‹ Mémoires du comte de BrayChapitre 8 sur 92 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

L'Empereur Joseph II. Sa maladie. Son successeur éventuel à l'Empire. — Les sentiments de l'Empire et de l'Autriche à l'égard de la France. — La Prusse et l'Autriche en 1789. — Éventualité de guerre des puissances maritimes et des Turcs contre la Russie et l'Autriche. — Conséquences d'un tel événement pour la France.

Au moment où la Révolution éclate en France, l'Autriche est gouvernée par l'Empereur Joseph II dont la santé est très compromise.

Cette grande monarchie que sa mère Marie-Thérèse lui avait léguée puissante et prospère, Joseph II la laissait troublée à l'intérieur par les réformes qu'il avait entreprises et menacée sur ses frontières, dans une Europe en voie de transformations. En présence des événements qui se déroulent en France, il aurait fallu à l'Autriche la tranquillité intérieure et extérieure; or, elle est en guerre depuis 1788 avec les turcs. Elle ne peut avoir confiance dans l'amitié de la Prusse qui est sur le point de s'allier contre elle avec l'Angleterre. En Pologne une insurrection se prépare. Les provinces belgiques viennent de se soulever et veulent secouer le joug autrichien. Après avoir indiqué l'état de la France, le chevalier de Bray décrit la situation de l'Allemagne et de l'Autriche avant d'examiner celle des autres puissances européennes.

22 juillet 1789 0.

Voilà l'état des choses, tel à peu près qu'il est autour de nous. Il présente quelque intérêt dans un moment où la politique extérieure doit influer sur les dispositions intérieures de la France d'une manière aussi importante.

(1) Â M. le Chevalier Charles de Thuisy.

L'Empereur est très souffrant, il a subi le 22 une opération douloureuse au fondement; dans l'état de faiblesse où il se trouve les suites en auront sans doute été funestes pour lui. Je tiens de main sûre que les courriers ne peuvent avoir été arrêtés par les inondations puisque les eaux ne barrent le chemin que de Lintz et que le paquet de Lintz est arrivé. Cela nous donne la mort de l'Empereur comme très probable, un courrier est dit-on expédié à Florence. Déjà les Ministres comitiaux s'occupent sérieusement des préliminaires d'une nouvelle capitulation (4), nous allons avoir un vicariat (2) ; comme il y a longtemps qu'il n'a eu lieu et que les limites des pouvoirs des vicaires ne sont pas exactement prescrites, il s'ensuivra vraisemblablement quelques troubles dans l'intérieur même de la Diète. Les ministres de Saxe et de Prusse paraissent animés des mêmes vues; le ministre Palatin en est, au contraire, fort éloigné. Attaché par principe à la Maison d'Autriche et au parti catholique, sans doute son travail et ses dispositions différeront de ceux des premiers ; le plan général paraît être de rendre la capitulation encore plus rigoureuse. A force de rogner les droits de l'Empereur, il est à craindre qu'ils n'en détruisent absolument la dignité et surtout que le Grand-Duc (3) ne leur refuse un titre vain qui ne lui donne que des charges sans profit. Certes, son refus qui me paraît peu probable, jetterait tout l'Empire dans le plus grand embarras. D'un autre côté la guerre contre les Turcs va prendre une autre face. Le siège de Belgrade ne pourra être fini avant

(1) La capitulation impériale était un acte par lequel l'Empereur, à son avènement, s'engageait à respecter les droits de ceux qui avaient concouru à son élection. La capitulation était considérée comme la sauvegarde des libertés du corps germanique. Charles-Quint signa la première capitulation en 1519 et François II la dernière, en 1792.

(2) L'Empereur, ou mieux le Roi des Romains, c'est-à-dire le Prince candidat à l'Empire par élection, nommait des vicaires appelés vicaires de l'empire pour connaître de certaines causes réservées. Il nommait aussi des vicaires généraux de l'empire, sortes de préfets ou plutôt de vice-rois, chargés de l'administration d'un district de l'empire. A la mort de l'Empereur, et jusqu'à l'élection nouvelle un vicaire de Vempire prenait en mains le pouvoir; à l'origine, ce vicaire était désigné par l'Empereur lui-même; mais la coutume s'établit peu à peu que le vicariat de l'empire serait dévolu au comte palatin du Rhin et au duc de Saxe.

(3) Le grand duc de Toscane, Léopold, le successeur de Joseph II.

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