‹ Mémoires du comte de MoréChapitre 4 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ma naissance. — Mon berceau. — Première éducation. — Apparition dans le monde. — Ordre royal qui me fait entrer à Pierre-en-Cize.

Je suis né, le 21 avril 1758, de César de Moré-Chaliers, comte de Pontgibaud *, et de Marie-Charlotte-Julie Irrumberry de Salaberry; je sais que ma mère était une jeune et jolie femme, j'ai eu le malheur de la perdre avant

1. Le comte de Pontgibaud (1703-1388), ancien mousquetaire du Roi, chevalier de Saint-Louis, blessé à la bataille de Dettingen, né à Serverette en Gévaudan, fils de Jean-Baptiste de More et de Marie Daldin de Belvèze. Il épousa en premières noces (1744) Elisabeth-Henriette Dujardin, veuve de Gabriel de Bernay, dont il n'eut pas d'enfants, et en secondes noces, M1" de Salaberry, dont il eut : i° Charlotte-Hermine (1753-1773) ; 2° Albert- François (1754-1824) ; 3" Charles- Albert (1758-1837).

Né à Clermont-Ferrand et baptisé en l'église de Notre-Dame du Port, ce dernier eut pour parrain et marraine son frère et sa sœur aînés, qui n'ont pu signer à cause de leur bas âge, n'ayant présenté l'enfant sur les fonts du baptême qu'avec la permission de M. Imbert, vicaire général du diocèse. — Signé : Tournadre, curé.

D'après le registre de son père et de sa mère, on voit en date (décembre 1764) : Pension de mon fils le chevalier chez M. Colin : j3y livres. L'enfant n'avait donc que six ans, et il était déjà séparé de ses parents ; c'est ce qui explique qu'il ait si peu connu sa mère, laquelle mourut en 1769, alors qu'il avait onze ans.

d'avoir pu la connaître : elle mourut de saisissement en apprenant une affreuse nouvelle sans y avoir été préparée.

Le manoir de mon père et de ma mère m'a donné son nom ; il a des créneaux, des murs épais, de grosses tours noires bien historiques, mais le château de Pontgibaud 1 n'en est pas plus gai pour cela.

Mon père, qui était seigneur de la petite ville de Pontgibaud 2 et d'un grand nombre de paroisses, réunissait à tous ses droits féodaux le patronage laïque, et nommait à la plupart des cures des villages qui relevaient de lui. Le comte et la comtesse de Ghaliers vivaient au milieu de leurs vassaux, et toute cette population vivait de leurs bienfaits. Personne ne connaissait dans le"pays les droits de l'homme, mais tous connaissaient et pratiquaient les devoirs de la reconnaissance et du respect. Il est de fait que quand ma mère sortait, les femmes et les enfants se mettaient à genoux, bénissant le ciel et leur dame ; les hommes et jusqu'aux vieillards étaient leurs bonnets du plus loin qu'ils voyaient venir leurs seigneurs, et on sonnait les cloches. Quel mal y avait-il à cette réciprocité de protection et d'amour, était-ce autre chose que des enfants qui honoraient leurs père et mère ?

Quoi qu'il en soit, le vieux et immense château domine le bourg et la riche vallée qu'arrose la Sioule 3 et que couronnent majestueusement les cimes des Monts d'Or 4 ; mais tous nos sites de l'Auvergne, si gracieux, si harmonieux, quand la nature est dans le calme, offrent en une seule nuit un contraste tout différent ; comme les gaves

i. Château de Pontgibaud, vieux donjon du xn« siècle, encore existant aujourd'hui, entouré d'une enceinte de six grosses tours rondes.

2. Chef-lieu de canton dans le département du Puy-de-Dôme, sur les bords de la Sioule, connue par ses mines de plomb argentifère.

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