ARTICLES PROPOSES A DON JUAN
Qu'il soit permis au peuple de faire deux ch&teaux dans la ville pour sa s&reté ;
Qu'il ne soit point obligé de désarmer ;
Que l'armée navale , le vice roi , le visiteur et tous les gens de guerre s'en aillent dans vingt-quatre heures et que don Juan demeure seul pour gouverner ;
Que tons les prisonniers que les Espagnols ont faits sur le peuple , soient mis en liberté ^
Qu'enfin tous ceux qui l'ont trahi , et qui se sont retirés dans les châteaux , leur soient livrés pour en faire justice.
N° 6. Lettre du marquis de Fontenay à Gennaro Annésé, capitaine-général du peuple de Naples.
Rome, 2a octobre 1647.
Le père Jean -Thomas de Juliis que vous m'avez envoyé, m'a rendu les manifestes et imprimés que vous lai avez baillés, et m'a dit la charge qu'il avait, dont je me sois extrêmement réjoui , voyant par Ik que le peuple de Naples veut enfin penser sérieusement k se délivrer de la tirannie des Espagnols , sur quoi je me suis aussitôt résolu de dépécher ledit père à M. le duc de Richelieu y qui commande l'armée navale du Roi, afin qu'apprenant par lui-même l'état auquel vous vous trouvez, et le désir que vous avez d'être assisté des armes de France , il f&t davantage obligé de faire toute la diligence qui se pourra pour vous faire bientôt ressentir des effets de la protection de Leurs Majestés. Je ▼DUS pais assurer que le Roi et la Reine sont tellement dbpMés k vous donner tous les secours dont vous aurez besoin, qu'aussitôt que je leur eus donné avis des premiers mouvemens arrivés dans votre ville, ils com«
Il6 LETTRE DU MABQUIS DE FONTENAY.
mandèrent que Farmée s*en vint à Piombino, où elle a demearé plus d*un mois, attendant de voud si yons n'en auriez pas besoin , et qai dans le Toyage qu'elle y a encore fait depuis quelques jours y a levé deux fois Fâticre pour prendre la route de Naples ; mais le mauvais tems l'ayant retenue , il semble que c'a plutôt été afin ^'elle n'y allât point sans y être appelée» que non pas pour TOUS manquer au besoin, yous priant de croire , comtiie je vous en répond^ par celle-ci , que ledit sieur duc de Richelieu a des ordres très -exprès de procurer votre liberté par toutes sortes de voies , et de vous aider k prendre l'établissement qu'il vous plaira et que vous jugerez le plus convenable pour le bicfn et avantage de votre ville et de tout le royaume ensemble.
N^ 7. M. de Fontenay à la république de Naples.
Rome , 3o octobre 1647.
Messieurs ,
Par la lettre que je vous écrivis le 28 de ce mois et «que je donnai k don Giacomo Gallo , je yous renouvelai les assurances que vous aviez déjà eues par mes précédentes , des bonnes intentions du Roi et de la Reine pour le repos de votre ville et de tout le royaume. C'est, Messieurs y ce que j'ai pensé vous devoir confirmer par celle-ci , et vous dire comme j'ai reçu avec nne joie extrême les deux lettres que vous m'avez envoyées, et les nouvelles de la résolution que vous avez prise de recourir k la protection de Leurs Majestés , laquelle n'ayant jamais été refusée k pas un de ^ttx qui en ont en besoin , vous sera sans doute d'au-
LETTRE DU MARQUIS Dl^ FONTENAT. 121
tant plus volontiers départie , que le Roi y est dayantage obligé pour l'affection que tous lui avez mouirée en cette occasion , et pour la confiance que vous avez prise en la puissance de ses armes victorieuses. Vivez donc^ je vous prie, en toute sûreté de ce câlé'là , et soyez certains que la France n'épargnera rien de tout ce qui sera nécessaire pour vous délivrer de la tirannie des Espagnols , vous mettre en liberté de prendre telle forme de gouvernement qu'il vous plaira , et changer le siècle de fer dans lequel vous avez jusqu'ici vécu en un vrai siècle d'or; vous assurant. Messieurs , qu'en conséqueiice de cela, j'ai encore aujourd'hui dépéché un Courier à M. le duc de Richelieu , afin de l'avertir de tout ce qui se passe, et que laissant en arrière toutes^ antres choses , de quelque importance qu'elles puissent être , il aille vous secourir le plus promtement qu'il se pourra, à quoi n'ayant garde de manquer, puisqu^il sait bien que c'est la chose du monde que Leurs Majestés passionnent le plus , je vous proteste aussi qu'en mon particulier je n'omettrai jamais aucunes diligences que je jugerai nécessaires pour vous servir et vous faire paraître que je suis véritablement etc.
N^ 8. Lettre du roi (de France^ Louis XIV)^ au
duc de Richelieu.
Mon cousin , l'état présent des affaires de Naples m'obligeant de contribuer de tout ce qu'il me sera possible au soulagement et à là liberté des peuples quisouffrent de grandes violences de la part du vice-roi et du général commandant l'armée navale d'Espagne qui les a attaqués par la voie des armes , j'ai jugé à propos de faire avancer mon armée navale à la vue de
leur ville» pour être promt h leur secours s'ils en ont besoin. Sur quoi je vous écris celle-ci par l'avis de la Reine régente^ Madame ma mère, pour vous dire que Vous ayez & porter sans aucun retardement , et à vous acheminer avec Vos vaisseaux et galères à la vue de Naples , tant pour faire tout ce qui est contenu dans le pouvoir que je vous adresse » que pour exécuter tout ce que vous verrez dans une lettre particulière de mon cousin le cardinal Mazarin an sieur bailli de Valençai. Vous aurez donc à déférer entièrement à ses conseils et k ceux du commandeur des Gouttes , grand-prieur d'Auvergne, lesquels sont de leur côté informés de mes intentions. Et m'assurant que vous ferez en une occasion si importante , tout ce que je dois attendre de votre courage et de votre prudence , je prierai Dieu qu'il vous ait , mon cousin , en sa sainte garde.
N** 9. Lettre de M. de Brienne {i) au duc de
Richelieu.
3 novembre 1647.
La lettre que je vous écrivis , il y a deux jours , par l'ordinaire , vous aura été aussitôt rendue que celle-ci ; et vous ayant déjà mandé que vous sauriez^ par les lettres de Mgr* le Cardinal^ les intentions de Leurs Majestés qu'il a pris la peine de vous expliquer, j'ajouterai seulement un mot pour accompagner la lettre et le pouvoir du Roi, et vous dire qu'étant suffisamment instruit de
(1) Henri- Auguste de Loménie , comte de Brieune, ne à Paris en 1594» ministre des affaires étrangères, auteur de mémoires estimes.
lETTBE DE H. DE BBIENNE. 1 19
toates 1108 affaires y je n'ai qu'à vous prier de vous ap* pliqaer k l'exécution, et à nous faire savoir par tous les ordinaires 9 ce qui se passera, aiSn de soulager Tinquié^ tude qu'auront Leurs Majestés de l'événement d'une affaire ai importante au bien de leurs sujets. Vous aurez les occasions assez favorJables de faire paraître vos bonnes qualités. Pour moi , je les publierai ici avec joie, dès que vous aurez fait quelque grande action j digne de votre nom ^ car je veux vous témoigner que je suis etc.
N** 10. Lettre du cardinal Mazarin (i) ûti duc de
Richelieu.
5 novembre 1647»
Le Roi ayant appris ce qui se passe à Naples depuis- Tarrivée de don Juan d'Autriche > qui se prévalant de la confiance dans laquelle vivaient les peuples sur la foi de l'accommodement qui avait été arrêté entre le duc d'Arcos et eux , les a attaqués à Timproviste , menaçant de mettre cette opulente ville à feu et k sang^ Sa Majesté qui, jusque-lk, n'avait point voulu se mêler à toutes ces divisions qu'autant que les peuples lui en témoigneraient le désir y n'ayant pas même voulu faire paraître son armée navale sur ces côtes-là de toute cette année, a résolu enfin, voyant que le besoin ne peut être plus pressant , de ne pas tarder davantage k Ty envoyer sous le commandement de M. le duc de Richelieu, pair de France, et général de ses
(1) Il est clair que c^esl la lettre auuoncëe par la précédente » quoique le nom du cardinal ne soit pas sur le manuscrit.
gatères, poiuroflSrir ras6urance de cette oourottDe à ces peuples, et les garantir ainsi de i'oppression que les Espagnols Teulent leur faire subir. Kt d'autant qu'il pourrait arriirer que lesdits pei:q!>les , pour leur bien et pour leur s&reté , prissoit la résolution de se soustraire entièrement k la domination Espagnole , et de faire lacclamation d'un nouveau iRoi qui pourrait être Sa Majesté, qui a déjà tant de droits et de justes prétentions sur le royaume , ou un pranœ de la famille Royale à qui Sa Majesté céderait volontiers ses droits et prétentions 9 et accorderait sa protection et celle de la France contre toute sorte d'ennemis, ou enfia tout autre prince qu'ils aviseront pour leur plus grand avantage; sadite Majesté a donné et donne par la présente , plein pouvoir au sieur duc de Richelieu , de traiter, à son nom, avec lesdits peuples, ou ayantcharge d'eux , arrêter et conclure les conditions tant
de ce qui regarde la motion d'un Roi (i), que de
tout ce qui peut échoir à négocier avec lesdits peuples sur cette affaire et sur toutes les autres, pi'Omettant foi et parole de Roi, de tenir, observer, confirmer , ratifier dans le tems promis , et exécuter ponctuellement et sur tous les points tout ce généralement dont ledit sieur Duc et lesdits Peuples , ou ayant-charge d'eux, auront conclu ensemble : et pour marque de la volonté de Sa Majesté , elle a signé les présentes de sa propre main , et fait cacheter de son sceau et contre-signer par moi son secrétaire d'Etat etc. En cas de maladie ou de légitime empêchement dudit sieur Duc, sadite Majesté donné les mêmes pou-
(i) On n'a pa déchiffrer quelques mois.
voir et autorité de traiter et conclure sur les mêmes objets auxdits sieurs commandeur des Gouttes et bailli de Valençai conjointement , ou h l'un d'eux en l'ab* sence de l'autre , et promet de ratifier et exécuter lesdites conventions comme si elles avaient été faites . par ledit sieur Duc.
N** 1 1. Lettre de M. de Brienne [i) à M. te bailli
de Valençai.
Monsieur y
Par Tordinaire qui partit avant hier , je tous écrivis un mot fort succinctement des intentions de Sa Majesté pour faire retourner l'armée navale k la mer , et me remettais à ce que vous en avait mandé Mgr. le Cardinal , qui ayant différé de deux jours le départ du Courier^ j'ai reçu commandement de tous adresser la lettre du Roi portant ordre de faire le voyage avec M. le duc de Richelieu , et de l'assister de vos conseils. Et comme vous aurez une longue lettre de Son Eminence qui contiendra ce qu'ont de particulier les intentions de Leurs Majestés, et que vous verrez aussi ce qui est contenu au pouvoir de M. le duc de Richelieu, je n'ai rien de plus à vous écrire; seulement vous prier de nous donner avis de ce qui se passera ^ car on sera ici en inquiétude des événemens jusques à ce qu'on apprenne ce qu'on s'en doit promettre. Leurs Majestés ont une grande confiance en vous, et s'assurent sur votre bonne conduite. Pour moi, je continuerai, Monsieur, à vous dire que je suis etc.
(i) Je supplée ce nom qai ne se trouve pas daus le manuscril, mais qu^annonce le n^ 8.
N*" 12. Lettre du Roi à M. le grand -prieur
d'Auvergne.
Paris, 3 novembre 1647*
Monsieur le grand-prieur d'Auvergne, plusieurs coQ' sidératîons m'ayant fait désirer que mon armée navale retourne à la mer sur les côtes de Naples , pour être prête au secours de ceux qui en auront besoin , j'ai mande à mon cousin le duc de Richelieu, de partir incontinent avec mes vaisseaux et galères. Je vous écris aussi cette lettre pour vous dire que vous ayez k faire le voyage avec mon cousin , et à Fassister de vos bons conseils dans l'exécution des affaires qui seront de mon service; et sachant que vous y avez, Monsieur, une grande affection , je veux croire que vous me la témoignerez en cette rencontre, et je prierai Dieu qu'il vous ait, M. le grand-prieur d'Auvergne, en sa sainte garde.
N** 1 3. Une pareille lettre a été adressée pair le Roi
à M. le bailli de Valençai.
N^ i/|. Lettre du cardinal M azàr in au grand-prieur.
5 novembre 1647*
Monsieur ,
Vous verrez parla lettre du Roi, que Sa Majesté désire d'être servie de votre personne au voyage qu'elle a commandé de faire à*M. le duc de Richelieu, avec toute l'armée navale aux côtes de Naples ; et comme il y a lieu de s'en promettre quelque grand fruit , je ne
doute pas que vous ne soyez bien aise d'y contribuer pour avoir part à la gloire qui s'y peut acquérir. Je prendrai ici volontiers le soin de ce qui regardera vos intérêts en telle sorte que vous soyez de plus en plus persuadé que je suis etc.
N° 1 5. Lettre du duc de Guise au cardinal Mazarin.
Naples^ 17 novembre 1647. (1)
Monsieur y
Ma présence ayant été jugée nécessaire pour maintenir le peuple de Naples, et par Monsieur votre frère le cardinal , et par Monsieur l'ambassadeur , je bazardai de passer en felouque au milieu de toute Tarmée d'Espagne ; et enfin y malgré la chasse que j'ai eue un jour et une nuit , de cinq galères, je suis heureusement arrivé , mais seul, toutes les autres barques n'ayant pu passer avec moi. J'ai trouvé tout ici dans un désordre et une telle confusion, que sans une puissante assistance, il est difficile de pouvoir réussir. J'ai été reçu dans un applaudissement merveilleux ; et enfin , quelque peine qu'il y ait à régler les choses , j'espère de réussir heureusement, pourvu que votre excellence ait la bonté de m'assister puissamment et de me faire l'honneur de m'aimer et me croire comme je suis passionnément etc.
Le duc DE GuisB.
(i) Cest le jour même que le dac de Guise débar((tta à Naples»
12^ LETXAK DU CA&OmÂI HA^iRIN*
N^ i6. Le cardinal Mazarin à M. le duc de Guise.
29 novembre i647.
Monsieur ,
Je reçus hier par votre courîer la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire du 3o octobre ^ où vous me donnez part du choix que MM. de Naples ont fait de vous pour commander leur armée ; et le même Courier m'a appris que vous vou&^ étiez depuis embarqué sur des felouques qu^ils vous avaient envoyées pour vous y rendra. Comme aucun de yos serviteurs n'aurait été assez hardi pour vous conseiller d'exposer votre personne aux hasards qu'elle y peut courir en beaucoup de façons, aussi , sachant que vous avez pris^ de vous-même, cette généreuse résolution, on ne peut que se promettre de grands succès pour le bien de ces peuples et pour l'avantage delà France , de voir les affaires en de si bonnes mains , et un chef de votre qualité et de votre courage, k la tête de leurs troupes. Pour mon particulier , vous pouvez être assuré , Monsieur , que quand le service du Roi ne s'y rencontrerait pas comme il fait j voire personne m'est assez chère , et votre seul intérêt est assez considérable pour m'obliger k contribuer de tout mon pouvoir k vous faire donner toutes les assistances possibles de cette couronne , et vous fournir les moyens d'acquérir beaucoup de gloire. Vous avez commencé a «entir les effets de cette vérité à Par* rivée de l'armée navale , et la connaîtrez chaque jour de plus en plus. Cependant je vous prie de prendre entière confiance k MM. le bailli de Valencai et l'abbé
LETTRE »U CAKDINAL MAZAKIN. 1^5
de Saint-Nicolas (i), comme vous pourriez la prendre en moi-même. Ils sont chargés de tous assister et soulager autant qu'il sera en eux , et je suis certain qu'ils s'en acquitteront arec beaucoup de zèle , et que leur serrice ne vous sera pas inutile en des affaires qui sont^ de soi 9 trés-ëpinenses.
N® 1 7. Lettre du roi de France au peuple de Naples.
29 novembre 1647.
Nous arons aussitôt ordonné Ji notre cousin le duc de Ricbelieu y pair de France et général de nôtre armée navale^ que même, sans attendre aucun de no^ yaissieaux et de itos galères qui ne pourraient pas surle-champ se reoiettre k la mer, pour avoir été maltraités de la tempête dans le dernier voyage , il se rende sans perdre de tems , ayec le plus grand nombre de vaisseaux qu'il pourra sur tos côtes y et fasse suivre le reste aussitôt après , n'ayant pas voulu qu'il différât son départ jusqu'à ce que toute f armée f&t en état, de crainte que les ennemis ne profitassent de cet intervalle de tems pour vous serrer de plus près ^ et incommoder le passage de vos vivres par la mer que nous nous promettons que notre cousin rendra bientôt libre^ et pourra TOUS assister en tout ce que vous trouverez bien de l'employer pour votre serTÎce.
(i) Henri Arnaud, abbé de Saint-Nicolas, depuis ëvêtfae d*Angers. CTétait le fils de Tavocat et Je frère du docteur en théologie. J*n parlé plus haut de ses méinoirês , Imprimés en 1748.
Et comme nous avons informé (la lettre est interrompue en cet endroit. La suivante commence d'une manière si brusque , qu'elle pourrait bien n'être que la suite de la première. Toutefois, comme en les réunissant, le sens n'en paraît pas très- clair , on a préféré àe les laisser séparées comme dans les minutes }.
Et notre armée , sous la conduite de notre cousin , sur les instances que nous voyons que vous en faites par ladite demande du 26 octobre, afin que vous puissiez en être assistés en tout ce que vous trouverez bon de les employer , nos galères et le reste de nos vaisseaux étant demeurés à. parce que nous avons jugé
qu'ils vous seraient inutiles , et qu'après la retraite en Espagne de l'armée ennemie , le nombre que nous vouç en envoyons suiEra pour nettoyer entièrement la mer, et vous la rendre libre , en cas que les ennemis y eussent laissé quelques forces pour secourir les cliàteau3( et incommoder le passage de vos vivres. Ainsi nos galères et vaisseaux se tiendront toujours prêts et en état de se rendre près de vous au premier mot que vous leur manderez d'en avoir besoin.
Et comme nous avons informé tout particulièrement le marquis de Fontenay , notre ambassadeur à Rome, de tous les bons sentimens que nous avons pour ce qui vous regarde, nous vous prions d'ajouter une entière confiance à tout ce qu'il vous fera savoir et dirç de notre part , comme vous le pourriez faire à nousmême , et en son absence, de donner aussi même confiance au bailli de Valençai et abbé de Saint-Nicolas , conseillers de notre conseil d'état , qui auront le soin des mêmes affaires, et pouvoir d'en traiter conjointement ou séparément, selon qu'ils se trouveront. Nous nous remettons donc du deuil de toutes choses
LETTRE DE lOUIS XIV. 12J
fiodit marqaîa de FonteDay, auxdits bailli et abbé, par le moyen desquels ledit ambassadeur vous fera paraître de plus en plus l'ardeur qu'il a pour votre bien et avantage , nous fesaut part de ses bons avis et sentimens; et nous nous contenterons de vous assurer qu'en tout ce qui se passe y nous n'avons autrebut ni désir, que celui de votre plus grande satisfaction ^ de quelque fi^çon qu'elle se rencontre et de voir en sûreté vos vies et vos biens, qui étaient l'objet de la convoitise de nos ennemis. Comme aussi qu'ayant recours à la protection de notre couronne » vous pouvez demeurer certains qu'elle ne vous manquera , et que son assistance sera proportionée k tous vos besoins; et que nous vous manderons sincèrement les conseils que nons jagerons les plus utiles pour votre conservation , grandeur et félicité^ priant Dieu qu'il vous ait , mes chera et grands amis, en sa sainte et digne garde.
N° 18. Le Roi au peuple de Naples,
ag novembre 1647.
Louis, etc. Mes chers et grands amis, nous avons eu, il y a long-tems, grand sentiment des vexations insupportables que nous apprenions que vous fesaient souffrir les ministres et officiers du roi d'Espagne , et nous aurions dès-lors contribué volontiers de tout notre pouvoir à vous en délivrer, si nous n'avions appréhendé que vous-mêmes n'eussiez pu imputer à ambition ou désir de nous agrandir et d'étendre notre domination , ce qui 9 en effet, neùt procédé que d'un pur mouvement de tendresse , et de la compassion que nous avions de vos maux* C'est la seule raison qui noua a empêché de
128 LETTRE DE lOUIS XIV.
prendre plutôt part à ce qui s'est passé dans le mois d« juillet entre tous et le duc d'Arcos , nous étant contenté de faire tenir la mer toute la dernière, campagne à notre armée navale y afin qu'elle pût accourir plus pronuement à votre secours , en cas que voua ïj eussiez appelée , sans vouloir jamais la faire paraître autrement en vos côtes , de crainte qu'il ne vous put tomber dans la pensée que nous eussions dessein de nous prévaloir de vos diversions. Mais ayant appris, par te manifeste que vous avez fait imprimer le .17 octobre , le manquement de foi qu'ont commis les ministres d'Espagne k tous les accommodemens que vous aviez faits avec ledit duc d' Arcos , et que lorsque vous viviez dans une pleine confiance de l'exécution de vos traités y on vous a attaqués à l'improviste, et essayé de mettre votre grande et opulente ville k feu et à sang , sans distinction d'âge ni de sexe, ce qui vous avak obligés d'implorer l'assistance de tous Rois et potentats dans un si pressant besoin , et depuis de recourir , par votre déclaration du 26 du même mois, à la protection de notre couronne , qui n'a jamais manqué aux opprimés, nous sommes facilement entrés dans vos intentions et votre nécessité^ et avons , de l'avis de la Reine régente, approuvé de ratifier la promesse qui vous a été faite de notre part par le marquis de Fontenay, <:on«eiller de notre conseil d'Etat, et notre ambassadeur extraordinaire près de notre Saint Père le Pape?, que nous vous secourrions de tout notre ptjpvoîr, et assisterions de toutes les forces de notre royaume, sans prétendre autre avantage que la gloiredans le public, et le mérite près de vous d'avoir procuré votre liberté, et de «vouay maintenir, c'est-à-dire avec la dépendance accoutumée au Saint Siège apostolique, ne doutant pas qifé
ce ne soit votre dessein d^ persévérer toujours y et même avec plus de démonstration de votre part qu'il ne vous a été permis d'en faire paraître pendant que vous étiez sous la domination de la couronne d'£spagne. Nous avons ordonné aussitôt k notre cousin, le duc de Richelieu y pair de France et général de notre armée navale, de se rendre en vos côtes avec ladite armée, pour vous délivrer de l'oppression que vous fesait celle des Espagnes. Mais il est arrivé que ceux qui la commandaient, ayant su la diligence que la nôtre ap* portait pour remettre à la voile ^ ont abandonné votre porty de crainte de pouvoir être engagés k un combat , et ainsi nous avons été privés de la satisfaction que nous eussions eue de défaire à vos ieux nos ennemis et les vôtres , comme nous avions lieu de l'espérer de la protection visible que Dieu , qui voit la sainteté de nos intentions pour le bien public , donne continuellement i nos armés. Nous avons pourtant cru ne devoir pas tarder à vous envoyer plusieurs vaisseaux , et pour cet efièt, nous ordonnâmes aussitôt à notre cousin, le duc de Richelieu , pair de France et général de notre armée navale , de remettre promtement à la mer bon nombre de nos vaisseaux pour aller tenter de vous délivrer de l'oppression que vous fesait l'armée des ennemis, et vous assister en tout ce que vous trouverez bon de l'employer pour votre service. Il n'eut pas plutôt mis à la voile, qu'il fut accueilli d'une si furieuse tempête, qu elle mit presque tous ses vaisseaux hors d'état de naviguer ^ mais la passion qu'il savait que nous avions de vous servir, l'obligeant k surmonter tout obstacle , le fit résoudre de laisser k Livoume et à Porto-Longone ceux qui avaient été plus maltraités de la mer , et &e rendre sur vos côtes avec le reste , quoique pour
lOO lEtTRE DE LOUIS XIV.
lors bien informé du nombre qu'avaient les ennemis. Vous avez été témoins oculaires de ce qui s'est passé , et comme quoi la disparité des forces n a pas empêché que notre dit cousin n'ait chaque jour offert le combat, et fait tous efforts possibles pour le donner; qu'il n'ait pris , brûlé on coulé k fond dix vaisseaux des ennemis , et qu'il ne soit entièrement demeuré maître du cbatnp de bataille jusqu'à ce que , faute d'abri^ dans une saison si orageuse , il fut pris d'un grand coup de vent, près de Sardaigne, qui dispersa tous ses vaisseaux et les }eta en pleine mer sans qu'ils pussent gagner Porto- Longone , où il leur avait donné rendez-vous à dessein de retourner à la charge aussitôt qu'il y'aurait fait eau , dont il commençait un peu à manquer. Cet accident nous a d'autant plus touchés que nous nous étions promis de voir promlement votre mer nettoyée des forces ennemies. £t pendant que nous travaillons incessamment pour achever le dessein qui vous sera utile , et que nous fesons radouber h grande hâte tous nos vaisseaux pour retourner en plus grand nombre avec nos galères dans le mois prochain , nous avons jugé à pro* pos de vous dépêcher en toute diligence le sieur du Plessis Besançon , conseiller en notre Conseil d'État , maréchal de nos camps et armées y et gouverneur de notre ville et château d'Âuxonne , pour vous assurer plus particulièrement de la continuation de notre protection et de notre bienveillance, pour communiquer à notre cousin , le duc de Guise, les pensées que nous jivons là-dessus , l'assister de ses conseils et consulter avec lui et avec vous les moyens de vous délivrer des Espagnols , et établir si solidement votre bien et votre liberté , de manière qu'ils ne puissent plus être ébranlés à l'avenir. Nous nous remettons donc du détail de tomes
LETTRE DU MARQUIS DE FONTENAY. l3l
choses audit siear du Piessis Besançon , a qui nous vous prions de donner une entière confiance comme tous le pourriez faire k nous-mêmes , l'ayant tout particulièrement instruit de tous nos senlimens et intentions ; et nous nous contenterons de vous assqrer qu'en tout ce qui se passe, nous n'avons d'autre but, etc.
N* 1 9. Lettre du marquis de Fontenay, au cardinal
Mazarin.
La dépêche de M. de Fontenay , que Ton déchiffre tant qu'on peut , est pour donner ayis au Roi que le conseil des douze de la Tille de Naples , à qui tout le peuple a fait serment, a dépêché un gentilhomme à M« de Fontenay pour lui dire qu'ils étaient résolus de se donner au Roi, s'il voulait s'obh'ger de les maintenir dans leurs privilèges, assurant que toutes les autres villes du royaume suivraient l'exemple de Naples.
Ils demandent que l'on fasse promtement avancer l'armée navale pour les aider k se défendre des Espagnols quand ils feront la déclaration.
Je n'ai pas voulu différer cette nouvelle à Votre Éminence.
N* 20. Pouvoirs donnés par le Roi à MM. de Fontenay s baiUi de VaUnçai, et Abbé de Saint- Nicolas.
5o novembre 1647.
Le Roi ayant appris par le manifeste du très-fidèle peuple de Naples, du i^^ du mois passé, en quelles misères et désolations l'avait réduit don Juan d'Autriche qui, se prévalant de la oonfiaace dans laquelle vivait
l32 POUVOIRS DONNÉS PAR LOriS XÎV.
Jedit peuple sur la foi des accommodemens arréiés avec le duc d'Arcos^ les a attaqués k l'improviste, avec les forces des châteaux et de l'armée navale , et fait toutes 4sortes d'efforts pour mettre cette grande et •opulente ville à feu et k sang ^ et ayant aussi vu par le même manifesteooimne ledit peuple très-fidèle implore dans le pressant besoin qu'il en a , Fassistance de tous les Bois, Princes et Pot«ntats de la chrétienté^ Sa Majesté , touchée de compassion de leurs maux y et k Texemple des Rois ses prédécesseurs , d'immortelle mémoire ) qui ont toujours été le r-efuge et l'appui plus, certain ^des innecens opprimés^ a résolu d'accorder audit .peuple très-fidèle son assistance et protection royale^ sans autre objet ni intention que de procurer la sûreté de leurs vies et de leur liberté , et de les garantir de la violente oppression qui leur est .faite parles Espagnols: et pour cet effet, de l'avis de la Reine régente sa mère , elle a donné et donne plein ^pouvoir et autorité aux sieurs marquis de Fontenay, conseiller en ses conseils et son ambassadeur extraordinaire à Rome^ bailli de Valençai, commandeur de 4'ordre de Sainte Jean-de- Jérusalem, et Abbé de ^saint Nicolas; pour, conjointement et séparément, en l'absence les uns des autres, traiter en son nom avec le 'très-fidèle peuple de Naples ou t^eux -qui auront charge tl'eux, négocier, arrêter et conclure les conditions qui seront jugées à propos, réservant toutefois la reconnaissance et obéissance due au Saint Siège, leur donner promesse et assurance de la protection de cette Couronne, et de son assistance envers tous et contre tous^ et généralement traiter de toutes sortes d'affaires qui pourront regarder ledit peuple fidèle et ledit royaume de Naples , signer aToe «ux tels traités ^ articles dont
KSCAnON DU DUC DE RICHELIEU. 1 35
il 8er% convenu , de même que si Sa Majesté y était présente en personne \ promettant Sadite Majesté en foi et parole de Roi y d'observer et d'exécuter fidèlement tout ce qui aura été ainsi conclu, arrêté et signé entre ksdits commissaires, on Fun d'iceux, et ceux qui seront choisis de la part du peuple , confirmer et ratifier le tout dans le tems qui aura été promis : et pour marque de la volonté de Sadite Majesté , elle a signé la présente de sa propre main , fait cacheter de son seean séeret, et contre signer par son conseiller secrétaire d'État, de ses commandemens et finances..
Fait k Paris , sous le sceau du secret, le So** jour de novembre 1647.
Nota. 11 faudra deux pouvoirs tout semblables, l'un pour M. le marquis de Fontenay, l'autre pour MM* de Valençai et Âbbé de saint Nicolas.
N* 20. Suite de la relation du duc de Richelieu, sur l'expédition de l'armée navale à Naples,
trois cables , et avait été démâté par un abordage de son mât de beaupré et de son mat de misaine^ que le navire> nommé le Saint-Paul , ayant perdu tous ses ancres et câbles , à la réserve d'un, avait été contraint, pour s'empêcher de faire naufrage et de donner sur des rochers dont il était fort près, de couper tous ses mâts; et qu'il y avait dans le port de Porlo-Ferrajo un vaisseau qui se disait Flamand, que l'on croyait être chargé pour l'armée d^Espagne. Sur quoi le doc de Richelieu
(1) Le eommencement manque.