ATTITUDE DE L AUTRICHE
pas que j'imagine que le gouvernement conventionnel s'aiïermisse jamais, non, je ne le crois pas, mais la monarchie vers laquelle nous revenons sera l'ouvrage de l'assentiment général et ne rendra la France ni autrichienne, ni anglaise.
En attendant, la Prusse achète en Souabe, en Franconie, tous les grains qu'elle peut se procurer et elle les achète à tous prix, pour les délivrer à la France; elle sent bien que si une convulsion semblable à celle des 20 et 21 mai triomphait à Paris, elle ne pourrait plus compter sur le seul appui solide qu'elle ait contre les ressentiments de l'Angleterre, del'Autricbe et de la Russie.
Le décret qui rend les églises aux catholiques est du 50 mai.
La Hollande a déclaré la guerre à l'Angleterre, conséquence de son traité de paix avec la France.
On me marque que bientôt un nouveau traité va paraître entre l'Autriche et l'Angleterre. Ce traité contiendra sans doute des conditions plus avantageuses que la convention du 4 mai, car il est inconcevable qu'une si grande puissance prenne de tels engagements pour obtenir caution d'un emprunt de quelques millions sterling.
La prise de Luxembourg affermit sur une base presque inébranlable les conquêtes des Français en -deçà du Rhin. Si l'Autriche avait voulu traiter deux mois plus tôt, elle aurait pu sauver peut-être tout ce qu'elle a perdu et ce dont la restitution est aujourd'hui au moins très problématique.
La mort de l'infortuné Louis XVII, décédé le 8 juin, après cinq années de souffrances, va apporter un nouveau changement aux plans des cabinets sur l'intérieur. Nous allons voir si l'Angleterre reconnaîtra formellement Louis XVIII. La conduite des royalistes de l'intérieur, et celle qu'on observera envers eux, sera le thermomètre de l'opinion de la France sur la royauté. Pour moi, je ne doute pas que l'on n'en vienne de gré ou de force à la monarchie, qui seule peut assurer le bonheur de la France, d'une nation trop mobile et trop légère pour être susceptible de tout autre gouvernement.
La paix avec l'Espagne. — Les émigrés de Quiberon.
Dès décembre 1794, des pourparlers avaient été engagés sur les Pyrénées entre Bourgoing et d'Ocaritz; à Baie, entre Barthélémy et Yriarte. Le Comité de l'an III voulait l'alliance avec l'Espagne pour combattre l'Angleterre (instruction à Barthélémy). Le 7 marsjl chargea Bourgoing d'offrir à l'Espagne, avec la paix et l'alliance, le Portugal et Gibraltar. Mais en revanche, il demandait à l'Espagne le Guipuzcoa, la Louisiane et Saint-Domingue. Or, Charles IV ne voulait consentir aucune cession territoriale; les choses traînèrent en longueur. Un moment même la paix parut s'éloigner. Les conférences reprises le 45 mai entre Barthélémy et Yriarte n'aboutissaient pas, et le Comité adressait à l'Espagne (10 mai et 18 juin) des menaces de guerre. Mais un mois après, il dut changer de ton. L'insurrection de Vendées soutenue par les Anglais, devenait inquiétante. Comment vaincre l'Angleterre sans avoir l'Espagne? II fallait donc traiter.
Le général Servan, qui reçut mission de s'aboucher à Bayonne avec Yranda, dut abandonner toute demande de territoires. Heureusement pour les Français que les victoires du général Moncey, entrant à Vittoria et menaçant Pampelune, et de Hoche, à Guiberon, amenèrent Godoy à être plus conciliant et le Comité à exiger une paix plus acceptable. Elle fut signée à Bâle, entre Barthélémy et Yriarte, avec la cession de la partie espagnole de Saint-Domingue par l'Espagne, le 24 thermidor J22 juillet) et la restitution par les Français des conquêtes faites aux Pyrénées. « la République, dit Treilhard à la Convention, compte un ennemi de moins et un allié de plus. » C'est bien là ce que voulait le Comité. L'alliance espagnole servirait à combattre la grande rivale sur mer, l'Angleterre. Comme le dit très bien M. de Bray, Madrid et Paris, logiquement, ne devaient plus être ennemis.
Ratisbonne, le 4 août 1795 (!).
La paix a été signée le 22 juillet, à 6 heures^ du soir, entre M. Yriarte (2), ministre espagnol et M. Barthélémy et celui-ci en a donné connaissance aussitôt au magistrat de Bâle. Les conditions ne me sont point encore précisément connues, mais on m'écrit que l'Espagne cède à la France Saint-Domingue et lui
(1) A S. A. É. Mgr le Grand Maître de Malte.
(2) Don Domingo de Yriarte, chargé d'affaires à Vienne et à Paris; il fut nommé ministre plénipotentiaire en Pologne. Il se rendit ensuite à Bâle avec le même litre.