LA PAIX AVEC L'ESPAGNE
assure des avantages maritimes dont on ne définit pas la nature ; du reste, il n'est nullement question du roi. le 18, le premier projet proposé par l'Espagne avait été de former, des deux parties française et espagnole de la Navarre, un royaume indépendant pour le roi, mais ce projet fut rejeté par la Convention. La cour de Madrid a suivi la seule marche que son intérêt pût lui conseiller, car la France, quelque gouvernement qu'elle ait, pourvu qu'il soit fondé sur les principes éternels du droit de la nature et des gens, n'est point destinée, d'ici à des siècles, à être l'ennemie de l'Espagne. Elle l'a été lorsque les possessions de celle-ci, l'entourant de tous côtés, la menaçaient de l'étouffer du poids de sa puissance; mais depuis la paix des Pyrénées, les relations ont absolument changé et l'Angleterre suivant par degrés son projet de l'asservissement des mers, la France, l'Espagne, la Hollande et toutes les puissances maritimes secondaires n'ont plus eu d'autre véritable ennemi naturel que l'Angleterre. La conduite impérieuse de cette puissance envers les neutres, ses procédés envers l'Espagne, à Toulon, la conquête de la Corse, le plan bien démontré de détruire la marine française afin de pouvoir dicter des lois à toutes les autres, enfin le traité du 11 mai avec la Russie et cette coalition des flottes de deux puissances, l'une etl'autre dominées par l'ambition d'acquérir et de s accroître par des routes opposées aux dépens de leurs voisins terrassés, toutes ces considérations ont déterminé le parti que vient de prendre l'Espagne.
Cette paix va laisser sans occupation deux armées qui pourraient se porter, l'une en Italie, au secours de Kellerman, l'autre dans la Vendée où la descente exécutée les 26, 27, et 28, à Quiberon a donné aux royalistes une nouvelle énergie (1). Mais
(1) Les hostilités étaient reprises du côté de la Bretagne et de la Vendée. Le 23 juin, une flotte anglaise avait battu celle de Villaret-Joyeuse. Le 27, elle débarqua à Quiberon une troupe de 13,600 hommes composée d'émigrés et de prisonniers français, l ou 5,000 Chouans devaient se joindre à cette petite armée; mais les chefs royalistes, qui se jalousaient et voulaient tous commander, ne s'entendirent pas. Les républicains, sous les ordres de Hoche, parvinrent à rejeter les émigrés dans la presqu'île de Quiberon où ils furent acculés à la mer et obligés de mettre bas les armes. Malgré les efforts de Hoche pour les sauver, le Comité de Salut public fut inexorable et 1,000 émigrés furent fusillés.
malgré toutes ses forces, la Convention, si la France n'était distraite par aucune attaque étrangère, ne résisterait pas à l'opinion qui se prononce de plus en plus pour un gouvernement monarchique. C'est pourquoi je persiste à croire que les puissances qui continuent la guerre agissent (soit de bonne foi, soit par erreur) contre leurs véritables intérêts, contre ceux du monarque, de la nation et de l'humanité.
Les véritables ennemis de l'humanité aujourd'hui, cesontceux qui, dans l'espoir de vaines conquêtes, font périr plus d'hommes et engloutir plus de trésors que jamais ces conquêtes ne pourront leur rendre et qui, surchargés de domaines, préfèrent d'acquérir quelques milles carrés de terrain à la gloire de rendre plus heureuses et plus peuplées les contrées soumises à leur domination.
La paix avec les Étals de l'Empire- — La guerre continue avec l'Autriche et l'Angleterre. — Le passage du Rhin par les Français. — Fin de la Convention- — La Constitution de l'An III. — La frontière du Rhin est une erreur qui suscitera à la France des guerres sans fin.
L'Allemagne réclamait sans cesse la paix. La diète, sous l'influence de l'opinion publique, avait voté, le 7 juillet, un conclusum invitant l'Empereur à engager des négociations et le roi de Prusse à prêter ses bons offices; mais à condition que l'intégrité de l'Empire fût respectée. Or, après le traité de Bàle, cette intégrité était impossible à conserver.
Le roi de Prusse cependant, ne voulait pas se prêter à une cession de la rive gauche du Rhin qui lui aurait attiré les haines allemandes. Hardenberg le déclara à Barthélémy, à Baie, et demanda une prolongation de l'armistice, prévu par le traité du 5 avril au profit des États du Sud protégés par la Prusse et qui venait à expiration. Le Comité refusa. Les petits États étaient donc menacés d'une reprise des hostilités. Ils se décidèrent à négocier directement avec lîarihélémy. De son côté le Comité, voyant que les Prussiens ne lui seraient d'aucun secours et désirant la paix avec l'Empire pour mieux préparer la guerre contre l'Autriche, se prêta aux tentatives de négociation et elles aboutirent, comme nous l'indique IVï de Bray. Le landgrave de liesse- Casse! , le premier, traitait avec la France, le 28 août.
Quelques jours après, les Français passaient le Rhin et reprenaient
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les hostilités contre l'Autriche. Ils avaient voulu s'assurer les bénéfices de l'offensive, car déjà François II avait ordonné à ses généraux de recommencer la guerre. C'éiait pour lui, pensait il, le seul moyen de chasser les Français des Pays-Bas et de l'Allemagne, puisqu'ils voulaient conserver et la rive gauche du Rhin et les provinces belgiques sans donner à l'Autriche les compensations désirées Au moins, si Fançois II ne pouvait conquérir l'Alsace-Lorraine, il obtiendrait bien en revanche la Bavière et Venise. Soutenu du côlé de la Pologne par la Russie, il n'avait plus rien à craindre delà Prusse; l'Angleterre l'encourageait, les circonstances étaient donc favorables; il n'y avait plus qu'à agir.
M. De Bray blâme pourtant, et avec raison, la continuation de la guerre. Les Français, en voulant conserver les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin, poussent l'Autriche aux dernières extrémités. Mais ni l'une ni l'autre de ces deux puissances ne veut limiter ses ambitions. Le conflit est donc inévitable. 11 ne faut pas oublier du reste que le Comité de l'an III, en négociant les traités de Bâle, songeait avant tout à la guerre et n'en faisait aucunement des instruments d'une paix générale. Il fallait maintenir les armées à la frontière où l'on n'avait rien à redouter d'elles et où, au contraire, elles procuraient de l'honneur et des ressources qui affermissaient ou tout ou moins maintenaient le gouvernement. C'est l'opinion publique qui voulait la paix et qui obligea à la faire. Comme M de Bray l'a dit et répété, le plus grand danger que pouvait courir la République était celui de voir ses armées inactives rentrer en France. Ces idées, du reste, seront celles du Directoire, composéde plusieurs des membres de l'ancien comité de l'an III, et qui, pour se maintenir au pouvoir, va réclamer du peuple un nouvel effort contre l'étranger.
Ratisbonne, le 15 septembre i795 (l).
Las des lenteurs qu'on apporte aux délibérations générales sur la paix et intimement persuadés que les engagements pris par l'Autriche et l'Angleterre 1 écartent du but où l'Allemagne veut parvenir, et cela au moins pour toute cette campagne, instruits d'ailleurs par l'expérience des temps passés de la marche que suit communément l'Autriche dans ses négociations de paix lorsqu'elle a a ménager à la fois l'intérêt de l'Empireet les siens, enfin eiïrayés des dangers auxquels la continuation de la guerre les expose, il paraît que le sysième de paix partielles va être suivi par un grand nombre des Etats de l'Empire.
(1) A S. A. É. Mgr le Grand Maître de MaUe-
le landgrave de Hesse vient, le premier, de traiter avec la France, sous ia médiation de Sa Majesté Prussienne ; il y avait longtemps que le projet de ce traité existait, et je l'ai su il y a plus de trois mois. Mais comme on se flattait toujours, d'après la promesse de la cour de Vienne, de parvenir à une paix constitutionnelle, on avait différé de la porter à exécution ; ce n'est que lorsque l'on a vu que d'un côté la marche des délibérations à la diète ôtait tout espoir d'une pacification prochaine, de l'autre que les armées françaises menaçaient de passer le Rhin, que l'on a pressé la signature. Elle a eu lieu à Bâle, le 28 août ; mais elle n'a été publiée que le 7 septembre. Ce traité consiste en neuf articles.
Le préambule, et surtout le passage du 5e article où il est dit, au sujet des forteresses de Rheinfeld, Saint-Goar, etc., que leur sort sera décidé après la paix entre la République et les parties de l'Empire encore en guerre avec la France, à la place des mots: après la pacification générale, insérés dans le traité avec la Prusse, indiquent le projet de traiter partiellement avec chaque Elat intéressé.
Ce traité particulier d'un prince de l'Empire avec la France est une innovation complète dans le système politique et constitutionnel de l'Empire et cette innovation ne pourra qu'exciter les clameurs et les reproches de la cour impériale; mais cette scission funeste qui tend à séparer chaque État de l'ensemble du corps germanique et à porter chacun à chercher d'autres relations politiques que celles fixées par la constitution, était aisée à prévoir et est un résultat nécessaire de l'opposition de certaines puissances à la paix. Il me tarde de voir la déclaration que le landgrave fera sûrement à la diète à ce sujet ; la nécessité sera son excuse; elle deviendra celle de plusieurs princes qui ne tarderont sûrement pas à suivre cet exemple.
Ces princes sont les ducs de Wurtemberg et de Brunswick, rélecteur de Cologne et peut-être ceux de Trêves et deMayence.
Le passage du Rhin a effectivement eu lieu du 5 au 6 courant (remarquez que c'est le même jour que le traité avec laHesseaété publié et que la Hesse confine à Berg). Les Français ont passé à EiclieJkanps au-dessus d'Urdingen,au nombre de plus de 20 mille