‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 76 sur 92 · LA PAIX AVEC LES ÉTATS DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LA PAIX AVEC LES ÉTATS DE L'EMPIRE

hommes; ils sont déjà maîtres de Dusseldorf et de Mulheim. Le prince Ferdinand de Wurtemberg s'est posté derrière la Sieg, où il s'est réuni au général d Erbach et où il attend des renforts du comte de Clerf'ayt. En jetant les yeux sur la direction de la ligne de neutralité, déterminée le 17 mai (*), Votre Altesse verra que le duché de Berg tout entier est hors de cette ligne et j'ai observé plusieurs fois que le but des Français, en y pénétrant, était d'y lever des contributions et de forcer l'électeur palatin à prendre un parti.

Voilà pour l'Autriche le fruit de son alliance avec l'Angleterre et des espérances que celle-ci lui a laissé espérer, dans ce moment critique où la constitution républicaine est présentée au peuple, et doit être acceptée en huit jours, et cela sous les auspices des baïonnettes et de la violence.

Les républicains avancés avaient, lors des émeutes précédentes, réclamé la mise en activité de la constitution de 1795. Après l'insurrection de prairial, la Convention chargea une commission de préparer une constitution nouvelle qui fut discutée et votée du 19 messidor au 50 thermidor. Ce fut la Constitution de l'an III. Mais elle décida que les assemblées électorales seraient tenues d'élire au Corps législatif au moins les deux tiers des conventionnels sortants, ce qui enlèverait la majorité aux royalistes. La nouvelle constitution fut soumise aux assemblées primaires et acceptée par 914,853 voix, y compris les armées, contre 41,892.

Elle comportait un corps législatif composé de deux Chambres, le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens avec 250 membres. Le pouvoir exécutif était confié à un Directoire composé de cinq membres élus par le corps législatif et renouvelable chaque année par cinquième.

Au surplus, le parti qu'a pris la Convention de faire accepter

(i) Conformément au traité de Bâle, une convention neutralisant l'Allemagne du Nord fut signée, le 17 mai, entre Barthélémy et Hardenberg. La France considérait comme neutres les États situés au Nord de la ligne du Main, qui retireraient leurs contingents de l'armée de l'Empire et observeraient la neutralité. Le roi de Prusse promit de faire respecter cette neutralité. La ligne de démarcation prussienne rendait les Français maîtres du Main et facilitait ainsi les opérations de la guerre et en particulier le siège de Mayence. Puis, comme le dit M. de Bray, les troupes républicaines pourraient vivre aux dépens de l'Allemagne du Sud, sur les territoires occupés, qui étaient frappés de lourdes contributions.

la constitution par les armées est bien imprudent; c'est un principe reconnu généralement que la force armée ne doit jamais délibérer; ils combattent, dit-on, pour la patrie! Eh bien ! qu'ils délibèrent dans leurs communes et comme citoyens, mais non comme soldats.

Cette disposition entraînera nécessairement la guerre civile tôt ou tard, car les armées ne se départiront plus d'un droit qu'on leur a imprudemment accordé.

Sinchingen, le 25 septembre 1795 (l).

La position de l'Empire devient chaque jour politiquement et militairement plus critique; politiquement par la division qui se manifeste toujours de plus en plus dans les résolutions des États qui le composent, militairement par les grands progrès qu'y font les armées françaises. Celle du général Jourdan (2) a déjà tourné la Lahn du côté de Wetzlaer et il paraît impossible que le général Clerfayt tienne cette position, puisqu'il peut craindre qu'un autre corps d'armée ne pénètre par Oppenheim, Mannheim ou quelque autre point sur ses derrières ; il faudra donc ou qu'il livre bataille, ou qu'il se retire dans la Franconie pour se ménager la faculté de se réunir tôt ou tard, et près ou loin des frontières, avec le corps d'armée du général de Wurmser. Tout le monde s'éloigne de Mayence; on a prévenu tous ceux qui voudraient y rester qu'il eussent à se fournir de vivres pour six mois.

La forteresse d'Ehrenbreitstein est cernée. Wetzlaer est dépassé par les Français, qui d'ailleurs se comportent à merveille dans tous les endroits où ils ont pénétré, payant tout argent comptant et déclarant à qui veut l'entendre qu'ils n'ont point

(1) AS. A. S. Mgr le Grand-Duc de Mecklembourg-Slrélilz.

(2) Jean-Baptiste Jourdan, maréchal de France, chef de bataillon de volontaires de la Haute-Vienne en 1792, il se rendit à l'armée du Nord et prit part à toutes les batailles importantes. Général de brigade en 1793, il commanda un corps d'armée dans Lille.

En 1794, il remplaça Hoche à la tête de l'armée de la Moselle et accomplit des prodiges, notamment dans la campagne d'Allemagne (1795-1796).

Page 1