promis d'attacher de grands
avantages à la médiation prussienne, et dès lors l'intérêt, ce premier de tous les mobiles, fera que beaucoup d'États recourront à cette médiation qui leur vaudra ce que la médiation impériale ne leur vaudrait jamais.
J'ai vu de bonnes lettres de Berlin qui disent que les princes qui traiteront sous la médiation prussienne recouvreront leurs États, même d'outre- Rhin, et je sais que la France a fait proposer au duc de Wurtemberg et à l'évêque de Bâle de traiter avec eux sur ce pied, s'ils adoptaient la médiation de la Prusse.
La cour impériale, au milieu dune telle complication, est fort embarrassée. Elle ne pourra guère, vu la lenteur des formes qu'elle admet, éviter une quatrième campagne qui n'aura pour résultats que de nouveaux malbeurs. Mais comment concilier ses engagements avec l'Angleterre et ses promesses au prince de Condé avec les déclarations formelles qu'elle s'occupe de la paix ?
Les préliminaires n'étant pas signés, on peut, on doit il est vrai, toujours songer aux moyens d'attaque et de défense, mais celui d'augmenter l'armée des émigrés n'annonce-t-il pas un plan concerté avec l'Angleterre de retenir la guerre civile en France, plan inconciliable avec de sincères intentions pour la paix?
Ratisbonne, 26 mars 1795 (l).
L'Autriche, dit-on, est sur le point de faire sa paix avec la France! Cela aurait lieu par l'entremise de Carletti, mais à quelles conditions? Si celles que l'on suppose avec de grandes raisons de les croire fondées sont vraies, elles soulèveront l'indignation et l'inquiétude dans l'Empire. Il ne s'agit de rien moins que d'une insinuation que la cour de Vienne aurait faite à Paris, par laquelle elle offrirait de laisser toute la rive gauche du Rhin à la France, si celle-ci la laisse s'emparer de la Bavière. Hardenberg a su cela quand l'affaire était déjà très avancée: il est parti sur le champ pour Berlin; le 20 ou le 19, il a expédié un courrier au comte de Goertz. La flaire a, dit-il, été conduite
(1) AS. A. S. Mgr le Grand-Duc de M ecklembour g -Str êliiz.
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avec un extrême secret et il n'y a pas un moment à perdre pour parer le coup.
Bien des choses concourent à appuyer cette nouvelle étonnante : les dispositions de la Russie en Pologne, où elle fait filer de nouvelles troupes et établit des corps d'observation sur toute la rive droite de la Vistule, voulant laisser l'Autriche et la Prusse vider leurs différends au sujet des Palal inats de Gracovie et de Sandomir et ayant apparemment assuré ses prétentions sur l'Orient par suite de la complaisance avec laquelle, renonçant à la garantie du traité de Teschen (*), elle laisserait l'Autriche occuper la Bavière. Les lenteurs affectées à la cour impériale, les désaveux officiels relativement au bruit qui s'était répandu que Carlelli traitait pour elle, enfin la certitude qu'on a qu'on ne tire plus aux avant-postes et surtout le vœu enraciné de l'Autriche de se mettre en possession de la Bavière, vœu qui la portera à tout tenter pour le réaliser, tout cela fait supposer cette paix possible. Cependant j'ai la conviction que l'influence de la Prusse et les intérêts bien entendus de la France sauveront la Bavière.
Les négociations pour le troisième partage de la Pologne se poursuivaient très âpres entre la Prusse et l'Autriche. La grosse difficulté résidait dans la distribution de Oacovie et de son territoire La Prusse déclarait qu'ils lui étaient indispensables pour couvrir la Silésie contre une attaque de l'Autriche; celle-ci les réclamait pour protéger la Galicie autrichienne contre la Prusse. A la fin la Prusse céda sur Cracovie moyennant qu'elle acquerrait toute la partie occidentale de ce Palatinat. L'Autriche devait obtenir Sandomir.
Quelle que soit l'influence de la Bussie dans cette affaire, cette influence doit être basée sur ses propres intérêts. Cette puissance, uniquement préoccupée de ses projets sur l'Orient, ne désire autre chose que de détourner ailleurs l'attention des
(1) Traité conclu sous la médiation de la France et de l'Autriche (15 mai 1779) et d'après lequel la Bavière demeurait à l'électeur palatin. Joseph II avait prétendu s'en emparer en occupant le territoire bavarois à la mort de l'électeur Maximilien de Bavière qui n'avait pas d'enfants et dont l'héritier était précisément, en vertu d'un pacte de famille, l'électeur Charles-Théodore.
nations voisines en leur jetant une pomme de discorde, qui est la Bavière.
Le sentiment de sa gloire, le respect dû aux traités, les calculs les plus simples de son véritable intérêt doivent donc amener la France à empêcher la réalisation d'une mesure si funeste.
D'autre part, il faut qu'elle maintienne la Prusse dans un état tel qu'elle puisse toujours balancer la puissance autrichienne (') et qu'en conservant à l'Empire sa constitution et l'indépendance des Etats qui le composent, elle conserve ainsi un frein salutaire contre l'ambition réciproque ou respective des grandes puissances.
La paix avec la Hollande fut datée du 16 mai (27 floréal). La Hollande concluait avec la France une alliance offensive et défensive; elle payait 100,000,000 de florins, fournissait 12 vaisseaux, 18 frégates et 12,000 hommes de troupes. La France obtenait la Flandre hollandaise, Maestricht, Venloo, des droits de garnison à Grave, Berg-op-Zoom, Bois-le-Duc, et la libre navigation de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin.
L'émeute qui avait échoué le 12 germinal faillit réussir quelques mois après, le 1er prairial (20 mai). La Convention avait promis de remédier à la disette, d'approvisionner Paris; elle ne put tenir ses promesses et l'on manqua de pain. Des rassemblements se formèrent pour faire un nouveau 2 juin, et envahirent la Convention qui fut délivrée finalement par les sections modérées et la force armée.
Le lendemain, 2 prairial (21 mai), la sédition recommença plus formidable encore, la Convention rassembla une armée sous les ordres de Menou, le faubourg Saint Antoine, menacé d'un bombardement, se rendit. L'Assemblée était sauvée.
Dischingen, 8 juin 1795.
C'est surtout dans la combinaison des événements qu'il faut chercher les motifs d'assurance contre les projets relatifs à la
(1) Cette considération a toujours été la base des combinaisons politiques de la France. Napoléon agrandira en outre la Bavière pour créer entre les deux grandes puissances allemandes un État moyen ami, pouvant exercer son influence soit sur l'une, soit sur l'autre.
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Bavière. I a victoire signalée remportée les 20 et 21 mai à Paris par le parti du gouvernement sur les restes des Jacobins, en raffermissant l'autorité dans les mains du premier, maintiendra la Prusse dans l'intégrité de ses relations avec la France et forcera l'Autriche, selon toute vraisemblance, à renoncer à des projets qui n'auraient pas l'approbation de la République et peutêtre à faire une paix devenue indispensable pour elle. Cette victoire du 21 mai est un grand événement et nous allon> en ressentir bientôt les effets. Déjà le général Glerfayt, à la suite de dépèches apportées par un courrier extraordinaire de Bâle, a contremandé les grandes opérations qui devaient avoir lieu pour le passage du Rhin et le dégagement de Mavence, et l'on écrit que le 16 l'armistice sera publié dans les armées impériales et d'empire qui en témoignent une joie extrême.
Le traité entre la Hollande et la France fut signé, la nuit du 16 au 17 mai, par Sieyès (*) et Rewbell (2) et quatre commissaires hollandais. Il fut présenté à la ratification de la Convention, par Sieyès lui-même, le 25 suivant.
Dischingen, 13 juin 1795(3).
La scission entre les deux grandes puissances de l'Empire paraît presque inévitable. L'aigreur est à son comble et cette scission paraît devoir en entraîner une dans l'Empire qui peut avoir les suites les plus funestes. Le 1er juin, le ministre de Prusse a inséré au protocole de la diète une déclaration dans laquelle le roi offre à l'Empire en général ses bons offices pour parvenir à une paix solide avec la France et où il invite les
(1) Emmanuel-Joseph Sieyès. Entré dans les ordres, il fut vicaire général et chanoine de Chartres; il est l'auteur de la fameuse brochure Quest-ce que le tiers- État. ..? Député à l'Assemblée et à la Convention, il fut envoyé en Hollande avec Rewbell pour conclure un traité avec la France. Il fut membre du Directoire en 1799 et consul après le 18 brumaire.
(2) Jean-Baptiste Rewbell. Député aux États généraux et à la Convention, il fut élu directeur avec le portefeuille des Affaires étrangères.
(3) A S. A. S. Mgr le Grand duc de Mecklembourg.
Etats à le faire d'un commun accord. A la fin il dit qu'il attendra du résultat des délibérations s'il doit les employer pour l'Empire entier, réuni d'un commun accord ou pour la majorité, ou enfin pour les Etats individuellement qui, poussés par le sentiment de leur propre conservation, auraient recours à une médiation qu'il ne refuse à aucun.
Les Etats ont voté au nombre de 17 ; 15 ont réclamé les bons offices de la Prusse. Bien plus, le landgrave de Hesse a fait sa paix particulière et va retirer son contingent. Brunswick, Wurtemberg, Holstein et Poméranie la feront pour peu que les choses traînent en longueur. Poméranie l'a déjà faite et Mayence insiste sur la réclamation des bons offices prussiens.
La cour de Vienne a remis le 50 du mois dernier une note à AL de Reicbberg, ministre palatin à Vienne, où elle dément hautement et formellement toute idée d'un échange quelconque des terres de la maison palatine et exprime son vœu de conserver avec elle la même amitié et bonne intelligence que par le passé. Elle fait contredire également tout bruit d'une pacification entamée avec la France, et de changement dans les plans militaires de la campagne et taxe de calomnie les nouvelles contraires.
On observera que, comme empereur, François II peut faire sa paix et continuer la guerre comme souverain d'Autriche, mais toutes ces distinctions politiques se trouvent-elles dans le cœur de l'homme et l'empereur, oubliant qu'il est François II, négligera-t-il de prolonger la guerre d'empire afin d'en tirer au moins tout le parti qu'il pourra ?
Cette disposition et cette triple alliance de l'Autriche avec l'Angleterre et de l'Angleterre avec la Russie, en date du 11 mai, prouve assez que c est à la Prusse qu'on en veut et que c'est sur elle que 1 orage doit tomber. Cet orage l'eût infailliblement englouti si le gouvernement français avait succombé sous les coups anarchistes, mais après la victoire du 21 mai, si la Convention parvient à attendre la récolte et à diminuer la masse des assignats, au moins à soutenir tant soit peu leur crédit, les plans des puissances coalisées seront encore détruits et la quatrième campagne se passera sans fruit pour elles. Ce n'est