‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 13 sur 100 · LETTRE DU MARQUIS DE FONTENAY · texte numérisé non relu

LETTRE DU MARQUIS DE FONTENAY

mandèrent que Tarmëe s'en vînt à Piombino, où elle a demeuré plus d'un mois, attendant de vous si vous n'en auriez pas besoin , et qui dans le voyage qu'elle y a encore fait depuis quelques jours , a levé deux fois Fancre pour prendre la route de Naples ; mais le mauvais tems l'ayant retenue , il semble que c'a plutôt été afin qu'elle n'y allât point sans y être appelée, que non pas pour vous manquer au besoin, vous priant de croire , comme je vous en réponds par celle-ci , que ledit sieur duc de Richelieu a des ordres très -exprès de procurer votre liberté par toutes sortes de voies , et de vous aider a prendre l'établissement qu'il vous plaira et que vous jugerez le plus convenable pour le bien et avantage de votre ville et de tout le royaume ensemble.

N 7. Af. de Fontenay à la republique de Naples.

Rome , 3o octobre 1647.

Messieurs ,

Par la lettre que je vous écrivis le 28 de ce mois et que je donnai à don Giacomo Gallo , je vous renouvelai les assurances que vous aviez déjà eues par mes précédentes , des bonnes intentions du Roi et de la Reine pour le repos de voire ville et de tout le royaume. C'est , Messieurs , ce que j'ai pensé vous devoir confirmer par celle-ci, et vous dire comme j'ai reçu avec une joie extrême les deux lettres que vous m'avez envoyées , et les nouvelles de la résolution que vous avez prise de recourir k la protection de Leurs Majf stés , laquelle n'ayant jamais été refusée à pas un de ceux qui en ont eu besoin , vous sera sans doute d'au-

LETTRE DU MARQUIS DE FOxNTENAY. 121

tant plus volontiers départie , que le Roi y est davantage obligé pour l'affection que vous lui avez montrée en cette occasion , et pour la confiance que vou« avez prise en la puissance de ses armes victorieuses. Vivezr donc, je vous prie, en toute sûreté de ce côlé-lk , et soyez certains que la France n'épargnera rien de tout ce qui sera nécessaire pour vous délivrer de la tirannie des Espagnols , vous mettre en liberté de prendre telle forme de gouvernement qu'il vous plaira, et changer le siècle de fer dans lequel vous avez jusqu'ici vécu en un vrai siècle d'or; vous assurant, Messieurs, qu'en conséquence de cela, j'ai encore aujourd'hui dépéché un Courier à M. le duc de Richelieu , afin de l'avertir de tout ce qui se passe, et que laissant en arrière toutes autres choses , de quelque importance qu'elles puissent être , il aille vous secourir le plus promtement qu'il se pourra, à quoi n'ayant garde de manquer, puisqu'il sait bien que c'est la chose du monde que Leurs Majestés passionnent le plus , je vous proteste aussi qu'en mon particulier je n'omettrai jamais aucunes diligences que je jugerai nécessaires pour vous servir et vous faire paraître que je suis véritablement etc.

M** 8. Lettre du roi (de France , Louis XI V)^ au

duc de Richelieu.

Mon cousin , l'état présent des affaires de Naples m'obligeant de contribuer de tout ce qu'il me sera possible au soulagement et a la liberté des peuples quisouffrent de grandes violences de la part du vice-roi et du général commandant l'armée navale d'Espagne qui les a attaqués par la voie des armes , j'ai jugé à propos de faire avancer mon armée navale à la vue de

îl

*l^ LETTRE DE LOUIS XfV.

Jeur ville, pour être promt à leur secours s'ils en ont besoin. Sur quoi je vous écris celle-ci par l'avis de la Reine régente. Madame ma mère, pour vous dire que vous ayez à porter sans aucun retardement , et à vous acheminer avec vos vaisseaux et galères à la vue de Naples , tant pour faire tout ce qui est contenu dans le pouvoir que je vous adresse, que pour exécuter tout ce que vous verrez dans une lettre particulière de mon cousin le cardinal Mazarin au sieur bailli de Valençai. Vous aurez donc à déférer entièrement à ses conseils et a ceux du commandeur des Gouttes, grand-prieur d'Auvergne, lesquels sont de leur côté informés de mes intentions. Et m'assurant que vous ferez en une occasion si importante , tout ce que je dois attendre de votre courage et de votre prudence , je prierai Dieu, qu'il vous ait, mon cousin , en sa sainte garde*

N^ 9. Lettre de M. de Brienne (1) au duc de

Richelieu.

3 novembre 1647^

La lettre que je vous écrivis , il y a deux jours , par l'ordinaire, vous aura été aussitôt rendue que celle-ciet vous ayant déjà mandé que vous sauriez, par les lettres de Mgr. le Cardinal, lesintentions de Leurs Majestés qu'il a pris la peine de vous expliquer, j'ajouterai seulement un mot pour accompagner la lettre et le pouvoir du Roi , et vous dire qu'étant suffisamment instruit de

(0 Henri-Augusie de Lomënie, comte de Brienne, né à Paris en 1694, ministre des affaires étrangères, auteur de mémoires estimés.

LETTRE DE M. DE BRIEJVNE. I ig

toutes nos affaires, je n'ai qu'à vous prier de vous appliquer à l'exécution, et à nous faire savoir par tous les ordinaires, ce qui se passera, afin de soulager l'inquiétude qu'auront Leurs Majestés de Févénemenl d'une affaire si importante au bien de leurs sujets. Vous aurez^ les occasions assez favorables de faire paraître vos bonnes qualités. Pour moi , je les publierai ici aveë joie, dès que vous aurez fait quelque grande action , digne de votre nom j car je veux vous témoigner que je suis etc.

]N° 10. Lettre du cardinal Mazarin {1) au duc de

Richelieu,

3 novembre 1647.

Le Roi ayant appris ce qui se passe à Naples depuis l'arrivée de don Juan d'Autriche, qui se prévalant de la confiance dans laquelle vivaient les peuples sur la foi de l'accommodement qui avait été arrêté «între le duc d'Arcos et eux , les a attaqués à l'improviste , menaçant de mettre cette opulente ville à feu et à sang-, Sa Majesté qui, jusque-là, n'avait point voulu se mêler h toutes ces divisions qu'autant que les peuples lui en témoigneraient le désir , n'ayant pas même voulu faire paraître son armée navale sur ces côtes-là de toute cette année, a résolu enfin, voyant que le besoin ne peut être plus pressant , de ne pas tarder davantage à l'y envoyer sous le commandement de M. le duc de Richelieu, pair de France, et général de ses.

(1) Il est clair que c^est la lettre auuoucée par la précédente ^ <|uoi({ue le nom du cardinal ne suit pas sur le manuscrit.

galères, pour offrir lassurance de cette couronne à ces peuples, et les garantir ainsi de l'oppression que les Espagnols veulent leur faire subir. Et d'autant qu'il pourrait arriver que lesdits peuples , pour leur bien et pour leur sûreté , prissent la résolution de se soustraire entièrement à la domination Espagnole , et de faire l'acclamation d'un nouveau Roi qui pourrait être Sa Majesté, qui a déjà tant de droits et de justes prétentions sur le royaume, ou un prince de la famille Royale k qui Sa Majesté céderait volontiers ses droits et prétentions, et accorderait sa protection et celle de la France contre toute sorte d'ennemis, ou enfin tout autre prince qu'ils aviseront pour leur plus grand avantage; sadile Majesté a donné et donne par la présente , plein pouvoir au sieur duc de Richelieu , de traiter, a son nom, avec lesdils peuples, ou ayantcharge d'eux , arrêter et conclure les conditions tant

de ce qui regarde la motion d'un Roi (i), que de

tout ce qui peut échoir a négocier avec lesdits peuples sur cette affaire et sur toutes les autres, promettant foi et parole de Roi, de tenir, observer, confirmer , ratifier dans le tems promis , et exécuter ponctuellement et sur tous les points tout ce généralement dont ledit sieur Duc et lesdits Peuples , ou ayant-charge d'eux, auront conclu ensemble : et pour marque de la volonté de Sa Majesté , elle a signé les présentes de sa propre main , et fait cacheter de son sceau et contre-signer par moi son secrétaire d'Etat etc. En cas de maladie ou de légitime empêchement dudit sieur Duc, sadite Majesté donne les mêmes pou-

(i) On n'a pu déchiffrer quelques mot?.

voir et autorité de traiter et conclure sur les mêmes objets auxdits sieurs commandeur des Gouttes et bailli de Valençai conjointement , ou à l'un d'eux en l'absence de l'autre , et promet de ratifier et exécuter lesdites conventions comme si elles avaient clé faites par ledit sieur Duc.

IN« 11. Lettre de M. de Brienne {i) à M. le bailli

de ValençaL

Monsieur ,

Par l'ordinaire qui partit avant hier , je vous écrivis un mot fort succinctement des intentions de Sa Majesté pour faire retourner l'armée navale à la mer , et me remettais à ce que vous en avait mandé Mgr. le Cardinal , qui ayant différé de deux jours le départ du courier , j'ai reçu commandement de vous adresser la lettre du Roi portant ordre de faire le voyage avec M. le duc de Richelieu , et de l'assister de vos conseils. Et comme vous aurez une longue lettre de Son Eminence qui contiendra ce qu'ont de particulier les intentions de Leurs Majestés, et que vous verrez aussi ce qui est contenu au pouvoir de M., le duc de Richelieu, je n'ai rien de plus à vous écrire 5 seulement vous prier de nous donner avis de ce qui se passera ; car on sera ici en inquiétude des évéaemens jusques à ce qu'on apprenne ce qu'on s'en doit promettre. Leurs Majestés ont une grandtfHonfiance en vous, et s'assurent sur votre bonne conduite. Pour moi, je continuerai, Monsieur, k vous dire que je suis etc.

(i) Je supplée ce nom qui ne se trouve pas daus le minuseril, mais qu^annonce le n^ 8.

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]N° 12. Lettre du Roi à M. le grand -prieur

d'Auvergne,

Paris, 3 novembre 1647.

Monsieur le grand-prîeur d'Auvergne, plusieurs con,sîdératîons m'ayant fait désirer que mon armée navale retourne à la mer sur les côtes de Naples , pour être prête au secours de ceux qui en auront besoin , j'ai mandé à mon cousin le duc de Richelieu , de partir incontinent avec mes vaisseaux et galères. Je vous écris aussi cette lettre pour vous dire que vous ayez a faire le voyage avec mon cousin , et à l'assister de vos bons conseils dans Texécution des affaires qui seront de mon service; et sachant que vous y avez, Monsieur, une grande affection , je veux croire que vous me la témoignerez en cette rencontre, et je prierai Dieu qu'il vous ail , M. le grand-prieur d'Auvergne , en sa sainte garde.

iN° i3. Une pareille lettre a été adressée par le Roi à M, le bailli de Valençai,

W i/j. Lettre du cardinal M azar in au grand-prieur,

3 novembre 1647.

Monsiei^,

Vous verrez par la lettre du Roi, que Sa Majesté désire d'être servie de votre personne au voyage qu'elle a commandé de faire à M. le duc de Richelieu , avec toute l'armée navale aux côtes de Naples ; et comme ii y a lieu de s'en promettre quelque grand fruit, je ne

doute pas que vous ne soyez bien aise d'y contribuer pour avoir part k la gloire qui s'y peut acquérir. Je prendrai ici volontiers le soin de ce qui regardera vos intérêts en telle sorte que vous soyez de plus en plus persuadé que je suis etc.

N° 1 5. Lettre du duc de Guise au cardinal Mazarin,

Naples, 17 novembre 1647» (0

Monsieur ,

Ma présence ayant été jugée nécessaire pour maintenir le peuple de Naples, et par Monsieur votre frère le cardinal , et par Monsieur l'ambassadeur , je bazardai de passer en felouque au milieu de toute l'armée d'Espagne 5 et enfin , malgré la chasse que j'ai eue un jour et une nuit , de cinq galères, je suis heureusement arrivé , mais seul, toutes les autres barques n'ftyant pu passer avec moi. J'ai trouvé tout ici dans un désordre et une telle confusion , que sans une puissante assistant ce , il est difficile de pouvoir réussir. J'ai été reçu dans un applaudissement merveilleux ; et enfin , quelque peine qu'il y ait a régler les choses, j'espère de réussir heureusement, pourvu que votre excellence ait la bonté de m'assister puissamment et de me faire l'honneur de m'aimer et me croire comme je suis passionnément etc.

Le duc OE Guise.

(i) Cest le jour même que !e duc de Guise de1>arqua à Naples*

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N° i6. Le cardinal Mazarin à M. le duc de Guise.

29 novembre 1647.

Monsieur ,

Je reçus hier par votre courîer la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire du 3o octobre , où vous me donnez part du choix que MM. de Naples ont fait de vous pour commander leur armée ; et le même courîer m'a appris que vous vous étiez depuis embarqué sur àes felouques qu'ils vous avaient envoyées pour vous 7 rendre. Comme aucun de vos serviteurs n'aurait été assez hardi pour vous conseiller d'exposer votre personne aux hasards qu'elle y peut courir en beaucoup de façons, aussi , sachant que vous avez pris, de vous-même, cette généreuse résolution , on ne peut que se promettre de grands succès pour le bien de ces peuples et pour l'avantage delà France, de voir les affaires en de si bonnes mains , et un chef de votre qualité et de votre courage, k la tête de leurs troupes. Pour mon particulier , vous pouvez être assuré , Monsieur , que quand le service du Roi ne s'y rencontrerait pas comme il fait , voire personne m'est assez chère , et votre seul intérêirest assez considérable pour m'obliger à contribuer de tout mon pouvoir à vous faire donner toutes les assistances possibles de cette couronne , et vous fournir les moyens d'acquérir beaucoup de gloire. Vous avez commencé à sentir les effets de cette vérité à l'arrivée de l'armée navale , et la connaîtrez chaque jour de plus en plus. Cependant je vous prie de prendre entière confiance à MM. le bailli de Valencai et l'abbé

de Saint-Nicolas (i), comme vous pourriez la prendre en moi-même. Ils sont chargés de vous assister et soulager autant qu'il sera eu eux , et je suis certain qu'ils s'en acquitteront avec beaucoup de zèle, et que leur service ne vous sera pas inutile en des affaires qui sont, de soi , très-épineuses.

N** 1 7. Lettre du roi de France au peuple de Naples,

29 novembre 1647.

Nous avons aussitôt ordonné à notre cousin le duc de Richelieu, pair de France et général de notre armée navale, que même, sans attendre aucun de nos vaisseaux et de nos galères qui ne pourraient pas surle-champ se remettre à la mer, pour avoir été maltraités de la tempête dans le dernier voyage , il se rende sans perdre de tems, avec le plus grand nombre de vaisseaux qu'il pourra sur vos cotes , et fasse suivre le reste aussitôt après , n ayant pas voulu qu'il différât son départ jusqu'à ce que toute l'armée fût en état, de crainte que les ennemis ne profitassent de cet intervalle de tems pour vous serrer de plus près , et incommoder le passage de vos vivres par la mer que nous nous promettons que notre cousin rendra bientôt libre, et pourra vous assister en tout ce que vous trouverez bien de l'employer pour votre service.

(*) Henri Arnaud, abbé de Saint-Nicolas, depuis évé(|ue d^Angcrs. Celait le fils de Tavocat et Je frère du docteur en liiéologie. J'ai parlé plus haut de ses mcmuires , imprimés en 174^.

i^6 LETTRE DE LOUIS XIV.

Et comme nous avons informé (la lettre est interrompue en cet endroit. La suivante commence d'une manière si brusque , qu'elle pourrait bien n'être que la suite de la première. Toutefois, comme en les réunissant, le sens n'en paraît pas très-clair , on a préféré de les laisser séparées comme dans les minutes).

Et notre armée , sous la conduite de notre cousin , sur les instances que nous voyons que vous en faites par ladite demande du 26 octobre, afin que vous puissiez en être assistés en tout ce que vous trouverez bon de les employer , nos galères et le reste de nos vaisseaux étant demeurés à parce que nous avons jugé

qu'ils vous seraient inutiles, et qu'après la retraite en Espagne de l'armée ennemie , le nombre que nous vous en envoyons suffira pour nettoyer entièrement la mer, et vous la rendre libre , en cas que les ennemis y eussent laissé quelques forces pour secourir les châteaux et incommoder le passage de vos vivres. Ainsi nos galères et vaisseaux se tiendront toujours prêts et en état de se rendre près de vous au premier mot que vous leur manderez d'en avoir besoin.

Et comme nous avons informé tout particulièrement le marquis de Fontenay , notre ambassadeur à Rome, de tous les bons sentimens que nous avons pour ce qui vous regarde, nous vous prions d'ajouter une entière confiance k tout ce qu'il vous fera savoir et dire de notre part, comme vous le pourriez faire à nousmême, et en son absence, de donner aussi même confiance au bailli de Valençai et abbé de Saint-Nicolas , conseillers de notre conseil d'état , qui auront le soin des mêmes affaires, et pouvoir d'en traiter conjointement ou séparément, selon qu'ils se trouveront. Nous nous remettons donc du détail de toutes choses

audit marquis de Fontenay, auxdits bailli et abbé , par le moyen desquels ledit ambassadeur vous fera paraître de plus en plus Tardeur qu'il a pour votre bien et avantage , nous fesant part de ses bons avis et sentimens; et nous nous contenterons de vous assurer qu'en tout ce qui se passe , nous n'avons autrebut ni désir, que celui de votre plus grande satisfaction , de quelque façon qu'elle se rencontre et de voir en sûreté vos vies et vos biens, qui étaient l'objet de la convoitise de nos ennemis. Comme aussi qu'ayant recours à la protection de notre couronne, vous pouvez demeurer certains qu'elle ne vous manquera , et que son assistance sera proportionée à tous vos besoins j et que nous vous manderons sincèrement les conseils que nous jugerons les plus utiles pour votre conservation, grandeur et félicité, priant Dieu qu'il vous ait , mes chers et grands amis, en sa sainte et digne garde.

N** 18. Le Roi au peuple de Naples,

' ag novembre 1G47.

Louis, etc. Mes cbers et grands amis, nous avon^ eu, il y a long-lems, grand sentiment des vexations insupportables que nous apprenions que vous fesaient souffrir les ministres et officiers du roi d'Espagne , et nous aurions dès-lors contribué volontiers de tout notre pouvoir à vous en délivrer, si nous n'avions appréhendé que vous-mêmes n'eussiez pu imputer à ambition ou désir de nous agrandir et d'étendre notre domination , ce ^uiy en effet, neùt procédé que d'un pur mouvement de tendresse , et de la compassion que nous avions de vos maux. C'est la seule raison qui nous a empêché de

prendre plutôt part à ce qui s'est passé dans le mois de juillet entre vous et le duc d'Arcos , nous étant contenté de faire tenir la mer toute la dernière campagne h notre armée navale, afin qu'elle pût accourir plus promtement à votre secours, en cas que vous l'y eussiez appelée, sans vouloir jamais la faire paraître autrement en vos côtes, de crainte qu'il ne vous pût tomber dans la pensée que nous eussions dessein de nous prévaloir de vos diversions. Mais ayant appris, par le manifeste que vous avez fait imprimer le 17 octobre, le manquement de foi qu'ont commis les ministres d'Espagne a tous les accommodemens que vous aviez faits avec ledit duc d'Arcos, et que lorsque vous viviez dans une pleine confiance de l'exécution de vos traités , on vous a attaqués à l'improviste, et essayé de mettre votre grande et opulente ville k feu et à sang , sans distinction d'âge ni de sexe, ce qui vous avait obligés d'implorer l'assistance de tous Rois et potentats dans un si pressant besoin , et depuis de recourir , par votre déclaration du 26 du même mois, à la protection de notre couronne, qui n'a jamais manqué aux opprimes, nous sommes facilement entrés dans vos intentions et votre nécessité, et avons , de l'avis de la Reine régente, approuvé de ratifier la promesse qui vous a été faite de notre part par le marquis de Fontenay, conseiller de notre conseil d'Etat, et notre ambassadeur extraordinaire près de notre Saint Père le Pape, que nous vous secourrions de tout notre pouvoir , et assisterions de toutes les forces de notre royaume, sans

prétendre autre avantage que la gloire dans le public, et le mérite près de vous d'avoir procuré votre liberté, et de vous y maintenir; c'est-à-dire avec la dépendance accoutumée au Saint Siège apostolique, ne doutant pas que

ce ne soit votre dessein d'y persévérer toujours , et même avec plus de démonstration de votre part qu'il ne vous a été permis d'en faire paraître pendant que vous étiez sous la domination de la couronne d'Espagne. Nous avons ordonné aussitôt k notre cousin, le duc de Richelieu, pair de France et général de notre armée navale, de se rendre en vos côtes avec ladite armée, pour vous délivrer de l'oppression que vous fesait celle des Espagnes. Mais il est arrivé que ceux qui la commandaient, ayant su la diligence que la nôtre apportait pour remettre k la voile, ont abandonné votre port, de crainte de pouvoir être engagés k un combat , et ainsi nous avons été privés de la satisfaction que' nous eussions eue de défaire k vos ieux nos ennemis et les vôtres , comme nous avions lieu de l'espérer de la protection visible que Dieu, qui voit la sainteté de nos intentions pour le bien public, donne continuellement h nos armes. Nous avons pourtant cru ne devoir pas larder k vous envoyer plusieurs vaisseaux , et pour cet effet, nous ordonnâmes aussitôt à notrecousin , le duc de Richelieu , pair de France et général de notre armée navale , de remettre promtement k la mer bon nombre de nos vaisseaux pour aller tenter de vous délivrer de l'oppression que vous fesait l'armée des ennemis, et vous assister en tout ce que vous trouverez bon de l'employer pour votre service. Il n'eut pas plutôt mis à la voile, qu'il fut accueilli d'une si furieuse tempête, qu'elle mit presque tous ses vaisseaux hors d'état de naviguer ; mais la passion qu'il savait que nous avions de vous servir, l'obligeant k surmonter tout obstacle , le fit résoudre de laisser k Livourne et à Porto-Longone ceux qui avaient été plus maltraités de la mer , et se rendre sur vos côtes avec le reste, quoique pour

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lors l>ien informé du nombre qu'avaient les ennemis. Vous avez été témoins oculaires de ce qui s'est passé , et comme quoi la disparité des forces n'a pas empêché que notre dit cousin n'ait chaque jour offert le combat, et fait tous efforts possibles pour le donner ; qu'il n'ait pris , brûlé ou coulé a fond dix vaisseaux des ennemis , et qu'il ne. soit entièrement demeuré maître du champ de bataille jusqu'à ce que , faute d'abri, dans une saison si orageuse, il fut pris d'un grand coup de vent, près de Sardaigne, qui dispersa tous ses vaisseaux et les jeta en pleine mer sans qu'ils pussent gagner Porlo- Longone , où il leur avait donné rendez-vous à dessein de retourner à la charge aussitôt qu'il y aurait fait eau, dont il commençait un peu à manquer. Cet accident nous a d'autant plus touchés que nous nous étions promis de voir promlement votre mer nettoyée des forces ennemies. Ht pendant que nous travaillons incessamment pour achever le dessein qui vous sera utile , et que nous fesons radouber à grande hâte tous nos vaisseaux pour retourner en plus grand nombre avec nos galères dans le mois prochain , nous avons jugé à propos de vous dépêcher en toute diligence le sieur du Plessis Besançon , conseiller en notre Conseil d'État , inaréchal de nos camps et armées, et gouverneur de notre ville et château d'Auxonne , pour vous assurer plus particulièrement de la continuation de notre protection et de notre bienveillance, pour communiquer à notre cousin , le duc de Guise, les pensées que nous avons là-dessus , l'assister de ses conseils et consulter avec lui et avec vous les moyens de vous délivrer des Espagnols , et établir si solidement votre bien et votre liberté , de manière qu'ils ne puissent plus être ébranlés à l'avenir. Nous nous remettons donc du détail de tQutes

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LETTRE DU MARQUIS DE FOMENAY. iji

choses audit sieur du Plessis Besançon , à qui nous vous prions de donner une entière confiance comme vous le pourriez faire à nous-mêmes , l'ayant tout particulièrement instruit de tous nos senlimens et intentions; et nous nous contenterons de vous assurer qu'en tout ce qui se passe, nous n'avons d'autre but, etc.

N' 19. Lettre du marquis de Fontenay^ au cardinal

Mazariru

La dépêche de M. de Fontenay , que l'on déchiffre tant qu'on peut, est pour donner avis au Boi que le conseil des douze de la ville de Naples, à qui tout le peuple a fait serment, a dépêché un gentilhomme k M. de Fonlenay pour lui dire qu'ils étaient résolus de se donner au Roi, s'il voulait s'obliger de les maintenir dans leurs privilèges , assurant que toutes les autres villes du royaume suivraient l'exemple de Naples.

Ils demandent que l'on fasse promtement avancer l'armée navale pour les aider à se défendre des Espagnols quand ils feront la déclaration.

Je n'ai pas voulu différer cette nouvelle à Votre Eminence.

K^ 20. Pouvoirs donnés par le Roi à MM, de Fontenay^ bailli de Falençai, et Abbé de Sainte Nicolas.

3o novembre: 1647.

Le Roî ayant appris par le manifeste du très-fidèle peuple de Naples, du 1^^ du mois passé, en quelles misères et désolations Tavait réduit don Juan d'Autriche qui, se prévalant de la confiance dans laquelle vivait

a32 POUVOIRS nONNÉS PAR LOUIS XÎV.

ledit peuple sur la foi des accommodemeDs arrêtés avec le duc d'Arcos, les a attaqués à Fimproviste, avec les forces des châteaux et de l'armée navale, et fait toutes sortes d'efforts pour mettre cette grande et opulente ville à feu et à sang; et ayant aussi vu par le même manifeste comme ledit peuple très-fidèle implore dans le pressant besoin qu^il en a , l'assistance de tous les Rois, Princes et Potentats de la chrétienté; Sa Majesté , touchée de compassion de leurs maux , et à l'exemple des Rois ses prédécesseurs, d'immortelle mémoire, qui ont toujours été le refuge et l'appui plus certain des innocens opprimés, a résolu d'accorder audit peuple très-fidèle son assistance et protection royale, sans autre objet ni intention que de procurer la sûreté de leurs vies et de leur liberté , et de les garantir de la violente oppression qui leur est faite par les Espagnols: et pour cet effet, de l'avis de la Reine régente sa mère , elle a donné et donne plein .pouvoir et autorité aux sieurs marquis de Fontenay , conseiller en ses conseils et son ambassadeur extraordinaire à Rome, bailli de Valen<^ai, commandeur de l'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem, et Abbé de saint ^Nicolas; pour , conjointement et séparément, en l'absence les uns des autres, traiter en son nom avec le très-fidèle peuple de Naples ou ceux qui auront charge d'eux, négocier , arrêter et conclure les conditions qui seront jugées à propos , réservant toutefois la reconnaissance et obéissance due au Saint Siège , leur donner promesse et assurance de la protection de cette Couronne, et de son assistance envers tous et contre tous; et généralement traiter de toutes sortes d'affair«s qui pourront regarder ledit peuple fidèle et ledit royaume de Naples, signer avec eux tels traités et articles dont

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RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l35

îl sera convenu , de même que si Sa Majesté y était présente en personne; promettant Sadite Majesté en foi et parole de Roi , d'observer et d'exécuter fidèlement tout ce qui aura été ainsi conclu , arrêté et si,5né entre lesdits commissaires, ou l'un d'iceux, et ceux qui seront choisis de la part du peuple , confirmer et ratifier le tout dans le tems qui aura été promis : et pour marque de la volonté de Sadite Majesté , elle a signé la présente de sa propre main , fait cacheter de son sceau secret, et contre signer par son conseiller secrétaire d'Etat, de ses commandemens et finances»

Fait k Paris , sous le sceau du secret, le 3o*^ jour de novembre 1647.

Nota. Il faudra deux pouvoirs tout semblables, l'un pour M. le marquis de Fontenay, l'autre pour MM. de Valencai et Abbé de saint Nicolas.

N" 20. Suite de la relation du duc de Richelieu j sur l'expédition de l'armée navale à Naples.

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trois cables , et avait été démâté par un abordage de son mât de beaupré et de son mât de misaine; que le navire, nommé le Saint-Paul, ayant perdu tous ses ancres et câbles , à la réserve d'un, avait été contraint, pour s'empêcher de faire naufrage et de donner sur des rochers dont il était fort près, de couper tous .ses mais ; et qu'il y avait dans le port de Porlo-Ferrajo un vaisseau qui se disait Flamand, que l'on croyait être chargé pour l'armée d'Espagne. Sur quoi le duc de Richelieu

(0 Le commeDcemcDl manque.

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l54 RELATION DU DUC DE RICHELIEU.

manda au sieur de Moniade qu'il pourvût à ce que l'on raccommodât, parle moyen du gouverneur de Porio- Ferrajo, ces deux navires, le plus promtemeot que faire se pourrait ; et que s'ils ne trouvaient pas à Porto- Ferra jo les choses qui leur étaient nécessaires , ils fissent tout leur possible pour se mettre en état d'aller à Livourne , où ils se pourraient raccommoder avec plus de facilité , et où il envoyait un commissaire avec de l'argent pour faire faire les choses avec plus de diligence ; et que lorsque ces deux vaisseaux se seraient raccommodés, ils reviendraient joindre l'armée à Porlo- Longone(i), où ils trouveraient les ordres qu'ils auraient a suivre : que pour le navire de Porto-Ferrajo , qui se disait Flamand, quand même l'on reconnaîtrait qu'il fût ennemi , que l'on ne lui fît aucun acte d'hostilité pendant qu'il serait sous le canon de la ville, attendu que ce serait rompre la bonne intelligence dans laquelle on était avec le Grand-Duc (2) ; et le duc de Richelieu manda encore au sieur de Montade, qu'aussitôt ses ordres donnés , il se rangeât sous le pavillon parce que Ton ne voulait point perdre de lems, et que le vent, qui était propre pour suivre la route de Naples, l'empêcherait de sortir de Porto-Ferrajo. Cependant Tamiral? pour être plus en sûreté , leva l'ancre , et vint mouiller avec toute Tarmée dans la baie de Piombino (3).

1*' décembre.

Le vent s'étant rendu contraire à la royte de Naples,

(i) Porto-Ferrajo et Porto-Longone sont les deux ports de l'île d'Elbe : tous deux sont bons , et ont des châteaux bien fortifiés.

(a) Ferdinand II, de Me'dicis, grand-dac de Toscane.

(3) Petite, mais forte ville de Toscane, à six lieues au sud-est de Livourne,

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l3S

et l'armée manquant de cables et d'ancres, le duc de Richelieu envoya en diligence a Livourne le commissaire-général pour en avoir, et remettre toute l'armée en bon état.

Le même jour, le sieur de Montade et le navire que l'on avait donné à M. de BoufTalini, vinrent rejoindre l'armée»

2 décembre.

Encore que Ton eût pourvu Famiral de Portugal de quelques câbles , ancres et chaloupes, il ne laissa pas de s'en aller à Livourne pour se munir des choses qui lui étaient nécessaires , ne pouvant faire le voyage autrement ; et comme les deux autres vaisseaux portugais fesaient mine de vouloir suivre rarmée,on leur conseilla de ne pas abandonner leur amiral, vu le besoin qu'ils avaient aussi bien que lui , de s'aller pourvoir des choses dont ils ne se pouvaient passer dans le voyage.

Depuis le 3 de décembre jusqu'au 12 , il fît; toujours très-mauvais tems.

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i3 décembre.

Les cùbles et les ancres étant venus de Livourne , on CQ fit charger les tartanes qui étaient pour lors dans lu baie de Piombino, pour les porter aux navires auxquels on les avait destinés.

i4 décembre.

L'armée ne fut pas plutôt prête , et le vent bon , que l'amiral leva l'ancre et alla joindre à Porto-Longone une partie des vaisseaux qui y étaient , afin de partir ensemble. Sur les quatre heures du soir , toute l'armée

ill!

j56 HELATION DU DUC DE RICHEUEU.

se mit à la voile , et prit la route de Naples. Nonobstant que les trois vaisseaux portugais ne fussent pas encore de retour de Livourne , et lesquels nous n'avons pas vus depuis 5 et pour les deux vaisseaux incommodés , le duc de Richelieu leur donna ordre de se mettre en état de servir au plutôt , et d'aller à Civilà-Vecckia (i) pour y recevoir les ordres de monsieur le cardinal d'Aix^ de sorte que notre armée n'était plus composée que de 24 vaisseaux de guerre et cinq brûlots.

i5 décembre.

L'armée eut le vent favorable jusques à la nuit, pendant laquelle il se fit un grand calme.

16 décembre.

L'armée se trouva au matin à trente milles des îles de Ponce fa) et de Palmarola (3).

17 décembre.

L'on eut presque tout le long du jour calme , jusqu'à la nuit , qu'il se leva de grands vents.

Le mercredi 18.

L'on commença à découvrir les terres du golfe de Naples , et l'armée passa sur les dix heures du matin devant l'île d'Ischia , (4) d'où une felouque se mit

(i) Petite Tille avec un bon port de mer, dans les Etats du Pape, à i4 lieues au nord-ouest de Rome.

(2) Ou Ponza. C'est la principale des cinq îles Ponces, situées à Pentre'e du golfe de Gaè'te.

(3) A quelques milles au couchant de l'île de Ponza.

(4) Elle a environ six lieues de tour, et n'est qu*à une lieue de la côte de Miséne.

incontinent à la voile , et vint a l'amiral , où le patron dit au duc de Richelieu qu'il avait été envoyé dans cette île de la part du peuple l'avertir de la venue de l'armée du Roi dès qu'elle paraîtrait. L'on sut de lui que les ennemis tenaient tous les châteaux et toutes les forteresses du golfe; qu'ils avaient quarante-deux vaisseaux et vingt et une galères ; que la plus grande partie des vaisseaux avait mouillé sous les forts de Castel-deU' Ovo (i), et de Castel-Nuovo (2)5 que le reste était dans le port de Baja (3), dans celui de Nisida (4) , et dans celui de Castel-a-Mare (5) , tous situés dans le golfe de Naples , incontinent après , ce patron remonta dans sa felouque , et partit en diligence pour aller porter au peuple la nouvelle de l'arrivée de l'armée du Roi , qui entra cependant dans le golfe de Naples et passa à la portée du fort de Procida (6), d'où il partit deux galères qui se retirèrent à voiles et à rames vers les ennemis. Plusieurs felouques napolitaines vinrent a l'amiral pour apporter des nouvelles, et cntr'autres le.... de la marine de Pausilippe (7) , qui dit que Monsieur le duc de Guise était sorti de Naples avec une armée de neuf mille hommes , et était allé prendre quelques petites places à dix ou douze milles de la

(1) On château de l'OEuf, destiné à repousser les attaques de IVnnemi du côté de la mer.

(a) Ou château Neuf, aussi construit pour la deïense du port. (5) Il n'existe à Baja qu'une rade ouverte*

(4) Pelile île sur la côte du royaume et à Pouest de Naples. Elle a un petit port appelé Porto Papone,

(5) Ville avec un bon port et chantier de la marine ., à 6 lieues de Naples.

(6) Capitale d'une petite île près de celle d'Ischia.

(7) Colline célèbre située le long du bassin de Napleit.

tir*

Io8 RELATION DU DUC DE RICHELIEU.

ville, qui tenaient pour les Espagnols; et qui ayant remontré au duc de Richelieu la nécessité de poudre dans laquelle était le peuple de Naples , il lui en £t aussitôt délivrer dix-huit barils qui étaient tout ce qiie pouvaient porter leurs felouques.

Sur les deux heures après midi , Tarmée mouilla h une portée de canon de celle d'Espagne et des châteaux qui tirèrent trente ou quarante volées de canon sur nos vaisseaux. L*armée ne fut pas plutôt à Fancre que lo duc de Richelieu fit assembler le conseil de guerre où, après plusieurs propositions faites, le combat fut résolu d'une commune voix, le long du bassin de Naples, pour le lendemain matin, si le même vent continuait, et que l'on irait à la portée du pistolet des ennemis , faire les décharges des canons et de la mousquéterie 5 qu' k la faveur de la fumée et du feu , l'on tacherait de faire passer les brûlots pour aborder les galions d'Espagne; et que si l'amiral le jugeait h propos, il ferait signal à toute notre armée pour mouiller près des vaisseaux ennemis et les aborder; que l'on n'irait que par le vent qu'il fesait pour lors , et qui , en nous portant sur l'armée ennemie , nous en pourrait retirer, afîn de ne demeurer pas exposés sous les canons des forteresses, où il y en avait 40 pièces en batterie. Les ordres furent donnés pour le combat. Le sieur Dumez , vice-amiral , et le sieur Garnier , devaient tenir la droite de l'amiral avec leurs escadres ; et le sieur de Montade contre amiral et le sieur Duquesne (i) aussi , avec leurs escadres , la gauche.

(1) Abraham Duquesne, un des plus célèbres he'ros de la marine française, né en 1616. Il était Pennemi juré des Espagnols. Voirez son arliclc dans la Biographie universelle.

• RELATION DU DUC DE RICHELIEU. lOQ

Sur le soir , le père Tomaso de Juliis apporta une lettre de M. de Guise, par laquelle il priait que l'on lut envoyât de la poudre dont il manquait, et quatre pièces de canon. A l'instant , on lui fit délivrer 36 barils de poudre , et on lui dit que pour les canons , il n'avait qu'à envoyer un homme pour les recevoir , et une barque propre à les charger, et qu'aussitôt on lui ferait délivrer , parce qu'alors il n'y en avait point dans notre armée.

19 décembre.

Le jeudi 19 décembre, l'armée se mit k la voile au point du jour pour combattre les ennemis suivant la résolution prise le jour précédent; mais le vent ne s'étant point trouvé bon pour se pouvoir dégager de dessous les forts après le combat , elle remouilla à l'ancre au même lieu, où elle était toujours à portée du canon des forts , qui tirèrent une grande quantité de coups.

Plusieurs capitaines du peuple vinrent faire compliment au duc de Richelieu , et lui témoigner la joie qu'ils avaient de son arrivée , le suppliant de permettre que le sieur Blondel (i), ingénieur de la marine, fît une descente à terre , pour leur tracer quelques fortifications qu'ils avaient envie de faire contre les (ennemis. Ils apportèrent au duc de Richelieu quantité de présens de fruits et de confitures , qu'il reçut après leur avoir fait ses libéralités , et leur avoir témoigné qu'il avait ordre du Roi de faire tout ce qu'ils souhaiteraient pour leur liberté et pour leur service.

Il arriva h l'amiral un gentilhomme de la part de M.

(i) Cest peut-être le fameux architecte François Blondel, né en 1G17. Vovez sou article dans la Ciographie universelli:.

II

»40 "EtATION DC Dec 1)S RICHEllEC, '*

de Guise , qui fut envayé pour prier le duc de Richelieu de lu, donner de la poudre et quatre canons. Le duc de il.chel.eu donna ses ordres pour lui fournir la pondre qu,l demandait, et l'assura qu'il en avait déjà fait dé- •yrer quarante barils, qui étaient tout ce que leurs felouques pouvaient porter; et que, pour les canons, .1 les aura» déjà reçu3 si l'on eût eu une barque propre pour les porter à terre. ^ r f

Le sieur abbé de Basqui , romain , qui avait été envoyé de Rome à Piombino par Monsieur le Cardinal «Au (i), pour s'embarquer sur les vaisseaux comme >I fit, e. traiter avec MM. de Naples, lorsqu'on y serait arrive, passa dans la ville pour savoir l'état de leurs aiiaires.

Sur lesoir, l'ambassadeur de France à Naples, nommé de *erro, vint assurer le duc de Richelieu de sa ^debte pour le service du Roi; lui dire l'état des affaires de Naples et l'avertir qu'il y avait dans le port de i^astel-a-Mare, qui est dans un enfoncement du golfe , cinq galères et cinq vaisseaux ennemis, dont il y en avait irois de guerre et deux marchands, tous chargés de ble pour l'armée d'Espagne et les forteresses.

Le 20 décembre.

Le vent ëtant propre pour aller aux ennemis, Tannée se mit à la voile une demi-heure avant le jour, et lorsqu elle y fut , et que le jour commença de paraître. le vent se changea tout d'un coup, ce qui fît prendre résolution, attendu que pour lors on ne pouvait rien faire

RELATION DU DUC DE RICnELIEU. l/jl

k cette armée, d'aller prendre les cinq vaisseaux qui étaient mouillés sous la ville de Castel-a-Mare , dans laquelle on fesait moudre tous les blés de l'armée d'Espagne, et des forteresses, et qui, pour celte considération, était de grande importance au peuple.

Pendant que l'armée y fesait sa route, il parut un brigantin ennemi qui sortait de l'armée d'Espagne, et qui fut pris par la barque longue du sieur chevalier Paul (i). Le capitaine fut tué d'un coup de pierrier que la barque longue lui tira en l'abordant, et ce brigaiatin fut trouvé armé de vingt hommes qui avaient reçu ordre d'aller en diligence à Castel-a-Mare, pour en faire sortir les galères et les vaisseaux qui y étaient. Lorsque notre armée en approcha, il en sortit cinq galères qui essuyèrent quelques coups de canon de nos vaisseaux, et se retirèrent sous la forteresse de CasteUdeH' Ovo. Le duc de Richelieu envoya ordre au sieur Dumez, commandant le Vice-Amiral , et au sieur Garnier, chef d'escadre de Provence, d'aller combattre ces vaisseaux avec leurs escadres. Tout \ë reste de Tarmée n'y pouvant pas aller, parce que le lieu en étant trop étroit, on eût été contraint de s'aborder l'un l'autre sans pouvoir combattre, le calme et la nuit étant proches, obligèrent notre armée de mouiller à l'entrée de Castel-a-Mare, et de différer le combat jusqu'au lendemain*

Il passa pendant la nuit une galère qui venait de Naples , laquelle entra dans Castel-a-Mare, et en sortit deux heures après.

(i) Fils d'une lavandière de Marseille. Sa mère allait au châitau d'If, sur un bateau, Tan 1677, lorsqu'elle le mit au jour. Paul de Fortra, seigneur de Piles, gouverneur du château, le fit batiscr et lui donna son nom. L'enfant n'en eut pas d'autre. Vojez l'histoire de Provence , par l'abbé Papon , IV, 772.

'Ml

Le 2\ décembre.

Les sieurs Dumez et Garnier furent à la voile deux

heures ayant le jour, pour gagner Tavantage du vent;

et quelque tems après , ramiral tira un coup de canon

pour y faire mettre rarmée. A la pointe du jour , Ton

découvrit de Tautre côté du golfe, a vingt milles de

Tarmée, l'Amiral et le Vice- Amiral, déjà suivis de

quatre galions, qui s'étaient levés la nuit de dessous les

forteresses de Naples , et qui témoignaient de faire tout

leur possible pour se mettre à la mer, et pour joindre,

en passant, une partie de leurs vaisseaux que les galères

avaient tirés hors du port ( ou de la rade ) de Baja. L'on

tint conseil à l'Amiral pour savoir si l'on quitterait les

cinq vaisseaux que l'on allait attaquer, dont la prise ou

la ruine était certaine , pour donner chasse à l'armée

ennemie. Il fut résolu que l'on exécuterait le premier

dessein , attendu que si l'on eût donné chasse à cette

armée , on ne l'eût pu joindre de tout le jour, et que ,

pendant la nuit, elle eûl^'pu faire une fausse route , et

ainsi se garantir de la poursuite de notre armée , outre

que les vaisseaux qui étaient à Castel-a-Mare, et qui

portaient quantité de vivres pour l'armée d'Espagne,

n'eussent pas manqué pendant que nous eussions chassé

ladite armée, de se retirer sous les châteaux de la

ville, et d'y décharger tous les blés dont ils étaient

chargés. L'on envoya à ces cinq vaisseaux et à la ville

de Castel-a-Mare , le sieur Paul dans une felouque ,

pour les sommer de se rendre. Ils tirèrent sur lui, et

l'obligèrent de s'en revenir. Alors les sieurs Dumez et

Garnier approchèrent avec leurs escadres, composées

de neuf vaisseaux de guerre et un brûlot , commandés

par les sieurs de la Chasserye, de Lalande, de Ménillet,

de Villemolin, de Vieux-Marché, de Ciret, et de Lescluseau; et lorsqu'ils firent force de voiles, les ennemis tirèrent sur eux quantité de coups de canon, des vaisseaux et de la ville, ce qui n'empêcha pas les nôtres d'aller mouiller l'ancre à portée de mousquet de leurs vaisseaux et de la ville. On commença de faire grand feu de part et d'autre ; les ennemis , favorisés de deux batteries de canon qui étaient à terre, se défendirent long -tems avec beaucoup d'opiniâtreté; mais eufin les nôtres battirent si rudement leurs vaisseaux , que ceux qui les commandaient les voyant percés à jour par la quantité de coups qu'ils reçurent sans cesse pendant deux heures, et jugeant, par le monde qui leur avait été tué, qu'ils ne pouvaient plus tenir, et que tous leurs efforts seraient inutiles, jetèrent à terre ce qui leur restait de soldats et de matelots, et mirent le feu a leurs navires pour empêcher qu'ils ne tombassent entre nos mains, et que nous ne profitassions de leur défaite. Dès que l'on vit ces vaisseaux en feu , l'on envoya des chaloupes qui en retirèrent un , démâté de son mât de devant , qui n'avait point encore été endommagé, et le remorquèrent jusques aux nôtres , qui battaient cependant la ville en ruine, et tiraient sur de la cavalerie qui avait paru k terre, et qui était venue pour défendre cette place en cas que l'on y voulût faire une descente, ou que le peuple y fût venu pour la prendre , ainsi qu'il l'avait promis. Il y avait dans cette rade cinq vaisseaux; savoir, trois de guerre eX deux marchands , dont l'un a été pris , et s'est trouvé avoir vingt pièces de canon , et rempli de 4000 charges de blé ; et l'autre fut coulé à fond par les ennemis , ou par les coups de canon que l'on leur donna. Des trois navires de guerre qui se sont brûlés, l'un était armé de

l4i BELATION DU DUC DE RICHELIEU.

42 pièces de canon , l'autre de 38, et le dernier de 26,

tous chargés de quantité de munitions.

Nous n avons perdu , dans ce combat, que 20 ou 25 hommes , entre lesquels il n y en a aucun autre de marque que le sieur de la Chasserye , capitaine d'un des vaisseaux du Roi , qui fut tué d'un coup de canon, et qui a été extrêmement regretté de tout le monde, à cause de sa valeur et de sa grande expérience dans la marine.

L'on envoya encore une fois sommer la ville de se rendre, et on leur cria que c'était de la part de la république de Naples. Mais quand les nôtres firent approcher la felouque , ils tirèrent sur elle une ving^ laine de mousquetades de dessus le port, et tuèrent un capitaine et un matelot.

Le 22 décembre.

Sur les trois heures après minuit, le nommé Pagault, capitaine d'un brûlot, qui avait été contraint par la perte d'une ancre, de se tenir à la voile pendant la nuit, donna avis a l'Amiral que l'armée d'Espagne venait vent en poupe sur la nôtre. Aussitôt l'on en vit les feux, et notre Amiral tira un coup de canon pour faire mettre toute notre armée sous la voile , ou elle se trouva à la pointe du jour, à l'exception du sieur Dumez, à qui le duc de Richelieu, envoya ordre de faire brûler le vaisseau marchand chargé de blé que l'on avait pris le jour précédent, puisqu'étant démâté, l'on ne pouvait l'emmener ni le conserver, ce qu'il fit incontinent, et vint rejoindre notre armée qui cependant ayant reconnu celle des ennemis , fit force de voiles pour lui gagner le vent.

L'Amiral d'Espagne n'ayant pu être suivi que de son Vice-Amiral, de cinq vaisseaux de guerre et de son brûlot, les autres étant demeurés au-dessous du vent, notre armée, avec une vitesse merveilleuse , se mit au milieu, et ainsi sépara celle des ennemis en deux. Un de nos vaisseaux, nommé le Soleil , se trouva le premier près du Vice-Amiral des ennemis, commença avec lui le combat, et d'un des premiers coups qu'il tira, lui abattit son pavillon. Le sieur Garnier s'éiant rencontré entre deux navires des ennemis , les combattit furieusement de son canon et de sa mousquèlerie pendant une heure à portée du pistolet, et les maltraita tellement qu'il les mit hors de combat, et en contraignit un de se retirer vent arrière vers leurs galères, qui ne purent pas Tempècher de couler à fond à la vue de notre armée, qui cependant ayant les ennemis aux deux côtés, combattit de tout son canon et de sa mousquèterie, et fesant tant de feu de toutes parts, qu'à peine pouvait-on reconnaître les vaisseaux.

L'Amiral d'Espagne se trouvant sur le vent avec son Vice-Amiral, quatre autres navires deDunkerqueetun brûlot, et voyant qu'il lui était impossible de rejoindre le corps de son armée sans traverser la nôtre , passa sous le vent de notre Amiral, k portée de mousquet , fesant en même tems passer son Vice-Amiral avec un brûlot au-dessus du vent, à portée du pistolet, les quatre navires de Dunkerque se tenant au milieu , nonobstant quoi notre Amiral se résolut d'aller chercher l'Amiral d'Espagne au milieu de ses six navires qui l'accompagnaient , pour l'aborder > ce qu'il esquiva en largaut, se contentant de faire feu de toute son artillerie et de sa mousquèterie, ainsi que tous les autres naviires qui étaient avec lui, pour donner lieu au Vice-- Amiral

l/|6 RELATION DU DUC DE RICHELIEU.

d'Espagne, d'attacher son brûlot k notre Amiral, ce qu'il eût pu faire , vu qu'étant au milieu des six navires, nous nous en fussions garantis difUcilement , parce que nous ne l'eussions pas pu voir à cause du feu et de la fumée, ce que le sieur chevalier Paul, l'un des matelots de l'Amiral, ayant reconnu, il se mit entre le brûlot de notre Amiral, lequel délivré de ce danger, n'eut pas de peine a faire fuir l'Amiral d'Espagne et le reste de sa suite , qui ne se pouvait sauver d'une perpétuelle infamie d'avoir pris la fuite si promtement devant notre Amiral seul, sinon en disant que c'était pour rejoindre le reste de son armée, qui était sa plus nécessaire manœuvre. Mais enfin il a fui visiblement l'abord, en mettant toutes ses voiles au vent; et comme il était proche de ses forteresses, il Tempêcha plus facilement.

Pendant le combat, tous les capitaines de notre armée battirent tellement les vaisseaux qui s'opposèrent à eux, qu'ils les contraignirent de plier, et Ton remarqua que les ennemis esquivèrent toujours Tabordage, tant du sieur de Montade, que du sieur de Ba«sompierre, Gal>aret, et de quelques autres.

En cette occasion, le sieur de Lauuay Razilly a donné des preuves de son courage et expérience; et se sont signalés en outre les sieurs chevaliers de la Rocliefoucault, de Leusseraye, de Rodes, de la Marthe, de Hautefeuille et de la Chesnaye, tous capitaines^ qui n*ont pas laissé de s'embarquer , bien que leurs vaisseaux «ussent été désarmés à Toulon , comme aussi le sieur d'Hocquincourt ; le sieur chevalier de Boisdauphin , le

sieur baron , le sieur de Salasse, gentilhomme de

son Eminence, le sieur de Bouchetière, le sieur de la Follaine , le sieur de Lonchamp , écuyer du duc de Richelieu, et plusieurs autres volontaires. Nous n'avons

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l/j^

eu dans ce combat que 120 hommes tant morts qiio blessés. Entre les morts se sont trouvés le sieur de MiUang, enseigne au régiment de Provence, et le sieur Ricairville, volontaire sur le vaisseau de la Perrière.

On a su de N'épies que du côté des ennemis il y avait eu plus de 700 hommes de tués, sans un grand inombre de blessés; qu'outre le premier vaisseau coulé k fond à la vue de l'armée , il y eu avait eu deux autres qui avaient coulé bas, l'un en se retirant vers Baja , et l'autre sous les châteaux , dont l'un ne voyait plus que le haut de ses mâts, et que le reste de leurs vaisseaux avaient été fort endommagés.

Sur le soir, le vent s'étant rafraîchi . les deux armées se séparèrent et se tinrent sur les bords dans le golfe jusqu'à la nuit que les ennemis qui n'étaient éloignés de leurs forteresses que d'une lieue , s'y retirèrent. La noire ne la pouvant suivre a cause de la nuit et du vent traversier de la côte, fut contrainte de sortir hors du golfe, parce qu'il était impossible de s'y tenir sur les bords pendant le mauvais lems , et que nous n'avions point de port ni de rade assurée pour y mouiller, toutes les forteresses tenant pour les ennemis.

Le 23.

L'Amiral se trouva au matin prés de l'île d'fschia, k l'embouchure du golfe de Naples, avec quatre navires seulement, les autres étaient éloignés par le mauvais tems qu'il avait fait la nuit. Il en alla joindre une partie, et se mit en panne pendant une bourasque de vent qui vint pour atteindre le reste là. Comme l'on vit que le mauvais tems continuait, Ton résolut de s'aller mettre à l'abri de l'île de Poncej mais le vent s'étant changé

l/jS RÏÏLATION DU DUC DE RICIlEUEr.

pendant la nuit, rarmëe retourna vers le golfe de Naples.

Le 24.

L'on découvrit deux navires à la mer , qui fesaient la route de Naples, sur lesquels , en chemin fesant^Ton fil force de voiles jusques au soir.

Le 25.

Quatre vaisseaux ennemis parurent k la moitié du golfe 5 que les galères remorquaient sous les forteresses. L'on sut que c'était l'Amiral de Naples, de cinquante pièces de canon, et un autre de trente-six pièces, qui escortaient deux vaisseaux marchands, chargés de blé, qu'ils avaient amenés de la Pouilie pour Tarmée d'Espagne.

Sur quelques brouilleries fomentées par les ennemis dans la ville de Naples , un homme se disant député du peuple , vint trouver le duc de Richelieu pour savoir si c'était la volonté du Roi que M. de Guise fût chef de la République, et prît la qualité de Duc, avec le commandement absolu; que ce procédé était contraire au premier article du traité qui avait été fait avec M. de Fontenay; que ce n'était point l'intention du peuple, €t qu'il n'en avait point d'autre que de se mettre en liberté, et de se la conserver.

Le duc de Richelieu répondit à ce député, que le Roi avait envoyé son armée navale au peuple et à la République de Naples, pour faire précisément ce qu'elle jugerait le plus à propos pour son établissement et sa conservation , sans autre intérêt que de la protéger et de la servir contre ses ennemis; que l'on ne reconnaîtrait

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l/|9

pour général que celui que la République aurait établi ; que l'armée du Roi la maintiendrait contre tous ceux qui voudraient aller au contraire; et pour assurance de cette vérité , le duc de Richelieu lui donna la main de la part du Roi, qu'il serra deux fois fortement, et qu'il baisa deux fois en signe de satisfaction.

Le sergent-major d'un corps d'armée de 4000 hommes du peuple , commandé par le sieur de Cérisan tes ( i ), vint à l'Amiral, et assura que le lendemain cette armée serait devant Castel-a-Mare pour la prendre. 11 pria le duc de Richelieu de favoriser ce dessein, en fesant approcher l'armée navale de la ville, s'il se pouvait , et de lui fournir de la poudre, des mèches et des balles, ce qu'on lui promit.

L'on envoya le capitaine Jacques Lebeau à Naples, dans une felouque, pour reconnaître l'armée enn'^mie.

Sur le soir Ton vit deux vaisseaux à la mer, qui prenaient la route de Naples.

Le jeudi 26.

Ces deux navires parurent k la pointe du jour, a douze ou quinze milles de notre armée qui leur donna chasse incontinent. Quatre galères tachèrent de passer aux deux côtés de notre armée pour les aller remorquer k cause du calme , et tirèrent de loin plusieurs coups de canon pour leur faire signal de fuir; mais soit que l'un de ces vaisseaux n'entendit pas les signaux , ou qu'il crut que notre armée fût celle d'Espagne, il ne se mit

(1) Marc Duncan de Cérisantes , né à Saumur, en 1600, d'un gentilhomme écossais, était à la Ibis officier dnns les troupes napolitaines, et ajjenl de France. Voyci Tarticle Ccrisantes,, dans la Biographie universelle. VII, 537.

l5o RELATION DU DUC DE RICHELIEU,

point en état de fuir, et fut aussitôt investi par les nôtres qui le prirent. Le capitaine se trouva être Flamand, fut amené à TArairal, et confessa que son vaisseau était chargé pour les ennemis, et qu'il y avait dedans quatre mille charges de blé et quelques barils de salpêtre. L'on envoya un de nos capitaines dans ce navire avec d'autres matelots pour le faire suivre l'armée. Cependant l'on donna la chasse au deuxième navire qui apparut jusques au soleil couchant, qu'on le quitta de peur de s'éloigner trop du golfe, et qu'il ne vînt quelque mauvais tems qui empêchât l'armée d'y retourner.

Le 27.

L*armée se trouva au matin à la moitié du golfe , à la vue de celle des ennemis, qui était mouillée sous leurs forteresses; et tous ceux qui vinrent de Naples, rapportèrent que du dernier combat il y avait eu trois navires de guerre des ennemis coulés à fond : l'un à l'entrée du port, et l'autre vers le fort de Baja 5 que le màt de devant de l'Amiral d'Espagne avait été coupé d'un coup de canon; qu'on travaillait à en remettre un autre ; qu'il y avait eu grand fracas dans leur armée, et quantité de monde tué; qu'ils en rembarquaient de nouveau par force tout ce qu'ils en avaient pu trouver à terre; et que l'on croyait qu'ils avaient envie de combattre encore une fois ; que M, le duc de Guise avait été élu par le peuple généralissime et duc de la République, et qu'il devait attaquer les postes que les ennemis tenaient dans la ville, sitôt qu'il verrait que Ton ferait quelque diversion avec l'armée navale : et en effet il donna ordre au capitaine Jacques Lebeau, qui avait éié envoyé k Naples , d'en prier le duc de Richelieu , afin que l'on lâchât d'attirer les ennemis à la mer, et qu'il

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l5l

eut le tems et les moyens d'exécuter son dessein , et que Ton lui donnât des poudres , ce qu'on fit à l'instant à un des siens.

Le soir , arriva le sieur Peppe Palombo , l'un des principaux chefs du peuple, accompagné de plusieurs capitaines et d'un gentilhomme de M. de Guise, qui vint voir le duc de Richelieu et lui dire que la nuit avait empêché que les députés de la République ne fussent venus pour faire leurs complimens et traiter des affaires de la République.

Notre armée se tint sur les bords dans le golfe , pendant toute la nuit.

Le 28.

L'armée ennemie parut à la voile k la pointe du jour , fesant sa route le long de la terre pour se conserver l'avantage du vent sur notre armée qui, ne le pouvant gagner sur elle , tâcha de l'attirer à la mer, suivant la prière de M. de Guise. Cette armée se tint toujours au vent , sans vouloir arriver sur nous qui fûmes quelque tems en panne pour Pattendre, et ainsi nos vaisseaux coururent a la mer , jusques k dix heures du soir , qu'ils retournèrent tout court vers le golfe*

Le 29.

Nous nous trouvâmes a la pointe du jour près de l'île de Caprée (i), k l'entrée du golfe, d'où nous vîmes sous le vent vers le port de Nisida , l'armée ennemie à la voile, qui n'avait pu gagner les forteresses, sur laquelle nous allumes vent en poupe jusques à deux

(i) Ou Capri , dans le golfe de Naples, vis-à-vis de Sorrente»

l5a RELATION DU DUC DE RICHELIEU,

portées de canon. Mais nous vîmes les terres du golfe lui donnant un autre vent que celui que nous avions , qui nous portait droit sur elle, de sorte que lorsque nous croyions avoir pour la première fois le dessus du vent, et que celte armée ne s'en pourrait plus dédire , nous nous trouvâmes au-dessous. Neuf galères se joignirent à l'armée ennemie^ et sur les dix heures du matin, notre Amiral voyant qu'il nous étai t impossible de gagner le vent a l'armée d'Espagne, se mit en panne et plia ses voiles avec toute notre armée pour l'attendre de pié ferme et l'obliger à combattre par cet avantage que nous lui donnions. Nous demeurâmes en cet élat pendant sept heures que l'Amiral d'Espagne ayant tout-àfait gagné le vent, lira un coup de canon pour signal à toute son armée de venir vent en poupe sur la nôtre, ce qu'ils firent ; mais lorsqu'ils nous approchèrent à portée de canon, et qu'ils virent la résolution avec laquelle tous nos vaisseaux les attendaient sans branler, ils n'osèrent jamais attaquer notre armée; et après avoir tiré cinq ou six volées de canon, auxquelles les nôtres dédaignèrent de répondre, ils regagnèrent aussitôt le vent et s'éloignèrent de nous le plus qu'ils purent. Notre Amiral voyant que les ennemis n'avaient pas envie de combattre, et que lèvent se renforçait, gagna la mer pour ne pas aborder les terres à la nuit , pendant laquelle il fit une tempête qui dura jusques au lendemain matin.

Le 3o.

Le vent cessa au matin , et trois de nos navires se trouvèrent séparés du corps de notre armée. Sur les dix heures du matin, le sieur Duquesne, le cadet, fit signal qu'il voyait un vaisseau ennemi, auquel l'armée donna

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. l5v7

chasse jusques au soleil couché, que le sieur Duquesne en étant le plus proche lui tira quatre volées de canon, puis retourna sur notre armée , qui fit toute la nuit la route du golfe de Naples.

Le dernier décembre.

Le duc de Richelieu ayant pris résolution de retourner encore une fois dans le golfe dont il ne voulait partir qu^il n'eût mis entièrement a bout l'armée d'Espagne , il se trouva avec l'Amiral à la tète de toute l'armée, ayant seulement neuf navires proches de lui , le reste , ou par la chasse du jour précédent, ou par le calme , et même beaucoup pour se raccommoder des incommodités de la bourasque passée , étant à 5, 6 et 7 lieues de l'Amiral : nonobstant quoi , ayant aperçu à la pointe du jour douze grands navires a demi-lieue de lui et trois autres à deux lieues , il reconnut le soir que c'était l'Amiral d'Espagne qui, battu de la bourasque précédente , était séparé du reste de son armée, et fesant force de voiles pour gagner les forteresses de Naples. Le vent était favorable à notre Amiral pour aller dessus, et une demi-heure durant , tant que les voiles purent porter, il chassa l'Amiral d'Espagne, bien que plus fort en nombre de navires, qui ne marchanda point de prendre la fuite , laquelle au lever du soleil , fut favorisée du changement de vent et puis d'un calme qui dura jusque sur les trois heures après midi : ensuite de quoi le vent s'étant remis bon pour donner a notre Amiral lieu de renouveler sa chasse , il la continua jusqu'à ce que voyant que le jour allait manquer et que nos navires éloignés de tant de lieues de nous , ne nous pourraient plus rejoindre , outre que la chasse que l'on donnait aux Espagnols était sans espérance de

pouvoir rien faire, puisqu'ils s'approchaient à vue d'œil de leurs forteresses, il retourna le bord à la mer, lequel [ut pris s, à propos , qu'après deux heures de nuit toute I armée fut rejointe ; et aussitôt notre Amiral retourua sur le golfe de Naples.

U i'' janvier (1648).

Notre Amiral fit sa navîgntîoa si juste, que le malin les mêmes navires qu'il avait laissés le soir, se trouvérent sous le vent, proche le golfe de Castel-a-Mare où e vent les avait jetés et refusé l'entrée du fort de Naples Ce fut pour lors que notre Amiral crut qu'il enlèverait le pavillon d'Espagne, et chacun des vaisseaux ennemis tit ce qu'il put pour se sauver en son particulier.

L Amiral d'Espagne, demeurant avec quatre de ses vaisseaux , et se voyant vers l'armée de France , le veut fn poupe dessus, retrancha un peu de la rodomontade espagnole, et appela, par une quantité de coups de canon ses galères à son secours : lesquelles allèrent en dihgence toutes ensemble pour retirer l'Amiral et les quatre autres navires qui eurent la honte de se voir remorquer, en fuyant, à la vue de leurs forteresses, de toutejeur armée navale, de la ville et du peuple de

Et nonobstant toutes leurs galères, ils auraient été pris ou brûlés , si la nuit survenant , le calme et la brièvête du jour ne leur eût donné lieu de se sauver ; lacjuelle brièveté l'a sauvé trois fois en ce voyage d'être pris par notre Amiral.

Deux des principaux du peuple étant demeurés à 1 Amiral par les mauvais tems qu'il avait fait les jours precedens, s'en retournèrent à Naples, et furent chargés par le duc de Richelieu d'une lettre de créance à M. de

RELATIOxX DU DUC DE RICHELIEU. 1 55

Guise pour lui remontrer le besoin que l'armée navale avait d'eau, et la nécessité d'en aller chercher si l'on n'en apportait le lendemain de Naples; comme aussi pour savoir s'il ne pourrait faire fournir h notre armée pour un mois de vivres en payant, en cas qu'il fallût qu'elle demeurât encore à Naples, attendu qu'elle n'en avait que pour jusques au dernier jour de janvier, et qu'il lui fallait 24 ou 25 jours de vivres pour sa retraite en Provence.

Le second jour de janvier.

Le matin étant venu, notre Amiral se trouva à une lieue de celui d'Espagne , lequel , bien que mouillé sous les châteaux , ne se trouva pas encore en sûreté , et se fit remorquer par quatre galères jusques à la portée du pistolet de la terre , et entre les deux forts.

Le sieur abbé de Basqui et le père Tomaso de Juliis retournèrent de Naples à l'Amiral, et rapportèrent qu'il y avait grande division entre M. de Guise et le seigneur Gennaro (Annésé); que leur mauvaise intelligence avait été cause que l'on n'avait rien entrepris dans la ville contre les ennemis pendant les six jours que nous les avions tenus a la mer ; que les Espagnols fomentaient celte discussion ; que, pour tacher de se remettre avec le peuple, ils avaient fait couper la têle aux partisans des gabelles de Naples , et publiant partout qu'ils tenaient le Vice-Roi prisonnier, pour lui faire rendre compte des injustices qu'il aurait pu commettre contre le peuple. Le père Tomaso et le sieur abbé de Basqui dirent qu'ils étaient résolus de quitter Naples et de s'en aller à Rome pour chercher c[uelque remède a ce désordre.

L'on n'envoya de Naples que huit ou dix felouques ,

l56 RELATION DU DUC DE RICHELIEU.

chargées d^un tonneau d'eau chacune , pour en fournir toute l'armée, ce qui n'était pas capable d'en entretenir phjs d'un vaisseau.

Sur le soir, attendu la nécessité d'eau que l'on avait et quand même notre armée fût demeurée dans le golfe ' elle ne pouvait incommoder les ennemis, qui y étaient toujours sous leurs forteresses. On résolut d'en aller chercher au lieu le plus près où l'on en pourrait faire; et l'armée, après avoir demeuré toute la journée k Pausilippe, à une lieue de Naples, pour tâcher d obliger les ennemis à regagner leur honneur perdu tentant la fortune d'un nouveau combat, voyant qu'a J lieu de se préparer à une sortie , ils s'approchaient davantage de terre, notre Amiral, sur le coucher du soleil mit le cap vers la bouche du golfe, tant pour aller chercher de Peau, que pour aller reconnaître deux vaisseaux qui paraissaient sur l'ile de Caprée. Le sieur Dumez, Vice-Amiral, fut envoyé pour les garder la nu,t, avec ordre de faire les signaux nécessaires pour donner la route à toute notre armée , et empêcher I entrée du port aux susdits deux navires.

Le sieur Luigi del Ferro , ambassadeur de France à Naples , s'embarqua sur l'Amiral pour aller k Naples faire ses plaintes de ce que M. de Guise avait fait emprisonner celui qui avait été envoyé au duc de Richelieu par le peuple et le seigneur Gennaro ( Annésé), pour savoir rmtention du Roi touchant les qualités que ledit duc de Guise voulait prendre.

Le ô^ janvier.

Il vint une felouque de Naples qui dit que le peuple avait pris sur les ennemis la tour de TAnnonciade, pour

se faciliter le chemin des vivres et la communication avec la ville de Salerne , qui tenait pour le peuple.

Il fit calme le malin pendant lequel l'armée ne put sortir hors du golt'ej et, sur le soir, le vent «'étant augmenté , rompit le grand màt d'un de nos brûlots , à qui l'on envoya une barque longue pour sauver le inonde et l'équipage qui était dedans, avec ordre de couler ce brûlot à fond , puisqu'il ne se pouvait sauver sans màt , et qu'il lui eût fallu donner à la côte parmi les ennemis qui n'étaient qu'a une portée de canon de nous î de sorte que pour empêcher qu'il ne tombât entre leurs mains, on le fit couler à fond à l'entrée de la nuit qui survint avec une furieuse tempête d'un vent qui portait notre armée à terre, et qui l'empêchait de sorlir du golfe, ce qui fit prendre résolution à l'Amiral , ne sachant pas où aller, de mouiller l'ancre à Nisida; mais le vent s'étant un peu changé, empêcha notre Amiral de mouiller , pour tâcher de se dégager du golfe et de passer au-dessus de l'ile de Caprée. Comme l'Amiral fut vis-a-vis de cette île , les vents devenus furieux lui emportèrent ses deux huniers, lui brisèrent tous ses cordages , et le jetèrent deux fois si près de terre et des rochers , que l'on n'attendait plus que l'heure qu'il touchât et qu'il pérît. Néanmoins , avec les deux basses voiles qui lui restaient, il s'en tira heureusement pendant toute la nuit, que dura la bourasque.

Le 4*^ janvier.

L'Amiral se trouva le matin dans le golfe de Salerne y avec treize navires seulement, dont l'un , que l'on reconnut être celui du sieur D aimer ac, tira plusieurs coups de canon pour demander assistance. Sitôt que Ton en put approcher , on sut de lui que sou vaisseau avait

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l58 ^^ET.ATION DU DUC DE RICIÎETJEU.

perdu sa grande vergue et sa grande voile , et qu'il [csu'n eau de tous les côtés. Comme la mer était si haute qu ou ne lui pouvait donner de secours en façon quelconque , on lui cria de prendre ses sûretés le mieux qu'il lui serait possible, et que si Teau le gagnait et qu'il ne p{u sauver son navire, qu'il tâchât d'aller échouer en quelque terre, qui tînt pour le peuple, ou sur celles du Pape.

A quatre heures après midi, le vent est venu bon pour faire la route de Piombino ou de Porto-Longone. Le duc de Richelieu ordonna au sieur de Bassompierre de se retirer pendant la nuit avec son navire près de celui du sieur Dalmerac , pour lui donner secours en cas qu'il eût besoin de quelque chose; et toute l'armée, pour ne pas s'éloigner de lui, ferma ses voiles pour lui donner moyen de suivre.

Le 5 de janvier,

le sieur Dalmerac tira encore un coup de canon au matin, et envoya son enseigne pour faire savoir à l'Amiral qu'il était impossible de sauver son navire; qu'il y avait déjà dix pies d'eau et qu'il coulait à fond: sur quoi l'on envoya en diligence toutes les chaloupes de l'armée pour sauver le monde que était dedans. Cela fait, on abandonna le navire, et l'on continua la route de Porto-Longone.

Le 6.

Le vent ayant fait déchoir l'armée, l'on découvrit à la pointe du jour l'île de Tolare (i) en Sardaigne, et

RELATION DU DUC DE RICHELIEU. 1 Sg

l'après dîné, huit navires de l'armée parurent à la mer, qui rejoignirent l'Amiral pendant la nuit.

Le 7.

L'armée se tint toujours bord sur bord, pour tt\cher de gagner au vent, et de passer dans les bouches de Boniface (i) entre la Sardaigne et la Corse.

Le duc de Richelieu donna ordre au sieur de Vieu- Marchaisde s'en aller avec sa frégate à Porto Longone et Piombino pour avertir tous les vaisseaux qui y pouvaient être en attendant l'armée , de s'en venir à Toulon le plus tôt qu'ils pourraient. Le sieur Luigi del Ferro , ambassadeur de France h Naples, passa dans ce navire pour aller prendre terre à Piombino, et de là aller à Rome, ainsi qu'il l'avait résolu.

Le 8.

L'armée fut tout le jour au travers de la Sardaigne par un petit vent contraire , et le sieur Basnault, qui élait demeuré à Livourne pour faire remaier son vaisseau, vint rejoindre l'armée. Il dit qu'un coup de vent l'avait séparé vers Montaisi (2), d'avec le sieur de Moncrespin, capitaine de l'autre navire qui était demeuré aussi à Livourne, lorsqu'ils venaient chercher l'armée ensemble ; que les vaisseaux portugais qui étaient aussi

(1) Ou plutôt T.-ivolara , île sur la côte orientale de la Sardaigne, al embouchure du golfe de Terra-Nova, entre Je cap de Sardo ou Uraso au nord , el celui de CaYallo ou CadacavalJo au midi.

(i) Bonifacio est une petite Tiilc de Pîle de Corse , en J'ace de celle de Sardaigne. Elle donne son nom au détroit de Bonifacio, qui sépare les deux îles.

(2) Ou plutôt Monte-Cbristo, île de la mer de Toscane, entre celles de Gigîio au levant, et de la Pianosa au couchant, h près de trente milles de la côie du Siennois au midi, et quarante milles de Tile d^Elbe : elle dépend du prince de Piombino, et fait partie de son État.

'^''rvt'*

160 RELATION DU DUC DE RICIIELIEr.

demeurés , s'en étaient retournés du côté de France et qu'il n'était point arrivé de vivres à Piombino , ainsi qu'on avait donné ordre a Toulon.

Le 9.

Il fit calme presque tout le long du jour, et quelquesuns de nos navires rattrapèrent l'armée.

Le 10.

L'armée se trouva près de Monte-Cliristo, où les courans l'avaient portée; nous eûmes calme jusqu'au soir, qu'il fit un peu de vent , pendant lequel nous fîmes la route vers le cap de Corse.

Le 11.

Nous côtoyâmes la Corse jusqu'au cap que l'armée prit à l'entrée de la nuit. Nous y rencontrâmes un peu de vent et une mer haute , ce qui nous empêcha de faire beaucoup de chemin.

Le 12.

Nous découvrîmes les côtes de Gênes , où l'armée ne voulut pas mouiller, a cause des grands vents qui durèrent jusques au lendemain matin.

Ce qu'il y a de notable en cette affaire , c'est qu'une petite armée ait entrepris un voyage de cette iraporlance eu plein hiver , contre une armée beaucoup plus puissante , retirée dans un bon havre entre deux grands châteaux et une partie de la ville à sa dévotion, ayant 22 galères , 42 vaisseaux et plusieurs ports dans le golfe de Naples, pour s'y retirer selon les occasions ; et nous, au contraire , n'ayant ni galères , ni retraites , ni port , ni même aucun terrain, ami ou ennemi, où l'on pût

mouiller ou faire de l'eau ; de sorte que nous avons été contraints d'être toujours à la voile dans un golfe , l'un des plus dangereux de la mer Méditerranée, et où le moindre accident qui fût arrivé à nos vaisseaux les fesait perdre sans ressource. Cependant nonobstant toutes ces incommodités, notre armée y a demeuré dix -sept jours continuellement à la portée du canon de l'armée ennemie à laquelle elle a ôté neuf navires, savoir : cinqlbrûlés ou coulés à fond k Castel-a-Mare, trois de coulés k fond par suite du combat, et un pris chargé de blé. Elle a présenté deux fois la bataille aux ennemis , bien qu'avec le désavantage du vent, et qu'ils fussent renfoncés de toute leur soldatesque de terre, les a recognés soœs leurs forteresses, et leur a fait dire clairement qu'ils n'en voulaient plus tâter. Ils auraient été entièrement perdus ou dissipés , si le peu d'intelligence qui s'est rencontré parmi les chefs du peuple, et l'ambition des pariicwliers , n'eût causé un engourdissement général en tous les Napolitains , et ne leur eût donné beaucoup plus de pensée de l'avancement des intérêts du particulier, que de ceux du public: ce qui a causé ce manquement d'eau de notre armée , et ôté la pensée à ce peuple de se saisir de quelque port pour donner retraite de sûreté à nos navires.

Fait à l'Amiral, ce 25« jour de janvier 1648.

Le Duc DE Richelieu.

N" 21. Ordonnance pour t approvisionnement de

Naples,

7 février 1648.

Sa Majesté désirant témoigner au très-fidèle peuple de Naples l'afFection qu'elle a pour ses intérêU, la 1 . 1 1

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