XXIV NOTICE
a deGramniont, ou plutôt d'Haniilton, son historien.» Sans doute les Mémoires sont un livre d'une lecture continuellement délicieuse; mais la partie de ce livre la plus brillante, la plus franchement gaie, celle qu'on se rappelle et qu'on cite le plus volontiers, c'est mcontestablement l'endroit où il s'agit de la campagne de Trin , et du quartier d'hiver qui la suivit. Pour peu que l'on veuille se rendre raison de la supériorité de cette partie sur toutes les autres, on trouve bientôt qu'elle est due au personnage de Matta, de ce Matta dont l'esprit, ne devant rien à l'étude, n'étoit gâté par aucune prétention, et en qui le naturel dominoit et plaisoit à tel point, que ceux de ses contemporains qui ont parlé de lui se sont tous servis de ce terme pour le dépeindre et le louer à la fois^. C'est à Hamilton surtout qu'il est redevable de l'intérêt qu'il nous inspire. \^es, Mémoires nous le représentent subjugué par le génie du chevalier de Grammont, et admirant de la meilleure foi du monde ses inventions neuves et plaisantes; soumettant toute sa conduite à ses décisions, et dépendant de lui jusqu'à se sentir moureux d'une femme, parce qu'il lui a conseillé de
' Matta , ou Matha , selon quelques uns , étolt de la maison de Bourdeille, ainsi que Brantôme et Montrésor, dont on a des Mémoires. Hamilton dit de lui : « Il étoit agréable par sa figure, plus « encore par le caractère de son esprit. Il l'avoit simple et naturel ; « mais le discernement et la délicatesse des plus fins et des plus « déliés; plein de franchise et de probité dans toutes ses manières. » Madame de Cavius, dans ses Souvenirs, s'exprime ainsi au sujet de Matta : « C'étoit un garçon d'esprit infiniment naturel, et ])ar là de " la meilleure compagnie du monde. » Enfin, Mademoiselle, dans ses Mémoires, parle de lui en ces termes : » C'est un homme qui a « de l'esprit , fort i)laisant eu conversation , et qui joue. »
SUR IIAMILTON. XXV
le devenir. Si quelquefois son bon sens ou sa paresse se révoltent contre la bizarrerie ou la gêne des obligations qu'on lui impose, sa résistance dure peu, et il n'en est que plus docile après. Le seul point sur lequel il lui soit impossible de se rendre, c'est qu'il faille absolument faire la cour à un mari pour plaire à sa femme; et, ce qui le choque le plus dans ce mari sot et pédant, c'est qu'il aime mieux connoître les ancêtres de son épouse que le véritable père de ses enfants. Ce fond de caractère, si naïf et si original, est relevé par les saillies de l'esprit le plus fin et le plus enjoué. Il est très vraisemblable qu'Hamilton lui a prêté presque toutes celles qu'il met sur son compte dans les Mémoires , mais c'est en se conformant à l'idée que généralement on avoit conservée du personnage, qu'il leur a donné ce tour particulier qui en foit le charme. Il ne pouvoit manquer pour cela ni de tradition, ni de modèles; les bons mots de Matta avoient fait fortune; et, cinquante-quatre ans encore après sa mort, madame de Caylus en citoit quelques uns dans ses Souvenirs. On nous pardonnera sans doute de les rapporter ici. Madame la maréchale d'Albret, quoique pleine de mérite et de piété, avoit le défaut d'aimer un peu trop le vin. Un jour se regardant au miroir, et se trouvant le nez rouge, elle se dit : Ou est-ce que j'ai pris ce nez-là? Aubujfet, répondit Matta. Cette même maréchale venoit de perdre son père ou son frère ; dans sa douleur, elle refusoit toute nourriture : Avez-vous résolu, madame y lui dit Matta, de ne manger de votre vie? S' il est ainsi , vous avez raison ; mais, si vous avez a manger un jour, croyez-moi, il