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vaut autant manger tout a l'heure. Ce discours la p(;rsuada , et elle se fit apporter un gigot. Dans un temps d'hiver rigoureux, quelqu'un remarqua que Matta étoit habillé fort peu chaudement : Comment faites-vous , lui dit-il, pour être si légèrement vêtu ? — ■ Comment je fais ? je gèle.
r\îatta avoit suivi le grand Condé dans le parti de la Fronde. On ne voit point que depuis il ait eu d'emploi marquant. Il mourut en 16745 ^^^^-^ confession , à ce que nous apprend madame de Maintenon dans une de ses lettres.
L'un des personnages les plus importants qui figuren t dans les Mémoires de Grammont, et le dernier dont nous parlerons, est le fameux comte de Rochester, homme d'une imagination vive et brillante, d'un esprit orné et délicat, mais d'une dissolution de mœurs qui allolt jusqu'à la crapule, et d'une causticité qui ne faisoit grâce à personne. « En fait de satire , dit Hâte milton , la plus implacable des plumes étoit la sienne.» Les agréments de sa conversation, et la malignité de ses lampoons'^ , le rendoient tour à tour l'objet des bontés et de la colère de Charles II, qui, de temps en temps, l'exlloit de sa cour, pour l'v rappeler bientôt. 11 partageolt le loisir que lui donnolent ces disgrâces passagères, entre l'étude et la débauche. De son propre aveu, il passa cinq années dans une ivresse tellement continuelle, qu'il ne recouvra jamais entièrement l'usage de sa raison. Une pareille intempérance, jointe à des excès d'un autre genre, ne lui préparoit pas une longue carrière. Rochester mourut le 26 juillet 1680,
' On appelle ainsi en anglois les vers et chansons satiriques.
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n'ayant pas encore atteint sa 34^ année. Quelque temps avant sa mort, il a voit détesté les torts de sa conduite, et abjuré ses opinions irréligieuses entre les mains du docteur Burnet , à qui il permit de publier une relation de cet événement, sans doute par bumilité chrétienne, et pour l'édification de ceux qu'il avoit si fort scandalisés. Dans sa jeunesse, Rochester avoit servi avec beaucoup de ilistinction et de courage; mais les mêmes principes qui pervertirent sa morale, étouffèrent en lui les sentiments de l'honneur. Il renonça à la bravoure, et fit l'apologie de la lâcheté : // ne manque a tous les Jioinnws , disoit-il, qu'un peu de courage pour être lâches. Rochester a laissé des ouvrages qui valent mieux que sa l'éputation. Les meilleurs sont des satires imitées d'Horace et de Boileau. Ce dernier étoit un de ses auteurs favoris.
On n'explique point la grâce, on ne déliait point la bonne plaisanterie : aussi les Mémoires de Grammont échappent-ils à toute analyse, à tout jugement littiiraire. Les citations seroient peut-être la seule manière d'en donner une idée; encore faudroit-il qu'elles fussent variées et de quelque étendue; mais ou sait combien les plus courtes même seroient déplacées dans une notice qui précède l'ouvrage. A défaut de citations, nous voudrions pouvoir rapporter ce qu'en ont dit les littérateurs célèbres, dont l'opinion sert de guide, et quelquefois de règle à celle du public; mais ces littérateurs eux-mêmes, évitant de disserter sur un livre dont les grâces légères et enjouées repoussent toute idée d'examen sérieux et approfondi, se sont bornés à en extraire, ou plutôt à en rappeler quelques pas-
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sages. Au reste, qu'est-il besoin de jugement, de citations et d'autorités pour un ouvrage que tout le monde a lu et relu cent fois ?
Il n'en est pas tout-à-fait de même des Contes d'Hamilton. Ils sont d'un mérite moins universellement reconnu. A quelques égards, ils sont comme ces plaisanteries convenues entre les personnes d'une même société, et qui, très piquantes pour tous ceux qui sont dans le secret, le sont beaucoup moins pour les étrangers, qui n'en ont pas la clef. Nous avons entendu des gens à qui l'on ne pouvoit refuser ni les lumières, ni le goût, se plaindre sérieusement de ce que les Contes d'Hamilton étoient remplis d'extravagances ^. Hamilton leur auroit sans doute répondu : Messieurs, vos reproches me flattent infiniment; je n'ai travaillé que pour les mériter; et puis il leur auroit dit le mot de Ténigme. Nous allons le dire pour lui. La traduction des Mille et une JSuits venoit de paroître ; les femmes de la cour dévoroient ce livre et enraffoloient. Hamilton les railla sur leur engouement pour un ouvrage plein d'aventures invraisemblables et absurdes. On lui porta le défi d'en faire autant; il l'accepta, et se mit à faire des contes de fées pour se moquer delà féerie, comme Cervantes avoit fait Don Quichotte, pour tourner la chevalerie en ridicule. Telle est l'histoire , tel fut le dessein de Fleur d'Epine, des Quatre Facardins , et de Zeneyde. Cette expli-
' Ou trouve sur ces contes , dans plusieurs ouvrages , et notamment clans le Dictionnaire Itislorique de MM. Chaudon etDelandine, des jugeuients dénigrants et faux , à qui heureusement le nom des juges ne donne pas un grand poids.
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cation, nous le sentons bien, ne suffîroit pas pour convertir les détracteurs des Contes d'Hamilton , et concilier à ces contes de nouveaux partisans, s'ils n'avoient d'autre mérite que d'enchérir sur l'extravagance des récits faits par Schéhérazade au sultan Schab-Riar. « Mais cette folie, dit M. de La Harpe , « est si gaie, si piquante, relevée par des saillies si « heureuses et si imprévues , que l'on y reconnoît à « tout moment un homme très supérieur aux baga- « telles dont il s'amuse. » Le même littérateur ajoute, en parlant de Fleur d'Epine : « Il y a des traits d'une « vérité charmante , et de l'intérêt dans les caractères « et dans les situations. L'objet en est moral, et très « agréablement rempli ; c'est de faire voir cju'avec « beaucoup d'esprit, de courage et d'amour, un homme « sans figure et sans fortune peut vaincre les plus (c grands obstacles, et que dans les fetnmes la grâce « l'emporte sur la beauté. Hamilton devoit en effet « vanter la grâce ; son style en est plein. » Fleur d'Epine, qui, tirée des mains de la fée Dentue par Tarare, et assise devant lui sur la jument Sonnante, repousse les mains dont il la tient embrassée, lorsqu'il lui avoue qu'il a donné à la belle Luisante l'assurance de l'épouser; Tarare, qui, entendant ce que cela veut dire, ajoute, sans faire semblant de rien, que l'amour qu'il croyoit avoir pour Luisante n'étoit tout au plus que de l'admiration, et que ce sentiment, qui s'affoi- Ijlissoit dans son cœur à chaque instant qui l'éloignoit d'elle, en a été entièrement effacé du premier moment où il a vu Fleur d'Epine; et cette belle Fleur d'Épine, qui, au lieu de parler, se laisse doucement