‹ Mémoires du comte de GrammontChapitre 11 sur 26 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

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aller vers lui comme auparavant, et appuie ses mains sur celles qu'il a remises autour d'elle pour la soutenir, ce tableau paroissoit à La Harpe la plus vraie, la plus douce et la plus gracieuse de toutes les peintures dont l'amour a fourni le sujet, « Elle remplit le ce cœur, dit-il, de l'idée d'un de ces moments délicieux « qui sont faits pour lui, et qui sont d'un prix d'au- « tant plus grand, qu'il semble que tout ce que l'amour ce promet soit encore au dessus de tout ce qu'il peut ce donner. »

Le Bélier n'eut point pour objet , comme Fleur d'Épine, les Quatre Facardins et Zenejde, de ridiculiser, en l'exagérant, la folie des contes de fées. Il doit son origine à une autre cause qu'il n'est pas moins essentiel de faire connoître. Le roi avoit fait présent au comte de Grammont d'un terrain appelé le Moulineau. La comtesse de Grammont, sœur d'Hamilton, se plut à l'embellir; et , trouvant le nom de Moulineau trop peu digne d'un lieu qu'elle avoit rendu charmant, elle changea ce nom en celui de Pontalie. Hamilton fut chargé de fabriquer des titres pour ce nouvel anobli. Il imagina un géant Moulineau , antique possesseur du terrain; un vieux druide, son voisin, dont la fille, jeune et belle, nommée Alie , étoit aimée du géant qu'elle abhorroit ; et un prince de Noisy, amoureux d'elle aussi; mais de plus tendrement aimé. Il prêta ensuite à tous ces personnages les aventures les plus extraordinaires; et, comme dans ces aventures, certain pont joue un rôle assez considérable, il feignit qu'on l'a voit appelé Pont-d' Âlic , en mémoire de l'héroïne ; et que, dans la suite dos

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siècles, la tradition des événements s'étant perdue parmi les hommes, de Pont-d'Alie on avoit fait Pontalie K

On prétend qu'Hamilton, dans \e Bélier, a fait des allusions malignes à certains faits et à certains personnages du temps. On ignore aujourd'hui qui il a pu vouloir désigner par ce géant Moulineau, dont la vanité est si bête; et la sagacité du lecteur le plus au fait des particularités du siècle de Louis XIV ne parviendroit peut-être pas à le découvrir. Mais que l'on se console ; ce mérite de circonstance est le moindre de l'ouvrage, et tout ce qu'on a dit des autres contes s'applique sans restriction à celui du Bélier.

Le commencement du Bélier est en vers. Voltaire, à ce que rapporte M. de La Harpe, citoit souvent ce début comme un morceau charmant. Il l'avoiten vue sans doute, lorsque, dans son conte des Trois Manières, il représente l'enjouée et vive Théone,

Contant son aventure En vers moins allongés et d'une autre mesure , Qui courent avec grâce et vont à quatre pie^ls , Comme en fit Hamilton , comme en fait la nature.

Voltaire a dit encore quelque part que les vers d'Hamilton étoient pleins de feu et de légèreté. Le commencement du Bélier, celui des Quatre Facardins , dont la grâce un peu plus négligée n'en a guère moins

' En dépit de la volonté de madame de Grammont et de l'allégorie étymologique d'Haniilton , MouHnemi ^ prévalu sur Pontalie. Le terrain dont il s'agit , situé sur le hord de la Seine , au des'ïous \c Moiulon , uorte toujours le premier do ces deux noms.

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(le charmes, et surtout VÉpître au comte de Grammofit , sont tout-à-fait dignes d'un aussi bel éloge; et Voltaire, qui y trouva le modèle d'une manière qu'il a perfectionnée , ne pouvoit pas exprimer moins vivement sa reconnoissance. IjC même art d'entremêler les vers et la prose, qui brille dans les jolies épîtres de la jeunesse de Voltaire , se montre dans VEpitre au comte de Grammont; c'est la même familiarité accompagnée des mêmes grâces; c'est le même talent pour la louange délicate et pour la raillerie légère; ce sont ces mêmes rapprochements, ces mêmes contrastes si inattendus et pourtant si naturels; en un mot, ce sont les mêmes tours d'idées et les mêmes artifices de style. Chapelle, beaucoup plus négligé, et Chaulieu, bien moins piquant, sont loin de pouvoir fournir, comme Hamilton, matière au parallèle.

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