XXIJ NOTICE
Il ne lui reproclie que ses trop longues amours pour sa femme, et sa sincère tendresse pour elle.
On voit que presque toujours les grands seigneurs se sont piqués des mêmes agréments. Grammont s'étoit formé à tous ces vices brillants dans le temps de la bonne régence. Dans ce temps, disoit ce même Saint- Evremond ,
Une poliiique indulgente , De notre nature innocente Favorisoit tous les désirs ; Tout goût paroissoit légitime :
La douce erreur ne sappeloit point crime; Les vices délicats se nomnioient des plaisirs.
Jamais parallèle n'a peut-être offert des rapports si frappants et si multipliés que celui du comte de Grammont et du maréchal de Richelieu. Qu'on nous permette d'en indiquer ici quelques uns. Tous deux d'une naissance illustre, ils passèrent leur première jeunesse dans les temps orageux d'une minorité, temps où l'on gouvernoit par l'intrigue et par les plaisirs; tous deux se révoltèrent contre l'autorité provisoire; tous deux bravèrent le ministre qui Texerçoit; et pour tous les deux ce ministre se trouva être un cardinal : l'un et l'autre doués des grâces de l'esprit et du corps, et d'une assurance qui les faisoit encore valoir, contractèrent, à cette époque, ces vices séduisants qu'ils conservèrent, sans être ridicules, jusque dans un âge très avancé, et qui les firent prendre pour modèles par tous les courtisans d'un long règne. Grammont se porta j)our rival de Louis XIV auprès d'une de ses maîtresses; Richelieu enlevoit au régent toutes les siennes, et a sans doute plus d'iuie fois fait payer à
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celles (le Louis XV le prix des bons olïkesreiulus, ou de ceux qu'il pouvoit rendre. Tous deux, chers à leur maître, portèrent dans les opérations de la guerre ce mélange de vivacité et de sang-froid, ce tact facile et rapide qui leur procurèrent plus de succès que n'auroient pu faire une méditation profonde et une expérience consommée. Tous deux furent mariés presque de force; tous deux furent volages et perfides en amour; tous deux, conteurs légers, parleurs aimables, se montrèrent d'une extrême incapacité pour écrire même les choses les plus faciles : enfin, pour terminer ce rapprochement déjà trop long peut-être, chacun d'eux fut constamment l'idole d'un écrivain célèbre qui l'appeloit mon héros, et, si la prodigieuse supériorité de Voltaire sur Saint-Évi-emond nuit un peu à la justessedu parallèle, cette différence est, en quelque sorte, rachetée par la destinée semblable de ces deux auteurs, qui tous deux, pour avoir déplu au gouvernement par la liberté de leurs écrits, se virent obligés de s'exiler, et de passer une longue vie loin du pays qui les avoit vus naître. La plupart des rapports que nous avons saisis entre Grammont et Richelieu sont certainement l'effet du hasard; mais il est permis de croire que les autres sont le résultat de l'imitation, et que, dans un temps où le livre d'Hamilton étoit , comme Chamfort le dit quelque part, le bréviaire de la jeune noblesse, Richelieu se proposa pour modèle les manières agréables et l'amusante légèreté du héros des Mémoires. C'est du moins l'opinion de l'auteur que nous venons de citer. « Richelieu, dit-il, pouvoit « se flatter d'être le meilleur élève du fameux comte