‹ Mémoires du comte de Modène, sur la Révolution de Naples de 1647Chapitre 7 sur 43 · RELATION DU 3 AOUT · texte numérisé non relu

RELATION DU 3 AOUT

Cependant je donnerai toujours les avis que j'aurai , tant h Piombino et Gività-Veccliia, où Ton enverra les prendre quand Farmée passera auprès, qu'en mer, des felouques qui seront dépêchées pour cela , suppliant M. le duc de Richelieu (i) et M. le grand-prieur (2) de faire la même chose, et de nous tenir avertis de tout ce que l'armée fera, et de tous les desseins qui se prendront.

Présentement il vient d'arriver des avis de Sicile et de Naplës, qui portent que le peuple de Païenne a chassé les Espagnols , et se veut mettre en république ; qu'à Catanes et en quelques villes de Sicile et du royaume de Naples, \i Cosenzaet k Gatanzaro (3), on a crié la liberté; c'est pourquoi il ne faudra pas oublier d'envoyer vers ces quartiers-là , pour savoir si cela est vrai , et essayer d'en tirer quelque avantage.

Un homme , qui m'était venu trouver de la part de ceux de Naples , partira demain matin pour s'en retourner. Si d'aventure il était pris par quelque barque française, vous le ferez mettre sur-le-champ en liberté; il prendra le nom de Saint-Paul ; il va pour porter ma réponse , et espère être de ceux qui viendront traiter avec vous. Vous n'y prendrez d'autre confiance que

(i) ArmaDd-Jean da Plessis, par substitution au nom et «us armes du cardinal de Richelieu, son grand-oncle^ était né le 5 octobre 1629, de François de Vignerot, II» du nom , marquis du Pontcourlajr, et de Marie "Françoise de Gueroadeuc. Il a^ait perdu son père le a6 janvier 1646, et lui avait succédé dans la charge de général des galères , n^ay an t pas dix-sept ans. (Dict. delà noblesse, parla Chenaye-Desbois. Paris , 1776, XI, 365.)

(a) Le commandeur des Gouttes , grand -prieur d'Auvergne. (3) Ce sont deux villes de Calabre, Gosenza , capiule de la citérieure, et Gatanzaro, résidence du gouvemenr de Tultérieure.

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selon ce qu'il tous dira, et Be ferez que ce vous jugerez à propos; car je ne le connais pas, et n'ai nulle assurance de lui.

Je vous supplie de me mander qui demeurera dans Piombino pour commander en votre absence , et quel nombre d'hommes vous y laisserez ; car c'est une chose très-importante que de la laisser en bon état. ( Sans signature.)

N** 3. Lettre du duc de Guise au cardinal Mazarin.

Rome (i), 7 octobre 1647.

Monsieur y

Le sieur de Viviers rendra compte au Roi et à vous du sujet de son voyage. Son instruction contient tout ce que je puis écrire ; c'est pourquoi , Monsieur , me remettant k lui et à ce qu'elle contient , il ne me reste qu'à vous témoigner le désir extrême que j'ai d'être , Monsieur ,

Votre très-affectionné serviteur ,

Le duc de guise.

P. S* Je vous envoie un mémoire de ce qui a été embarqué sur les vaisseaux espagnols que le grand-duc a eus de Naples.

(i) La copie manuscrite dit Naples*^ mais le dac de Gaise n^arriva à Naples qae le i5 noyembre. Cette note fait voir seulement ^u'tl ft'agil ici des affaires de Naples.

N** 4- Lettre du cardinal M azar in au duc de Guise.

7 octobre 1647. '

Monsieur ,

Leurs Majestés (i) ont extrêmement loiié votre zèle , lorsque je leur ai rendu compte de Taffaire dont M. votre frère le chevalier (2) m'a entretenu de votre part ; voyant qu'en quelque lieu que vous soyez , le bien de leur service est toujours votre principale application.

Mais dans la rencontre dont il s'agit, elles croient ne pouvoir mieux correspondre à votre affection , quVn modérant cette généreuse ardeur qui vous porte k leur en vouloir donner des témoignages si périlleux pour vous, et k prodiguer une personne de votre considération.

Et en mon particulier) je répondrais mal à Tlionneur de votre amitié et me démentirais moi-même dans la profession que je fais d'être votre très-humble serviteur , si je ne vous en représentais librement , en cette occasion , ce que je crois être de votre plus grand avantage, qui sera , je m'assure , approuvé de tous vos amis et de vous-même quand vous y aurez réfléchi.

Je prendrai donc la confiance de vous dire en peu de paroles, que si ce que vous proposez était en tel eut que vous pussiez être assuré d'y réussir, je serais

(1) La reine mère Anne d^Autriche, veuve de Lonis XIII , et son fils Louis XIV, qui n^avait alors que neuf ans.

(3) Roger de Lorraine, chevalier de Malte, né le ai mai i6^ , avait servi an si^ede Gravelines » en 1644* (La Gheoaye-Desbois , Vn,58o.)

LETTRE DU CARDINAL MAZARIN. Il5

le premier à vous conseiller de l'entreprendre» et Leurs Majestés seraient ravies de vous en faciliter l'exécution, Don-seolement pour les avantages qui en reviendraient a cet Etat , mais aussi pour lea vôtres propres que je vous puis assurer qui leur sont très-chers \ et vous devez tenir pour constant qu'en ce cas , on vous donnerait toutes les assistantes possibles , sans vous laisser manquer de quoi que ce soit qui put dépendre d'ici.

£t dès à présent on écrit à M. le bailli de Valençaî qui est dans l'armée navale du Roi , afin qu'il essaie dç vous servir suivant les avis qu'il aura de vous ; et au lien que l'on hésitait à entretenir cet hiver des vaisseaux armés , on a résolu déterminément de faire cette dépense.

Mais à dire le vrai, il ne semble pas que le fruit soit encore mùr; et si la prudence veut qu'avant de traiter d'afikiresavec un particulier, on considère ses sûretés, à plus forte raison les doit-on bien prendre avant que de s'engager avec une populace inconstante qui change du soir au matin.

Et Leurs Majestés ont d'autant plus d'intérêt à ne pas souffrir que vous vous sacrifiiez ainsi, que tout le blâme du mal qui vous pourrait arriver, rejaillirait sur elles, n'j ajant aucun qui crût qu'une personne qui tient le rang que vous tenez dans ce royaume, n'aurait eu garde de s'embarquer sans leur ordre dans une entreprise de cette nature ; quoique cette considération ne les touche pas si forteikient que celle de votre sûreté.

Enfin il vaut beaucoup mieux ne point tenter les cboseSy que de les bazarder et de les manquer ; et quand «ojeurd'hui vous n'iriez point à Naples , il n'y va ni de votre réputation, ni de celle de cette couronne ; mais si vous vous y engagez^, et que vous n'y réussissiez pas » I. 8

Il4 LETTBE DU CARDINAL MAZARÏN.

c'est se décrier sans doute , et il en peut arriver beau-* coup de préjudice à Tun et k l'autre.

C'est pourquoi je vous supplie de tout mon cœur de bien examiner toutes choses avec M. Tambassadeur , lequel ayant de son côté des négociations sur le même fait, vous peut donner beaucoup de lumières pour les résolutions que vous aurez à prendre, vous conjurant au surplus de recevoir la franchise avec laquelle je vous écris f pour une marque certaine de la sincère et cordiale passion avec laquelle je suis, etc.

P. 4$. Il est encore une considération qui m'oblige à vous conjurer de bien prendre vos mesures, qui est qu'outre le péril de votre personne si ce peuple venait une fois k vous offenser par quelque violence (comme c'est chose qui n'est que trop k craindre dans le tumulte et l'agitation continuelle oà il est) , il se persuaderait alors aisément de ne se pouvoir plus fier de la France ni de vous ; et les Espagnols ne manqueraient point d'en prendre avantage pour le porter ( désespéré qu'il serait de toute prétention) à s'accommoder avec eux.

W 5. Articles proposés par les députés de la ville de NapleSj à don Juan d'Autriche, (i)

Le ai octobre 1647.

<^ue don Juan d'Autriche continue tout ce qui a ^éjk été accordé au peuple par le vice-roi;

(1) Don Jaftn d'Autriche, fils natnrel da roi d'Espagne Philippe IV et d'une comédienne oommée Marie Caldërona, était né ik Madrid en s6«9; il avait donc alors 18 ans. Son père TaTait fiommé gr&nd-prienr de Castille, et l'envoya, en 2647, pour commander les troupes. (Biogr. nniv., XXII , 85.)

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