Voir l'Appendice VI
Le comte de More au comte de Pontgibaud, à Clermont-Ferrand.
Paris, i3 novembre 1824.
Dussé-je, mon cher neveu, vous faire dépenser les grands revenus de la ci-devant terre de Pontgibaud en ports de lettres, j'éprouve néanmoins le besoin de vous écrire encore, ayant oublié quelques détails dans ma dernière missive. Mon frère m'avait communiqué beaucoup de ses projets au sujet de ses moulins, et je lui objectais toujours la nécessité de la résidence pour les réaliser. Il est vrai que je partageais l'éloignement d" Amantine pour l'Auvergne, où vos auteurs ont fait beaucoup de bien et rencontré des ingrats. Quant à ce que vous me mandez, que vous vous attachez surtout à conserver les cours d'eau, je trouve cela fort bien vu, mais aujourd'hui on y supplée par les nouveaux moyens de vapeur.
Je suppose que la levée de boucliers que vient de faire le duc de Glermont-Tonnerre, pair de France l, en assignant les propriétaires de maisons, dans une cause semblable à la vôtre, n'a eu lieu que parce qu'il sait que le gouvernement écoutera favorablement ce genre de réclamation ; sans quoi il serait absurde qu'un pair de France levât pareille question. Quant à celle de l'indemnité, elle est absolument popularisée, et ne donnera lieu à aucune discussion.
1. Jules-Gaspard- Aynard, duc de C 1er mont- Tonnerre (1369-1837). Pair de France (1814). Maréchal de camp (i8i5).
Notre capitale est fort tranquille ; Charles X y est adoré, personne ne s'occupe du roi défunt; il semblerait qu'il n'a pas existé. Les ministres ne bougent pas, malgré les attaques des journaux.
Adieu, mon cher neveu....
[Il jy a ici une longue interruption de lettres. La famille de Pontgibaud résidait à Saint-Germain-en-Laye . Les visites place Royale étant fréquentes, la correspondance se fait rare.]
Le comte de More au comte de Pontgibaud, à Saint-Germain-en-Lqye.
Paris, 6 novembre i8a5.
Nous sommes, mon cher neveu, sans bulletin de notre petit Italien x ; devons-nous en conclure que cela va mieux ? Voulant aller à Saint-Germain, n'avons-nous pas risqué de nous croiser avec Amantine? Il me semble qu'elle avait le projet de venir à Paris le 3. Elle n'y est pas venue. Nous avons dîné chez sa mère le jour de la Saint-Charles avec ses habitués, dîner fort gai où nous avons été interrogés avec intérêt sur les habitants de Saint-Germain et leurs petits enfants; mais nous n'avons pu réussir à déterminer notre hôtesse à faire le voyage avec nous....
La commission des émigrés vient de prendre une me-
i. Le petit Italien qui venait d'être malade était Charles, deuxième fils du comte de Pontgibaud, le futur aide de camp du maréchal de Castellane.
sure affreuse, qui consiste à n'avoir aucun égard à l'époque où le gouvernement est entré en jouissance des biens dits nationaux, payant l'intérêt des dettes avec les revenus de ces biens, jusqu'à l'époque de la vente. Or, cette vente n'a eu lieu quelquefois que plusieurs années après. La commission n'en tient aucun compte, capitalise les intérêts payés et réduit la malheureuse indemnité de cette somme. Cette atroce mesure fait crier tout le monde avec raison.
Mandez-nous, mon cher neveu, de bonnes nouvelles, nous les désirons vivement, tant nous avons à cœur le bonheur de la famille.
Le comte de More au comte de Pontgibaud , à Saint-Germain-en-Laye.
Paris, a3 novembre 1826.
J'espère, mon cher neveu, que ma lettre vous trouvera tout à fait reposé de vos fatigues, et prêt à recommencer vos courses. J'ai passé hier la soirée chez un ami. M. de Tournon l y était, nous l'avons entretenu de votre projet d'exploiter les mines de Pontgibaud 2. M. Maréchal l'en avait déjà prévenu. Il m'a répondu de la manière la plus satisfaisante. Cette affaire viendra incessamment. Il m'a
i. Philippe, comte de Tournon- Simiane (1378-1833). Auditeur au Conseil d'État (1806). Intendant du margraviat d'Anspach (1806). Préfet de Rome (1809), de la Gironde (i8i5), du Rhône (1822). Conseiller d'État. Pair de France (1823).
2. Les mines de plomb argentifère de Pontgibaud, ouvertes en 1827, viennent d'être fermées en 1898. Elles avaient été exploitées jusqu'en i852 par le comte Armand de Pontgibaud.
dit que M. de Laizer, son parent, demandait aussi une concession. Vous trouverez dans le Journal du commerce d'aujourd'hui que le baron de Forget est à la tête d'une compagnie avec trois millions de capitaux. Une autre compagnie, toujours en Auvergne, sous la raison sociale Denys et Gie, a déjà réuni deux cent quarante mille francs.
Je voudrais que le temps pût se fixer au froid. J'irais vous voir à Saint-Germain-en-Laye, faire ma paix avec la bonne Amantine, car je pense qu'elle ne peut me pardonner mon absence de la place Royale le jour de la Saint-Charles. Depuis cette époque elle m'a privé de ses petites épitres, qui m'étaient fort agréables.
Je vous prie, mon cher neveu, d'être auprès d'elle l'interprète des sincères et tendres sentiments du ménage de la place Royale pour les habitants de Saint-Germain.
Le comte de More à la comtesse de Pontglbaud, au château de La Brosse l, près Montereau.
Paris, 8 novembre 1827.
Je suis en ce moment si surchargé d'affaires, ma chère nièce, que je ne puis tracer que quelques lignes. J'ignore encore ce que vous avez à faire, mais soyez bien tranquille, d'ici quelques jours, je vous en informerai.
Je vous ai expédié l'ordonnance du Roi nommant Armand à la pairie 2 ; nous avons gagné la bataille bien
1. Terre achetée par le comte Armand de Pontgibaud. Il n'y avait là qu'une curieuse coïncidence de nom avec celui qu'avait porté son père en émigration et à Trieste. Appartient actuellement à M™* la comtesse de Florian, née de Pontgibaud.