CHAPITRE XX
Suites des troubles suscités dans Naples. — Courageuse résolution du duc de Guise. — Horribles conspiralions découvertes contre sa personne.
Encore que le peuple de Naples fût réduit dans dextrômes souffrances , l'animosité qu'il avait contre la Noblesse n'était pas moins violente ni moins forte. Cela parut dans une émotion qui survint au faubourg Délie Yergini, où le Peuple, ayant tout-à-coup pris les armes contre les Nobles, on vit en un moment ce faubourg, fort grand et très-considérable, à la veille d'une entière ruine. Le duc de Guise, averti de ce désordre, où les Nobles avaient du désavantage, monta à cbeval, y courut pour en empêcher les suites; et quoiqu'il les trouvât aux mains, et dans celte aveugle chaleur que produit une haine réciproque, il ne laissa pas de se jeter courageusement au milieu de ces furieux, sans considérer le péril. Son aspect fit son effet accoutumé, calma l'orage, et dès qu'il parut chacun mit les armes bas et se remit dans son devoir; mais cette vénération que l'on avait pour sa présence, n'empêcha pas qu'on
de la ville et du royaume de naples. 463 ne fît plusieurs conspirations contre sa vie. Quelques prêtres séculiers et des religieux de divers ordres le venaient trouver tous les jours pour l'avertir secrètement qu'ils reconnaissaient, par les confessions, qu'il y avait beaucoup de gens animés contre lui, et qui tramaient des attentats sur sa personne. Il fut averti particulièrement qu'il devait être empoisonné par un feseur de limonades et d'autres breuvages dont on use à Naples pendant les chaleurs de l'été, et que cet homme était poussé à ce crime par Pèpé Palombo. L'Acquarolo fut pris et mis à la torture, où pourtant il ne confessa rien; mais le duc, pour faire voir que cela n'était pas capable de lui faire per^ dre la confiance qu'il avait en Pèpé Palombo, s'arrêta devant sa porte un jour qu'il passait dans son quartier, et feignant d'avoir soif, il lui fit demander à boire, et but devant tout le Peuple, qui admira cette franchise, étant informé du bruit qui avait couru que le Palombo avait eu dessein de le faire empoisonner.
Mais la plus grande conspiration que l'on découvrit contre lui, fut celle de quelques officiers qui résolurent de le tuer le jour de l'Annoaciatiou de la Vierge dans l'église de l'Annonciade pendant la messe. Ciccio de Regina, capitaine d'infanterie de Porta- Alba, qui en devait être le principal exécuteur, découvrit celte entreprise à une femme publique qu'il voyait souvent, laquelle en fit aussitôt donner avis au duc. Le Ciccio fut arrêté et décapité peu après, par sentence d'A-
/jG/i- HISTOIRE DD SOULÈVEMENT
nielle Porlio, commissaire pour cette affaire; on a dit que le Portio fesant donner la question à ce prisonnier, et le pressant de révéler ses complices, il répondit qu'il y en avait beaucoup, et que son juge était des premiers; sur quoi le Porlio, sans le presser davantage, lui dit qu'il obtiendrait sa grâce du duc; mais que pour la forme il fallait qu'il fut condamné et conduit à l'échafaud, d'où sans doute on le ramènerait dans la prison. Cela a été dit depuis par le greffier confident du Portio, et il y a d'autant plus lieu d'ajouter foi à ce discours, que beaucoup de gens qui virent mourir ce criminel, remarquèrent qu'à tous momens il regardait derrière lui, comme attendant quelque nouvelle de la grâce qu'on lui avait fait espérer. Ces conspirations tenaient le duc de Guise dans une continuelle défiance, et plongèrent son esprit dans d'étranges inquiétudes, qui furent en partie cause de la résolution qu'il prit quelques jours après de sortir de Naples. C'est une chose surprenante, qu'un Prince éclairé comme lui ne connût pas en ces momens le précipice où le poussaient Agostino MoUo et Aniello Portio. Outre le sujet qu'il avait de se défier du premier, par le peu d'effet de ses trompeuses espérances, il avait été averti par plusieurs personnes dignes de foi , que ces deux perfides conseillers s'entendaient avec les ministres d'Espagne, et que dans peu ils le livreraient à leur merci. Mais tout cela ne servait de rien, et ce Prince était tellement enchanté par les artifices du MoUo, que bien qu'on lui fit
voir clairement ses trahisons, il se moquait de tous ces avis, et disait que c'étaient des impostures qu'on inventait pour lui ravir le plus fidèle de ses amis.
Ces deux ministres, dont l'un résolvait les choses, et l'autre les exécutait, s'étaient tellement emparés de l'âme de ce Prince, qu'il ne voyait que par leurs ieux, et n'entendait que par leurs oreilles. Cela leur donna une ample liberté de faire à leur aise, et sans péril, leurs vengeances privées avec celles des Espagnols, et de réduire enfin les choses dans cette extrémité, qui contraignit la populace de retourner, quoique à regret, sous leur ancienne domination.
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