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à Saint-Germain, Haniilton fut tlii nombre de ceux qui l'ysuivirent. Quelques années auparavant, en 1681, dans un de ces voyages qu'il faisoit en France , il avoit vu ce même Saint-Germain l'asile des plaisirs et de la volupté , et il avoit été choisi par le roi pour figurer dans le Triomphe de l'Amour, balletdeQuinault. Mais les temps étoient bien changés ; Hamilton étoit désormais attaché à un prince dont les malheurs avoient accru la dévotion déjà très grande, et qui, toujours traité en roi, voyoit, comme de raison, son exemple suivi et même surpassé par les serviteurs qui l'entouroient. Hamilton ne dissimuloit pas avec tout le monde l'ennui qu'une pareille cour lui inspiroit. En envoyant à une dame son conte de Zeneyde ^ il lui fait de cette cour ime description peu attrayante, et se plaint de n'y voir que des jésuites. Il falloit pourtant que la tristesse et la contrainte des autres n'otassent à son esprit rien de sa liberté, ni de son enjouement; car ce fut à Saint-Germain qu'il composa la totalité de ses charmants ouvrages. H est vrai qu'il trouvoit un préservatif contre cette fâcheuse influence dans la société d'un certain nombre d'hommes et de femmes aimables des deux nations , dont il étoit fort recherché. Nous n'avons pas besoin de dire que le comte deGrammont étoit un de ceux qu'il fréquentoit le plus. Il n'étoit pas moins lié avec le fameux maréchal de Berwick, fils naturel de Jacques II, et de miss Arabella Churchill, sœur de Marlborough, Berwick, cet homme si heureux , qui fit la guerre toute sa vie, et ne fut blessé qu'une seule fois; commanda en chef nos armées pendant quinze campagnes, et fut toujours vainqueur;
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et qui, enfin, tué d'un coup de canon à l'âge de soixantequatre ans, termina la carrière la plus glorieuse par la plus glorieuse mort'.
Berwick, sous un extérieur froid et même sévère, cachoit beaucoup de douceur et de bonté réelle. lïamilton entretint avec lui une correspondance en prose et en vers , dont il nous reste une partie. Il y règne une familiarité aimable qui les honore tous deux.
L'auteur des Mémoires de Grammont , et d'une foule d'aut.^es productions ingénieuses, ne pouvoit manquer d'être distingué par la duchesse du Maine. On sait que cette princesse, amie des sciences, des lettres et des arts, rassembloit autour d'elle une foule d'hommes instruits et spirituels qui consacroient leurs talents à ses plaisirs. Hamilton fut appelé à la cour de Sceaux : il falloit y avoir toujours de l'esprit^; il fut d'abord effrayé d'une obligation qui gênoit sa paresse, plus grande encore que sa facilité. JJ Impromptu , ce dieu vif, entreprenant et téméraire, ainsi qu'il le nomme quelque part^, n'étoit point à ses ordres comme à ceux de Saint-Aulaire, de Malezieu , de l'abbé Genest, ou du duc de Nevers; mais, soit qu'il eût appris cà s'en faire obéir, ou qu'il eût renoncé à l'appeler à son secours en composant à loisir ce que les autres produisoient sur-le-champ, il fit, comme eux, des pièces de
' En apprenant sa mort, Villars s'écria : Cet homme. -là a toujours été heureux !
^ C'est ce qui fit donner à la cour de Sceaux , par M. de Malezieu, le nom de galères du bel esprit.
3 Lettre à M. de Mimeure , tome m , page (io.
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vers et des couplets pour l'aimable, mais exigeante Ludovise '.
Après une vie sans chagrins et sans affaires , partagée entre la solitude et le monde, le loisir doucement occupé et les brillanles distractions de la société, Hamilton mourut à Saint-Germain en Laye, le 6 août 1720, âgé d'environ soixante-quatorze ans.
Il professa, en mourant, les sentiments de la piété la plus vive. S'il en faut croire Voltaire, ces sentiments avoient été long-temps éteints dans son cœur. Ce grand poète , dans le Temple du Goût , après avoir parlé de Chaulieu et de La Fare, dit:
Auprès d'eux le vif Hamilton , Toujours afmé d'un trait qui blesse , Médisoit de l'humaine espèce , Et même d'un peu mieux, dit-on.
Voltaire étoit-il exactement informé ? ou bien n'at-il consulté cette fois, comme tant d'autres, que le désir de trouver un partisan de ses propres opinions dans un homme de quelque célébrité? c'est ce que nous ignorons entièrement. On ne peut rien conclure des ouvrages d'Hamilton, ni pour, ni contre l'assertion de Voltaire. Le léger libertinage d'esprit qu'il s'est permis dans quelques uns, n'est aucunement incompatible avec les principes religieux. Au reste, s'il a ou en effet le malheur d'être incrédule, les historiens de sa vie nous donnent ;i peu près la certitude qu'il a abjuré ses erreurs.
Un reproche moins grave, mais dont il est aussi
' Nom que les beaux esprits de la cour de Sceaux donnoient à la duchesse du Maine.
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beaucoup plus difficile de le laver, c'est celui de sou extrême causticité. Elle est attestée par Voltaire et par la plupart de ceux qui ont parlé de lui. Ses écrits sont loin de démentir leur témoignage. Le ridicule y est saisi et peint avec un art qui ne laisse point de doute sur les merveilleuses dispositions de l'auteur pour ce genre de talent. Au surplus , ce talent est plus ou moins celui de tous les gens d'esprit ; et ceux qui ne donnent point aux sots lieu de se plaindre de leurs observations malignes, ont nécessairement fait de grands efforts sur eux-mêmes. Hamilton paroît ne s'être jamais fait à cet égard un devoir de l'indulgence ; mais, si son esprit fut mécbant, son cœur passe pour avoir été excellent ; et l'un obtiendra grâce pour l'autre.
On prétend qu'Hamilton n'étoit rien moins que gai, et cependant ses ouvrages le sont beaucoup. Cette opposition du caractère et des écrits a été remarquée dans un grand nombre d'auteurs. On l'a expliquée à l'égard de ceux qui ont étudié nos travers pour les corriger par le ridicule, en disant que l'habitude d'observer les portoit au sérieux, et quelquefois le résultat de leurs observations à la tristesse. Le lecteur jugera si cette explication pourroit convenir à Hamilton. Nous ne le croyons pas. On a peutêtre pris en lui pour du sérieux ce flegme qui est particulier aux personnes de sa nation, et qui, dans tout pays, sert à rendre la plaisanterie plus piquante.
Le siècle de Louis XIV fut celui des Mémoires. Ordinairement chacun les écrivoit pour son propre compte; mais le chevalier de Grammont, si fertile et
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si brillant dans la conversation, n'avoit point les mêmes avantages la plume à la main ^ Hamilton, qui lui servoit de secrétaire dans les grandes occasions, crut que les aventures singulières de sa jeunesse, et les récits plaisants que lui-même en avoit faits, méritoient de passer à la postérité; ou plutôt, sentant son talent pour la narration vive et moqueuse, il vit dans l'histoire de son beau-frère un sujet très propre à mettre ce talent en évidence. Il composa donc les Mémoires de Grammont , moitié de réminiscence, moitié sous la dictée de celui qui en étoit le héros; mais, selon toute apparence, ajoutant beaucoup d'ornements de son invention à ce que lui fournissoit sa mémoire ou celle du chevalier. Un article ur lequel la vérité paroît avoir été respectée, c'est celui de l'escroquerie au jeu; témoin le récit de la partie de quinze avec Cameran, soutenue par un détachement d'infanterie. Il faut croh'e que , sous la minorité de Louis XIV, ce genre de vol n'avoit rien d'avilissant, puisque le chevalier de Grammont en tira long-temps une sorte de gloire, et que, bien des années après , on voit son panégyriste se donner fort peu de peine pour l'en justifier. Nous citerons à ce sujet une anecdote assez peu connue, et qu'on n'a point révoquée en doute. Avant leur publication, les Mémoires de Grammont furent, dit-on, soumis à l'examen de Fontenelle, alors censeur royal ^. Le
' Voyez VHisloire amoureuse des Gaules, où il s'en faut de lieaucoup qu'on fasse son éloge.
* Cette historiette est assez jiiquante , njais Grammont mourut eu 1707 , et la première édition de ses mémoires fut faite eu 1713 ,