RELATION DU 5 AOUT
facilité de se fortifier le permettrait , pour donner chaleur à ceux qui voudraient faire des nouveautés ; car ce peuple et la noblesse étant irréconciliables, et les Espagnols ne pouvant contenter tous les deux partis, on pourra sans douie espérer d'en avoir de son côté, et de porter la guerre par ce moyen-là dans le royaume, afin de le rendre, au moins pour un tems , inutile aux Espagnols.
Que si cela manquait encore , et que les Heus dont on se pourrait saisir , ne se pussent pas aisément maintenir; on croit que si M. d'Estrades, avec les mille hommes du régiment de Languedoc, qui viendront bientôt de Provence , jugeait avoir assez de forces pour faire entreprise de Porto Ercole (i) , ce serait une chose trèsutile, et qui semblerait à cette heure moins difficile qu'en aucune autre saison, cette place ne pouvant être aujourd'hui secourue d'aucun endroit, et tous les avis que nous avons assurant que la garnison y est trèsfaible.
L'on estimerait ce dessein plus avantageux que tout autre qu'on pût proposer, pour les raisons susdites; mais encore attendu que c'est celui de tous qui éloignerait le moins de Naples où il faut , et toujours , tendre , et avoir son but principal , comme le coup mortel des Espagnols : ce qui ne se fait pas dans un tems , se pouvant faire dans un autre; car les défiances qui sont aujourd'hui à Naples , ayant toujours été en augmentant depuis le commencement de la révolte, si elles ne sont pas encore à leur période, il ne serait pas impossible qu'elles n'y fussent bientôt après.
(1) Petite ville de Toscane, à une lieue au sud d'Orbiiello. Il y a un bon château et un port presque rempli, défendu par deux forts.
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110 BtLATlON DU 5 AOUT lO/f^.
Cependant je donnerai toujours les avis que j'aurai , tant a Piombino et Civita-Vecchia, où l'on enverra les prendre quand l'armée passera auprès, qu'en mer, des felouques qui seront dépêchées pour cela, suppliant M. le duc de Richelieu (i) et M. le grand-prieur (2) de faire la même chose, et de nous tenir avertis de tout ce que l'armée fera , et de tous les desseins qui se prendront.
Présentement il vient d'arriver des avis de Sicile et de Naples, qui portent que le peuple de Palerme a chassé les Espagnols , et se veut mettre en république ; qu'à Catanes et en quelques villes de Sicile et du royaume de Naples, li Cosenzaet à Calanzaro (3), on a crié la liberté; c'est pourquoi il ne faudra pas oublier d'envoyer vers ces quartiers-là , pour savoir si cela est vrai , et essayer d'en tirer quelque avantage.
Un homme , qui m'était venu trouver de la part de ceux de Naples , partira demain matin pour s'en retourner. Si d'aventure il était pris par quelque barque française, vous le ferez mettre sur-le-champ en liberté; il prendra le nom de Saint-Paul*, il va pour porter ma réponse , et espère être de ceux qui viendront traiter avec vous. Vous n'y prendrez d'autre confiance que
(i) Armand- Jean du Plessis , par substitution au nom et aux armes du cardinal de Richelieu, son grand-oncle,, était né le 3 octobre 1629, de François de Vignerol, 11^ du nom , marquis du Pontcourlay, et de Marie "Françoise de Gueraadeuc. Il avait perdu son père le a6 janvier 1646, et lui avait succédé dans la charge de général des galères, n^ajant pas dix-sept ans. (Dict. delà noblesse, parla Chenaye-Deshois. Paris, 1776, XI, 365.)
(2) Le commandeur des Gouttes , grand -prieur d'Auvergne.
(3) Ce sont deux villes de Calabre, Cosenza , capitale de la cilérieure, et Catanzaro, résidf^nce du gouverneur de Tultérieure.
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selon ce qu'il vous dira, et ne ferez que ce vous jugerez a propos; car je ne le connais pas , et n'ai nulle assurance de lui.
Je vous supplie de me mander qui demeurera dans Piombino pour commander en votre absence, et quel nombre d'hommes vous y laisserez ; car c'est une chose très-importante que de la laisser en bon état. ( Sans signature, )
IN"* 3. Lettre du duc de Guise au cardinal Mazarin.
Rome (1), 7 octobre 1647.
Monsieur,
Le sieur de Viviers rendra compte au Roi et à vous du sujet de son voyage. Son instruction contient tout ce que je puis écrire; c'est pourquoi , Monsieur , me remettant k lui et a ce qu'elle contient, il ne me reste qu'à vous témoigner le désir extrême que j'ai d'être , Monsieur ,
Votre très-affectionné serviteur ,
Le duc de GULSE.
P. S. Je vous envoie un mémoire de ce qui â été embarqué sur les vaisseaux espagnols que le grand-duc a eus de Naples.
(i) La copie manuscrit e dit Naples-^ mais le duc de Guise n'arriva à Naples que le i5 novembre. Celle note fait voir seulement 4|u'il s'agit ici des affaires de Naples. '
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N" 4. /.é'/Zr^ ^M cardinal Mazarin au duc de Guise.
7 octobre 1647.
Monsieur ,
Leurs Majestés (i) ont extrêmement loué votre zèle , lorsque je leur ai rendu compte de Taffaire dont M. votre frère le chevalier (2) m'a entretenu de voire part; voyant qu'en quelque lieu que vous soyez, le bien de leur service est toujours votre principale application.
Mais dans la rencontre dont il s'agit, elles croient ne pouvoir mieux correspondre a votre affection, qu'en modérant cette généreuse ardeur qui vous porte à leur en vouloir donner des témoignages si périUeujt pour vous, et à prodiguer une personne de votre considération.
Et en mon particulier , je répondrais mal à l'honneur de votre amitié et me démentirais moi-même dans la profession que je fais d'être votre très-humbie serviteur, si je ne vous en représentais librement, en cette occasion , ce que je crois être de votre plus grand avantage, qui sera , je m'assure, approuvé de tous vos amis et de vous-même quand vous y aurez réfléchi.
Je prendrai donc la confiance de vous dire en peu de paroles, que si ce que vous proposez était en tel état que vous pussiez être assuré d'y réussir, je serais
(0 La reine mère Anne d'Autriche , veuve de Louis XIII et 8on fils Louis XIV, qui n'avait alors que neuf ans.
(a) Roger de Lorraine, chevalier de Maltç, né le 21 mai 1624, \U,ZT'''^^^'^' Gravelines, en .644. (La Chenajre-Dcsbois,
LETTRE nu CARDINAL JIAZARIX. 11 3
le premier à vous conseiller de l'entreprendre, eit Leurs Majestés seraient ravies de vous en faciliter l'exécution, non-seulement pour les avantages qui en reviendraient a cet Etat , juais aussi pour les vôtres propres que je vous puis assurer qui leur sont très-chers ; et vous devez tenir pour constant qu'en ce cas, on vous donnerait toutes les assistances possibles , sans vous laisser manquer de quoi que ce soit qni pût dépendre d'ici.
Et dès à présent on écrit à M. le bailli de Valencai qui est dans l'armée navale du Roi , afin qu'il essaie de vous servir suivant les avis qu'il aura de vous ; et au lieu que l'on hésitait a entretenir cet hiver des vaisseaux armés, on a résolu délerminément défaire cette dépense.
Mais à dire le vrai, il ne semble pas que le fruit soit encore mûr; et si la prudence veut qu'avant de traiter d'affairesavec un particulier, on considère ses sûretés, à plus forte raison les doit-on bien prendre avant que de s'engager avec une populace inconstante qui change du soir au matin.
Et Leurs Majestés ont d'autant plus d'intérêt ià ne pas souffrir que vous vous sacrifiiez ainsi, que tout le blâme du mal qui vous pourrait arriver, rejaillirait sur elles, n'y ayant aucun qui crût qu'une personne qui tient le rang que vous tenez dans ce royaume, n'aurait eu garde de s'embarquer sans leur ordre dans une entreprise de cette nature 5 quoique cette considération ne les touche pas si fortement que celle de votre sûreté.
Enfin il vaut beaucoup mieux ne point tenter les choses, que de les bazarder et de les manquer; et quand aujourd'hui vous n'iriez fK>int à Naples, il n'y va ni de votre réputation , ni de celle de cette couronne ; mais si vous vous y engagez , et que vous n y réussissiez pas , I. 8
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\l\ LTîTTRl!: DU CARDINAL MAZARIN.
c'est se décrier sans doute , et il en peut arriver beaucoup de préjudice à Tua et a l'autre.
C'est pourquoi je vous supplie de tout mon cœur de bien examiner toutes choses avec M. l'ambassadeur , lequel ayant de son côté des négociations sur le même fait, vous peut donner beaucoup de lumières pour les résolutions que vous aurez à prendre, vous conjurant au surplus de recevoir la franchise avec laquelle je vous écris , pour une marque certaine de la sincère et cordiale passion avec laquelle je suis, etc.
P. S, Il est encore une considération qui m'oblige à vous conjurer de bien prendre vos mesures, qui est qu'outre le péril de votre personne si ce peuple venait «ne fois à vous offenser par quelque violence (comme <;'esl chose qui n'est que trop à craindre dans le tumulte et l'agitation continuelle où il est) , il se persualierait alors aisément de ne se pouvoir plus fier de la France ni de vous; et les Espagnols ne manqueraient point d'en prendre avantage pour le porter ( désespéré qu'il serait de toute prétention ) à s'accommoder avec
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eux.
N** 5, Articles proposés par les députés de la ville de NapleSj à don Juan d* Autriche, (i)
Le 21 octobre 1647.
-Que don Juan d'Autriche continue tout ce qui a déjà été accordé au peuple par le vice-roi;
(ï) Don Juan d'Autriche, fils naturel du roi d'Espagne Philippe IV et d'une comédienne nommée Marie Caldérona, éuit né à Madrid en «6^9; il avait donc alors 18 ans. Son père Tavaii nommé gr&nd-prieur de Castille, et l'envoya, en i647) pour commander les troupes. (Biogr. uni?., XXII , 85.)
ARTICLES PROPOSÉS A DON JUAN. Il5
Qu'il soit permis au peuple de faire deux châteaux dans la ville pour sa sûreté ;
Qu'il ne soit point obligé de désarmer ;
Que l'armée navale, le vice roi , le visiteur et tous les gens de guerre s'en aillent dans vingt-quatre heures et que don Juan demeure seul pour gouverner ;
Que tous les prisonniers que les Espagnols ont faits sur le peuple , soient mis en liberté ;
Qu'enfin tous ceux qui l'ont trahi , et qui se sont retirés dans les châteaux, leur soient livrés pour en faire justice.
N** 6. Lettre du marquis de Fontenay à Gennaro Annéséj capitaine-général du peuple de Naples,
Rome, 22 octobre 1647.
Le père Jean-Thomas de Juliis que vous m'avez envoyé, m'a rendu les manifestes et imprimés que vous lui avez baillés , et m'a dit la charge qu'il avait , dont je me suis extrêmement réjoui , voyant par là que le peuple de Naples veut enfin penser sérieusement à se délivrer de la tirannie des Espagnols , sur quoi je me suis aussitôt résolu de dépêcher ledit père à M. le duc de Richelieu, qui commande l'armée navale du Roi , afin qu'apprenant par lui-même Tétat auquel vous vous trouvez, et le désir que vous avez detre assisté des armes de France , il fût davantage obligé de faire toute la diligence qui se pourra pour vous faire bientôt ressentir des effets de la protection de Leurs Majestés. Je vous puis assurer que le Roi et la Reine sont tellement disposés a vous donner tous les secours dont vous aurez besoin, qu'aussitôt que je leur eus donné avis des premiers mouvemens arrivés dans votre ville, ils cora-
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