‹ Mémoires du comte de MoréChapitre 30 sur 63 · Naissance de Joachina de More de Pontgibaud · texte numérisé non relu

Naissance de Joachina de More de Pontgibaud

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Veuillez être notre interprète auprès de l'aimable nièce et de frère et sœur, dont nous partageons la joie. Il paraissait manquer quelque chose au bonheur du quatuor que nous prions de ne pas encore regretter la patrie. Ce n'est certainement pas le moment de se rendre aux vœux des parents et amis et c'est dans leur véritable intérêt que je m'explique aussi franchement, car notre séparation comptera toujours pour beaucoup dans les malheurs de cette horrible révolution. Nous commençons quelques préparatifs de voyage pour les premiers jours de juin. C'est une distraction nécessaire, particulièrement à votre tante, qui a de fréquentes indigestions de politique. J'ignore encore où nous porterons nos pas.

Mme de Belabre vous remercie de ne l'avoir pas oubliée; je crois vous avoir demandé pour elle trois balles café Moka et vingt-cinq bouteilles de marasquin de Zara. Je n'ai pas encore recules coquilles annoncées par Marseille. Le comte de Ruffo me parle toujours de vin nommé Piccolito et de marasquin de Zara que mon frère devait lui expédier. Au surplus, rien n'est très pressé pour cette commission, attendu qu'il ne sera de retour à Paris que dans trois mois. Il vient de partir pour les eaux de Bagnères. Mlle de Vaucresson peut se vanter d'avoir fait un bon mariage, et j'ai la satisfaction de l'avoir fait tout seul. Le ménage paraît fort heureux. Le mariage a fait un miracle : cette jeune personne est toute changée à son avantage. Elle est déjà grosse. C'est d'une jolie petite fille que Mme de Fougières est accouchée. Je n'ai pas voulu dans le temps vous instruire de la vraie position de M. de la Rochelambert, qui nous a donné pendant huit jours les plus grandes inquiétudes ; il est un peu mieux.

Mme de Vaulserre a, avec raison, beaucoup de chagrin d'avoir vu s'évanouir toutes ses espérances. Elle est

bien tendrement attachée à sa sœur et se réjouit avec nous des bonnes nouvelles de Trieste. Adieu, mon cher neveu....

Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.

Paris, i3 juillet 1819.

Je ne sais, mon cher neveu, ce dont j'ai pu me rendre coupable aux yeux de votre excellente maman; mais elle me traite avec beaucoup d'indifférence. Je suppose qu'elle a été mécontente du rédacteur de sa gazette de famille, car depuis longtemps elle ne m'adresse aucune question, ignorant, sans doute, le plaisir toujours nouveau que me procurait sa correspondance. Je la prie pourtant de vouloir bien se rappeler que lorsqu'elle était éloignée des objets qui font son bonheur et qui nous ont laissé beaucoup de regrets, je m'empressais alors de la tenir au courant de leurs nouvelles ; je partageais ses peines et fortifiais sa patience. Mais aujourd'hui qu'elle est entourée de tout ce qu'elle aime, que l'avenir lui sourit, que ses vœux sont près de se réaliser, elle oublie qu'il y a un pauvre diable dans son entresol qui ne cesse de faire des vœux pour ses parents ; on ne lui dit plus mot. Il espère néanmoins que l'on n'attendra pas jusqu'au billet de part de l'heureux événement pour l'en informer.

Vous en recevrez, sans doute, un (billet de part) de la perte d'un des nôtres. Ferrières l'aîné a été frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante chez Mme de Bayon, où sa femme était allée passer quinze jours. 11 paraissait bien

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portant, n'avait jamais été plus gai; il faisait fort chaud. De retour à Paris, vers dix heures du soir, il fit une partie ie billard, but de la bière ; ayant commandé un bain à une heure du matin, il ne fut pas un quart d'heure dans L'eau qu'il se trouva mal, demanda qu'on l'en retirât, et à peine sorti expira. Sa veuve est dans la douleur, ainsi que son excellente fille Mme de Malet. Je viens d'assister à la triste cérémonie des funérailles. Mme de Ferrières avait oublié tous ses torts et lui était bien sincèrement attachée.

Vous avez vu, mon cher neveu, que votre beau-père avait fait une chute, ou pour mieux dire que sa voiture avait été renversée en allant dans ses terres. Il a été blessé à la tête par uue glace cassée. Il paraît rétabli de cet accident. Auguste de la Rochelambert avait donné aussi des inquiétudes ; mais il va très bien. Mme de Vaulserre est toujours fort délicate. Quant à madame votre belle-mère, je ne l'entends jamais se plaindre de sa santé ; Saint-Remy, que j'ai été voir, m'assure que si vous n'avez pas reçu de ses nouvelles, ce n'est que par suite de son embarras après ce qui s'est passé. Mme d'Anchald me charge de la rappeler à votre souvenir, ainsi qu'au bon Labrosse. Nous avons reçu le sac de coquilles ; ce n'était pas encore cela. C'est un petit malheur.

Je pense que nos journaux, aujourd'hui très émancipés, vous tiennent au courant de notre situation, toujours douloureuse. Je n'en ferai donc aucune mention et finis mon épître en vous priant, mon cher neveu....

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Le comte de More à sa belle-sœur Mme Joseph Labrosse.

Paris, 10 septembre 1819.

J'ai parfaitement bien fait, ma chère sœur, de me plaindre de votre silence, puisque cela m'a valu une lettre de votre main. J'ai communiqué au cousin Thomé l'article qui le concernait, il me charge de vous en remercier et de vous dire qu'il y a tout à gagner pour lui à correspondre avec vous. Il part sous peu pour passer six semaines dans le beau château de Fontenay ' à M. de Blangy, au delà de Gaen, sur les bords de la mer. Toutes les affaires de la succession sont à peu près terminées ; terres et maison vendues. M. Thuret, banquier et consul de la Hollande, a acheté le château et la ferme de Rentilly moyennant six cent dix mille francs, ce qui équivaut à six cent soixante, car il a cinquante mille francs à payer à l'enregistrement. M. de Thomé a acheU les bois situés à Pontcarré, dépendant de la terre, et a également retenu pour son compte la maison rue des Francs-Bourgeois. Il reste environ six cent mille francs de fortune à Thomé ; il me paraît peu occupé de mariage, et je peux vous assurer qu'il ne se ruinera jamais. C'est ici le cas de vous faire part d'un trait fort noble du cousin Ghenizot a ; il a fortement engagé Thomé à conserver son château, et pour lui en faciliter l'acquisition il offrait cent mille écus comptant

1. Par suite de son mariage avec M1" Noémi Leviconte de Blangy, le comte César de Pontgibaud, petit-neveu de l'auteur de cette lettre, est devenu, en 1847, propriétaire du château de Fontenay, dont il est question.

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