Octavie de Pontgibaud, plus tard comtesse de Florian
2. Soulèvement légitimiste à Marseille, le 3o avril i83a, et tentative de la duchesse de Berry en Vendée, au mois de mai.
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dans Paris. On dit qu'elle est étouffée dans les départements, dont quatre sont encore en état de siège, ainsi que la capitale, où elle n'a duré que quarante-huit heures. Le convoi du général républicain Lainarque en a été le prétexte *. Cent mille hommes l'accompagnaient, et si le bonnet rouge et le drapeau n'eussent été arborés, je ne sais ce qui serait arrivé. Mais l'apparition de ces couleurs a rallié tout ce qui est honnête contre ceux qui les portaient et trente mille gardes nationaux se sont vaillamment défendus. On a employé le canon contre eux et ils n'avaient pas d'artillerie. Le poste de la place Royale ayant été forcé vers les huit heures du soir, j'ai dû croire qu'à mon réveil je serais tenu de crier « Vive la République ! » La garde l'a de nouveau occupé dans la matinée sans résistance, il avait été évacué.
Ces deux jours il était presque impossible de parcourir Paris à cause des barricades et fusillades sur beaucoup de points et l'on annonçait de sinistres nouvelles, entre autres que la Banque de France était tombée au pouvoir des révoltés, après qu'ils eurent enlevé les postes occupés parla ligne. J'avoue que cette nouvelle, dont je ne pouvais vérifier l'exactitude que le lendemain, m'a fait passer une nuit d'autant plus cruelle que j'avais envoyé ma procuration pour acheter la totalité des bois de la Chartreuse 2, prenant l'engagement, s'ils m'étaient adjugés, de les payer comptant cent vingt mille francs (prix d'estima-
i. 5 juin.
2. La Chartreuse de Port Sainte-Marie, près Pontgibaud, sur la Sioule, vendue nationalement en i-g3. Dom Gerle, son dernier prieur, fut député à la Convention après avoir été nommé député aux états généraux par le clergé en 1389. Il vota la mort du Roi; apostasia et fut mêlé à toutes les folies de la « prophétesse » Catherine Théot et de Robespierre ; sauvé de l'échal'aud par celui-ci, il mourut misérablement. Les bois de la Chartreuse sont encore actuellement la propriété de l'État.
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tion). J'aurais pu me trouver dans un grand embarras; il est vrai que j'aurais pu prouver facilement que cet événement assurément imprévu m'avait mis dans l'impossibilité de tenir mes engagements. Il en a été heureusement autrement ; le gouvernement, d'ailleurs, n'obtenant pas la somme qu'il demandait, n'a pas fait adjuger les bois; ma procuration a été inutile et mon argent est à la Banque.
Autre inquiétude : j'apprends que les révoltés sont maîtres du Grenier d'abondance J ; impossible de m'y rendre, il y avait fusillade sur ce point; mais comme il y avait là un hôpital de cholériques et que les combattants y déposaient leurs blessés, il n'y a eu aucun pillage et vos caisses y sont intactes.
Je suis allé ces jours derniers rue Saint-Dominique et je suis chargé de la part de Mme de la Rochelambert de mille choses pour les habitants de Ronchi. Sa belle-fille est à Berlin et son fils est à Vaulserre (près de Pont-de-Beauvoisin en Savoie). Le Maine est en état de siège 2.
Le bon Jomard a eu, ainsi que sa femme, une frayeur épouvantable. Le canon a fait feu dans le passage près de sa porte, on a porté les blessés dans sa cour. Ces braves et bonnes gens ne sont pas familiarisés avec cette musique, ils sont restés deux nuits sans se coucher. Je les ai trouvés ayant presque la jaunisse, encore tremblants, bien que ce fût fini; ils ne sont pas encore dégoûtés du journal du juste milieu. Inutile de vous dire, je pense, tous nos vœux pour vous et votre prochain retour.
i. Le Grenier d'abondance, construit sous le premier Empire et détruit en mai i8;i dans les incendies de la Commune, était situé entre la Bastille et la Seine, au long des jardins de l'Arsenal.
a. A la suite de la prise d'armes de la duchesse de Berry.
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Le comte de More au comte de Pontgibaud, à Ronchi.
Paris, 8 juillet i83a.
Il y a longtemps, mon cher neveu, que j'entends dire avec raison que conserver est plus difficile que d'acquérir. Je le prouve, ne sachant plus comment j'éviterai de nouvelles pertes ; ce qui est presque impossible dans ce pays, où ce qui est bien à midi se trouve mauvais à quatre heures. On ne parle ici que des émeutes qui doivent avoir lieu dans le courant de ce mois. L'arrêt de cassation des jugements rendus par les tribunaux militaires a redoublé l'énergie des républicains. Ils paraissent se préparer à prendre leur revanche des 5 et 6 juin. Joignez à cela la réapparition du choléra, et vous conviendrez que notre position n'est pas agréable. Je passe encore sous silence les menaces d'une guerre extérieure que je crois inévitable, quelque concession que nous fassions. Paris est une nouvelle Babel : autant d'individus, autant d'opinions différentes ; mais une crainte générale. On annonce la rentrée des Chambres pour les premiers jours d'août, car il faut sortir du provisoire. On croit que les ministres seront mis en état d'accusation l. La réunion Laffitte, qui ne contenait que quarante et mn membres d'opposition, est, par les adhésions, de 164. Le juste milieu, parti Périer, a été charivarisé partout. Jugez dans quelles dispositions
1. La session ne fut ouverte que le 19 novembre. Le ministère (Barthe, baron Louis, comte de Rigny, comte d'Argout, comte de Montalivet, général Sébastiani, maréchal Soult, Girod de l'Ain) resta en fonctions jusqu'au u octobre.
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vont revenir tous les députés qui ont encore dans leurs oreilles les sons harmonieux des chaudrons, poêlons, etc. On espérait que M. l'évèque d'Autun ï venait de Londres pour nous tirer d'affaire et réparer nos malheurs en remplaçant M. Périer; mais le prélat défroqué est trop fùté pour vouloir s'en mêler. On croit qu'il s'est beaucoup plus occupé à Londres de jouer à la Bourse des deux capitales que du Protocole.
A propos des protocoles qui ont donné lieu à tant de caricatures dont nous sommes inondés, je dois vous parler de celle qui a eu un grand succès parce que vous en connaissez l'auteur anonyme, qui jadis avait lancé une brochure qu'il retira. Il n'était pourtant pas coupable de certains articles, car il n'avait écrit que les anecdotes un peu piquantes, ce que ne pouvait pas faire son collaborateur. Vous savez qu'il y a un mariage arrêté entre une princesse d'Orléans a et le roi des Belges, et une entrevue des deux monarques à Compiègne a été fixée; ce qui a fait le sujet de la caricature qui a pour titre: Rencontre des deux Quasi. Elle représentait la forêt de Compiègne, les deux quasi descendent de leurs carrosses pour se donner l'accolade fraternelle, mais la longueur démesurée de leurs nez les prive de ce doux plaisir. Ils paraissent également étonnés de leurs costumes. Le roi des Belges était couvert de protocoles ; quant à Louis-Philippe, on lisait sur toutes les coutures de son habit: Valmy et Jenvnapes et la mort du duc de Bourbon, ainsi que la correspondance de la baronne de Feuchères. Ce mariage aura, dit-on, lieu à l'époque des
i. Talleyrand.
2. Louise-Marie-Thérèse-Charlotte-Isabelle d'Orléans (i8i2-i85o), épousa, le 9 août i83a, Léopold-Georges-Frédéric de Saxe-Cobourg, premier roi des Belges.
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glorieuses jownées, que tout le monde qualifie de malheureuses. Louis-Philippe a promis pour présent de noces l'évacuation de la citadelle d'Anvers et un service de porcelaine de Sèvres. On croit ce cadeau plus assuré que l'autre. Nous avons encore un peu de choléra; mais on en parle à peine; les affaires publiques absorbent toute l'attention.
Je viens de recevoir une lettre de Baltet qui est très satisfaisante au sujet des mines; il croit que l'on pourra faire deux fontes par mois. Mon petit cadeau pour Amantine consiste dans la collection complète des œuvres de Walter Scott, quatre-vingts volumes, avec de jolies gravures anglaises. Je n'expédierai la caisse qu'à son retour à La Brosse. Je ne sais si vous pourrez lire ces pieds de mouche, ma plume est de métal.
Oncle et tante renouvellent aux habitants de Ronchi, petits et grands, l'assurance de leurs tendres et sincères compliments.
Le comte de More.