BELATION DU DUC DÉ RICHELIEU
raprès-dlné^ hait navires de Tarmée pamreat à' la mer, qui rejoignirent TAmiral pendant la nuit*
Le 7.
L'armée se tint toujours bord sur bord, pour tâcher de gagner au vent, et de passer dans les bouches de Boniface (i) entre la Sardaigne et la Corse.
Le duc de Richelieu donna ordre au sieur de Vieu- Marchaisde s'en aller avec sa iPrégate k Porto Longone et Piombino pour avertir tous les vaisseaux qui y pouvaient être en attendant l'armée , de s'en venir à Toulon le plus tôt qu'ils pourraient. Le sieur Luigi del Ferro , ambassadeur de France h Naples^ passa dans ce navire pour aller prendre terre à Piombino , et de là aller à Rome ^ ainsi quMl l'avait résolu.
Le 8.
L'armée fut tout le jour au travers de la Sardaigne par un petit vent contraire , et le sieur Basnault, qui était demeuré à Livourne pour faire remàter son vaisseau, vint rejoindre l'armée. Il dit qu'un coup de vent l'avait séparé vers Montais! (2), d'avec le sieur de Moncrespin, capitaine de l'autre navire qui était demeuré aussi k Livourne, lorsqu'ils venaient chercher l'armée ensemble ; que les vaisseaux portugais qui étaient aussi
(i) Bonifacio est une petite Tille de Pile de Corse , en face de celle de Sardaigne. Elle donne son nom au détroit de Bonifacio, qui sépare les deux iles.
(3) Ou plutôt Monte -Çhristo , Ile de la mer de Toscane, entre celles de Giglio au levant, et de la Pianosa au couchant, & prés de trente milles de la côte du Siennois au midi, et quarante milles de Tile d^Elbe : elle dépend du prince de Piombino, et fait partie de •on Eut.
l6o RELATION DU DUC DE RICHELIEU.
demeurés , s'en étaient retournés du côté de France , et qu'il n'était point arrivé de vivres à Fiombino , ainsi qu'on avait donné ordre à Toulon.
Le 9.
Il fit calme presque tout le long du jour, et quelquesuns de nos navires rattrapèrent l'armée.
Le 10.
L'armée se trouva près de Monte-Christo^ où les courans l'avaient portée; nous eûmes calme jusqu'au soir, qu'il fît un peu de vent, pendant lequel nous fîmes la route vers le cap de Corse.
Le II.
Nous côtoyâmes la Corse jusqu'au cap que Tarmée prit à l'entrée de la nuit. Nous y rencontrflimes un peu de vent et une mer haute , ce qui nous empêcha de faire beaucoup de chemin.
Le 12.
Nous découvrîmes les côtes de Gênes , où l'armée ne voulut pas mouiller y à cause des grands vents qui durèrent jusques au lendemain matin.
Ce qu'il y a de notable en cette affaire, c'est qu'une petite armée ait entrepris un voyage de cette importance en plein hiver , contre une armée beaucoup plus puissante, retirée dans un bon hàvreentre deux grands châteaux et une partie de la ville à sa dévotion, ayant 22 galères , 4a vaisseaux et plusieurs ports dans le golfe de Naples, pour s'y retirer selon les occasions ; et nous, au contraire , n'ayant ni galères > ni retraites , ni port , ni même aucun terrain^ ami ou ennemi, où l'on pût
RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l6l
mouiller ou faire de Feau ; de sorte que nous avons été comraints d'être toujours à la voile dans un golfe , l'un des plus dangereux de la mer Méditerranée, et où le moindre accident qui fut arrivé k nos vaisseaux les fesait peidre sans ressource. Cependant nonobstant toutes ces imximnfiodilés» notre armée y a demeuré dix -sept jours oontiniiellemem à la portée du canon de l'armée ennemie k laquelle elle a Até neuf navires, savoir : cinq brûlés ou coulés à fond à Castel-a-Mare, trois de coulés à fond par suite du combat , et un pris chargé de hLé» Elle a présenté deux fois la bataille aux ennemis, bien qu'avec le désavantage du vent, et qu'ib fussent renforcés de looie leur soldatesque de terre, les a recognés sous leurs forteresses, et leur a fait dire clairement qu'ils n'en voulaient plus tâter. Ils auraient été entièrement perdus ou dissipés, si le peu d'intelligence qui s'est rencontré parmi les chefs du peuple, et l'ambition des particuliers , n'eût causé un engourdissement général en tous les Napolitains , et ne leur eût donné beaucoup plus de pensée de l'avancement des intérêts du particulier, que de ceux du public: ce qui a causé ce manquement d'eau de notre armée , et âté la pensée à ce peuple de se saisir de quelque port pour donner retraite de sûreté à nos navires.
Fait à l'Amiral, ce 25^ jour de janvier 1648.
Le Duc DE RiCHELIBU.
M* ai. Ordonnance pour d'approvisionnement de
Naples.
y février 1648.
Sa Majesté désirant témoigner au très-fidèle peuple de Naples l'affection qu'elle a pour ses intérêts, la 1. II
l62 ORDONNANCE DE LOUIS XIV.
conservation de ses privilèges et rétablissement de sa liberté ^ sur Pavis qai lui a été donné, qu'il manquait de vivfes , a bien voulu que ce peuple flit assisté de ce royaume, quoiqu'il n'y en ait pas une grande abondance^ et, pour cet effet, a permis et permet k tons marchands de venir charger des blés sur plusieurs vaisseaux, les sortir de ses ports de Provence et d'ailleurs pour les transporter dans le royaume de Naples, h la charge de les livrer à ceux qui tiennent le parti du très-fidèle peuple ; et afin que les marchands le puissent faire avec plus de sûreté, il leur est enjoint de prendre l'occasion du départ de notre armée navale pour en être escortés , sans que les susdits marchands puissent être troublés ni empêchés en ce trafic, sous prétexte des défenses de sortir des grains hors du royaume, portées par les déclarations de Sa Majesté et arrêts du Conseil, auxquels elle a dérogé; pour ce, priant la Reine régente, sa mère, possédant et exerçant la charge de grand - maître , chef et intendant - général de la navigation et commerce de France, de donner son attache à tenir la main à l'exécution des présentes.
Mandons et ordonnons aux gouverneurs des provinces, officiers de l'amirauté, capitaines de vaisseaux, et tous autres à qui il appartiendra , de laisser jouir de la présente permission tous les marchands napolitains et français qui se présenteront pour cet effet. Et k cette ^n, ces présentes seront lues et publiées, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.
Paris^ ce 7 février iÇ48,
N* 22. Lettre du roi de France^ Louis XIV ^ à des chefs du peuple napolitain.
Paris, ai février 1648.
Envoyant k Naples le sieur Duplessis-Besançon , conseiller de mon Conseil-d'État, maréchal de mes camps et armées , et gouverneur de notre ville et château d'Auxonne (i), pour agir en mon nom aux circonstances qui pourraient se présenter pour le bien de ladite ville et du royaume , j'ai voulu prendre l'occasion de vous Élire cette lettre , de l'avis de la Reine régente, Madame ma mère , pour vous témoigner le gré que je vous sais du bon service que vous avez rendu jusqu'ici dans la glorieuse entreprise de délivrer votre patrie des oppressions intolérables des Espagnols , et vous exhorter à continuer avec la même vigueur de courage, dans l'assurance de ma protection et bonne volonté , et que je j^'ëpargnerai aucune dépense pour vous donner moyen de venir a bout des ennemis, sans avoir en cela autre visée ni intérêt particulier que la seule gloire de procurer votre liberté \ et me remettant du surplus ^ audit sieur Duplessis , je prie Dieu, etc.
N* 23. Lettre du Roi au duc de Guise.
21 février 1648* Mon Cousin,
Comme j'étais sur le point de faire partir pour Naples le sieur Duplessis-Besançon pour l'objet qu'il vous dira, ^ sieur de Taillade est arrivé, et m'a rendu la lettre par laquelle vous me donnez part de l'élection qui a été
(0 Vilk de Bourgogne, anjonrd'hai département de la côted^Or.
l64 LETTRE DE LOUIS XIY.
Élite de votre personne pour dac de la république napolitaine. J'ai été bien aise d'apprendre cette nouyelle qui est une marque particulière de la satisfaction que le peuple a de vous, et de l'estime qu'il en fait avec raison. Il ne manque à mon contentement que de voir les avantages qui vous arrivent plus solidement établis , ce qui ne pouvant bien être que les Espagnols ne soient hors du royaume, ou au moins hors des postes qu'ils occupent dans la principale ville, vous devez être assuré que je ne laisserai rien en arrière de tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous donner moyen de les en chasser et de rehausser votre gloire et votre mérite auprès des Napolitains. La générosité avec laquelle vous avez exposé votre personne k travers tant de périls, et Tafifection que je vous porte, sont deux motifs si puissans sur moi pour m'y convier fortement, que quand je n'aurais pas d'ailleurs l'intérêt que j'ai de voir un si bel état hors du pouvoir de mes ennemis, ils seraient seuls su£Ssans pour m'obliger à vous assister autant que vous me téAoignez en avoir besoin ; sur quoi me remettant et sur toutes les autres choses au sieur Duplessis-Besançon, que j'ai trèsparticulièrement informé de mes intentions, et après TOUS avoir assuré de ma bonne volonté , je prie , etc.
Nota. Cette minute porte en marge : Il ne faut point «nettre k la subscription la qualité de duc de la république.
IN*" â4« Lettre du Roi au duc Carlo Brancaccio.
Même date.
Monsieur le duc Carlo Brancaccio ,
Envoyant k Naples le sieur Duplessis-Besançon , copseiller, etc. , pour l'objet qu'il vous communiquera, je
LETTRE DI LOUIS XIT. l65
Tai ckargé de i^oua voir de ma part ^ et de toqs rendre cette lettre qiieje youe écris, de Favis de la Reine , etc., poar TOUS assurer de mon affection et de Testime particuUire que je fais de votre mérite et de toute yotre maison. Elle n'a pas été traitée de sorte par les Espagnols, qu'ils nous aient obligé à avoir dans ces conjonctares d'autres sentimens que de ceux de voir votre patrie délivrée de leur oppression* Je sais combien vous pouvez, pMT le crédit que votre naissance et vos vertus vous oit acquis, et par vos bons conseils , coopérer à la perfeetiem de ce grand œuvre ; je vous y exhorte par votre gloire et par les assurances que je vous donne de ma benevolonté et de ma reconnaissance; et me remettant ^ SKrpIns an siemr Dnplessis-Besançon , h qui vous donnerez confiance pour tout ce qu'il vous dkra de ma pwt, jo prie Dieu , etc.
N* ^5. Du Roi au sieur jénnésé.
Capitaine Gennaro Annésé,
Envoyamt k Naples le sieur Duplessis-Bêsam^on , etc., pour l'objet qu'il vous communiquera, j'ai voulu vous faire eette lettre de l'avis de la Reine , etc. y pour vous assurer particulièrement de mon affectionet du souvenir qne je conserve de la façon que vous avez agi dans le générevx dessein de délivrer votre patrie de l'oppression intolérable des Espagnols. Il faut pousser jusqu'au bom, et avec vigueur, votre belle entreprise, qui rendra votre nom glorieux à toute la postérité , et vons devez être assuré, et tons ceux qui y sont engagés, qu^ je contribuerai volontiers en tout ce qui sera de mon pouvcHT, pour la faire réussir, sans autre but que de
iGti LETTB£ D£ LOUIS XIV.
procurer la liberté au royaume ; et me remettant du surplus au sieur Duplessis-Besanqoa, etc.
N"" 26. Du Roi au cardinal Fihmarino^ à diaples.
Paris, 24 féTrier 1648.
Mon Cousin y
Je ne doute pas que comme bon pasteur yons n'a jez ressenti une douleur extrême de lliorrible cama^ qui s'est fait a vos îeux de yos brebis j et qu ajant tant de zèle et de cbaleur pour le bien de votre troupeau et pour la consenration des peuples que Dieu a comaais k votre conduite spirituelle, vous n'ayez beaucoup de joie d'apprendre que je leur ai accordé ma protection royale. Aussi , dans la résoluticm que fai prise de la assister de tout mon pouvoir, ils auront désormais bien peu à craindre la continuation des oppressions et des violences intolérables des Espagnols ; et cependant fai bien voulu, dans cette occasion où vous avez tant d^intéréty vous faire cette lettre, de l'avis de la Reine régente. Madame ma mère , pour vous assurer de mon affection , et vous dire que mon intention n'est pas qu'il soit en rien dérogé ni changé en la subjection et dépendance ancienne qu'a le royaume de Naples , du Saint* Siège ; comme aussi que sil y a quelque chose a faire qui dépende de moi , soit pour assurance de votre personne , ou de ce qui vous appartient , soit pour le maintien de la juridiction ecclésiastique, je m'emploierai avec grand plaisir k l'un et à l'autre, et vous témoignerai, en mon particulier , dans toutes les rencontres, iKHvJ>ien je vous estime , et considère votre qualité et vptre vei'tu. C'est de quoi vous aurez des assurances plus
précises par le siear.DupIessis de Besançon, conseiller , etc. y lequel étant bien informé de mes bons sentimcns pour votre personne , s'expliquera sur ce sujet , s'il vous plaît de lui donner votre confiance entière, et je prie Dieu, etc.
N* 27. Du Roi au duc de Guise.
27 février 1648.
Mon cousin , bien que j'aie chargé de mes ordres le sieur Duplessis de Besançon, maréchal de mes camps, etc., et qu'il doive partir bientôt, de même que le sieur de Taillade que vous m'avez dépêché^ s'en retourne avec les réponses aux lettres que vous m'avez écrites , ayant jugé que le sieur Tilla , votre secrétaire , les pourrait devancer , j'ai été bien aise de vous témoigner par celle-ci que je vous écris de l'avis de la Reine régente, Madame ma mère, combien j'ai eu de satisfaction d'apprendre que vous ayez été élu duc de la république napolitaine, et que le peuple ait montré par-là l'estime qu'il fait de votre personne. J'aurais, etc.
Cette lettre est une répétition de celle que l'on a lue plus haut ( n" 23).
N* 28. Lettre du duc de Guise à la Reine Mère
Régente (i).
Madame ,
J'avais toujours espéré de la bonté de Votre Majesté, qu'hazardant ma vie, lui conquérant des provinces, lui
(1) Cette lettre et la suivante sont imprimées dans les Mémoîres^ de madame de Motteville* Amsterdam , 1750 , II, iSy et sni?.