‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 73 sur 100 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Premiers effets de l'élection du duc de Guise. — Témoignages que la ville de Naples et tout le voisinage lui donnent de la joie qu'ils en ont. — Exploits de l'armée navale de France; son retour à Toulon. — Divers jugemens que l'on fit alors sur cette retraite.

Le premier et le plus remarquable effet de l'élection du duc de Guise, fut la consternation de Gennaro Annésé. Quoique la connaissance de son incapacité et son humeur ombrageuse et inquiète lui eussent fait prévoir cet accident, avant môme l'arrivée de ce Prince à Naples; que s'étant défié de lui , avant d'en avoir sftjet , il eût fait son possible et travaillé sourdement pour ruiner le duc dans l'esprit de la populace et dans celui des ministres de France à Rome ; quoiqu'il eût fait entendre à celle-là que l'ambition de ce Prince plutôt que les ordres du Roi, l'avait poussé d'aller à ISaples; que sa maison était suspecte et même odieuse à la France, qui songeait plus à l'abaisser qu'à l'agrandir, et ne favoriserait point un parti à la tête duquel il paraîtrait. Et, quoiqu'il eût insinué à ceux-ci que les pensées de ce Prince ne tendaient qu'à la couronne, qu'il croyait obtenir sans avoir

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besoin de Tassistance des Français; il tomba enfin dans le précipice où courent tous ces mauvais politiques qui changent de route à toute heure, et qui, dans Imcertitude où leur esprit flotte sans cesse, ne prennent jamais de parti. Après avoir su acquérir le duc de Guise, il ne sut ni le conserver, ni le perdre; et, promettant à chacun le Torrion qu'il possédait, sans le livrer à personne, il fit juger par sa conduite, qu'il est quelquefois aussi dangereux de demeurer irrésolu que de prendre un mauvais parti.

En effet, s étant enfermé dans ce poste, il écoutait tout-à-la-fois les Français et les Espagnols ; il donnait aux uns et aux autres des espérances qui pourtant ne produisaient jamais d'effets; et quoiqu'il eût plus de penchant pour la France que pour l'Espagne, qu'il haïssait naturellement, il ne put se résoudre de se jeter entièrement entre les bras des Français. Lorsque le duc de Guise le dépouilla de l'autorité suprême , il pouvait satisfaire tout-à-la-fois sa vengeance et sou ambition, en livrant le Torrion des Carmes aux commandans de l'armée navale de France , qui , sans doute, lui eussent fait de grands avantages,' et eussent empêché le Peuple de se donner au duc de Guise; mais Gennaro Annésé n'était pas capable dune résolution hardie, ni de se servir du tems. Des qu'il vit le duc de Guise nommé duc de la République, il lui envoya faire un compliment sur son élection , et le fit prier de lui laisser le gouvernement du Torrion des Carmes, Le duc

répondit à ces civilités contraintes avec un visage fort agréable et des paroles obligeantes , et assura son envoyé qu'il lui laisserait fort volontiers ce gouvernement, pourvu qu'il demeurât ferme dans son parti. Ce Prince, en feignant de lui laisser volontairement ce qu'il ne pouvait lui ôter par force, retint cet esprit balançant dans son irrésolution naturelle, dont peut-être il serait sorti, s'il eût entrepris de le pousser à bout.

La soumission de Gennaro Annésé servit de règle à tous ceux de son parti, qui, tous-à-la-fois, accoururent pour rendre hommage à ce Prince. Tous les chefs du Peuple de la campagne et du voisinage suivirent de près cet exemple, surtout Polito Pastina , fameux bandit , qui gouvernait paisiblement une partie de la principauté de Salerne. Leduc lui avait envoyé le sieur de Cérizantes, qui, fâché de n'avoir pu obtenir la charge de mestrede-camp - général , avait demandé cet emploi au duc, lequel le lui avait accordé volontiers, pour éloigner de lui cet esprit dont l'insuffisance et la vanité ne lui plaisaient point. Polito Pastina l'avait reçu fort agréablement , et le traitait avec tout le respect qu'il pouvait prétendre. Aussitôt qu'il eut appris l'élection de ce Prince, il lui dépêcha un des officiers de ses troupes, pour lui témoigner la joie qu'il en avait, prendre de lui les commissions de gouverneur et de vicaire-général de la royale République, en la principauté de Salerne, et pour offrir à ce Prince les forces de cette ville et de la Province, en cas qu'il en eût besoiiu

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a8o HISTOIRE DU SOCIÈVBMEXT #

Mais c'est trop laisser l'armée navale de France à l'ancre; il est tems de voir ce qu'elle fit dans le golfe de Naples, depuis son arrivée jusqu'à son retour. On en a écrit et parlé si diversement, que, comme je ne veux rien avancer de moi-même sur ce sujet, je rapporterai fidèlement ce que les Français et les Espagnols en ont publié dans le monde. Les premiers , dans les relations que les officiers de cette armée envoyèrent en ce tems-là en France, ont dit que cette armée étant arrivée le dix-huitième jour de décembre dans le golfe de Naples, mouilla, sur les deux heures aprèsmidi, à une portée de canon de celle d'Espagne et des châteaux de Naples; qu'incontinent après, le duc de Richelieu fit assembler le Conseil de guerre , où il fut résolu d'attaquer le lendemain au matin la flolte ennemie, au cas que le même vent qu'il fesait alors continuât encore et que l'on ferait les décharges des canons et de la mousquéterie à la portée du pistolet des Espagnolsqu'à la faveur du feu et de la fumée, on tâcherait de faire passer les brûlots pour aborder les galions d Espagne , et que , si l'amiral le jugeait à propos, Il ferait signal à toute l'armée de mouiller près des vaisseaux ennemis et de les accrocher; mais que Ion n'irait à eux que par le même vent qu'il lésait alors, lequel, poussant les vaisseaux français sur 1 armée ennemie, les en pourrait retirer pour ne les laisser pas exposés à la merci des forteresses où il y avait quarante canons en batteriequ ensuite de cette résolution, il fut arrêté que

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le sieur du Mé, vice-amiral, et le chevalier Garnier tiendraient la droite de l'amiral, avec leurs escadres, le sieur de Montade, contre-amiral et le sieur Duquesne , la gauche , chacun avec les leurs; que, vers le soir, le père Thojnas de Julijs apporta au duc de Richelieu une lettre du duc de Guise , par laquelle il le priait de lui envoyer de la poudre dont il manquait, et quatre pièces de canon ; ensuite de quoi on fit délivrer à ce religieux trente-six barils de poudre , et, pour les canons, on lui dit qu'on envoyât une barque pour les prendre, et qu'on les donnerait aussitôt, l'armée ayant perdu toutes les siennes dans les tempêtes qu'elle avait souffertes; que le lendemain l'armée se mit à la voile dès le point du jour , suivant la résolution prise pour le combat; mais que le changement des vents l'obligea de changer de dessein, et de remouiller au même lieu où elle était, toujours à la portée du canon des forts qui tirèrent quantité de coups ; qu'un peu après le duc de Richelieu fut visité par plusieurs officiers du Peuple de Naples , venus pour lui témoigner leur joie de son arrivée , et pour le supplier

de vouloirpermettrequelesieurBlondel, ingénieur de la marine, prît terre pour leur tracer quelques fortifications qu'ils voulaient faire contre les ennemis ; ils accompagnèrent leurs complimens de quelques régals de fruits et de confitures, qu'ils présentèrent à ce duc, lequel leur ayant fait ses libéralités, leur témoigna qu'il avait ordre du Roi de faire tout ce qu'ils souhaiteraient pour leur liberté

et pour leur service; que ce duc fit encore délivrer de la poudre à un gentilhomme envoyé du duc de Guise pour ce sujet; qu'en même tems l'abbé Baschi, Romain et domestique du cardinal d'Aix, envoyé par cette Eminence au Peuple de Naples, mit pied à terre et passa dans la ville, pour savoir l'état des affaires ; que , vers le soir , don Luigi del Ferro , qui se disait ambassadeur de France à Naples, vint voir le duc de Richelieu , pour l'assurer de sa fidélité au service du Roi, et pour lui donner avis qu'il y avait dans le port de Castel-à-Maré, cinq galères, trois vaisseaux de guerre et deux marchands chargés de blé pour les Espagnols; que, le vingt du même mois, l'armée se remit à la voile avant le jour, pour attaquer les ennemis, à la faveur du bon vent, qu'il fesait, mais dont le soudain changement obligea le duc de Richelieu de suspendre celte résolution, et daller à Castel-à-Maré, pour prendre les cinq vaisseaux qui étaient mouillés dans une enfonçurc du golfe; qu'en fesant cette route on prit un brigantin que le général de l'armée d'Espagne envoyait aux galères et aux vaisseaux pour les en faire sortir; qu'à la vue de l'armée française les cinq galères qui étaient en ce lieu s'en retirèrent et retournèrent au port de Naples, après avoir essuyé quelques coups de canon en passant; que l'armée étant proche de Castel-à- Maré , les sieurs du Mé et Garnier eurent ordre daller, avec leurs escadres, attaquer ces cinq vaisseaux; mais que le calme les obligea de mouiK

1er, et de différer le combat jusqu'au jour suivant; que pendant la n^iit une galère entra dans Castel-à-Maré, et en sortit deux heures après; qu'à la pointe du jour l'armée française étant à la voile, l'Amiral et le Vice-Amiral d'Espagne, suivis de quatorze galions , parurent de l'autre côté du golfe, à vingt milles d'elle, fesant leur possible pour gagner la mer, et pour joindre en passant une partie de leurs vaisseaux que leurs galères avaient tirés du port de Baia ; que le duc de Richelieu ayant tenu Conseil sur ce sujet, pour délibérer si Ion irait à ces vaisseaux , ou si l'on s'arrêterait à Castel-à-Maré , la conclusion fut de suivre ce premier dessein, dont l'effet était plus aisé et plus certain que celui de la poursuite de l'armée espagnole, qu'on ne pouvait joindre de tout le jour, et laquelle , pendant la nuit , pouvait s'échapper par une fausse route ; qu'après une sommation faite par le chevalier Paul , à la ville de Castel-à-Maré, et aux vaisseaux qui étaient dans son port, pour les obliger à se rendre, à quoi ils n'avaient répondu qu'à coups de canon et de mousquet; les sieurs du Mé et Garnier, commandés pour l'attaque, s'avancèrent, avec leurs escadres, vers la ville et vers les vaisseaux , à la portée du mousquet, et, après un combat de deux heures, contraignirent les ennemis d'abandonner leurs vaisseaux de guerre et d'y mettre le feu, pour empêcher les Français de profiler de leur prise; qu'aussitôt qu'on vit ces vaisseaux en feu, on envoya des chaloupes qui en retirèrent

un démâté de son mât de devant, qui n'avait point encore été endommagé du feu, et lesquelles Je remorquèrent jusqu'aux vaisseaux français , qui cependant battaient la ville en ruine, et tiraient sur la cavalerie qui était au bord de la mer pour empêcher d y f^e une descente ; que des cinq vaisseaux des ennemis, les trois de guerre furent brûlés, et des deux marchands, lun fut trouvé chargé de vingt pièces de canon et de quatre mille charges de blé, et l'autre fut coulé à fond par les ennemis ou par les coups de canon que cette armée lui donna; que les Français, dans cette occasion , ne perdirent que vingt ou vingt-cinq hommes, entre lesquels il n'y eut de marque que le chevalier de l'Echasserie , capitaine du vaisseau nommé le Soleil; que, peu après, l'on fit sommer, par un Napolitain, Castelà-Maré, qui ne répondit que par sa mousquéterie; qu'à l'entrée de la nuit le duc de Richelieu ordonna aux sieurs du Mé et Garnier de se retirer un peu au large, en attendant la réponse d'une felouque qu'il avait envoyée au sieur de Cérizantes, et à Polito Pastina, pour les convier de s'avancer avec leurs troupes vers Castel-à-Maré, et d'attaquer cette place si nécessaire au bien public; que le vingt-deuxième du même mois, sur l'avis qu'eut le duc de Richelieu que l'armée d'Espagne venait , vent en poupe , fondre sur lui , il fit mettre toute l'armée sous la voile, et fit brûler le vaisseau pris le jour précédent, lequel on ne pouvait emmener, d'autant qu'il était dé-

maté; que celte armée ayant, à la pointe du jour, reconnu que l'Espagnol fesait force de voiles pour lui gagner le vent, mais que l'Amiral d'Espagne n'ayant pu être suivi que de son Vice- Amiral y de cinq autres navires et d'un brûlot, était fort éloigné des autres, demeurés au-dessous du vent, qWg s'avança avec une merveilleuse vitesse dans cet intervalle , pour séparer la leur en deux ; que le combat fut commencé par le sieur de la Roche , commandant alors le vaisseau du Soleil^ lequel, se trouvant près du Vice-Amiral d'Espagne , lui abattit son pavillon des premiers coups de canon; qu'au même tems le chevalier Garnier se trouvant à la portée du pistolet au milieu de deux vaisseaux ennemis, les combattit pendant une heure, et les mit hors de combat; que l'un des deux se retira, vent en arrière, vers leurs galères, qui pourtant ne purent l'empêcher de couler à fond, à la vue de l'armée de France, laquelle, ayant les ennemis aux deux côtés, fesait feu de toutes parts tant de ses canons que de sa mousquéterie ; que /'^m/rû/ d'Espagne se trouvant au vent de tous , avec son Vice-Amiral^ quatre navires de Dunkerque et un brûlot, et voyant qu'il lui était impossible de rejoindre le eprps de son armée sans traverser celle de France, passa sous le vent de C Amiral^ à portée du mousquet, fesant en même tems passer son Vice-Amiral au-dessus, à portée du pistolet, et les quatre Dunkerquois au milieu, ce qui n'empêcha pas que le duc de Richelieu, résolu de

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raccrocher, nonobstant toute son escorte, ne fit tout son possible pour Taborder; mais Tautre esquiva toujours en fesant vent arrière, et se contenta de faire une décharge générale de ses canons et de sa mousquéterie sur lui et sur les autres navires qui raccompagnaient, pour donner lieu au Vice-Amiral d'Espagne qui tenait le dessus du vent, d'attacher son brûlot à cet Amiral^ ce qu'il eut fait apparemment à la faveur de la fumée , si le chevalier Paul, lun des matelots de l'Amiral^ ayant reconnu ce dessein, ne se fût mis avec son navire entre le brûlot et cet Amiral, lequel, en même tems , abattit d'un coup de canon le mât de devant de celui d'Espagne, qui prit aussitôt la fuite avec sa suite, ne pouvant se justifier de la honte d'avoir fui devant un seul vaisseau , quen disant que c'était pour rejoindre le reste de sa flotte; que dans ce combat, qui dura autant que le jour, les Français battirent si vigoureusement les Espagnols, qu'ils les forcèrent de se retirer en fuyant toujours l'abordage; que du côté des Français il n'y eut que cent ou cent vingt hommes de tués ou de blessés; mais que de celui des ennemis, il y en eut plus de sept cens de tués, un fort grand nombre de blessés, et trois vaisseaux coulés à fond; que le vent s'étant renforcé sur le soir, les deux armées se séparèrent et se tinrent sur les bords jusqu'à la nuit, dans le canal où celle d'Espagne se retira sous ses forteresses, la Française ne la pouvant suivre à cause do l'obscurité et du vent traversier de la côte, qui

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la força de se retirer du golfe, lui étant impossible de se tenir sur les bords ; que le vingt- troisième, l'Amiral de France se trouvant au matin à l'embouchure du canal, près de l'île d'Ischia, avec quatre vaisseaux seulement, alla joindre une partie de ceux que le mauvais tems avait écartés, et se mit en panne durant une forte bourasque survenue, attendant ainsi le reste de son armée ; mais que le vent s'étant changé pendant la nuit, toute l'armée réunie reprit de nouveau la route de Naples, employant toute la journée suivante à donner chasse à deux navires ennemis; que le vin«ncinquième, qui était le jour de INoël, un hoQime, se disant député du Peuple, vint trouver le duc de Richelieu , pour savoir si c'était la volonté du Roi que le duc de Guise fût chef de la République, et en prît la qualité de duc, avec le commandement absolu , ajoutant que ce procédé était contraire au premier article du traité fait avec le cardinal d'Aix, et le marquis de Fontenay, et à l'intention du Peuple, qui n'en avait point d'autre que de se mettre en liberté et de se la conserver; que le duc de Richelieu répondit à ce député que le Roi avait envoyé son armée navale au Peuple et à la République de Naples, pour faire précisément ce qu'elle jugerait le plus à propos, pour son établissement et pour sa conservation, sans autre intérêt que de la protéger et de la servir contre ses ennemis, et que l'on ne reconnaîtrait pour général que celui que la République aurait établi, et lequel Tarmée du Roi

maintiendrait contre tous ceux qui voudraient aller au contraire; qu'un peu après le sergentmajor d'un corps d'armée de quatre mille hommes du Peuple, commandé par le sieur de Cérizantes, vint à l'Amiral assurer que le lendemain cette armée irait attaquer Gastel-à-Maré, et pria le duc de Richelieu de favoriser ce dessein , en s'approchant de cette place, et de lui fournir de la poudre, de la mèche et des balles , ce qu'on lui promit ; que l'armée s'étant occupée, le jour d'après, adonner chasse à deux vaisseaux qui prenaient la route de INaples, dont elle en prit un plein de quatre mille charges de blé, se trouva le vingt-septième, sur le matin, au milieu du golfe, à la vue de celle d'Espagne, ancrée sous les forteresses; que ce fut là que le duc de Richelieu apprit que le duc de Guise avaitétéélu, parlePeuple, généralissime et duc de la République, et qu'il devait attaquer les posles que les Espagnols tenaient dans la ville , à la première diversion que l'armée navale pourrait faire; qu'il avait donnéordre au capitaine Jacques le Beau de prier le duc de Richelieu de faire en sorte d'attirer la flotte d'Espagne à la mer, pourlui donner le tems et le moyen d'exécuter son dessein ; qu'après avoir fait délivrer à un envoyé du duc de Guise de la poudre qu'il demandait, Pèpé Palombo, accompagné de plusieurs capitaines du Peuple , et d'un gentilhomme du duc de Guise, vint sur l'Amiral pour dire au duc de Richelieu que la nuit avait empêché que les députés de la République ne fussent venus pour lui faire leurs complimens, et

traiter des affaires de cet Etat; que le vingt-huitième les ennemis parurent à la voile, dès la pointe du jour, fesant leur route le long de la terre, pour se conserver l'avantage du vent sur les Français, qui, ne le pouvant gagner sur eux, tâchèrent de les attirer à la mer, suivant la prière du duc de Guise : mais la journée se passa sans rien faire, et la flotte espagnole se tint toujours au vent sans vouloir arriver sur celle de France , qui demeura long-tems en panne, pour l'attendre, courut à la mer jusqu'à dix heures du soir, et relourna ensuite tout court vers le golfe; que le lendemain elle se trouva, vers la pointe du jour, près de l'île de Gapri, à l'entrée du canal de Naples, d'où voyant celle des ennemis à la voile, qui n'avait pu gagner les forteresses, cette flotte alla sur elle vent en poupe jusqu'à deux portées de canon, où Ton reconnut que les terres du golfe lui donnaient un autre vent que celui qu'elle avait eu , de sorte que lorsque les Français crurent avoir, pour la première fois, le dessus, du vent, et que les Espagnols ne s'en pourraient plus dédire, ils se trouvèrent au-dessous; que sur les dix heures du matin, l'Amiral de France voyant qu'il était impossible de gagner le vent à l'armée d'Espagne, se mit en panne, et plia ses voiles comme fit toute l'armée , pour attendre les Espagnols de pié ferme, et les obliger, par cet avantage, d'accepter le combat; qu'ayant demeuré de cette /sorte pendant sept heures, les 2. 19

Espagnols, ayant lout-à-fait gagné Je vent, vinrent vent en poupe sur les Français; mais les ayant approchés à la portée du canon, et ayant reconnu la résolution avec laquelle on les attendait sans branler, l'Amiral d'Espagne se contenta de tirer cinq ou six volées de canon , auxquelles les Français ne daignèrent répondre qu'à peine, et se retira iput-à-coup avec sa flotte , fesant voir qu'il n'avait pas eu envie de combattre.

Alors l'armée de France voyant que le vent se renforçait, gagna la mer pour ne pas aborder les terres pendant la nuit, durant laquelle il fit une tempôte qui dura jusqu'au lendemain matin ; que le dernier du mois de décembre , le duc de Richelieu , résolu de retourner encore dans le canal de Kaples, pour attaquer l'armée d'Espagne, se trouva à la tête de neuf navires seulement, le reste de ses vaisseaux ayant été écartés le jour précédent, ou par le calme, ou par la poursuite d'un vaisseau ennemi, et quelques-uns pour se raccommoder des incommodités de la bourasque passée, cet amiral ne laissa pas de s'avancer vers douze grands navires ennemis, qui paraissaient à une demi-lieue de lui , et trois autres à deux lieues ; et reconnaissant, à la pointe du jour, que c'était r^mfVfl/ d'Espagne, qui, battu du mauvais tems qu'il avait fait, avait été séparé du reste de son armée, etfesait force pour gagner les forteresses, il voulut profiter du vent qu'il avait alors favorable, et, pendant une demi-heure, tant que les

voiles purent porter, il le chassa, quoique celui d'Espagne fut le plus fort en nombre de vaisseaux, ce qui ne l'empêcha pas de prendre la fuite, laquelle, au lever du soleil, fut favorisée du changement de vent, et puis d'un calme qui dura jusqu'à trois heures après midi, après quoi le vent redevenant bon, donna moyen à r Amiral de France de reprendre sa chasse, laquelle il continua jusqu'à ce que le manquement du jour et la diligence des Espagnols, qui s'approchaient de leurs châteaux, l'obligèrent de retourner le bord à la mer, lequel fut pris si à propos, que toute l'armée fut rejointe ensemble à deux heures de nuit, et reprit aussitôt la route du golfe de Naples ; que le premier jour de l'année 1648, V Amiral de France fit sa navigation si juste, que le matin les mêmes vaisseaux ennemis qu'il avait laissés le soir se trouvèrent sous le vent près du canal de Castel-à-Maré , où le vent les avait jetés et leur avait empêché l'entrée du port de Naples; que ce fut alors que le duc de Richelieu crut , avec apparence, qu'il pourrait enlever le pavillon d'Espagne, puisque chacun des vaissciaux ennemis ne songeait plus qu'à se sauver en son particulier sous les châteaux, et que l'Amiral d'Espagne demeurait avec quatre navires seulement; que voyant venir sur lui l* Amiral de France, il fut réduit à cette extrémité d'appeler par plusieurs coups de canon, les galères à son secours, lesquelles allèrent, avec la plus grande force de

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rames qu'il leur fut possible, toutes ensemble, retirer leur Amiral et ces quatre autres navires, qui eurent la honte de se faire remorquer à la \ue de toute leur armée navale, des châteaux et de tout le Peuple de Naples. Ce secours ne les eût pourtant pas empêchés d'être enfin ou pris ou brûlés, si la nuit, qui leur avait été déjà si favorable, et le calme qui arriva ne leur eussent donné le moyen de retourner sous leur premier asile; qu'un peu après, le duc de Richelieu renvoya à Naples deux des principaux du Peuple, que le mauvais lems avait retenus sur l'Amiral j et les chargea de remontrer au duc de Guise la nécessité où cette armée était d'aller chercher de l'eau, si on ne lui en apportait le lendemain de ]\aples, et de savoir s'il pourrait lui faire fournir des vivres pour un mois, en payant, au cas qu'il fallût qu'elle demeurât encore à Naples, car elle n'en avait que pour jusqu'au dernier de janvier, et il lui fallait pour vingt-quatre ou vingtcinq jours de vivres pour sa retraite en Provence; que l'abbé Baschi et le père Thomas de Julijs , revenus le lendemain de Naples, à l* Amiral, rapportèrent que la mauvaise intelligence qui était entre le duc de Guise et Gennaro Annésé, avait été cause que l'on n'avait rien entrepris dans la ville contre les ennemis, pendant les six jours que l'armée de France les avait tenus à la mer, et que les Espagnols fomentaient cette division de tout leur possible, par des bruits qu'ils fesaient courir, pour se remettre bien avec le Peuple, ce qui

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avait fait résoudre cet abbé et ce père d'aller chercher à Rome quelque remède à ce désordre; que sur le soir le grand besoin d'eau où était l'armée, et le peu d'apparence qu'il y avait d'attirer les ennemis au combat par un plus long séjour dans le golfe , puisqu'ils s'approchaient davantage de terre, et se resserraient sous leurs forteresses, obligèrent l'armée d'aller chercher de l'eau où elle en croyait trouver; que le sieur Luigi del Ferro s'embarqua sur l'Amiral^ pour aller à Rome faire ses plaintes de ce que le duc de Guise avait fait emprisonner celui que le Peuple et Gennaro Annésé avaient député au duc de Richelieu, pour savoir l'intention du Roi touchant les qualités que ce Prince voulait prendre dans Naples; qu'un calme qui survint le troisième jour de janvier, empêcha que l'armée ne sortît du golfe, et que le soir elle fut attaquée d'une si furieuse tempête, que menacée d'un naufrage évident par un vent impétueux qui la portait »\ terre et l'empêchait de sortir du canal , V Amiral se résolut, après avoir long-tems couru, et ne sachant plus où aller, de mouiller l'ancre à Nisita; que le vent ayant un peu changé, cela lui fit espérer qu'il pourrait se dégager du golfe, en passant au-dessus de l'île de Capri ; mais que les vents , devenus plus furieux , emportèrent ses deux huniers, brisèrent tous ses cordages, et le jetèrent deux fois si près de terre et des rochers, que l'on n'attendait plus que l'heure qu'il touchât et qu'il pérît; qu'enfin, s'étant sauvé de ce dan«

ger à J'aide de ses deux basses voiles qui lui restaient, il s*en tira heureusement, et se trouva, le lendemain au matin, dans le golfe de Salerne , avec treize navires seulement, dont lun, qui était celui du sieur d'Alméras, coula à fond parlefToit de la tempête, après qu on en eut tiré les hommes ; et que de là cette armée prit la route de Porto- Longone, pour reprendre celle de France. Voilà ce que les Français ont publié sur cette matière. Les Espagnols ont dit de leur côté, que l'armée navale de France arriva dans le golfe de Naples 1« dix-huitième jour de décembre; quelle s'y mit en bataille à la vue de celle d'Espagne, qui était sur le fer à la plage de Sainte-Lucie; qu'alors, sans s'avancer plus avant, elle mouilla entre Posilippo et Chiaia, n'étant séparée de celle-ci que par les écueils du château de l'Œuf; qu'ayant ainsi ancré, au lieu de combattre et de se servir de la faveur du vent qui lui donnait moyen de brûler ou de mettre à fond toute la flotte d'Espagne, ses officiers ne songèrent, le reste du jour, qu'à traiter et à négocier avec plusieurs felouques de Naples, qui abordaient continuellement 1'^miral; que ne pouvant rien arrêter avec le duc de Guise, ni avec le Peuple, touchant leur débarquement, parce que ce duc prétendait le commandement des troupes, et que l'on n'était pas même d'accord touchant le logement des Français, cela fut cause que les commandans de cette armée ne firent pour lors autre chose que d'exhorter les soulevés à la persévérance; que le vingt et

DE LV VILLE ET DU ROYAUME DE NAPLES. SqS

unième du même mois, cette armée traversant le canal au front de celle d'Espagne, alla prendre fond près de Castel-à-Maré, qu'elle fit sommer de se rendre et de s'unir à la république de Naples, à quoi l'on répondit que l'on ne reconnaissait point de république, mais bien le Roi Catholique, qui était leur vrai et leur seul maître; que, sur une seconde sommation, cette ville ne répondit que par des mousquetades , ce qui obligea les Français d'y repartir par une décharge générale de toute leur artillerie et de leur mousquéterie; que dans cette plage il y avait un vaisseau de l'escadre d'Espagne de l'amiral Balach , Ragusain, et deux autres navires marchands , dont les mariniers , craignant de tomber entre les mains des Français, mirent eux-mêmes le feu à leurs vaisseaux; qu'en même tems , plusieurs barques françaises ayant environné un de ces navires chargé de grains, et abandonné de gens, s'en saisirent et tachèrent de le remorquer vers leur armée; mais qu'ils en furent empêchés par des felouques espagnoles qui le leur vinrent ôter des mains; que cependant l'armée d'Espagne, au nombre de vingt navires de guerre, chargés d'environ treize cens hommes Espagnols, Italiens, Allemands ou Wallons, sortit de la plage de Sainte -Lucie, et favorisée d'un petit vent de terre, alla joindre douze autres vaisseaux arrêtés sous le château de Baîa, d'où tous ensemble tournèrent de nouveau la proue vers Castel-à-Maré, pour attaquer l'armée de France; que celle-ci observant celle d'Espagne, s'était

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retirée de Castel-à-Maré, tâchant de ne se point laisser prendre sous le vent; qu'ainsi les deux flottes passèrent toute la nuit à voltiger dans le golfe, jusqu'au vingt-deuxième du mois, que se trouvant le matin assez proches lune de l'autre, la flotte espagnole fit son possible pour accrocher la française, laquelle, avec une vaine apparence de vouloir combattre, ne tâchait que d'attirer les Espagnols à la mer, sans toutefois vouloir joindre ; qu'environ le midi, l'une et l'autre s'étant approchées de plus près, elles firent une décharge générale de leur artillerie et de leur mousquéterie qui firent beaucoup plus de bruit que de mal ; que dans ce combat il n'y eut que neuf vaisseaux espagnols qui s'accostèrent des Français qui, tiran t toujours , et fesant force de voiles , tâchèrent plusieurs fois d'accrocher, sur le cap de Posilippo, /'^mfra/ d'Espagne, lequel, dans cette occasion, s'étant jeté à travers de toute l'armée de France, soutint seul plusieurs décharges des navires qui l'environnaient, sans qu'aucun l'osât aborder; que la nuit ayant séparé les deux armées, elles retournèrent chacune sous leurs fanaux, avec un grand fracas de navires, mais avec peu de perte du côté des Espagnols, qui, dans ce combat, ne perdirent de gens de considération que le fils du régent Zufîia; qu'une grande bourasque survenue à l'entrée de la nuit, força celle de France de courir vers le ponant, et fit périr deux vaisseaux de celle d'Espagne, comme ils voulurent mouiller près du château de l'Œuf; que le vingt-cinquième, les Fran-

çais parurent de nouveau sur Naples, sans pouvoir pourtant empêcher l'abord de quatre vaisseaux chargés de grains venus de Cotroné, qui avaient passé la nuit au milieu de leur armée; que le vingt-huitième, les Espagnols sortirent de nouveau pour combattre les Français, qui, n'ayant autre but que d'arrêter l'espérance des Napolitains , plutôt que de les satisfaire entièrement, fuirent toujours l'abord, s'enlretenant de cette sorte, jusqu'à ce qu'une forte tempête , arrivée la nuit du vingt-neuvième, les contraignit de se séparer et de tenir la mer pendant deux jours; que l'orage étant passé, on vit, le dernier jour de l'an celle d'Espagne au port de Naples, où à peine eut -elle mouillé l'ancre, que celle de France parut à l'entrée du canal, poussée par une tempête qui l'obligeait à chercher une mer plus tranquille à l'abri des collines voisines; mais que l'orage s'augmentant , elle fut à la veille d'un entier débris dans le second jour du mois de janvier i648j en sorte que, poussée par la violence du vent, elle fut contrainte de se remettre de nouveau en haute mer, et d'abandonner dans le canal sept vaisseaux, qui, ayant tenu quelque tems la proue à Caslel-à-Maré , furent sauvés au point qu'ils désespéraient de leur salut, par le manquement du vent qui leur donna moyen de sortir des bouches de Capri, et qui leur fit gagner la mer, et rejoindre peu après le corps de leur armée , laquelle ensuite reprit le chemin de Provence.

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S*il est malaisé de discerner Ja vérité entre tant de contrariétés apparentes, il ne sera pas moins difficile de trouver celle de tant de divers jugeniens que ion a faits sur les motifs de Tarrivée et du retour de cette armée. Comme Ton ne juge de la plupart des choses que par les événemens , le peu d effet qu'elle fit dans le royaume de Napies, a donné lieu aux soupçons que Ion a eus sur les sujets de son voyage.

Les Espagnols, qui savaient le mauvais état de leur armée navale lorsque celle de France arriva dans le golfe de Naples, ont dit qu'ils lui devaient le salut de cette armée et du royaume. Ils ont publié qu'ils croyaient que les Français n'avaient point eu d'autre ordre que de paraître vers Naples, sans s'engager à une descente ni à un combat général; que le dessein secret des Français n'avait été que d'exécuter une entreprise qu'ils avaient pratiquée sur le château de Baïa, et laquelle leur manqua; que l'impunité des chefs de l'armée de France après leur retour, fesait assez connaître que s'ils n'avaient point combattu l'armée d'Espagne, ni débarqué de secours pour les Napolitains, ils n'avaient point failli contre leurs ordres; que de quelque façon que la chose se puisse prendre, les Français ne peuvent s'excuser d'avoir perdu la plus belle occasion que la France ait jamais eue pour la ruine de l'Espagne , lorsque leur armée arriva; qu'en effet, dans ce moment la flotte d'Espagne , ancrée dans la plage de

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Ste. -Lucie , était hors de défense et dénuée de ses mariniers et de ses soldats, qui, par Tordre du Vice-Roi , en avaient été tirés pour garnir les postes de la ville attaqués par les soulevés; que si les Français , en entrant dans le golfe , au lieu de s'amuser à tenir conseil, eussent songé à se prévaloir de l'avantage du vent, ils pouvaient sans difficulté brûler toute la flotte d'Espagne ou la mettre à fond; que cette entreprise n'était ni difficile ni périlleuse; que tout le danger que les Français pouvaient courir, n'était que de quelques canonades des châteaux de Naples , depuis la portée du canon Jusqu'à l'abord des vaisseaux espagnols, ce qui ne pouvait pas leur faire un grand mal, puisque la mire des canons tirés des châteaux était fort incertaine par le mouvement continuel des vaisseaux; que ce péril passé, les canons des châteaux n'étaient plus à craindre, car les Espagnols n'eussent plus tiré sur les navires français, lorsqu'ils les eussent vus mêlés avec les leurs; que les Français n'avaient pas dû craindre de donner en terre, et de ne pouvoir retourner à la mer, puisque le vent, qui les favorisa tout le jour et toute la nuit suivante, leur donnait moyen de combattre et de se retirer; qu'enfin, la plus favorable interprétation que Ion pût donner à ce manquement, est que Dieu ne voulant pas ôter alors le royaume de Naples à la maison d'Autriche, aveugla les Français, et leur fit perdre l'occasion de le conquérir à peu de frais et dans tm jour.

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Les partisans du duc de Guise ont parlé d'une autre sorte sur ce sujet : ils ont dit que la France s'était éloignée de ses véritables maximes, pour suivre celles de la passion de quelques particuliers; que le plus grand de ses intérêts étant d affaiblir la monarchie d'Espagne, et de lui ôter, autant qu'elle le pourra, quelques-uns de ces différens Etats qui n'en font qu'un , elle doit souhaiter de voir renaître des Rois de Naples , de Sicile et de Sardaigne , et des ducs de Milan ; surtout qu'ils tiennent d'elle leur établissement, et soient, par leur propre intérêt, engagés à suivre les siens; que le duc de Guise avait eu lieu d'espérer que, par ces raisons, les ministres de France travailleraient à l'établir dans un royaume où une noble ambition l'avait appelé, où une intrépidité héroïque l'avait heureusement conduit , et où l'estime et l'amour des peuples l'avaient élevé dans un poste assez éminent, pour passer de là sur le trône, si la France lui eût tant soit peu donné la main; que quelques droits que la France eût sur ce royaume, sa politique voulait qu'elle concourût à rétablissement d'un Roi quel qu'il fût, lorsqu'elle n'était pas en état de faire valoir ses droits, et que c'était pour elle un assez grand avantage d'ôter cette couronne à la maison d'Autriche , pour y employer toutes ses forces, et qu'elle en avait eu une assez belle occasion , le duc de Guise ayant, par son arrivée à Naples, empêché l'accord que les soulevés étaient prêts de faire avec les Espagnols; que les ministres de France,

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au lieu de seconder la valeur et la fortune d'un Prince qui avait fait ce que lui seul avait osé entreprendre , l'avaient abandonné , el avaient mieux aimé le laisser tomber que de le soutenir; que le marquis de Fontenay n'ayant épargné aucun soin pour l'empêcher d'aller à Niiples, fit depuis tout son possible pour le décréditer dans le parti, fomentant secrètement les ombrages et la jalousie que Gennaro Annésé avait conçus de ce Prince, dés les premiers jours de son arrivée à Naples; que cette étrange politique était aussi désavantageuse pour la gloire de la France, que périlleuse pour la personne du duc, lequel ayant à faire à un Peuple qui, pour le moindre soupçon, fesait sauter des têtes, courait sans cesse fortune de la vie par ces intrigues; que dans les premières nouvelles que le duc de Guise eut de l'abord de l'armée navale dans le canal de Naples, il envoya une felouque pour donner avis au duc de Richelieu que toute l'armée d'Espagne, composée de cinquante-deux vaisseaux et de vingt-trois galères, était alors dispersée par les rades de Castel- Novo, de Castel-del-Ovo, de Castel-à-Maré, de Nisita et du port de Baia, et que s'il voulait, il en pouvait brûler la plus grande partie, et se rendre maître de l'autre; que cet avis, ni les vents favorables n'ayant pu obliger ce général à profiter de la plus belle conjoncture que la France aura jamais pour désarmer tout en un coup le Roi d'Espagne sur la mer, les chefs de cette armée s'amusèrent à . tenir conseil alors qu'il fallait

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combattre , et perdirent cette journée une occasion qu'ils ne purent plus recouvrer, en perdant la faveur des vents, et l'avantage de surprendre des vaisseaux sur le fer et dénués de soldats et de matelots; qu'ayant ainsi donné le loisir aux Espagnols de se reconnaître, et de regarnir leurs navires des gens qu'ils en avaient débarqués pour la défense de leurs postes, où ils avaient employé jusqu'aux plus petits mariniers, cette armée, que sans péril et sans peine ils pouvaient détruire à leur arrivée, leur fit tête deux jours après, et les alla même chercher jusqu'à Castel-à-Maré, où elle les eût peut-être battus, si les vents l'eussent secondée; que Naples et toute la côte virent, avec une surprise extrême , qu'une armée, dont le royaume attendait le soulagement de ses souffrances aussi bien que sa liberté, servit plus à le diviser qu'à le réunir, et à fomenter les cabales qui affaiblissaient le parti du Peuple, qu'à réchauffer et à ranimer son courage; qu'en effet le but des ministres qui étaient avec le duc de Richelieu ne parut autre que de mettre aux mains le duc de Guise et Gennaro Annésé, au hazard de voir l'Espagnol profiter avantageusement de ces divisions civiles; que toutes les négociations de l'abbé Baschi, qu'ils envoyèrent à Giugliano et à Naples, firent assez bien connaître que leur dessein ne tendait qu'à décréditer le duc, ou à le perdre entièrement; que, dans leur première conférence à Giugliano, cet abbé lui avait dit positivement, que l'armée était venue pour soulager

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les misères du Peuple et pour fortifier ses résolutions, non pas pour le désunir et l'embarrasser dans d'autres factions contraires aux promesses et aux traités faits à Rome entre les ministres du Roi et les députés de ce Peuple, envoyés par Gennaro Annésé, généraUssime du parti, et que les chefs de cette armée avaient ordre de s'adresser à lui pour toutes choses, comme ayant lui seul toute l'autorité sur un Peuple qu'il gouvernait absolument; qu'à cela le duc lui avait répondu en souriant : que si leur ordre était de s'adresser à celui qui avait toute l'autorité en main, il fallait que ce fut à lui, et non point à Gennaro Annésé, lequel n'avait point d'autre puissance que celle qu'il lui avait laissée par compassion, lui ayant été aussi facile dès son abord à Naples, de s'emparer de toute l'autorité souveraine, que d'en avoir la partie qu'il possédait; que l'abbé Baschi ayant persisté dans sa première opinion, et soutenu au duc qu'il y avait bien plus d'apparence que Gennaro eût plus de crédit dans Naples, qu'un Prince étranger qui ne fesait que d'arriver, et qui même était soupçonné de prétendre à cette couronne, le duc lui avait reparti avec un peu de chaleur, que puisqu'il doutait de ses paroles, il en ferait voir les effets; qu'ensuite de cette conversation, ce prince retourna à Naples, où, d'un commun consentement, Gennaro fut destitué de sa charge, et le duc élu chef et duc de la république; que l'abbé Baschi avait été témoin oculaire du peu de peine qu'il avait eue pour arriver à ce

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5o4 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

degré où Tavait élevé l'affection de tout un Peuple, qui l'eût même placé plus haut, s'il se fût laissé emporter aux transports de son allégresse et de ses acclamations; que les commandans de l'armée ayant dû être informés de tout' ce qui s'était passé en cette action, par cet abbé aussi bien que par don Luigi del Ferro, qui leur en alla rendre compte de la part du Peuple, cela les devait obliger d'agir alors avec ce Prince, comme ils eussent fait avec Gennaro Annésé , puisque leurs ordres ne regardaient pas tant le nom que la personne de celui qui avait le commandement absolu dans Naples; qu'au lieu d'en user de la sorte, et de témoigner qu'ils avaient bien de la joie de voir un Prince de leur nation élevé dans cette dignité suprême, ils montrèrent, par leur consternation et par les intrigues de l'abbé Baschi, et de leurs autres secrets correspondans , qu'ils en avaient du déplaisir; que les avis qu'eut le duc qu'on l'eût arrêté prisonnier sur L'Amiral s'il y fût allé. voir le duc de Richelieu, n'étaient ni faux ni imaginaires, lui ayant été donnés de divers endroits par des personnes dignes de foi ; qu'ayant reconnu que le Peuple craignait le débarquement de l'armée navale, dont l'aspect avait renouvelé cette folle et vieille erreur que l'on a dans l'Italie, du libertinage des Français, il avait cru faire beaucoup pour la gloire de sa patrie, et pour ne pas effaroucher cette ombrageuse populace, de faire que ce corps d'armée fît sentir ses bras aux Espagnols , plutôt que de montrer son

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visage aux Napolitains; que néanmoins, conformément aux négociations et aux traités qu'il avait faits avec l'abbé Baschi, il avait envoyé le sieur de Taillades au duc de Richelieu, pour lui demander deux mille fantassins, trois mille mousquets, dix canons, huit cent milliers de poudre , et cinquante ou soixante mille écus pour subvenir à leur subsistance en ces commencement, afin de faire voir qu'on les pouvait maintenir sans être à charge à la ville; que ces demandes, quoique fort justes et modérées, n'eurent d'autre effet que quelques milliers de poudre ; que l'ayant aussi prié de lui envoyer le blé du vaisseau pris à la rade de Castel-à-Maré, on le lui refusa; qu'enfin cette armée, venue pour le soulagement des souffrances du Peuple, pour le tirer de servitude, et pour brûler ou pour combattre la flotte d'Espagne, n'avait servi qu'à faire une montre plus pompeuse que solide de la puissance des Français , et à fomenter les cabales et les factions qui troublaient le parti du Peuple, au lieu de les réunir pour concourir au bien commun.

Les Napolitains, qui n'avaient d'autre but que leur liberté, ont témoigné sur ce sujet, qu'ayant eu recours à la protection de la France, ils avaient cru que le secours qu'ils en attendaient répondrait à la grandeur et à la réputation de cette Couronne, aussi bien qu'à l'intérêt qu'elle avait de porter la guerre au bout de l'Italie, pour l'éloigner de ses frontières; qu'ils avaient espéré que l'arrivée de ctiie armée si souvent promise, écarterait les 2. 20

3o6 HISTOIRE DU SOiLÊVEMENT

Espagnols des côtes de Naples, et chasserait de cette ville la famine qui l'affligeait; mais qu'elle n'avait rien fait pour sa gloire ni pour leur utilité ; qu'elle avait perdu, au premier abord, l'occasion de mettre le feu à la flotte d'Espagne, qui était sur le fer à la plage de Santa-Lucia; que si elle eût fait celte entreprise, la populace en même tems eût attaqué tous les postes des Espagnols , qui sans doute eussent été contraints de se retirer dans les châteaux, et n'eussent pu faire tête tout à la fois sur la mer et dans la ville; que les châteaux eussent été pris bientôt après, et que tout le reste du royaume eût suivi un si grand exemple; qu'ensuite de cette faute, elle en avait fait deux autres qui n'étaient guères moins grandes ; l'une de s'être amusée à cabaler avec Gennaro Annésé, destitué de son autorité à sa vue même, l'autre d'avoir demeuré à l'aspect de INaples sans rien faire que voltiger au long de son golfe, au lieu d'aller droit à Salerne, où elle eût été bien reçue par Polito Pastina, qui était alors paisible possesseur de cette ville et de sa province; qu'elle devait favoriser avec ardeur l'élection du duc de Guise, et que puisque son ordre était de s'attacher au chef du Peuple, elle devait concourir à cette action avec d'autant plus de raison, qu'il s'agissait de l'intérêt d'un Prince français qui rétablissait dans ce royaume, avec tant de courage et de valeur, la gloire de sa nation; que si elle ne voulait pas seconder cette entreprise , elle pouvait du moins agir de son côté, et aller débarquer à

Salerne les troupes quelle portait, et qui étaient destinées pour la descente , lesquelles , jointes avec les quatre ou cinq mille hommes qu'avait Polito Pastina, eussent ôté en peu de jours cette province aux Espagnols, et poussé ensuite leurs conquêtes dans la Easilicate et dans la Calabre , où il y avait tant de places disposées à secouer le joug d'Espagne; que c'était de cette manière que les Français devaient faire paraître le désir qu'ils avaient de remettre ce royaume en liberté, plutôt que de faire une retraite qui ne répondait point à l'opinion qu'on avait de leur grand courage et de leurs bonnes intentions.

Les partisans des ministres de France en Cour de Rome , et des commandans de l'armée navale ont publié que , depuis le commencement des révolutions de Naples, la conduite du duc de Guise avait été extrêmement suspecte; qu'au lieu d'envisager ces mouvemens pour l'avantage de la France, il ne les avait regardés que pour son intérêt particulier; qu'il avait commencé ses négociations dans Naples, par les offres qu'il avait faites au Peuple de l'aller servir en personne, et à ses propres dépens, non pas en qualité de Prince français et pour le service du Roi, mais comme descendant de la maison d'Anjou, qui avait possédé ce royaume ; que n'ayarit eu pour but, en cette entreprise, que de se faire Roi, il s'était si peu soucié de déguiser ses sentimens, et de cacher cette pensée, qu'il l'avait fait connaître par toutes ses paroles et par toutes ses

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5o8 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

actions, à Rome aussi bien qu'à Naples; qu'il s'en <:^tait même déclaré jusqu'à la Cour de France , où il avait écrit que pour la reconnaissance de ses travaux et de ses peines, il ne souhaitait autre chose que de mettre une couronne sur la tête de la demoiselle de Pons; que quand la France eût voulu le seconder dans ce dessein, la politique obligeait le ministère d'établir les fondemens de cette entreprise sur les principaux chefs du Peuple de INaples, lequel, dans ces révolutions, témoignait avoir une aveugle dépendance pour toutes leurs volontés ; que les Napolitains n'avaient tourné les ieux vers la France qu'après la mort du prince de Massa, et pendant le gouvernement de Gennaro Annésé; que les premières instances du Peuple aux ministres du Roi à Rome, avaient été faites par ce maître arquebusier, en qualité de chef supr/éme des Napolitains soulevés; que le marquis d/ Fontenay , ne voyant point d'autre commandant, à INaples que celui qui portait le titre de généralissime du Peuple, il avait fait connaître à la Cour que c'était à lui à qui il fallait s'adresser pour toutes les choses qui pouvaient concerner les affaires de ce royaume ; que la Cour ayant embrassé la protection des Napolitains, sans autre but que celui de leur procurer la liberté, et de les mettre en état de disposer ensuite de cette liberté, comme ils le jugeraient à propos, elle avait peu après envoyé l'armée navale pour seconder ce grand projet; que n'étant pas encore informée des avantages que le duc de Guise

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avait rencontrés dès les premiers jours de son arrivée à Naples, et même ayant plus de sujet de craindre que d'espérer pour le salut de sa personne, elle n'avait pu s'adresser, dans cette entreprise, qu'à ce Gennaro Annésé, qui avait été le premier instrument des premiers traités, et qui jusques-là paraissait seul chef suprême du parti ; que quelques jours après l'arrivée du duc de Guise à Naples, Gennaro Annésé avait commencé à se plaindre de sa conduite, écrivant à tous momens au marquis de Fontenay, qu'il avait de secrètes pratiques avec des gens qui n'étaient pas dans les intérêts du Peuple; que depuis ces premières plaintes, il en avait fait une infinité d'autres, et mandé tantôt que le duc de Guise perdait peu à peu le crédit qu'il avait d'abord acquis dans Naples , et tantôt qu'il avait des desseins cachés et préjudiciables au bien public; que Gennaro Annésé écrivait de cette sorte aux ministres qui étaient à Rome, par toutes les voies qu'il pouvait trouver, et que le duc de Guise, ou par mépris, ou par oubli, ne leur donnait que fort rarement de ses nouvelles, ne leur rendait aucun compte de ce qui se passait, et ne leur parlait jamais que d'aigent, de vivres et de munitions; que toutes ces choses semblaient accréditer Gennaro Annésé , qui ne perdait pas un moment pour faire connaître aux ministres le zèle qu'il avait pour la France, et le pouvoir qu'il avait dans Naples; que les ordres des commandans de celte armée

étant tous pour luî, ces ministres subalternes n'avaient pu les changer; que quant à ce qu'on leur imputait d avoir perdu l'occasion de brûler et de perdre entièrement la flotte d'Espagne à leur premier abord au canal de Naples, cette action était assez importante pour ne l'entreprendre pas sans une mûre délibération ; qu'il est vrai que lorsqu'ils entrèrent dans le golfe, et qu'ils arrivèrent vers la pointe de Posilippo, ils avaient les vents favorables, mais qu'ils ne savaient pas en quel état pouvait être alors une armée plus forte en nombre de vaisseaux que la leur, et qui était à couvert des châteaux de Naples, dont les canons la pouvaient seconder avantageusement; qu'il n'y avait point d'apparence que cette flotte, qui depuis si long-tems devait avoir été informée du départ et de la route de celle de France, fût en ce moment dénuée de matelots et de soldats; et que le général n'avait pas dû se charger seul de l'événement du combat; qu'il avait assemblé le Conseil, afin que chacun eût part à la gloire de l'entreprise, comme à celle du succès, et qu'il y avait voulu faire résoudre l'attaque à la pluralité des voix; qu'il y avait été arrêté que l'on combattrait l'armée ennemie le lendemain , puîsqu 'alors il était trop tard pour commencer cette attaque dans une mer où l'on n'avait aucun port pour se retirer en cas d'un mauvais événement; que s'étant préparés pour cette action dès la pointe du jour suivant, les vents changés les avaient

contraints de changer de résolution et de mouiller en attendant une occasion favorable pour exécuter ce dessein; que les continuels orages qu'ils avaient soufferts depuis et pendant tout le tems qu'ils avaient été dans le golfe, les avaient toujours occupés, et les avaient contraints de songer à se défendre des bourasques, plutôt qu'à attaquer les ennemis; que sur ce qu'on, les blâmait d'avoir rompu sans sujet avec le duc de Guise, ils pouvaient répondre que cette mauvaise intelligence ne commença point de leur part ; qu'ayant ordre de s'adresser directement à Gennaro Annésé, ils avaient cru ne point faillir d'exécuter ce qui était porté par leurs instructions; que si, au lieu de cabaler et d'employer tant de tems, de soins et d'amis pour déposséder Gennaro Annésé , le duc de Guise n'eût songé qu'à réunir toutes ses forces avec celles de Gennaro, pour donner un assaut général aux postes de la ville défendus par les Espagnols, il est certain qu'il les eût emportés, puisque le Yice-Roi avait été forcé de les dégarnir pour la défense de sa flotte ; qu'il avait employé le tems d'une si favorable occasion à se faire déclarer duc de la République de Naples, et qu'il avait publié hautement qu'il n'avait aucun besoin des Français; que quand ce bruit, qui avait été semé parmi la populace, ne serait point venu de lui, les demandes de ses envoyés leur auraient bien fait connaître qu'il avait cette pensée, puisqu'au lieu de leur demander le débarquement des troupes qu'ils avaient, et qui depuis

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3l2 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

furent envoyées au duc de Modène, pour servir dans larmée qu'il commandait dans le Milanais , le sieur de Taillades, qui alla voir le duc de Richelieu de sa part, ne lui avait demandé que de l'argent, des munitions, des vivres et quelques officiers français pour la conduite des populaires ; que cet étrange procédé leur fit juger que ce Prince avait beaucoup de défiance du ministère et même de sa nation, et qu'il aimait mieux se servir d'un Peuple inconnu, volage, ombrageux et sans aucune discipline, que des gens de son pays, aussi obéissans que braves; qu'afin de rendre la protection et le secours de la France inutiles ou plutôt suspects au Peuple, il avait feint d'avoir avis que s'il fût allé voir le duc de Richelieu, on l'eût arrêté prisonnier, et que cette armée était venue pour introduire les Français dans le royaume plutôt que pour secourir les Napolitains ; qu'ainsi, témoignant de n'avoir pour but que de rendre sa nation odieuse à ces Peuples, et de se faire roi de Naples sans la participation du ministère, ils avaient cru n'être pas obligés de concourir à ses desseins sans un ordre exprès de la Cour, lequel ils n'avaient pu attendre dans une côte sans ports, sans rades, et où à tous momens ils étaient menacés d'un naufrage; que touchant ce qu'on les accusait d'avoir négligé des descentes avantageuses qu'ils pouvaient faire en divers endroits du royaume , où les Peuples les eussent reçus avec joie dans la disposition d'une révolte générale où était tout rÉlat, et que s'ils fussent allés droit à Salerne ,

au lieu de s'amuser à canoner inutilement Castelà-Maré, Polîto Pastina leur eût donné le moyen de se rendre maîtres de cette belle et importante province; les vents avaient été toujours si contraires, qu'ils n'avaient osé s'embarrasser dans le golfe de Salerne, qui est encore plus périlleux que celui de Naples; qu'enfin, sur ce que l'on disait que si le duc de Richelieu fût descendu seul avec ses gardes, le Peuple l'eût reçu à bras ouverts, et eût fait tout ce qu'il eût voulu, l'événement d'une action de cette importance était trop douteux pour risquer, dans celte conjoncture la réputation de la France , et le Général de son armée ; que s'il y avait quelque apparence que l'aspect d'une personne de ce caractère et des commandans qui l'accompagnaient, joints à la suite de ses gardes, tous gens bien faits et en bon ordre, eût fait un grand effet dans Naples , parmi une populace aisée à prendre par les ieux, il y avait aussi lieu d'appréhender que ce Peuple, qui souhaitait en même tems et redoutait l'arrivée des Français, et qui désirait de les voir aux mains avec les Espagnols, plutôt que de les voir débarquer dans Naples, ne conçût quelque ombrage de la descente de ce général, et que cet ombrage eût été fomenté par les cappes noires et par tous les autres secrets ennemis , ou jaloux de la France ; que, dans cette occasion , Gennaro Annésé avait tout promis et n'avait rien tenu, qu'après avoir fait entendre aux ministres de France qu'il était absolu dans Naples, ils avaient vu que tout soa

3l4 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

crédit et toute sa puissance étaient réduits dans le Torrion des Carmes, d'où il n osait plus sortir, ayant plié sous le duc de Guise, quand il pensait le fouler aux pieds, et que la chute de cet homme aussi lâche et irrésolu dans sa disgrâce, que fier et ombrageux dans sa prospérité, ne leur avait pas donné lieu de faire aucun fondement sur ses propositions, ni sur ses promesses.

Voilà les choses qui se sont dites et publiées par les partisans des divers intéressés en celle cause, dont je laisse la décision aux plus sages et aux moins passionnés.

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