Le prince de Castelcicala
elle a recouvré toute sa gaieté, et malgré la distance qui nous sépare I, je vais souvent la voir, et nous rions ensemble de bon cœur. Nous serions cependant bien plus contents, si nous avions l'espérance de revoir les Triestains, mais rien ne nous indique quand nous nous retrouverons. Quels que soient nos vœux à ce sujet, je ne crois pas qu'il soit prudent pour vous de songer à revenir vous fixer en France. Je ne vois rien de rassurant; l'esprit public est loin de s'améliorer, et peu de chose suffirait pour faire éclater de nouveaux troubles,
J'ai été averti dans les premiers jours de ce mois par M. Chardin, parfumeur, rue Saint-Martin, qui me paraît vous être très attaché, que votre ancienne maison de la rue de Montmorency allait être vendue par adjudication. Elle est louée i3,200 francs, quitte d'impositions; on dit qu'elle est susceptible d'être louée 16,000 francs, attendu que les loyers ont considérablement augmenté, quoique l'on bâtisse partout. Le manque d'emploi de capitaux en est la cause, et la population de Paris est augmentée de 70,000 âmes en ces deux dernières années. Beaucoup de monde déserte ses propriétés, surtout à cause de la diversité des opinions; il n'existe de société nulle part; on vient à Paris, où tout est confondu. Nous touchons à l'ouverture d'une nouvelle session. Quelques personnes prétendent qu'elle sera fort orageuse. Je regrette cette époque de l'année, qui est celle de la fermentation des esprits et des rassemblements. Le nombre des mécontents est prodigieux ; nous avons eu quantité d'incendies; ils cessent depuis que les élections sont finies. Paris nous a donné dix libéraux et deux royalistes 2; mais nous sommes mieux traités par les départements.