CHAPITRE XIL
Suite de la négociation du député du Peuple , à
Rome.
AUSSITÔT que Nicolô Maria Mannara fuit sorti de l'appartement du marquis de Fontenay, il revint en celui du duc de Guise par la porte du jardin , et lui rendit un fidèle compte de tout ce qui s'était passé dans cette audience , sans oublier la surprise qui avait paru sur le visage du marquis, quand il lui avait demandé, de la part du Peuple, que ce Prince passât à Naples. Le duc l'embrassa plusieurs fois, et, après lui avoir réitéré les promesses qu'il lui avait déjàfaitesd'établir solidement sa fortune, il lui dit de s'aller reposer , et donna ordre à ses gens d'en prendre un soin particulier. Le lendemain au matin, le marquis de Fontenay vint voir ce Prince, et lui dit, avec un visage assez serein, l'arrivée de ce député, le malheureux état du Peuple, les instances d'un prompt secours , et la demande que Gennaro Annésé faisait qu'il passât au plus tôt à INaples ; mais il ajouta en même tems que cette proposition lui semblait tout-à-fait étrange, qu'il n'y avait point d'apparence qu'un Prince de sa qualité s'allât exposer
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de la sorte, et comme un simple aventurier, à la merci des galères et des vaisseaux de l'armée qui bloquaient Naples, non plus qu a la fureur et à l'inconstance de ce Peuple ; qu'il fallait considérer que s'il l'appelait, ce n'était que dans la pensée de tirer de lui un soulagement pour ses maux, et un avantage qui répondît à sa grandeur et à sa réputation ; que sans doute il s'imaginait le voir arriver avec un superbe équipage et des barques pleines d'argent, de munitions et de vivres, enfin comme l'avant-garde de l'armée qu'on attendait, cfe qu'il jugeait impossible s'il était contraint de partir promptement, et qu'il appréhendait qu'en y passant sans cette suite si .nécessaire, ce voyage ne fût non seulement périlleux pour lui, mais aussi très -désavantageux au service de la couronne, et ne donnât lieu aux Napolitains de la soupçonner d'impuissance , d'envoyer de cette sorte un Prince de ce caractère, qu'il le priait donc de songer à ses intérêts et à ceux du Roi en celte occasion. ^
Le duc de Guise l'ayant écouté sans l'interrompre, lui répondit, qu'il se pouvait souvenir que sur cette même matière il l'avait prié plusieurs fois de ne point considérer les dangers qu'il pouvait courir dans cette révolution , puisqu'il ne les envisageait que pour les braver; quant aux intérêts du Roi, qu'il serait bien malheureux si Ton croyait qu'il voulût les choquer dans une entreprise où il bazarderait sa vie pour les soutenir; que tout au contraire il jugeait, par
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l'état où était le Peuple, que le plus signalé service que l'on pût rendre à la couronne, serait que quelque homme de marque passât à Naples pour maintenir les soulevés dans l'espérance du secours qu'on leur promettait ; qu'ils n'en regarderaient pas tant l'équipage que la personne, et s'imagineraient que la France ne l'aurait point risqué , si elle n'avait dessein de le faire suivre de près par un grand secours digne d'elle, et dont il ne serait que le gage.
Pour presser encore plus cet ambassadeur, ît lui dit : qu'il serait périlleux d'attendre que la Cour y envoyât quelqu'un ; qu'il croyait que l'un d'eux y devait aller incessamment, et que s il refusait de le faire, ou qu'il l'empêchât d'y passer, il ne doutait point qu'on ne le chargeât du mauvais succès que ce retardement pourrait causer. 11 y a beaucoup d'apparence que si l'ambassadeur eût vu vers l'embouchure du Tibre, l'armée navale qui n'était point encore partie de Toulon, il n'eût pas attendu que>le duc de Guise lui eût proposé de passer à Naples; mais l'incertitude du départ de cette armée , et les périls évidens du passage et du séjour, lui firent répondre que son âge et son caractère ne lui permettaient pas de prendre cette route , sans un ordre exprès de la Cour ; qu'il avait regret de le voir si résolu à ce voyage, et qu'il n'y pouvait consentir qu'avec un déplaisir extrême.
Comme le marquis allait poursuivre ce discours, on les vint avertir que le cardinal de
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Sainle-Cécile entrait au palais, ce qui interrompit leur conversation. Après les premiers complimens, l'ambassadeur dit au cardinal, que le duc et lui conféraient ensemble sur une nouvelle dont ils devaient aussitôt Taller informer chez lui; et à ces mots le duc feignant de se vouloir retirer pour laisser le cardinal et le marquis ensemble, ils le retinrent tous deux, et l'obligèrent de demeurer. L'ambassadeur rapporta succinctement au cardinal tout ce que le député de Naples lui avait dit, et ensuite exagéra les périls que le duc pourrait courir s'il s'embarquait dans ce dessein à la hâte, et sans avoir toutes les choses nécessaires pour se faire considérer d'un Peuple qui ne le regarderait que par les avantages ^ue son arrivée lui pourrait procurer. Le duc répéta les choses qu'il venait de lui dire; mais le cardinal (qui savait que ce Prince était absolument déterminé de passer à Naples, et qui approuvait ce voyage ensuite des attachemens qu'ils avaient pris ensemble), appuya de sorte l'opinion du duc de Guise, qu'il fut conclu sur-le-champ que pour le bien et le service de l'État, il était nécessaire qu'un Prince ou quelque autre personne renommée dans l'Italie, passât en diligence à Naples, sans attendre les ordres exprès de la Cour; qu'un trop long délai pourrait causer des changemens désavantageux aux affaires de ce Peuple, et que puisque le duc de Guise avait assez de zèle pour la gloire de son Roi , et l'honneur de sa nation , pour vouloir répondre à la demande et à la pas-
sion des Napolitains, malgré tous les obstacles et les périls que le marquis de Fontenay lui avait représentés, il fallait travailler incessamnaent aux choses nécessaires pour son passage, et aux moyens de le faire réussir.
Cette résolution ainsi prise, il fut arrCîté qu'on en ferait part aux cardinaux de la faction , et aux autres ministres de France qui étaient en cette Cour, et qu'on renverrait le député en diligence pour conclure avec Gennaro Annésé et la Consulte, de quelle sorte et avec quel titre le duc de Guise passerait à Naples. Le même jour ou fit une assemblée des cardinaux et des ministres, dans laquelle , après que Nicolo Maria Mannara eût été entendu de nouveau, il fut conclu que la république de Naples serait à l'avenir traitée de royale par les Français; que sous ce titre le marquis de Fontenay ferait réponse au plus tôt à Gennaro Annésé, qu'il l'assurerait, au nom du Roi, d'une haute protection, et d'une assistance conforme au pouvoir de Sa Majesté, et que le député serait chargé d'aller et revenir au plus tôt, afin que le duc pût ensuite passer à Naples.
Jamais homme ne fut si satisfait que le duc de Guise le parut , voyant réussir si promptement et si favorablement une partie de son entreprise ; il en communiqua sa joie au baron de Modène , qui lui témoigna combien de part il y prenait, et lui représenta , avec sa sincérité et sa franchise ordinaires, qu'après avoir, par son adresse, gagné le
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député Mannara , et obligé rambassadeiir de consentir à son passage, il devait songer à deux choses : Tune à convenir des conditions sous lesquelles il serait appelé à INaples, et l'autre à trouver de l'argent dont il avait besoin, tant pour les frais de son passage et pour quelques munitions qu'il faudrait porter avec lui , que pour les premières dépenses qu'il lui conviendrait faire à INaples , où il lui serait très-désavantageux que cette populace le crût dénué d'une chose qui, peut-être, serait la seule qui le rendrait considérable à son abord dans le parti ; qu'il jugeait, sur le premier point, qu'il devait ménager le titre de son emploi, en telle sorte que Gennaro Annésé n'en pût avoir aucune jalousie , et qu'à ce sujet il fallait qu'il s'offrît de servir cette Royale République, ainsi que le prince d'Orange servait les Etats de Hollande ; qu'ayant en main , par cette voie , les armes qui font la plus noble partie de l'autorité souveraine , ce maître fuzelier n'aurait pour lui que celle qui concernerait les finances et la justice , qui est la plus embarrassante , ainsi que la plus odieuse ; que, pour l'autre point, il devait songer qu'il n'avait point d'argent, et qu'il en faudrait beaucoup répandre, en attendant qu'il en pût .avoir de chez lui.
Le duc, qui dans ses passions ne se figurait rien de difficile, lui dit qu'il était de son avis, touchant le titre sous lequel il prétendait servir le Peuple, et que pour l'argent, il croyait en trouver à Rome, par le moyen du cardinal de
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Sainte-Cécile , qui s'était trop attaché à lui pour ne lui en pas faire avoir dans une entreprise si glorieuse pour l'Etat et pour sa maison. Le baron lui repartit qu'il fallait donc qu'il s'assurât de bonne heure du cardinal, afin qu'aussitôt que Mannara serait parti, on pût préparer quelques munitions, surtout de poudres, dont le Peuple avait un extrême besoin. Le duc alla un peu après chez ce cardinal , à qui il rendit mille grâces de l'ardeur avec laquelle il avait appuyé son dessein, et lui fit de nouvelles protestations d'un attachen^ent éternel avec sa maison ; le cardinal y répondit par des assurances d'une perpétuelle amitié , et par des offres de toutes les choses qui pouvaient dépendre de lui ; ces civilités convièrent le duc à s'ouvrir à lui sur le principal motif de cette visite; il lui dit qu'il allait dépêcher, en France, un de ses gens pour ramasser tout l'argent qu'il pourrait tirer de la vente de quantité de meubles de prix, et du revenu de ses terres, avec ordre de les engager ou les vendre, au cas que la duchesse , sa mère , ne voulût pas se mettre en peine d'en faire trouver, qu'ainsi il croyait en avoir suffisamment pour l'avenir, mais qu'il était présentement forcé de recourir à lui , pour trouver quelqu'un qui lui pût prêter quinze ou vingt mille écus pour subvenir à la dépense qu'il serait obligé de faire, jusqu'à ce que son envoyé en France lui eût fait tenir l'argent qu'il pourrait recouvrer; le cardinal parut un peu embarrassé de cette prière, et lui répondit qu'il lui présenterait sa bourse, si elle
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n était épuisée par les dépenses qu'il avait été obligé de faire depuis sa promotion : qu'il parlerait à un banquier de ses amis, pour lui en faire prêter au plus tôt, et ensuite le duc de Guise, après lavoir remercié de cette générosité, se retira chez lui pour songer à la dépêche du Mannara , qui devait partir le lendemain.
Ce député ne manqua pas de se rendre au cabinet du duc, le soir même, avec lequel il eut une conférence de deux heures; ce Prince lui donna une iettre pour Gennaro Annésé, par laquelle il lui marquait qu'il avait tenté plusieurs fois les moyens de lui témoigner le zèle qu'il avait conçu tant pour le service du Peuple que pour le sien particulier; qu'il avait prié le Mannara de l'assurer qu'il désirait employer son bien et sa vie pour la Royale République, et se remit à ce député pour l'informer des choses qu'il voulait faire à cet effet. Le Mannara, chargé de celte lettre, et de plusieurs instructions touchant ce qu'il avait à dire à Gennaro Annésé, de la part du duc, prit congé de lui, très-satisfait des caresses et des promesses de ce Prince, et, après avoir pris les dépêches du marquis de Fontenay, il partit de Rome en diligence, afin d'aller donner au Peuple et à son chef une nouvelle qu'il croyait leur devoir être agréable par une infinité de raisons.
Quoique son absence de Naples eût été fort courte, les souffrances et les inquiétudes du Peuple étaient si grandes, que, d'heure en heure, les affaires y changeaient de face : quand quelques-
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uns venaient à exagérer au milieu du Marché, ou en quelque autre place publique , les misères présentes et le peu d'apparence qu'il y avait d'un prompt soulagement, il s'amassait une nmltitude d'affamés qui criaient qu'il fallait massacrer Gennaro Annésé, don Luigi del Ferro et leurs partisans, et s'accommoder avec l'Espagne; et quand quelques autres venaient à examiner la cruauté et la perfidie des ministres espagnols , chacun criait qu'on devait attendre le secours de France, que don Luigi del Ferro, qui s'en disait ambassadeur, promettait de moment en moment; mais comme^ses promesses étaient toujours les mêmes, et que l'on ne voyait aucun effet de tant de lettres qu'il disait avoir reçues des ministres, la partie du Peuple la plus souffrante, ou plutôt celle qui avait moins d'inclination pour la France., se souleva , se saisit de cet ambassadeur qu'elle arrêta prisonnier, et le menaça de le faire mourir, s'il ne justifiait, dans vingt-quatre heures, toutes les choses qu'il disait ; mais Nicolô Maria Mannara arriva dans cette conjoncture , et fit voir la suscription de la lettre que le marquis de Fontenay écrivait au parti , par laquelle il lui donnait le titre de République Royale. Cela causa un changement si soudain parmi ces esprits qui flottaient entre la crainte et l'espérance , que dans un moment le Marché fut rempli d'hommes qui se mirent tous à crier : que , puisque le Roi Très-Chrétien les honorait d'un si beau titre, il fallait périr mille fois plutôt que de le laisser perdre.
Cette joîe saccrut bien encore par la lecture des lettres de Tanibassadeur et du duc de Guise, et par le compte que rendit le Mannara de sa négociation , surtout quand il exagéra adroitement l'origine, les qualités et les richesses de ce Prince, et qu'il assura le Peuple que c'était lui dont on parlait dans INaples, depuis le commencement de cette révolution , et qu'il avait tenté plusieurs occasions pour donner des marques au Peuple de la passion qu'il avait de le servir, et d'employer un million d'or de son bien , et tout le reste, avec sa vie, pour la liberté de l'Etat. A ces paroles, tout le monde s'écria qu'il paraissait bien, par des offres de cette sorte , que ce Prince était de la maison d'Anjou : qu'il fallait lui envoyer des députés , pour le prier de venir à INaples , et le prendre pour défenseur de la liberté du pays. En effet, le Mannara ménagea avec tant d'adresse et de chaleur les intérêts du duc de Guise, qu'il n'eut aucune peine d'obtenir tout ce qu'il voulut en son nom ; il fit entendre particulièrement à Gennaro Annésé, que lorsqu'il était arrivé à Rome chez l'ambassadeur , il n'avait reconnu sur son visage, non plus que dans son entretien, aucune disposition à les secourir : qu'il n'avait trouvé de l'ardeur que dans l'esprit du duc de Guise : qu'ayan t vu que c'était le seul qui embrassait avec chaleur la cause des Napolitains, il avait jugé à propos, dans les nécessités présentes, de ne point refuser ses offres , puisque par sa venue à Naples, il serait lui-même la caution de ses promesses : qu'il avait
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dit à l'ambassadeur que le Peuple le souhaitait pour général des armes de la République : qu'ensuite il avait arrêté que l'emploi qu'il aurait à INaples serait tel que celui qu'avait le Prince d'Orange en Hollande , et qu'il croyait avoir beaucoup fait tant par les avantages que le Peuple recevrait de la valeur et des richesses de ce prince , qu'à cause que Naples aurait en sa personne une assurance signalée de laprotection du roi Très-Chrétien. La confusion où était Gennaro Annésé au moment que le Mannara arriva, lui fit embrasser toutes ces propositions avec une joie extrême : de sorte que d'un commun accord il fut arrêté sur-le-champ, que le père Vincenzo Maria Capécé, religieux dominicain , Aniello di Falco, général de l'artillerie, et Nicolo Maria Mannara, iraient au plus tôt à Rome, pour remercier l'ambassadeur du Roi très-Chrétien, de la part de la Royale République de Naples, de la protection et du secours qu'il lui avait promis au nom de Sa Majesté, et le prier de vouloir par la prompte exécution de cette dernière faveur, en rendre l'effet aussi utile qu'important , comme aussi pour rendre grâces au duc de Guise du zèle qu'il témoignait avoir pour la cité, et le prier d'y vouloir passer en toute diligence, pour y commander les armes de la République aux mêmes conditions , prérogatives et honneurs , que le prince d'Orange commandait celles des États- Généraux de Hollande.
Ces trois députés furent à peine partis de Naples, cjue Gennaro Annésé commença à se repentir d'avoir appelé si légèrement un Prince grand, brave, riche et libéral : quoique son extravagance et sa brutalité fussent grandes, il ne laissait pas de connaître en considérant le portrait que le Mannara lui avait fait de ce Prince, qu'il était bien différent du sien : et il commença à craindre que, par cette inégalité, les Napolitains ne conçussent autant de mépris et d'aversion pour lui, que d'estime et d'amour pour le duc de Guise. La défiance et les ombrages qui agitaient sans cesse son esprit, lui firent penser que ce Prince ne voudrait pas se soumettre à lui : que bien qu'il le fit d'abord, cette dépendance contrainte ne durerait que jusqu'à ce que secondé de la faveur du Peuple et des autres chefs, il fût en état de passer du commandement subalterne au commandement souverain. Ces réflexions l'inquiétèrent si étrangement, qu'après avoir fait confidence de ses soupçons au docteur Francesco dé Patti, son ami, et examiné avec lui tous les moyens pour empêcher le passage du duc de Guise à Naples, il se résolut de l'envoyer en diligence à Rome pour traiter secrètement avec le Pape, ou avec l'ambassadeur de France, au cas que Sa Sainteté ne le voulût pas écouter.
Il ordonna donc à ce docteur, qu'aussitôt qu'il serait à Rome, il tâchât d'avoir audience du Pape, ou de quelque personne confidente, qui lui fît
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entendre que la populace et la bourgeoisie de Naples étaient tout à fait résolues de secouer entièrement l'horrible joug des Espagnols : que tous les peuples croyaient être fort valablement dispensés du serment de fidélité, dont les liens avaient été rompus par les horribles traitemens que ces barbares leur avaient faits, et par leurs contraventions aux droits divin et humain, et aux clauses de l'investiture de ce royaume, par laquelle le roi d'Espagne est obligé de maintenir les privilèges et les franchises de l'État, et ne le doit pas traiter en pays de conquête, comme il fait le Mexique et le Pérou : que Sa Sainteté avait lieu de prendre leur protection, étant leur seigneur primitif: que pour ce sujet ils recouraient à sa paternelle bonté, et la suppliaient d'agréer que ce royaume changeât tout d'un tems et de maître et de face, sous la forme de république , ou sous la domination du Saint-Siège, ou même sous celle d'un de ses neveux, si elle voulait en investir un de cette couronne : que celui de ces trois moyens qu'il lui plairait choisir serait aussi légitime qu'aisé à mettre en exécution : légitime, puisque le Pape pouvait justement retirer l'État des mains d'un feudataire aussi perfide que barbare ; et aisé à exécuter, d'autant que dès que la Noblesse verrait que Rome approuverait le soulèvement, elle joindrait ses armes à celles du Peuple pour chasser du pays tous les Espagnols : qu'ainsi, sans qu'il en coûtât rien au Saint-Siège, Sa Sainteté pourrait retirer ce royaume de leurs mains aussi aisément 2. 10
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que les Portugais en avaient depuis peu retiré le leur.
L*instruction du docteur Francesco dé Patti, portait de proposer ces trois moyens au Pape Tun après l'autre , commençant par celui de la république, et finissant par celui de l'obliger à ôter ce royaume aux Espagnols, pour le donner au prince Pamphili , son neveu , au cas qu'il n'agréât pas la république, et qu'il ne voulût pas l'acquérir et l'unir au domaine de l'Eglise. Cette même instruction portait, que si le Pape ne le voulait point écouter, ou qu'il refusât toutes ces trois propositions, il s'adressât à l'ambassadeur de France pour traiter directement avec lui, et pour lui faire entendre secrètement que Gennaro Annésé, joint à la plus saine partie de la bourgeoisie et du Peuple, l'avait envoyé pour lui dire qu'ils voulaient marcher de concert avec Son Excellence , et n'avoir aucune dépendance que du Roi et dé ses ministres; qu'ils désiraient faire un traité avec la France, par lequel Sa Majesté, en accordant à leur royale république ime entière protection, leur en témoignât les effets par une alliance perpétuelle et une ligue offensive et défensive; qu'ils le priaient, pour ce dessein, de vouloir faire un tour à Naples, où sa personne, qui dans Rome représentait celle du Roi, donnerait plus de poids aux choses, et ferait un plus grand effet que ne ferait le duc de Guise, qui n'avait été demandé que par la plus faible populace.
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Le docteur Francesco dé Patti, chargé de ces ordres aussi confus que différens , partit secrètement de Naples deux jours après les autres députés , pour aller tâcher de détourner ce que les autres allaient établir, ou plutôt pour faire connaître à la Cour de Rome et à celle de France , que le but de Gennaro Annésé était de faire son parti plutôt que celui de l'Etat , et que tous ses desseins tendaient à offrir Naples à chacun, pour ne le donner à personne.
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