‹ Mémoires du comte de MoréChapitre 36 sur 63 · I. M11* de Bruges, comtesse Henry de la Rochelambert · texte numérisé non relu

I. M11* de Bruges, comtesse Henry de la Rochelambert

sommes disposés à faire un bail de vingt ans à la place Royale, si elle veut réaliser le trop aimable projet de se réunir à nous. Cette place, si triste aujourd'hui, va devenir très belle, non par la statue de Louis XIII, à laquelle on travaille, mais par des jets d'eau aux quatre angles et un gazon anglais au milieu....

Vous avez appris le mariage de M. Talon avec MIle de Beauvau l ; ces deux noms doivent être étonnés de se trouver ensemble, si toutefois on peut être surpris de quelque chose aujourd'hui. J'ai dîné hier avec le marquis de Gourtarvel, qui est grièvement offensé que son frère cadet 2 ait été fait pair de préférence à lui. Au surplus, comme une partie de cette dernière fournée recevra 12,000 francs de pension, le public les appelle les chers pères; nous avions les pères nobles, les pervers, les pères manans. Ceci n'est qu'une addition sans importance.

Toute la famille du faubourg Saint-Germain se porte bien. On attend Mme d'Aurillac et Mme Auguste de la Rochelambert 3 ; quant à la bonne maman, elle est toujours

1. Mathieu-Denis, vicomte Talon (i;83-i853). Entré au service (i8o5). Grenadier à cheval de la maison du Roi (1814). Colonel des cuirassiers de Berry (1810); des lanciers de la garde (1816). Maréchal de camp (1818). Réformé (i83i).

C'est sur les instances de sa sœur, la comtesse du Cayla, que Louis XVIII fit inviter les Beauvau à souscrire à cette union. — Le maréchal de Castellane (Journal, II, p. 16) a donné de piquants détails sur le mariage, célébré le 16 janvier 1824. — M1" Henriette-Gabrielle de Beauvau était fille du prince Marc-Etienne (1773-184*)), pair de France (i83i), et de Nathalie de Rochechouart-Mortemart. — Une seconde alliance unit encore les Beauvau aux Talon : le prince Edmond de Beauvau-Craon devint, en 1820, le gendre de M»e du Cayla.

2. Claude-César, comte de Courtarvel-Pézé (1761-1S49). Pair de France le 23 décembre 1823. Son frère aîné, le marquis François-René de Courtarvel (1759-1841), si fâché de cette préférence, obtint la pairie à son tour le 5 novembre 1823. — Ils étaient cousins de Mme Armand de Pontgibaud.

3. Henrictte-Laurence-Marie-Gabrielle de la Rochelambert , sœur de M™ Armand de Pontgibaud, mariée à son cousin, le comte Auguste de la Rochelambert-Montfort.

sur le même fauteuil à sa feuêtre, espérant que Ton viendra lui demander à dîner; chacun l'abandonne immédiatement après; alors elle remonte chez elle, va se coucher pour recommencer le lendemain. Jamais il n'y a eu à Paris plus de bals, malgré le deuil à l'occasion de la mort du roi de Sardaigne 1. Les jeunes femmes ont tellement clabaudé de ce qu'il n'ait pas attendu le carême pour mourir, que le Roi a autorisé toutes les parures possibles pour les bals, mais pour la soirée seulement, et le deuil est repris le lendemain. Sa Majesté, qui chemine sur la même route que son beau-frère, n'a pas été très affectée de cet événement. Je vous prie, mon cher neveu, de dire mille choses affectueuses....

Le comte de More à Mmt Armand Labrosse, comtesse de Pontgibaud.

20 mai 1824.

Mille et mille remerciements, ma chère Amantine, de n'avoir pas douté de notre impatience d'avoir des nouvelles de Trieste ; la lettre du 9 courant a fait renaître l'espérance dans nos cœurs. Vos tendres soins ainsi que ceux d'Armand seront, nous nous en flattons, couronnés d'un plein succès 2. J'accepte avec plaisir la prophétie du bon papa sur la manière dont nous devons l'un et l'autre finir notre carrière, sans maladie, par conséquent dispensés d'avaler en partant une boutique d'apothicaire.

1. Victor-Emmanuel, né en i;59, mort le 10 janvier 1824. Roi de Sardaigne en 1802, abdiqua au mois de mars 1821 en faveur de son frère Charles-FéliX) pour ne pas sanctionner la Constitution révolutionnaire.

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