CHAPITRE VL
Dissipation des troupes de la Noblesse. — Départ de plusieurs seigneurs pour diverses entreprises. — Défaite du Paponé. — Succès du Scaflati, et de la tour de rAnnoQciade.
Oi l'assemblée des troupes de la Noblesse du royaume de Naples avait donné quelque appréhension aux Espagnols, dont la politique craint souvent les mêmes bras qui les servent avec le plus de zèle, cette crainte ne fut pas de longu<î durée. Les arrière -bans font ordinairement plus de bruit que d'effet, et il est bien malaisé de con^ server long-tems ensemble des gens qui ne sont réunis que par l'étreinte du devoir, et des soldats qui servent sans paye. Enfin , cette armée qui semblait devoir contraindre le Peuple de Naples à se remettre sous le joug de son ancienne obéissance , se dissipa insensiblement ; les seigneurs qui la composaient se retirèrent peu à peu, suivant les divers intérêts qui les rappelaient ou chez eux ou ailleurs, et il n'en demeura qu'un fort petit nombre, de cette multitude qui avait paru à leur arrivée dans Averse; ceux-ci, fâchés de
36o HISTOIRE DU SOULÈVEMENT
n*avoir fait aucuns progrès qui répondissent à lattente qu'on en avait, se résolurent de ne se point détacher du gros, que pour quelque entreprise capable de faire voir aux Espagnols qu'ils n'avaient pas été inutiles. Dans ce dessein , le prince de la Rocca Romana partit avec quelques vieilles troupes pour s'opposer aux progrès que fesait le fameux bandit Paponé dans la Terre de Labour. Nous avons déjà remarqué qu'il s'était rendu maître de Sessa, de Fondi, d'Itri, de Sperlonga et de la plus grande partie de cette heureuse province, et qu'il avait renfermé les Espagnols dans Gayetta, qui n'avait de libre que le côté de la mer. Il avait alors assiégé la ville de Tiano, et il était sur le point de la prendre quand il se vit attaqué à l'improviste , et chargé brusquement par ce Prince, lequel surprenant des gens sans discipline et sans expérience, les défit fort facilement ; les uns prirent la fuite, et les autre*; se retirèrent dans le couvent des capucins, où ils se fortifièrent et résolurent de s'y défendre; mais le Prince ayant gagné un pont et une maison gardés par cent mousquetaires, les força de quitter le poste des capucins, quoique défendu par raille hommes, lesquels ayant enfin pris la fuite, laissèrent leur camp et leur bagage à la merci des royalistes, qui y troavèrent de quoi satisfaire l'avidité du soldat, les troupes du Paponé étant chargées de butin fait en ce grand nombre de lieux, qu'elles avaient pris et pillés depuis le commencement de ces troubles.
La déroute du Paponé fit tant d'éclat dans tout le voisinage , que le Prince , qui l'avait défait, n'eut pas grande peine à réduire sous l'obéissance des Espagnols la Rocca di Mondragone , la ville de Sessa, la Rocca INontina, Marsano, Castel- Forte et plus de quarante autres places qui lui donnèrent moyen de rétablir le calme dans cette partie de la Terre de Labour, qui confine le Garigliano , et d'ouvrir les passages de Capoue à Gayetta. Il ne demeura que la ville de Fondi au pouvoir des populaires dans tout le pays.
Au même tems que la fortune abandonnait le Paponé, elle favorisait Polito Pastina , qui, encouragé de tant d'heureux succès qu'il avait eus dans la principauté de Salerne , continuait ses courses et ses ravages, souvent jusqu'à la vue de Capoue et des autres villes du voisinage , qui tenaient pour les Espagnols. Il prit Scaflati , poste très-considérable, quoique défendu par un officier espagnol, qui l'abandonna la nuit, faute de munitions. La prise de ce lieu fut suivie de celle de la tour de l'Annonciade, proche de llaquelle les ennemis perdirent la galère de San-Francesco di Borgia qui, ayant été commandée par le Vice- Roi pour aller au secours de ceux qui défendaient cette tour, lui fut ravie par le soulèvement de la chiourme, laquelle s'en étant emparée tout à coup, s*alla rendre au Peuple de Naples , et lui mit entre les mains les officiers et les soldats qu'elle y avait arrêtés prisonniers.
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