ORDOIVNANCE DE LOUIS XIV
conservation de ses privilèges et rétablissement de sa liberté 5 sur l'avis qui loi a été donné, qu'il manquait de vivres , a bien voulu que ce peuple fût assisté de ce royaume, quoiqu'il n'y en ait pas une grande abondance 5 et, pour cet eflfet, a permis et permet à tous marchands de venir charger des blés sur plusieurs vaisseaux, les sortir de ses ports de Provence et d'ailleurs pour les transporter dans le royaume de Naples, h la charge de les livrer à ceux qui tiennent le parti du très-fidèle peuple 5 et afin que les marchands le puissent faire avec plus de sûreté , il leur est enjoint de prendre loccasion du départ de notre armée navale pour en être escortés, sans que les susdits marchands puissent être troublés ni empêchés en ce trafic , sous prétexte des défenses de sortir des grains hors du royaume, portées par les déclarations de Sa Majesté et arrêts du Conseil, auxquels elle a dérogé; pour ce, priant la Reine régente, sa mère, possédant et exerçant la charge de grand -maître, chef et intendant - général de la navigation et commerce de France, de donner son attache à tenir la main à l'exécution des présentes.
Mandons et ordonnons aux gouverneurs des provinces, officiers de l'amirauté, capitaines de vaisseaux, et tous autres à qui il appartiendra , de laisser jouir de la présente permission tous les marchands napolitains et français qui se présenteront pour cet effet. Et à cette €n, ces présentes seront lues et publiées, a ce qu'aucun «l'en prétende cause d'ignorance.
Paris, ce 7 février 1G48.
N» 22. Lettre du roi de France^ Louis XIV, à des chefs du peuple napolitain.
Paris, 21 février 1648.
Envoyant a Naples le sieur Duplessis-Besauçon , conseiller de mon Conseil- d'État, maréchal de mes camps et armées , et gouverneur de notre ville et château d'Auxonne (i), pour agir en mon nom aux circonstances qui pourraient se présenter pour le bien de ladite ville et du royaume , j'ai voulu prendre l'ocaision de vous faire cette lettre , de Tavis de la Reine régente, Madame ma mère , pour vous témoigner le gré que je vous sais du bon service que vous avez rendu jusqu'ici dans la glorieuse entreprise de délivrer votre patrie des oppressions intolérables des Espagnols , et vous exhorter à continuer avec la même vigueur de courage, dans l'assurance de ma protection et bonne volonté , et que je n'épargnerai aucune dépense pour vous donner moyen de venir a bout des ennemis, sans avoir en cela autre visée ni intérêt particulier que la seule gloire de procurer votre liberté; et me remettant du surplus audit sieur Duplessis, je prie Dieu, etc.
N* 23. Lettre du Roi au duc de Guise. "
Mon Cousin,
21 février 1648.
Comme j'étais sur le point de faire partir pour Naples le sieur Duplessis-Besançon pour l'objet qu'il vous dira, le sieur de Taillade est arrivé, et m'a rendu la lettre par laquelle vous me donnez part de l'élection qui a été
(0 Ville de Bourgogne, aujourd'hui de'parlement de la côte d'Or.
164 LETTRE I)É lOUIS XIV.
faite de votre personne pour duc de la république napolitaine. J'ai été bien aise d'apprendre cette nouvelle qui est une marque particulière delà satisfaction que le peuple a de vous, et de l'estime qu'il en fait avec raison. Il ne manque à mon contentement que de voir les avantages qui vous arrivent plus solidement établis , ce qui ne pouvant bien être que les Espagnols ne soient hors du royaume, ou au moins hors des postes qu'ils occupent dans la principale ville, vous devez être assuré que je ne laisserai rien en arrière de tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous donner moyen de les en chasser et de rehausser votre gloire et votre mérite auprès des Napolitains. La générosité avec laquelle Vous avez exposé votre personne à travers tant de périls, et Taffeclion que je vous porte, sont deux motifs si puissans sur moi pour m'y convier fortement, que quand je n'aurais pas d'ailleurs l'intérêt que j'ai de voir un si bel état hors du pouvoir de mes ennemis, ils seraient seuls suffisans pour m'obliger k vous assister autant que vous me témoignez en avoir besoin ; sur quoi me remettant et sur toutes les autres choses au sieur Duplessis- Besançon, que j'ai trèsparticulièrement informé de mes intentions, et après vous avoir assuré de ma bonne volonté , je prie , etc. % Nota, Cette minute porte en marge : Il ne faut point mettre a la subscription la qualité de duc de la xèfixhlique.
N" 24. Lettre du Roi au duc Carlo Brancaccio,
Même date.
Monsieur le duc Carlo Brancaccio ,
Envoyant à Naples le sieur Duplessis-Besançon , conseiller, etc., pour l'objet qu'il vous communiquera^ je
LETTRE DE LOUIS XIV. l65
l'ai chargé de vous voir de ma part , et de vous nmdre celte lettre que je vous écris, de l'avis de la Reine , etc., pour vous assurer de mon alTection et de Testime parliculière que je fais de votre mérite et de toute votre maison. Elle n'a pas été traitée de sorte par les Espagnols, qu'ils nous aient obligé à avoir dans ces conjonctures d'autres sentimens que de ceux de voir votre patrie délivrée de leur oppression. Je sais combien vous pouvez , par le crédit que votre naissance et vos vertus vous ont acquis, et par vos bons conseils , coopérer à la perfection de ce grand œuvre 5 je vous y exhorte par votre gloire et par les assurances que je vous donne de ma bonne volonté et de ma reconnaissance; et me remettant du surplus au sieur Duplessis-Besançon , à qui vous donnerez confiance pour tout ce qu'il vous dira de m*, part , je prie Dieu , etc.
N* 25. Du Roi au sieur Annésé,
Capitaine Gennaro Annésé,
Envoyant à Naples le sieur Duplessis-Besançon , etc., pour l'objet qu'il vous communiquera, j'ai voulu vous faire cette lettre de l'avis de la Reine , etc. , pour vous assurer particulièrement de mon affection et du souvenir que je conserve de la façon que vous avez agi dans le généreux dessein de délivrer votre patrie de l'oppression intolérable des Espagnols. Il faut pousser jusqu'au bout, et avec vigueur, votre belle entreprise, qui rendra votre nom glorieux à toute la postérité, et vous devez tire assuré, et tous ceux qui y sont engagés, que je (onlribuerai volontiers eu tout ce qui sera de mon pouvoir, pour la faire réussir, saus autre but que de
procurer la liberté au royaume; et me remettant du surplus au sieur Duplessis-Besançon, etc.
'^^ 26. Du Roi au cardinal Filomarino, à Napln.
Paris, 24 février 1648.
Mon Cousin,
Je ne doute pas que comme bon pasteur vous n'ayez ressenti une douleur extrême de l'iiorrible carnage qui s'est fait k vos ieux de vos brebis , et qu'ayant tant de zèle et de chaleur pour le bien de votre troupeau et pour la conservation des peuples que Dieu a commis à votre conduite spirituelle, vous n'ayez beaucoup de joie d'apprendre que je leur ai accordé ma protectioo royale. Aussi , dans la résolution que j'ai prise de les assister de tout mon pouvoir, ils auront désormais bien peu à craindre la continuation des oppressions et des violences intolérables des Espagnols ; et cependant j'ai bien voulu, dans cette occasion où vous avez tant ^'intérêt, vous faire cette lettre, de l'avis de la Reine régente. Madame ma mère , pour vous assurer de mou affection, et vous dire que mon intention n'est pas qu'il soit en rien dérogé ni changé en la subjeciion et dépendance ancienne qu'a le royaume de Naples , du Saint- Siége ; comme aussi que s'il y a quelque chose a faire qui dépende de moi , soit pour assurance de votre personne , ou de ce qui vous appartient , soit pour le maintien de la juridiction ecclésiastique, je m'emploierai avec grand plaisir à l'un et à l'autre, et vous témoignerai, en mon particulier, dans toutes les rencontres, combien je vous estime , et considère votre qualité et votre vertu. C'est de quoi vous aurez des assurances plus
précises par le sieur Duplessis de Besançon , conseiller , etc. , lequel étant bien informé de mes bons sentimens pour votre personne , s'expliquera sur ce sujet , s'il vous plait de lui donner votre confiance entière, et je prie Dieu, etc.
N* 27. Du Roi au duc de Guisé.
27 février 1648.
Mon cousin , bien que j'aie chargé de mes ordres le sieur Duplessis de Besançon, maréchal de mes camps, etc., et qu'il doive partir bientôt, de même que le sieur de Taillade que vous m'avez dépêché, s'en retourne avec les réponses aux lettres que vous m'avez écrites , ayant jugé que le sieur Tilla , votre secrétaire , les pourrait devancer , j'ai été bien aise de vous témoigner par celle-ci que je vous écris de l'avis de la Reine régente , Madame ma mère , combien j'ai eu de satisfaction d'apprendre que vous ayez été élu duc de la république napolitaine, et que le peuple ait montré par-là l'estime qu'il fait de votre personne. J'aurais, etc.
Cette lettre est une répétition de celle que l'on a lue plus haut (n**23).
N" 2S. Lettre du duc de Guise à la Reine Mire
Régente (1).
Madame ,
J'avais toujours espéré de la bonté de Votre Majesté, qu'hazardant ma vie , lui conquérant des provinces , lui
(1) Celle leltre et la suivanle sont imprimées dans les Mémoiies Je madime de MoUe?ille. Amsierdam , 1760 ,11, 167 et snir.
1 68 lETTRE DU DUC DE GUISE.
assujéiissant de» royaumes, et maioieaant, par ma seule résoluuon , des peuples dans la fidélité , sans argent et sans pain, comme la guerre sans poudre et sans soldats, exposant ma personne dans les périls contmuels où je me trouve tous les jours , et de trahison , et de poison ; et ne prétendant pour récompense de mes services , que de pouvoir , après tant de travaux , passer heureusement le reste de mes jours avec mademoiselle de Pons (i);elle la conseillerait, pour me témoigner avoir quelque satisfaction des soins que je prends ici de lui rendre des services si périlleux ( étant trahi et abandonné de tout le monde ) , que je puis dire être le seul qui eût osé penser d'entreprendre rien de pareil.
J'avoue, Madame, que j'ai appris avec un désespoir extrême la rigueur dont Votre Majesté a usé envers elle (2). Je la supplie très-humblement de vouloir en considération de ce que j'ai fait et de ce que je prétends faire pour le service de la couronne , m'accorder pour récompense qu'elle soit traitée et considérée d'une autre façon, ce que j'espère de sa bonté, si elle veut conserver le repos et la vie de la personne du monde qui est plus véritablement et avec plus de respect ,
Madame, etc.
Le duc DE G DISE.
Naples, 27 février 1 648.
(0 0«.^ "««on d'Albret. fille de Henri de Miossans et d'Aune de P.rd..lh.„. Cet.it I, .ixiéme d. neuf enf.„,, pe„ riche, ci, Mk tl d un caractère passioné. Vojei le duc de Guise à NapUs,
(î) Gabrielle de Pons Aaii attachée au semce de la Heine , qui 1. ht entrer au couvent des Filles de Sainte-Marie , A cause d'une in.-
lETTRE DU DUC DE GUISE.
]\° 29. Lettre du duc de Guise au cardinal
Mazarin,
Naples, 28 février 1648.
Monsieur,
Si la passion que j ai toujours eue et que je conserve plus violente et plus fidèle que jamais pour mademoiselle de Pons (i) , n était assez connue de Votre Eminence , elle pourrait s'étonner que dans 1 état où je me trouve , je me remisse sur ce qu'elle pourra apprendre de M. le marquis de Fontenay (2) , des affaires d'ici , et je ne lentretinsse que de mes malheurs. C est en effet du désespoir où je suis , qui fait que je ne puis avoir sentiment pour quoi que ce puisse être, lui fesant une confession très-véritable que ni Tambition ni le désir de m'imraortaliser par des actions extraordinaires , ne ma embarqué dans un dessein aussi périlleux que celui où je me trouve; mais la seule pensée, fesant quelque chose de glorieux, de mieux mériter les bonnes grâces de mademoiselle de Pons et d'obtenir, par l'importance de mes services, que la Reine considérant davantage et
prudence que la mère du duc de Gnise elle-même jugea mériter au moins ceUe punition. Voye* les Mémoires de madame de Mottevilit-, et le duc de Guise à Naples , chap. 1 3.
(i) Cette passion n'était qu'une suite de la légèreté du duc de Guise en amour, et un «ulrage à la comtesse de Bossu. Voyez le» Mémoires de madame de Mottefille^ Amsterdam, lySo, I,, aoa, 2o3 et 393.
(2) ' Fonteiuiy - MareuH j terre et seigneurie, avait été éri^;ée en marquisat par lettres du i&ois de mai lôiS, enregistrées au Parleineut le 5 mai 1627, en faveur de François Duval. ( Dictionnaire de 1 » Noblesse , par La Chenaye-Desbois. Paris , 1773 , VI, 5'X).,