XX NOTICE
curéisme dont S^int-Èvremonc] , son philosophe , lui avoit donné des leçons ; et les exhortations de sa femme, devenue très dévote , ne pouvoient obtenir de lui qu'il songeât à son salut. Il tomba sérieusement malade à l'âge de yS ans. Le roi , qui savoit combien sa foi étoit légère, lui envoya Dangeau pour l'avertir de sa part qu'il étoit temps de penser à Dieu. Grammont, s'apercevant du dessein qui l'amenoit , se tourna du côté de sa femme, et lui dit : Comtesse , si vous ii^ y prenez garde y Dangeau vous escamotera ma conversion. Il releva de cette maladie, et ne s'en crut que plus assuré de son innnortalité. Il finit pourtant par mourir le lo janvier 1707, à l'âge de 86 ans. Il avoit eu de son mariage deux filles; l'une fut abbesse de Poussey en Lorraine, et mourut fort vieille; l'autre épousa le comte de Stafford , et ne laissa point de postérité. Celle-ci, spirituelle comme son père, fut fort liée avec la célèbre lady Marie Wortley Montagne. Hamilton , qui étoit le secrétaire en titre d'office de la famille du comte de Grammont, écrivit, au nom de madame de Stafford, plusieurs lettres en prose et en vers qui se trouvent dans ses OEuvres.
Ninon de L'Enclos a dit, du comte de Grammont, que c'étoit le seul vieillard qui ne fût pas ridicule à la cour; Turenne ne vouloit vivre que pour le voir vieux; l'austère Despréaux lui-même fut subjugué par ses grâces, et fit des vers en son honneur' ; mais nul ne pai'oît avoir senti plus vivement son mérite, et ne l'a plus souvent céléljré queSaint-Evremond : sonadmi-
• FoyezXes OEuvres Je Doîleau (t'clitiou Baiiflouin fjères),loine ui, pr>ge 8r.
SUR IIAMILTON. XXJ
ration vaJLisc[irà renthoiisiasmc, son attachement jusqu'à l'adoration. On en jugera par l'épitapbe suivante qu'il fit bien avant la mort du comte, à telle fin que de raison. Ce sont des vers de Saint-Evremond ; il faut s'attendre à en trouver Jieaucoup de foibles pour quelques uns d'heureux.
Passant , tu vois ici le cointe de Gi ammont , Le héros éternel dii vieux Saiut-Evi'cmond.
Suivre Coudé foute sa vie ,
Et courir les mêmes hasards
Qu'il couroit dans les champs de Mars , Des plus vaillants gueriiers pouvoit faire l'envie.
Veux-tu des talents pour la cour?
Ils égalent ceux de la guerre ;
Faut-il du mérite en amour ?
Qui fut plus galant sur la terre ?
Railler, sans être médisant ;
Plaire, sans faire le plaisant ;
Garder son même caractère ,
Vieillard , époux , galant et père ;
C'est le mérite du héros
Que je dépeins en peu de mots.
Alloit-il souvent à confesse ?
Entendoit-il vêpres , sermon ?
S'appliquoit-il à l'oraison ?
Il en laissoit le soin à la comtesse.
Il peut revenir un Condé ;
Il peut revenir un Turenne ; Un comte de Grammont est en vain demandé :
La nature auroit trop de peine.
Il est curieux de voir quelles louanges Saint-Evrcmond donnoit à son héros, en s'adressant à lui-même . C'est vous qu'on a toujours vu, lui dit-il.
Insolent en j)rospérité , Fort courtois en nécessité , li'âme en fortune liliérale , Aux créanciers pas trop loyale.