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choses passées; mais toutes ces dëmonstralions d*amour pour le repos public n'empêchèrent pas que le peuple, en se soulevant sur Tavis^ qu'il eut que le pain qu'on faisait au four de Salvatore Cataneo , l'un des assassins de Masanielle , était léger de douze onces moins que le taux, n'en fît justice lui-même, en brûlant sa maison avec tous ses meubles, et deux mille sequins qu'il y trouva, et en envoyant aux galères un de ses parens rencon- Iré casuellement dans ce lieu. Cette émotion de peu de durée faillit d'être bientôt après suivie d'une autre plus périlleuse. Quatre jours après la mort de Masanielle, l'élu du peuple revenant du palais du Vice-Roi au couvent des Carmes , où il faisait sa demeure , fut abordé par le capitaine Gennaro Annésé , et par Vanno Panariello, qui, le tirant à l'écart, lui dirent qu'ils avaient pris garde que le j)euple avait été trompé et trahi dans les capitulations accordées le samedi précédent, d'autant que par le quatorzième article il était expressément porté que toutes les impositions et gabelles seraient généralement abolies et révoquées , sauf et réservé celles qui se payaient sous le règne de Charles-Quint , et toutes celles qui avaient été aliénées à des particuliers. Or, comme il n'y en avait point en tout le royaume qui ne fussent aliénées, cette réserve maintenait tous les impôts et toutes les gabelles en leur premier état. Quoique l'élu fût informé de cette fourbe , et qu'il sût que le Génuino, qui avait dressé les capitulations, avait concerté cet article avec le conseil du Vice-
Roi, il fit rétonné , et dit qu'il ne le croyait pas , et que si cela paraissait de la sorte dans les copies imprimées, il fallait nécessairement que ïe défaut vînt de l'imprimeur. Gennaro Annésé soutenait le contraire , et ce maître arquebusier ( qui commençait d'avoir déjà des desseins pour le commandement absolu , qu'il obtint depuis) protesta opiniâtrement qu'il avertirait tout le peuple de cette supercherie , si l'on ne réformait l'article de la façon qu'on le devait pour le commun bien du pays. Pour sortir donc tout à fait de doute, on envoya chez l'imprimeur des capitulations, qui fit voir que ses copies étaient conformes à l'original. Sur ce point, dom OnofTrio Jacutio, prêtre accrédité parmi la populace, survint, et, se mêlant dans leur conversation , leur dit que dès la première fois qu'il avait lu ces capitulations, il avait pris garde à cette fourberie, et qu'il y fallait remédier auparavant que tout le peuple en fût clairement informé , puisque n'étant que trop persuadé que les Espagnols ne songeaient qu'à le tromper et à le punir, ce manquement lui servirait d'excuse et de prétexte pour le soulever de nouveau. L'élu du peuple, en leur témoignant à tous trois qu'il louait extrêmement leur zèle, et qu'il approuvait leur avis, les assura qu'il en avertirait le Vice-Roi et son conseil , afin d'y apporter le remède tel que le peuple pouvait désirer. Leur conversation finie , Gennaro s'en alla , laissant Vanno Panariello avec l'élu du peuple , et auquel il dit que cette tromperie n'étant couiaue alors.
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que de Gennaro Annésé et de lui, il se prometlaïf de faire en sorte qu'il ne s en parlerait pas davantage , si le Vice-Roi leur voulait donner deux mille sequins; sur quoi lëlu, lui ayant donne de belles paroles, se retira, jugeant toutefois qu'il serait difficile d étouffer ce bruit, et qu'il y avait beaucoup d'apparence que dom Onoffrio Jacutio ne naanquerait pas, dans Taffection qu'il avait pour le bien du peuple, de le faire savoir partout, si l'on n'y remédiait promptement. Aussi ne se trompa-t-il pas; car au sortir de cette conférence , ce prêtre zélé s'en alla en toute diligence chez le théologal du cardinal Filomarino pour l'avertir de cette affaire, et pour le conjurer instamment de faire que son maître allât parler au Vice-Roi , pour y remédier avant que le monde en eût connaissance.
Mais quelques soins que l'on en pût prendre , cela n'empêcha pas que, le 22 du mois de juillet, environ les dix-neuf heures , une multitude de peuple, instruite de celle fourberie, ne s'assemblât dans le marché, criant qu'il n'y avait point d'assurance aux promesses des Espagnols, puisqu'ils ne songeaient qu'à le trahir, et qu'il fallait s'assurer, par la voie des armes, puisque, par celle des traités, on ne pouvait rien espérer d'avantageux pour le pays. Ces paroles , dont la suite ne pouvait être que très-funeste , furent incontinent rapportées au Vice-Roi, qui, bien que déjà averti du sujet de ces murmures, ne s'en était pas beaucoup ému; les promesses de l'Arpaja et
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de Jules Génuino l'endormaient , lui figurant qu'ils lui répondaient de ce peuple , et que s'ils n'avaient pas de quoi lui lier la langue, ils avaient assez de crédit et d'adresse pour lui arrêter les bras, sans qu'il s'en pèt apercevoir. Toutefois, le bruit du nouveau tumulte qui se levait dans le marché l'éveilla, et l'obligea d'y envoyer promptement le prince de la Rocca, pour donner à ces soulevés la satisfaction qu'ils désiraient. (]e prince qui étaient confident du Vice -Roi, et qui pour le mieux servir était demeuré parmi le peuple , et avait été élu Grassière de la ville par la faveur du cardinal Filomarino, son parent, étant arrivé dans le marché, fut tout-à-coup environné d'une foule innombrable de gens de tout âge et de tout sexe, qui, en criant plutôt qu'en parlant, lui firent à peu près comprendre le motif de l'émotion. Ayant, par des signes de main , obligé cette populace à se taire pour l'écouter, il lui dit, en peu de paroles, que le duc d'Arcos l'envoyait expressément pour l'assurer de ses bonnes intentions; que s'il y avait quelque erreur dans les capitulations, c'était plutôt par la méprise de ceux qui les avaient écrites , que par aucune pensée qu'il eût de tromper par une équivoque ceux qui s'étaient fiés en lui, et qu'il priait le peuple de vouloir nommer quelqu'un avec qui, sur-lechamp, il pût conférer sur cette matière, afin de réparer la faute prétendue sans nul délai. Le peuple criant qu'il voulait que l'on lui maintînt les promesses qu'on lui avait faites et jurées
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solennellement sur le précieux sang de Saînt- Gennaro , nomma dom Onoffrio Jacutio pour conférer avec le Prince sur ce sujet , de sorlo qu'étant ensuite entrés tous deux dans le couvent des Carmes , ils travaillèrent conjointement à la réforme de l'erreur commise dans le quatorzième article des capitulations , en expliquant cette équivoque, et mettant que toutes les impositions établies depuis l'empereur Charles- Quint, spécialement toutes celles qui avaient été aliénées en faveur des particuliers, seraient entièrement éteintes , révoquées et annuUées. Cet article étant rajusté , dom OnofTrio sortit du couvent pour en donner part à ce peuple qui l'attendait dans le Marché avec une extrême impatience , et de plus pour savoir de lui s'il désirait quelque autre chose pour son entière satisfaction ; sur quoi , ayant reçu plusieurs mémoires contenant de nouvelles demandes, que la défiance qu'il avait de la foi des ministres, lui faisait faire, ce prêtre retourna dans le couvent, d'où, après les avoir communiquées au prince de la Rocca, ils sortirent un peu après l'un et l'autre pour assurer le peuple qu'il aurait toute sorte de contentement. Cette procédure ayant un peu calmé l'émotion, le Prince, accompagné de dom Onoffrio et de Grégoire Accietto, marchand de soie , député sur l'heure par le peuple , pour aller prier le duc d'Arcos de faire imprimer de nouveau les capitulations, avec les explications et les annotations que l'on y venait de faire , se rendit
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au palais, pour informer le Vice-Roi de tout ce qui s'était passé en sa négociation. Quoique le duc d'Arcos fût piqué de ce qu'en rayant l'article des gabelles , on avait d'un seul coup de plume détruit plus de cinquante mille maisons intéressées dans les impôts, il ne laissa pas de recevoir dom Onoffrio Jacutio et Grégoire Accietto avec un visage bénin, et leur ayant, de bonne grâce, accordé tout ce qu'ils demandaient de nouveau de la part du peuple , il commanda, en leur présence, que les capitulations réformées fussent imprimées incontinent avec les vingt-six articles que l'on venait d'y ajouter. Cet ordre donné et exécuté, un peu après, les deux députés du peuple prirent congé de lui, après qu'il les eut priés tendrement de vouloir assurer le peuple qu'il ne songeait qu'à son repos, et qu'il lui donnerait des marques d'une affection paternelle , dans toutes les occasions où il s'agirait de son bien, ne désirant rien tant au monde que de voir la ville tranquille, et tout son peuple satisfait. Ces assurances, confirmées par l'impression des capitulations accordées nouvellement, donnèrent quelque joie au peuple, qui toutefois ne laissa pas de faire du bruit durant toutes ces négociations, sur le sujet de dom Lucio San-Felice, fils de dom Jean Sergio San-Felice, qui, pour avoir maltraité de paroles quelques populaires à la porte Capoiiana , fut cause d'un nouveau tumulte , où il eût infailliblement laissé la vie , si, par une soudaine fuite, il n'eût évité ce danger. Comme les malheurs s'en-
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tresuîvent, celui-ci en attira un autre deux jours après, li Foccasion de quelques paysans de Melîiro, village assez voisin de Naples, qui s'étant plaints dans le marche , que nonobstant Tabolition des gabelles, le conseiller François- Antoine Muscetola, leur seigneur, ne laissait pas de les exiger, obligèrent une multitude de gens de courir promptement aux armes , et d aller droit en sa maison , qu'ils brûlèrent avec une bibliothèque qu'il y avait des plus curieuses et des plus grandes du royaume, lobligeant lui-même au bruit de la rumeur, de s enfuir tout en chemise, afin d'éviter un semblable traitement. Le Vice- Roi, pour éviter la suite de ces deux tumultes, ordonna, par un ban publié, que si don Lucio San-Felice ne se rendait prisonnier dans le Château Neuf dans vingt-quatre heures, il donnerait quatre mille ducats à qui le lui présenterait vif ou mort, mettant une pareille taille sur tous ceux qui à l'avenir, troubleraient le repos de l'État, et, pour empêcher que l'aspect des meurtriers de Masanielle ne causât encore quelque nouvelle sédition parmi un peuple qui avait son nom et sa mémoire en vénération , il envoya secrètement à Rome Michel AngeloArdizzone , André Rama, Salvatore Cataneo et ses autres assassins, leur donnant la récompense qu'il leur avait fait espérer