LETTRE DU DUC DE GUISE
€lle et moi, je pusse après tant de périls et tant de peines, passer doucement avec elle le reste de mes jours. Mes espérances sont trompées, et je me plains avec raison de me voir abandonné de la protection de votre Éminence dans le tems ovi en ayant le plus de besoin, je m'en tenais le plus assuré. J'ai hazardé ma vie dans le passage sur la mer, j'ai réduit dans le parti quasi toutes les provinces de ce royaume ; j'ai maintenu la guerre quatre mois sans poudre et sans argent, et réduit dans l'obéissance un peuple affamé, sans lui avoir pu donner en tout ce tems que deux jours de pain; j'ai cent fois évité la mort, et par le poison et par les révoltés : tout le monde m'a trahi; mes domestiques même ont été les premiers à tâcher de me détruire; l'armée n'a paru que pour m'ôter la créance parmi les peuples , et par conséquent le moyen de servir ; et parmi tous ces embarras, ne subsistant que par mon courage et par ma résolution , au heu de m'en savoir gré et de me donner courage de contmuer ce que j'ai si heureusement commencé, et où je puis dire sans vanité que tout autre que moi aurait échoué : l'on me persécute en ce qui m'est le plus sensible ; l'on tire avec violence une personne que j'aime , d'un couvent où je l'avais priée de se retirer (i); et du-
(0 C'était nn couvent irrégulier, où elle était servie par les officiers du duc de Guise et défrayée à ses dépens , selon les Mémoires de madame de Motteville, II , 109. Ce ne pouvait donc êire le couvent de la Visitation. Sur Remplacement de ce couvent et rétablissement de cet ordre à Paris, voyez le Tableau historique et pittoresque de cette ville (par M. de Saint-Victor ). Paris, 1809, H, 683. Un brevet du 12 juin 1643, donné par la Reine-Régenle sous le nom de Louis XIV, donnait à ces religieuses trois places entre la porte Saint- Antoine, la Bastille et leur monastère , à U charge d'y faire bâtir des maisons de même décoration et simélrie. ièiJ. , p. 690.