De la place Royale à la rue Saint-Dominique
2. Les élections parisiennes avaient eu lieu (9-16 mai) au milieu d'une
LETTRES DU COMTE DE MORE. 25g
Je ne peux, mon cher neveu, donner la gazette de famille dont ma sœur est si friande ; tout le monde est à la campagne. Notre cousine, Mme de Lavau, préfète de police, est à la veille d'accoucher; son mari jouit de la plus haute estime ; les libéraux le craignent beaucoup, il n'est pas de leurs amis. Salaberry est resté à Paris pour la nouvelle session. Je ne vois rien de plus à dire sur la famille, et je vous prie, mon cher neveu, d'être notre interprète auprès de frère et sœur et de 1" aimable Amantine ; si elle est aussi engraissée que son portrait l'annonce, on peut dire que l'air de l'Italie lui a été très favorable. Au reste, cela lui sied à merveille ; le petit César a effectivement un air de Labrosse ; on croit trouver dans sa ronde petite figure quelques traits du grand-papa. Au surplus, il ne saurait mieux faire, car il a plu à tout le monde ici.
P. -S. — La ci-devant très belle Mme de Sainte-Croix, MIle Talon, vient habiter le Marais. On dit qu'elle est séparée de son mari. L'un et l'autre étaient ultra-révolutionnaires ".
grande effervescence. Les libéraux élus furent : le général Gérard, Gévaudan, Tripier, Alexandre de la Borde, Ternaux, Got, Saleron, Laffitte, Casimir Périer, Delessert, et les royalistes : de la Panouze et Le Roy.
i. Louis-Henri Descorches, qui prit le nom de marquis de Sainte-Croix, né à Sainte-Croix du Mesnil-Goufron, près Argentan (i;49-i83o). Maréchal de camp; ministre plénipotentiaire à Liège (1782-1388), puis en Pologne (1792), à Venise (139'i), à Constantinople (i"94)- Préfet de la Drôme (1800- 1814), de l'Aude pendant les Cent-Jours. Baron de l'Empire (1810). — Il avait épousé (3 août 1735) la sœur d'Antoine-Omer Talon, lieutenant civil au Chàtelet, tante de Zoé Talon, comtesse du Cayla. — Us eurent trois fils, dont Charles de Sainte-Croix, qui se distingua si fort dans la campagne de 180g, que l'Empereur le fit colonel, bien qu'il n'eût que trois ans de service ; il fut tué l'année suivante en Portugal, général de brigade à vingt-huit ans, en passe de devenir maréchal. Marbot, qui fut son camarade à l'état-major de Masséna, a donné sur lui d'intéressants détails (Mémoires, tome II, chap. xxi). — M»1 de Sainte-Croix, née le 3 avril ij56, mourut après son mari.
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Paris, 10 août i8a2.
Nous sommes profondément affligés, mon cher neveu, de la perte irréparable que nous venons de faire, et partageons sincèrement votre douleur. Vous avez perdu la meilleure des mères ; nous croyons bien inutile de recommander à vos soins notre frère ; c'est lui qui nous occupe le plus dans ce moment, mais nous sommes bien sûrs que rien ne sera négligé de votre part et de celle de la bonne Amantine pour faire diversion à son profond chagrin. Les touchantes expressions de sa lettre me prouvent sa tendresse pour lui ; notre petit César, l'espoir de la famille, doit être pour lui un sujet de consolation.
Je me conformerai, mon cher neveu, aux dernières volontés de ma belle-sœur en dérogeant à l'usage d'envoyer des billets de part et me bornerai à des parents et amis. Au reste, il n'y a presque plus personne à Paris. Avant la clôture des Chambres, bon nombre de députés avaient déjà quitté la capitale. Votre belle-mère est chez Mme d'Aurillac, en Champagne ; Mme de Monteynard est dans ses terres du Dauphiné ; tous nos parents sont absents, excepté M. et Mme de Lavau, et M. de Thomé, dont la santé dépérit au point que je doute qu'il puisse vivre toute cette année.
Nous avons ici, mon cher neveu, comme à Trieste, des chaleurs excessives. Cette température extraordinaire n'aurait-elle pas contribué à abréger les jours de votre
bonne mère ? J'ai vu deux fois Julie Portelette depuis ce fatal événement; je ne saurais vous peindre sa douleur, elle était suffoquée par les larmes; enfin je regrettais d'être monté chez elle tant j'éprouvais de peine étant hors d'état moi-même de lui donner quelques consolations. La conduite des habitants de Trieste I, dans cette occasion, prouve le haut degré d'estime qu'avait justement mérité ma sœur et fait honneur au commerce de cette place.
Je ne sais, mon cher neveu, à propos de commerce, si Trieste est en activité sous ce rapport, mais Paris, qui ne cesse de se plaindre, voit chaque jour s'élever des boutiques nouvelles, au point que le nombre en sera bientôt plus considérable que celui des habitants. Le nombre des spectacles s'y accroît aussi. Il y a beaucoup de désertions de la province. Tout le monde vient à Paris. Le prix des loyers devient excessif. Cet état de choses me paraît ne pouvoir durer. Au surplus, cette année est d'une extrême abondance en denrées de toute nature, mais la vente en est difficile et les impôts énormes. La perception éprouvera de grandes difficultés.
Nous sommes navrés, cher neveu, d'avoir eu à vous écrire dans une si triste circonstance; soyez, je vous prie, auprès de mon frère et d'Amantine, l'interprète de nos bien sincères sentiments. La bonne tante et moi n'avons pas le courage de lui écrire.
1. La ville de Trieste décida, en effet, de prendre à sa charge les frais des obsèques de Mmo Joseph Labrosse, et seize de ses principaux commerçants voulurent porter eux-mêmes la dépouille mortelle à sa dernière demeure.
a62 LETTRES DU COMTE DE MORE.
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Paris, 3 juin i8a3.
Je ne sais, mon cher neveu, ce que vous devez penser de moi, plus heureux que vous, puisque je possède tout ce que vous devez regretter. Occupé sans cesse à profiter du court séjour de nos bons parents *, j'ai bien négligé le Triestain, mais je prends à témoin l'aimable Amantine et le bon papa, que vous êtes souvent le sujet de nos entretiens et de notre sollicitude lorsqu'un courrier manque à nous apporter de vos nouvelles. Vous savez, mon cher neveu, toutes les précautions prises pour la santé d' Amantine, ce qui rend son séjour ici un peu ennuyeux, puisqu'elle ne peut profiter de tous les plaisirs de la capitale. Toutefois, elle est sur ce point d'une résignation au-dessus de son âge. Malgré la distance qui nous sépare, je fais mon possible pour la voir tous les jours, et nous sommes d'intelligence pour décider le bon papa à faire en France une acquisition qui vous y fixe. Tel est l'objet de nos vœux et de nos espérances. Son parti me paraît pris définitivement, au moins c'est le résultat de la conversation que j'ai eue hier avec lui. J'ai dû cependant me rendre à certaines considérations qu'il m'a parfaitement expliquées et que vous savez comme moi, c'est-à dire la nécessité de plier bagage lentement, pour mieux vendre sa maison de
i. La comtesse Armand de Pontgibaud était venue passer quelques mois en France avec son beau-père, Joseph Labrosse, devenu veuf le ai juillet i8aa.
commerce, opération qu'il espère réaliser dans le courant d'une année.
Les succès que nous devons espérer de la guerre d'Espagne consolideront notre gouvernement, lui donneront plus de force et de stabilité. On doit, d'ailleurs, comme disent les bonnes gens, éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier, si l'on veut dormir tranquille. Je ne vous dissimulerai pas que la bonne Amantine éprouve quelque impatience, d'ailleurs bien légitime, de redevenir Française. Je me fie, pour réaliser tant d'espérances sur ce point, à la parole du papa, et n'ai pu trouver de raisons solides à opposer aux objections qu'il m'a faites sur le moment opportun. Il pense qu'une acquisition faite de suite pourrait lui faire du tort, elle serait connue à Trieste, et, de plus, le gênerait dans son roulement de fonds. Je regarde néanmoins comme une victoire bien nécessaire à votre bonheur et au nôtre de l'avoir décidé à renoncer à ces lieux remplis pour lui de pénibles souvenirs. Ce voyage, au surplus, fait une puissante diversion à sa douleur, et souvent il reprend un peu de gaieté. Je fais mon possible pour le détourner de s'agrandir en Auvergne, pays détestable pour ses opinions politiques. Qu'il s'en tienne à son moulin et à ses mauvais bois ! Il m'assure qu'il n'y ajoutera que fort peu de chose. Amantine a, avec raison, un grand éloignementpource pays. J'ignore encore l'époque de son voyage à Pontgibaud: je voudrais arracher ce lieu de la mémoire de mon frère.
Je vous renouvelle, mon cher neveu....
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Paris, 16 septembre i8a3.
Vous pensez bien, mon cher neveu, que ce n'est qu'après avoir consulté les personnages les plus réputés, les plus éclairés, que le départ a été déterminé. Il a eu lieu samedi dernier, et à huit heures du matin, le n° 3o, de la rue de l'Université a été, je crois, pour toujours rayé de mes tablettes. Amantine a supporté avec un grand courage cette longue captivité ; nous étions fort affligés de cette situation et aurions bien désiré lui offrir pendant son séjour tous les genres de plaisir que peut offrir la capitale. Elle sera incessamment dédommagée en vous retrouvant, ainsi que son petit César, qui a fait souvent le sujet de nos entretiens. Vous avez dû apprendre il y a longtemps le retour de mon frère, il paraît extrêmement satisfait de son petit voyage, mais Amantine ne partage pas tout à fait ce sentiment, étant inquiète qu'il ne reprenne trop de goût pour cette terre d'ingratitude, et qu'il n'emploie ses capitaux en acquisitions en Auvergne, ce qui la contrarierait fort, puisque son désir est d'avoir une habitation peu éloignée de Paris. Elle m'a franchement ouvert son cœur et fait part de ses inquiétudes à ce sujet. J'ai eu l'occasion d'en parler à mon frère, qui m'assure ne vouloir disposer sur ce point que d'une somme de 100,000 francs; Amantine trouve que c'est beaucoup trop.
Au surplus, ce voyage a été très favorable à la santé de
mon frère et a fait une heureuse diversion à sa juste douleur.
Le prix des terres est excessif. Celle de Boury «, sur laquelle vous aviez fait prendre des informations, vient d'être vendue à l'amiable 590,000 francs, et ne rapporte, impôts payés, que 16,800 francs. La position est peu agréable, le château est beau, mais beaucoup trop considérable. J'espère qu'il s'en présentera d'autres. Les fortunes de ce pays se font et se défont vite par le jeu infernal de la Bourse.
L'affaire d'Espagne finie 2, comme je l'espère, donnera de la stabilité à ce gouvernement ; assurant au Roi une armée fidèle, il prendra de la force 3, et alors peut-être les émigrés obtiendront-ils une indemnité. C'est une opinion assez générale. On croit à une création de 20 millions de rentes pour cet objet. Vous seriez, dans ce cas, en bonne position pour vous faire indemniser de vos maisons de Paris- puisque là, vous ne pourriez éprouver aucune réduction sous prétexte de droits seigneuriaux. On croit généralement que l'indemnité sera du tiers des revenus, en prenant pour base les impôts payés en 1789.
Nous avons laissé partir nos voyageurs sans vouloir
1. Le château de Boury (près de Gisors) fut habité, de iS35 à 1848, par la famille de la Ferronnays. C'est là que reposent aujourd'hui les principaux personnages du Récit d'une sœur : Albert, Alexandrine, Olga et la comtesse de la Ferronnays (Mllc de Montsoreau).
2. Notre expédition victorieuse de 1823, qui rétablit Ferdinand VII sur son trône.
3. « Les finances de l'État étaient parvenues, même après une campagne aussi coûteuse, à un degré de prospérité jusqu'alors inconnu en France; les fonds publics avaient, pour la première fois, atteint le pair; le gouvernement du Roi était obéi partout sans difficultés et sans observations; l'armée française, dans la guerre d'Espagne, venait de se rallier franchement au drapeau blanc ; enfin, la glorieuse campagne que nous venions de terminer avait replacé, parmi les puissances de l'Europe, la France au rang qu'elle doit occuper, et que les désastres de 1814 et de i8i5 lui avaient fait perdre. » — Mémoires du général de Saint-Chamans (année 1823.)
faire d'adieux; c'est toujours un moment pénible; nous attendons avec impatience la nouvelle de leur heureuse arrivée et surtout celle de l'inconnu ou inconnue. Peutêtre y a-t-il frère et sœur. Vous savez que je suis parrain, mes prénoms ne vous sont pas ignorés; il y a choix dans ceux de la tante ', car elle s'appelle Adélaïde, Jeanne, Marie-Louise. Choisissez, mes bons amis, il me reste maintenant à deviner ce que le parrain pourrait trouver qui fût agréable à sa nièce. J'espère, mon cher neveu, que vous m'aiderez et croirez à la plus sincère amitié du ménage de la place Royale.
Je ne puis offrir encore à César que des vœux, je vous prie de l'embrasser tendrement de ma part ; il sera bien étonné de voir ses parents de la rue Royale, ce ne sont plus que de vieux tableaux de famille.
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Paris, 39 octobre i8a3.
Vous ne pouviez, mon cher neveu, nous annoncer une plus agréable nouvelle que celle de l'heureuse arrivée d'Amantine. Nous avions lieu d'espérer qu'attendu la vivacité du futur ou de la future, vous nous apprendriez incessamment l'heureuse délivrance de la maman que nous aimons beaucoup.
Quelque diligence que j'aie pu y mettre, il m'a été impossible d'obtenir plus tôt la procuration ci-incluse; j'espère que vous aurez la bonté (ignorant les usages
i. Comtesse de More, née de Vaux.
de votre pays) de me suppléer auprès de la personne que vous chargerez de me représenter, et de faire toutes dépenses à ce sujet, dépenses que je vous prie de retenir; nos usages en France sont de gratifier nourrice et bonne, de payer les frais à l'église; toutes ces choses regardent le parrain. Nous approchons de l'époque où paraissent les choses du meilleur goût, ce qui me met fort à l'aise pour mon cadeau à la marraine. Je pense comme vous qu'il vous sera bien difficile de distraire le bon papa à Trieste; car il trouvait à Paris les journées beaucoup trop courtes pour tout ce qu'il voulait voir et apprendre. L'industrie a fait des progrès si prodigieux qu'il faut recommencer son éducation, et il est un peu tard. Quant à moi, je croupis dans ma vieille ignorance, bien convaincu de la parfaite inutilité de me charger d'un plus lourd bagage pour le petit bout de route que j'ai à parcourir avant d'arriver au but. Nous désirons ardemment que vos projets se réalisent et que nous ayons le bonheur de nous voir réunis dans cette France, si belle sous tant de rapports et néanmoins désagréable sous beaucoup d'autres.
Vous devez être étonné qu'à la suite de nos succès, les fonds publics baissent sensiblement; on en attribue la cause à la prochaine dissolution de la Chambre des députés. Les personnes les plus instruites assurent que l'ordonnance est signée et paraîtra bientôt. On attribue cette mesure à ce que le président du conseil a appris que la majorité royaliste avait le projet de proposer l'indemnité des émigrés à la prochaine session. Or, cela est contraire à ses vues et à celles du Roi, au moins pour cette époque. Ainsi, pour peu que cela soit retardé, il faudra présenter cette liquidation au Père-Lachaise. Le malheur et la misère détruisent tous les jours ce qui reste de ces infor-
tuués. S'ils sont tout à fait abandonnés, ce sera une honte pour la Restauration.
Adieu, mon cher neveu....
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Paris, 4 janvier 1824.
Vous ne pouviez, mon cher neveu, nous donner une plus agréable étrenne que la nouvelle de l'heureuse délivrance de l'aimable Amantine. Nous ne pensions pas sans inquiétude à son long voyage. Voilà le petit César heureux d'avoir un frère *, auquel toutefois il ne cédera pas son droit d'aînesse pour un plat de lentilles.
Je crois, mon cher neveu, que vous aurez beaucoup de peine à retenir mon frère et à l'empêcher de partir dans la mauvaise saison ; sa passion pour son moulin de Pont-
i. Charles de Moré-Pontgibaud, né à Trieste le 20 décembre i8a3, épousa Alice-Marie de Cassagne de Beaufort de Miramon en 1854. Chef de bataillon au gi« de ligne, tué à Solférino, le 24 juin 1859. — Il releva le titre de comte de More.
Le maréchal de Castellane le cite plusieurs fois dans son Journal; parmi d'autres, on lit ce passage à la date du 25 décembre 1854 :
« M. le comte Charles de More de Pontgibaud, capitaine au 5;* de ligne, mou officier d'ordonnance depuis le 7 août i85a, part aujourd'hui pour rejoindre, à Toulon, son régiment, qui s'embarque pour l'Orient. Bon officier, ferme, loyal, honnête, je n*ai eu que des éloges à lui donner. Je le regrette vivement. Il a fait, il y a deux mois, un très bon mariage en épousant M"» de Miramon. Encore dans la lune de miel, il lui a fallu, en quittant sa jeune femme, céder à un sentiment d'honneur. Il eût pu très bien rester auprès de moi, mais il a beaucoup mieux fait de partir, et je l'en estime davantage. »
Dans la Campagne de Crimée, qui vient d'être publiée, on trouve vingt et une lettres du capitaine de Pontgibaud adressées (i854-i855) au maréchal.
gibaud est bien vive et je parierais qu'il disparaîtra de Trieste au moment où vous le croirez le plus disposé au repos. Quel que soit notre désir de le revoir, nous serons néanmoins inquiets de le savoir en route à cette époque de l'année, à moins que ce temps extraordinaire ne continue, ce que l'on ne peut supposer, car nous n'avons pas encore eu un seul jour de froid. Beaucoup de pluie. Nous sommes ici en grande agitation au sujet du renouvellement intégral de la Chambre. Car, si les choix sont mauvais, je ne sais ce que le pays peut devenir. Mais, dans le cas contraire, ce qu'il faut espérer, nous aurons cinq ou sept ans de calme. Peut-être aussi parviendra-t-on à obtenir l'indemnité des émigrés, ce qui, je pense, ne vous affligerait pas. Les journaux vous ont entretenu de nos superbes fêtes à l'occasion du retour du duc d'Angoulême *. La ville de Paris a déployé toute la magnificence possible. On évalue les frais à deux millions. M. de Chabrol a, qui en a fait les honneurs, a reçu en récompense le grand cordon de la Légion d'honneur, et son frère, ci-devant intendant de l'Illyrie 3, la pairie. Cette famille est fort bien traitée.
Nous partons en ce moment chargés de bonbons, pour prier Mme de la Rochelambert d'en faire la distribution, de peur que personne ne soit oublié. Je quitte donc la plume, mon cher neveu, pour remplir cette douce mission.
1. Le prince rentra à Paris le a décembre 1823. Le maréchal de Castellane (Journal, t. I, p. 46") nous a conté sa mauvaise humeur en cette circonstance. Il y eut de nombreuses fêtes, des promotions, une amnistie.
2. Comte de Chabrol de Volvic (1773-1843), préfet de Montenotte (1806), de la Seine (1812 a i83o). Conseiller d'État (1814). Membre de l'Institut (1820). Député du Puy-de-Dôme (1824-1830 et i83g).
3. Christophe-André-Jean, comte de Chabrol de Croasol (1771-1836). Sous l'empire, maître des requêtes au Conseil d'État, premier président delà Cour impériale d'Orléans, intendant général des provinces illyriennes (.1811). Préfet du Rhône (1814-1817). Député du Puy-de-Dôme (1820). Pair de France (i8a3). Ministre de la marine (1824-1828). Ministredes finances (1829-1830).
P. S. — Mme de la Rochelambert se porte fort bien ; sa belle-fille I a été très fatiguée de toutes les fêtes. Elle est restée jusqu'à cinq heures du matin au bal de l'Hôtel de ville, étant arrivée la veille à quatre heures de l'aprèsmidi, pour y assister, accompagnée de son mari.
Le comte de More à M. Armand Labrosse, comte de Pontgibaud.
Pari9, a5 janvier 1824.
Je n'ai différé quelque temps, mon cher neveu, à répondre à votre lettre du Ier de ce mois qui nous annonce de si bonnes nouvelles sur la santé de ma nièce et de mon filleul, que dans l'espoir de voir se continuer certains bruits, qui me paraissent prendre assez de consistance pour pouvoir vous en faire part. On assure donc qu'il est positif que l'indemnité due aux émigrés aura lieu, et qu'elle sera prise sur les rentes dont la caisse d'amortissement s'est rendue propriétaire ; de sorte qu'on éviterait création nouvelle à ce sujet. On varie beaucoup sur le quantum, dont la plus basse évaluation, dans l'opinion, serait de quinze millions de rentes. Vous pouvez entretenir ma nièce de cette nouvelle, car nous avons quelquefois causé finances dans son hôtel de Jérémie. où elle a été si longtemps en captivité. La voilà donc, comme nous la désirions, bien portante et en état de franchir les ruisseaux sans être obligée de mettre les pieds dans l'eau, et même les genoux, comme cela lui est arrivé. Nous