‹ Mémoires du comte de Modène, sur la Révolution de Naples de 1647Chapitre 11 sur 43 · RELATION DU DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

RELATION DU DUC DE RICHELIEU

pouvoir rien faire, puisqu'ib s'approchaient h vue d'oeil de leurs forteresses, il retourna le bord a la mer, lequel fut pris si k propos , qu'après deux heures de nuit toute larmée fut rejointe ; et aussit6t notre Amiral retourna sur le golfe de Naples.

Le i*' janvier {1648).

Notre Amiral fit sa navigation si juste, que le matin les mêmes navires qu'il avait laisses le soir , se trouvèrent sous le vent, proche le golfe de Castel- a-Mare où le vent les avait jetés et refusé l'entrée du fort de Naples. Ce fut pour lors que notre Amiral crut qu'il enlèverait le pavillon d'Espagne, et chacun des vaisseaux ennemis fit ce qu'il put pour se sauver en son particulier.

L'Amiral d'Espagne , demeurant avec quatre de ses vaisseaux , et se voyant vers l'armée de France , le vent en poupe dessus , retrancha un peu de la rodomontade espagnole, et appela, par une quantité de coups de canon , ses galères à son secours : lesquelles allèrent en diligence toutes ensemble pour retirer l'Amiral et les quatre autres navires qui eurent la honte de se voir remorquer , en fuyant, à la vue de leurs forteresses, de toute leur armée navale , de la ville et du peuple de Naples.

Et nonobstant toutes leurs galères , ils auraient été pris ou brûlés , si la nuit survenant , le calme et la brièveté du jour ne leur eût donné lieu de se sauver ; laquelle brièveté l'a sauvé trob fois en ce voyage d'être pris par notre Amiral.

Deux des principaux du peuple étant demeurés à l'Amiral par les mauvais tems qu'il avait fait les jours précédens, s'en retournèrent k Naples, et furent chargés parle duc de Richelieu d'une lettre de créance à M. de

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Guise pour lui remontrer le besoin que l'armée navale avait d'eau , et la nécessité d'en aller chercher si Ton n'en apportait le lendemain de Naples; comme aussi pour savoir s'il ne pourrait faire fournir à notre armée pour un mois de vivres en payant y en cas qu'il fallût qu'elle demeurât encore à Naples, attendu qu'elle nVn avait que pour jusques au dernier jour de janvier , et qu'il lui fallait 24 ou 26 jours de vivres pour sa retraite en Provence.

Le second jour de janvier.

Le matin étant venu, notre Amiral se trouva à une lieue de celui d'Espagne , lequel y bien que mouillé sons les châteaux, ne se trouva pas encore en sûreté, et se fit remorquer par quatre galères jusques à la portée du pistolet de la terre , et entre les deux forts.

Le sieur abbé de Basqui et le père Tomaso de Juliis retournèrent de Naples à l'Amiral, et rapportèrent qu'il y avait grande division entre M. de Guise et le seigneur Gennaro ( Annésé ) ; que leur mauvaise Intelligence avait été cause que l'on n'avait rien entrepris dans la ville contre les ennemis pendant les six jours que nous les avions tenus à la mer ; que les Espagnols fomentaient cette discussion ; que , pour tâcher de se remettre avec le peuple , ils avaient fait couper la tête aux partisans des gabelles de Naples , et publiant partout qu'ils tenaient le Vice-Roi prisonnier, pour lui faire rendre compte des injustices qu'il aurait pu commettre contre le peuple. Le père Tomaso et le sieur abbé de Basqui dirent qu'ils étaient résolus de quitter Naples et de s'en aller à Rome pour chercher quelque remède à ce désordre.

L'on n'envoya de Naples que huit ou dix felouques ,

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chargées d'un tonneau d'eau chacune , pour en fournii:' toute Tarmée, ce qui n'était pas capable d'en entretenir plus d'un vaisseau.

Sur le soir y attendu la nécessité d'eau que Ton avait, et quand même notre armée fût demeurée dans le golfe , elle ne pouvait incommoder les ennemis, qui y étaient toujours sous leurs forteresses. On résolut d'en aller chercher.au lieu le plus près où l'on en pourrait faire; et l'armée 9 après avoir demeuré toute la journée à Pausilippe, à une lieue de Naples, pour tâcher d'obliger les ennemis k regagner leur honneur perdu , tentant la fortune d'un nouveau combat, voyant qu''au lieu de se préparer h une sortie , ils s'approchaient da-^ vantage de terre, notre Amiral, sur le coucher du soleil^ mit le cap vers la bouche du golfe , tant pour allef chercher de l'eau, que pour aller reconnaître deux vaisseaux qui paraissaient sur l'île de Gaprée; Le-sieuc Dumez, Vice- Amiral^ fut envoyé pour les garder la nuit, avec ordre de faire les signaux nécessaires pour donner la route à toute notre armée , et empêcher l'entrée du port aux susdits deux navires.

Le sieur Luigi del Ferro , ambassadeur de France a Naples , s'embarqua sur l'Amiral pour aller à Naples faire ses plaintes de ce que M. de Guise avait fait emprisonner celui qui avait été envoyé au duc de Richelieu par le peuple et le seigneur Gennaro (Annésé), pour sa« voir l'intention du Roi touchant les qualités que ledit duc de Guise voulait prendre.

Le 3* janvier.

Il vint une felouque de Naples qui dit que le peuple avait pris sur les ennemis la tour de l'Annonciade, pour

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«e faciliter le chemin des vivres et la couimanicatioii avec la ville de Saleme , qui tenait pour le peuple.

Il fit calme le malin pendant lequel Tannée ne put sortir hors du goll'e^ et^ sur le soir, le vent s'étaut augmenté , rompit le grand mat d'un de nos brûlots , à qui Vob, envoya une barque longue pour sauver le monde et l'équipage qui était dedans, avec ordre de couler ce brûlot h fond , puisqu'il ne se pouvait sauver saos mât , et qu'il lui eût fallu donner à la côte parmi les eunemis qur n'étaient qu'à une portée de canon de nous 9 de sorte que pour empêcher qu il ne tombât entre leurs mains, on le fît couler à fond a l'entrée de la nuit qui survint avec une furieuse tempête d'un vent qui portait notre armée à terre , et qui l'empêchait de lorlir du golfe, ce qui fit prendre résolution à T Amiral , ne sachant pas où aller , de mouiller l'ancre à Nisida j mais le vent s'étant un peu changé, empêcha notre Amiral de mouiller , pour tâcher de se dégager du golfe et de passer au-dessus de l'ile de Caprée. Comme l'Amiral fut vis-à-vis de cette ile , les vents devenus furieux lui emportèrent ses deux huniers, lui brisèrent tous ses cordaged, et le jetèrent deux fois si près de terre et des rochers , que l'on n'attendait plus que l'heure qu'il touchât et qu'il pérît. Néanmoins, avec les deux basses voiles qui lui restaient, il s'en tira heureusement pendant toute la nuit , que dura la bourasque.

Le 4* jdT^vier.

L'Amiral se trouva le matin dans le golfe de Salerne , avec treize navires seulement, dont l'un , que l'on reconnut être celui du sieur D aimer ac, tira plusieurs coups jde canon pour demander assistance. Sitôt que l'on en put approcher , on sut de lui que son vaisseau avait

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