‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 77 sur 92 · LA PAIX AVEC LES ÉTATS DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LA PAIX AVEC LES ÉTATS DE L'EMPIRE

passé le Rhin pour conquérir ou pour piller, mais seulement pour porter l'Empire à faire la paix. Il y a longtemps que j'ai prévenu Votre Altesse de la conception de cette mesure et il est certain qu'elle doit produire des paix partielles qui, peut-être, ne feront qu'entraver les arrangements généraux et définitifs relatifs à l'Empire.

Les Prussiens ont reculé de trois ou quatre lieues en arrière de la ligne de démarcation pour laisser aux armées des deux parties une marche plus libre. On leur reproche toujours d'avoir laissé pénétrer les Français sur leur territoire : on conçoit que ces reproches ne peuvent qu'augmenter l'aigreur déjà extrême qui divise les deux cours. La plupart des princes de l'Empire se rapprochent de la cour de Prusse, par système, par goût ou par nécessité. L'électeur de Cologne, qui a à se plaindre de la cour impériale, vient de retirer son contingent de l'armée, comme évêque deMunster et grand maître de l'OrdreTeutonique, c'est un préliminaire saillant d'une paix partielle.

De tous les Princes Souverains de l'Empire, l'électeur palatin est dans la position la plus critique.

Les Français ont fait sommer Mannheim, le 14. Depuis, on écrit que les Autrichiens ont jeté une forte garnison dans Mannheim, qui se défendra. Il était très important, en effet, de garder ce passage, car, sans cela, l'armée de Wurmser était entièrement renfermée dans leBrisgau, où Pichegru (') le tient en échec et la Souabe entière était exposée aux incursions des Français. Mais combien Mannheim tiendra-t-il? Voilà ce qu'on ne peut déterminer. Les habitants sont entièrement opposés à toute idée de défense et les Palatins ne verront qu'à regret réduire en cendres leur capitale par le bombardement qu'elle ne pourra éviter. Lé duc des Deux-Ponts l'a abandonnée avec son épouse; les médecins ont déclaré cette excellente princesse étique; c'est un malheur sensible ajouté à tous ceux qui acca-

(1) Charles Pichegru, général français. Ses campagnes de 1793-1794 furent des plus brillantes. Mais séduit par les promesses de Condé, il consentit à aider à l'entrée du roi Louis XVIII; devenu suspect, il fut révoqué en 1796. Élu président des Cinq-Cents en 1797, il fut déporté, lors du coup d'État du 18 fructidor. C'est lui qui dirigea avec Cadoudal la conspiration de 1804, contre Bonaparte.

blent la maison palatine; l'un et l'autre se retirent à Anspach.

Le commandant Salabert s'est rendu à Munich, pour concerter avec l'électeur palatin les mesures relatives aux négociations à éviter ou à suivre. Mais quel que soit le désir de l'électeur de faire la paix, quelque énergiquement qu il l'ait manifesté le premier à la diète de l'Empire, dès le mois d'octobre 1794, il n'ose se déterminer à prendre un parti pour son compte et le duc ne le peut pas, les Français ne voulant aujourd'hui se prononcer positivement sur aucune restitution des pays d'outre-Rhin. La crainte de la cour de Vienne retient l'électeur, les grands projets se réveillent et après avoir vu ses Etats du Rhin occupés entièrement par les Français, il se pourrait que ses États du Danube le fussent par des armées non moins puissantes qui, sous prétexte de couvrir les Etats héréditaires de l'Autriche, s'établiraient d'abord en Souabe et attendraient en définitive que les Français vinssent les déloger de la Ravière et du Haut-Palatinat. Voilà où le désespoir pourrait amener la maison d'Autriche et les cours de Londres et de Saint-Pétersbourg qui, de tout temps opposées par intérêt, par le sentiment d'une équité naturelle et d'une saine politique, feraient le sacrifice de leur ancien système aux nouvelles combinaisons que les circonstances les forceraient d'embrasser. La Russie, surtout, ne serait point fâchée de voir l'Autriche, la France et la Prusse s'impliquer au sujet de la Bavière dans une guerre plus acharnée que jamais et lui fournir en s'épuisant mutuellement, une plus grande influence politique encore sur les uns et les autres.

Sans doute le projet d'occuper la Ravière expose à des conséquences funestes et terribles; mais se guérit-on de la manie d'acquérir et mit-on jamais en balance la perte de ses sujets et de ses trésors, contre l'espoir incertain d'ajouter quelques myriamètres carrés à l'étendue de son Empire? Il est constant que les finances de l'Autriche sont épuisées, que le gouvernement a d'un côté fait des emprunts considérables, après avoir porté les impôts au plus haut degré possible et qu'il a hypothéqué ces emprunts sur les revenus des provinces: que de l'autre côté, les Etats provinciaux, pour subvenir aux nouveaux impôts, ont emprunté pour leur propre compte et hypothéqué

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