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L'armée aura été a présent renforcée de la quatrième galère et de deux vaisseaux de guerre qu'on aura fait partir de Toulon.
Il en vient un autre de Hollande qui a été autrefois amiral , qui est de 800 tonneaux , qui a pour dix mois de vivres, est armé de 62 pièces de canon et à proportion de tout le reste. Il peut être à présent à la voile vers les côtes de Normandie et de Bretagne , et va toucher à Toulon pour voir s'il n y aura rien à porter à Tarmée qu'il a ordre de joindre en la plus grande diligence qu'il pourra.
Il semble ici touchant les desseins du golfe de Policastro (i) et de Salerne, que ce dernier est le meilleur. Cependant si on a quelque parti formé considérable ailleurs, Sa Majesté se remet à ce qui sera jugé plus à propos sur les lieus.
C'est un grand malheur qu'en une affaire où tous les momens peuvent nous être si précieux, on ait perdu tant de tems à Longay. Il faut essayer de réparer cette perte. Cependant je ne puis assez m'étonner du nombre des troupes qui sont sur l'armée navale, selon qu'il est porté dans le mémoire du 19 du passé , pouvant assurer que ce qui s'est embarqué dans les trois régimens d'infanterie et celui de cavalerie, et les troupes de M. le prince Thomas, sans compter les officiers, doivent faire, selon les relations que j'ai de Provence , trois mille neuf cent et tant d'hommes.
Si on a une fois débarqué les troupes à Procida ou ailleurs dans le royaume, on pourrait, ce semble, envoyer l'armée navale chercher et combattre celle des
(i) Ville située à aa lieues au sud-est de Naples, dans la principautc cile'rieure.
RÉPONSE DU CARDINAL MAZARIN. a35
ennemis, parce qu'il est k considérer que si on remportait avantage sur elle, cela contribuerait beaucoup à en avoir d'autres. Au reste, sur cela comme sur tout ce qui peut arriver, on s'en remet à ce qui sera estimé par delà le plus expédient pour le bien du service.
N** 58. Réponse du cardinal Mazarin au mémoire de M. du Plessis-Besançon ^ du 16 août, sous Procida.
4 septembre 1648.
Le mémoire de M. du Plessîs Besançon ne contient que la relation de ce qui s'est passé à la descente que quelques troupes de l'armée du Roi ont faite à Salerne, de leur retraite et des faisons qui ont obligé M. le cardinal Grimaldi et M. le prince Thomas h résoudre de revenir de delà, à abandonner le poste de Procida, et sans le démolir.
Sur le premier point, il eût été à souhaiter qu'on n'eût pas fait un débarquement h Salerne , non pas simplement à en juger par le succès qu'il a eu, car ce n'est pas de l'événement que la raison veut qu'on juge si une résolution était bonne ou mauvaise, mais par ce prëmice qu'on n'avait point vu encore de parti formé . qui nous appelât, ou qui nous reçût et nous vînt assister, qui était néanmoins ce qu'on avait diverses fois mandé précisément être nécessaire avant que d'engager à mettre pied à terre dans le royaume 5 et qu'en second lieu , il n'y avait pas d'apparence que nous pussions faire aucun progrès considéral^le avec les forces seules que nous avions.
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D'ailleurs, la réputation des armes de cette couronne ne souffrait aucune diminution si on se fût retiré après la prise de Pocida , ou après avoir reconnu que l'arrivée de notre armée navale ne causait aucune nouvelle émotion dans le royaume, ni dans la ville de Naples, puisque chacun aurait vu que notre dessein n'était pas de faire des progrès avec nos forces seules^ mais seulement d'accomplir la promesse que nous avons faite k ces peuples de les assister en cas qu'ils fussent disposés à se mettre en liberté , et que nous leur avions tenu parole : au lieu que par ce débarquement nous avons donné occasion aux Espagnols de publier et faire grande ostentation de notre retraite^ qu'ils appelleront fuite ou déroute, avec perte de gens et de canons. On a souvent fait remarquer en diverses dépêches, qu'il est beaucoup plus utile et plus honorable de ne rien entreprendre, que de le faire sans en venir à bout, et principalement quand on est dans un pays comme l'Italie , où chacun se conduit et se gouverne quasi par réputation, et où elle contribue plus que toute autre chose à se faire estimer et craindre.
Je passe plus outre encore, et crois que la prise de Salerne nous aurait été désavantageuse, d'autant que n'étant pas assez considérable pour causer une révolution générale du royaume , ou de partie d'icelui , elle nous engageait k continuer la guerre en un lieu éloigné pour y faire des progrès pied k pied , qui est ce que Ton a toujours voulu éviter.
Il a semblé aussi qu'on ne devait pas permettre a M. de Montade de mettre pied k terre avec tant de capitaines de vaisseau et de galère, puisque sans grande apparence d'en tirer une utilité considérable , en hazar-
RÉPONSE DU CARDINAL MAZxVRIN. 27)^
dant la vie des officiers qui commandent l'armée navale, c'était la mettre en état d'être moins capable de combattre l'ennemi.
Pour ce qui est du retour de delà, on aura vu par les dépêches que le sieur de Launay a portées , qu'on ne pouvait prendre une résolution qui fut plus conforme aux sentimens de Leurs Majestés, puisque l'on mandait par lui positivement, que passé le mois d'août, si l'on reconnaissait qu'il n'y eût pas lieu de se permettre quelque chose de grand du côté de Naples , on ne désirait pas que l'armée s'y amusât plus long-tems sur des espérances incertaines , mais qu'elle allât chercher l'ennemi , et après l'avoir combattu ou vu qu'elle ne pouvait l'attirer au combat, on se rendit avec le plus de diligence possible aux côtes de Catalogne et y prendre son poste devant Tarragone , en donnant avis en même-tems à M. le maréchal de Schomberg , afin qu'il pût bien prendre ses mesures pour l'attaque de ladite place , suivant ce qui lui a été mandé d'ici , de se tenir prêt pour faire cette entreprise, en cas que l'armée navale ayant reconnu qu'il n'y a rien k espérer dans le royaume de Naples, revînt sur les côtes de Catalogne.
Sa Majesté a jugé très-prudente la résolution de quitter Procida, et les raisons qu'on a eues pour cela, incomparablement plus fortes que celles qui étaient pour la conservation de ce poste. Elle a aussi fort approuvé qu'on eût plutôt laissé ledit poste dans l'état où on l'a trouvé, que de le démolir, et qu'on ait bien traité les habitans dé l'île j et il eût été k désirer qu'on en eût fait autant k Vétri.
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OBSERVATION DE LEDITEUR.
Concfuâion.
Ainsi se termina Texpédition du prince Thomas de Savoie, presque aussi mal que celle du duc de Guise : ce ne fut que long-tems après, en 1734, qu'un prince français , né en Espagne, un arrière-petit-fils de Louis XIV, fit la conquête du royaume de Naples, àTâge de dix-huit ans, et transmit son autorité k ses descendans, qui lu possèdent encore aujourd'hui. Cest donc en quelque sorte une histoire nationale que nous allons étudier dans Touvrage du comte de Modène.
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TABLE DES MATIÈRES
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