‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 39 sur 100 · OBI · texte numérisé non relu

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d'eux s'élanl glissée dans les Carmes, et Fautre étant demeurée à la porte , dans le temps que Masanielle était dans le cloître, où il attendait quelques capitaines d'ottines pour commencer rassemblée de la Place du Peuple, on ouït une arquebusade tirée hors du couvent. Masanielle, à ce bruit , dit que c'était le signal de quelque trahison , et à peine eut-il fini ces paroles , qu'il vit le feu de cinq arquebusades tirées tout sur lui par les bandits qui se rencontraient dans la presse qui l'environnait : quoique cette décharge lui fut faite d'assez près , il n'en fut aucunement blessé , et dans cet instant le peuple , en s'écriant hautement que Dieu et Notre-Dame des Carmes avaient sauvé Masanielle de la main de ses assassins, et qu'il fallait faire main basse sur tous les bandits, se jeta avec une furie impitoyable sur tous ceux qu'il rencontra, et après en avoir égorgé les uns sur-le-champ, il poursuivit et massacra les autres en divers endroits du couvent où ils s'étaient réfugiés. La rage de la populace ayant changé tout à coup l'enclos de ce lieu sacré en une sanglante boucherie , on y vit en un moment plusieurs spectacles d'horreur et de cruauté. On y entendit les cris des blessés, qui, demandant des confesseurs, recevaient le coup de la mort. On y vit une quantité de corps, qui à peine étendus sur la terte , furent séparés de leurs tètes, Domenico et Gregorio Perrone y perdirent chacun la leur, le premier pour avoir été cru complice de la conjuration des bandits qu'il avait reçus au marché, et le dernier pour être

frère de ce malheure ux. Le capitaine An tonio Grosso perdit ensuite la vie; mais il déclara, à ce qu'on dit, avant que de mourir, que les bandits étaient venus, par ordre du duc de Matalone , et de dom Pèpé Caraffa, son frère, pour assassiner Masanielle; que Domenico Perrone était de leur intelligence , et qu'il en devait arriver plusieurs autres vers le soir, qui, à la faveur de la nuit et de la confusion que la mort de Masanielle ( qu'ils croyaient infaillible) eût causée dans le marché, devaient surprendre et tailler en pièces la plus grande partie du peuple.

11 y a quelques auteurs, de ceux qui ont traité des révolutions de Naples, qui ont affirmé que Domenico Perrone, Antonio Grosso et plusieurs bandits déposèrent, avant leur mort, que la conjuration était contre toute la populace; que tout le marché et le couvent des Carmes avaient été minés, et qu'il y avait quinze milliers de poudre dans les mines; que vers les trois heures de nuit, qui était le temps que ces lieux étaient le plus remplis de gens, le feu devait être donné tout-àcoup à toutes ces mines, pour faire sauter en un même instant plus de cent cinquante mille personnes, et que le reste de la populace que le feu épargnerait, devait être mis au fil de l'épée, tant ^ par les bandits déjà entrés dans la ville, que par plusieurs compagnies de cavalerie, qui, par l'ordre du duc de Matalone et de dom Pèpé Caraffa, son frère, auteurs de la conspiration, devaient arriver vers le soir. Mais si Ion examine profoadémeul

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ces choses, on ne trouvera pas seulement qu'elles choquent la vérité, mais encore le sens commun : il est certain que Domenico Perrone eut si peu de moyen de faire ces dépositions, que ceux qui le trouvèrent caché dans la cellule d'un religieux , où il s'était retiré dès qu'il eut vu faillir le coup des assassins qui avaient tiré sur Masanielle, le massacrèrent dès l'abord, et lui coupèrent la tête sans lui donner le loisir de parler, et pour ce grand nombre de mines, qui, avec tant de milliers de poudre, devaient faire sauter le marché et le couvent des carmes, il n'est point d'homme raisonnable qui puisse s'imaginer qu'en l'espace de vingt -quatre heures, et parmi tant d'ombrages qui obligeaient la populace d'être incessamment sur ses gardes, le duc de Matalone eût eu le moyen de faire creuser tant de mines, et les remplir de tant de poudre. Toutesfois ces mensonges, quoique ridicules et dans l'impossibilité, ne laissèrent pas d'être crus d'une ignorante populace qui croit tout ce qu'elle appréhende, et qui, suivant aveuglément en ces rencontres ceux qui, à la faveur de ces illusions, prétendaient de la désunir pour tout jamais de la noblesse, se confirma entièrement dans la haine qu'elle avait déjà conçue pour le duc de Matalone , et dont elle donna peu après tant de barbares témoignages. Quant aux motifs de cette conspiration, on en remarque deux, qui, bien que différens, ne laissent pas d'avoir leurs raisons et leur vraisemblance. Le premier, que le duc de Matalone ayant reconnu , quoiqu'un

peu lard, les artifices dont le duc d'Arcos s'était servi pour le décréditer parmi le peuple, avait eu dessein de s'en venger et de quitter le parti d'Espagne ; que la peur des conGscations l'empêchant de se déclarer dans le point d'une révolte naissante , et dans l'incertitude de l'événement , il s'était résolu de risquer et de faire sonder le gué par dom Pèpé Caraffa, son frère , qui , n'ayant pas beaucoup à perdre, se pouvait mettre en cet instant à la tête des soulevés; que, durant le temps qu'il fut prisonnier dans les Carmes, il s'ouvrit à Domenico Perrone, à Pèpé Palombo , et à quelques autres chefs populaires, qui, jaloux du crédit et de l'autorité que Masanielle acquérait de moment en moment, avaient résolu de se défaire de lui, et de nommer pour chef du peuple dom Pèpé CarafTa , et qu'ensuite de ce traité, le duc de Matalone avait envoyé les bandits pour assassiner Masanielle et tous ceux de sa cabale, où même se trouvait compris le cardinal Filomarino. Le second, que le duc de Matalone conjura la mort de Masanielle avec Domenico Perrone, et autres chefs populaires, pour se venger de l'aiTront qu'il avait reçu; qu'ayant communiqué cette entreprise au duc d'Arcos dès l'instant qu'il se fut sauvé du couvent des Carmes, le^ Vice-Roi, reconnaissant que, soit que la conjuration manquât, ou qu'elle vînt à réussir, l'elTct serait toujours utile à l'Espagne, loua hautement son dessein , et lui promit de l'assister de toutes

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ses forces, et qu ensuite du traité fait avec ce Perrone et ses partisans, les bandits vinrent au marché pour faire cet assassinat.

Le peuple ayant en peu d'heures égorgé cent cinciuante bandits, et traîné leurs cadavres par toutes Jes rues, porta Jeurs têtes au marché, où Masanielle, qui parla mortdeDomenico Perrone, et la fuite de Pèpé Paloinbo, qui demeura caché quelques jours, élait seul chef du parti populaire, ordonna quWec celles de Domenico Perrone et de son frère , elles fussent toutes placées sur des pieux au milieu de cette grande place. Cet ordre fut ponctuellement exécuté, et quoique le sang de tant de misérables fût capable d'adoucir la même inhumanité, Masanielle crut que la sienne ne pouvait être entièrement satisfaite que par la perte des deux frères qui avaient conjuré sa mort : sollicité dans cette occasion d un pressant désir de vengeance , et encore plus des discours du Génuino et des autres secrets correspondans du duc d'Arcos , il commanda qu on cherchât partout le duc de Matalone et dom Pèpé CaralTa, et que l'on les prît vifs ou morts. Cette populace, qui, à l'imitation de la mer, n'a aucun mouvement naturel, et ne s'agite que par accident et par le souffle impétueux des vents divers qui la dominent, obéit, ou plutôt vola, avec autant de fureur que de diligence, vers les couvens où l'on disait que ces deux frères s'étaient cachés; mais ayant îtj)pns en chemin que le duc de Matalone était

sorti de celui des capucins, et que , sous un habit de religieux, il était parti de la ville, elle courut principalement à Sainte-Marie de la Nove, où s'étaient retirés dom Pèpé CaraiFa et le prieur de la Rochelle. Celui-ci, plus avisé ou plus heureux que l'autre, était à peine sorti de ce couvent, que l'on y vit arriver cette foule de soulevés, qui ayant surpris un frère lay avec un billet que dom Pèpé écrivait au Vice-Roi , pour le prier de faire tirer quelques coups de canon sans boulets sur cette populace , pour l'effrayer et l'écarter de ce couvent , enfoncèrent les portes, et fouillant sans respect ce lieu saint, la fureur qui aveugle ordinairement ceux qu'elle conduit, leur fit manquer ce malheureux, qui passant sans être reconnu, s'échappa, et s'alla jeter dans une petite maison voisine de ce monastère. Mais cette fuite ne servit à prolonger sa vie que de quelques intervalles , et soit qu'on l'eût vu entrer en ce lieu , ou qu'une femme qui y logeait l'eût été révéler au peuple , il y fut incontinent pris par la tourbe qui le cherchait, et qui le traîna insolemment dans la rue, où Michel de Sanctis, fils d'un boucher, lui coupa aussitôt la tête. Ce coup hardi fut exalté par les cris de celte canaille furieuse , qui, plantant la tête de ce prince au bout d'une pique, et traî, nant le corps par les pieds , s'achemina vers le marché. Masanielle qui se rencontra à cet horrible spectacle , commanda qu'on lui apportât cette tête, et la frappant d'une baguette qu'il avait en

mairi, il s adressa et parla à elle, comme si elle eût été vivante , en lui reprochant la superbe insolence et la cruauté que dom Pèpë Caraffa avait témoignée en tant d'occasions, et envers tant de misérables. Cette correction hors de saison étant achevée , il ordonna que cette tête et le pied dont cet infortuné avait frappé le cardinal Filomarino en la procession de saint Gennare, fussent attachés conjointement au bout dun pieu, et mis au milieu du marché avec cet écriteau au dessous : « DoM Pèpé Caraffa rebelle de la patrie , ex

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