MONSIEUR DU BOUSQUET
tnnt, ose oous dire qu'il vous aime plus que loule chose. J'espère et je suis sûr^ quand vous y aurez réfléchi, que votre cœur est trop bon pour en conserver de la rancune, et rousavez trop de beauté pour vous aviser j à contretemps, et faire la sévère. »
On sera surpris que jo m'avisasse d'écrire ainsi à une dame à qui je voulais plaire; mais j'avais déjà remarqué en elle certaines façons qui me donnaient lieu d'en bien espérer; sans compter que, comme les personnes de ce caractère ne ^çardenl pas de grandes mesures avec le monde, il n'est pas juste que le monde en garde beaucoup pour elles. Je ne me trompais pas dans mes 'conjectures ; mon laquais m'apporta sa réponse, dont voici le sens :
a Toute autre qu'elle aurait été offensée de l'imperlincnce de ma lettre, qui ne pouvait venir que de la mauvaise impression que Vandy m'avait donnée de *a personne. Elle ajoutait que c'était un maître fripon et moi un insensé, quelle ne devait pas écouter : mais que, par malheur, elle se sentait pour moi un penchant plus fort encore que l'indignation qu'elle devait av>oir de mon procédé; que je ne manquasse pas de me rcu<lre, le lendemain A s(*pt heures du soir, au Luxembourg, où elle voulait me faire honte ; ou plutôt, qu 'elle ne m'y rencontrât pa«, rar elle commençait il se défier de sa miséricorde, n Je fus exact au rendez-vous ; je la trouvai plus belle et plus [laréc qu'elle n'avait jamais été. Quand je l'abordai avec un air content, elle me demanda si je venais lui faire une nouvelle offense. Je lui répondis que, « bien loin de l'insulter, je venais lui demander grAc«. » Il me parut, à un sourire charmant, qu'elle n'était pas trop fftchée; ce qui m'obligea à entrer avec elle en une conversation, qui fut remplie de discours si tendres que, sur la lin, elle me lit jurer de cacher nos affaires à V^andy,
PREMIÈRES CAMPAGNES DE CHAVAGNAC
La confiance s'établit si bien, de part et d'autre, qu'elle m'avoua qu'un vieux seigneur hu«j^uenot réparait par sa libéralité le désordre de sa maison. Elle m'offrit de se brouiller avec lui, si je le voulais; je n'eus garde d'y consentir.
— « Je vous ai écrit la vérité, lui dis-je, et il nous serait utile, a tous les deux, de tirer des ressources de votre vieux p:alant. »
Mon avis fut suivi; elle lit la difficile plus qu'à l'ordinaire et se ménagea si bien que je fus défrayé quatre mois aux dépens de qui il appartenait.
Mais, comme la curiosité est naturelle à tous les hommes et (|ue je voulus savoir absolument le nom de notre commun bienfaiteur, elle me dit que c'était M. le comte de Chavagnac, gentilhomme d'Auvergne, qui, ayant un assez gros fonds de l'argent qu'il avait amassé aux guerres de Religion, avait une passion et un faible si grand pour elle, qu'il n'était pas en état de lui rien refuser.
Ma surprise fut extrême, et la sienne n'aurait pas été moindre, si le nom de « du Bousquet », que je portais alors, ne lui eût ùté le moyen de connaître que c'était mon père. Je fis quelqu'attention à la chose ; mais, comme je n'étais pas d'un âge à être extrêmement scrupuleux, je m'efforçai de lui cacher l'intérêt que j'avais raison d'y prendre. Car, comme, selon les apparences, quelqu'un n'aurait pas manqué de subsister de la faiblesse de ma maîtresse, je crus qu'il était plus juste que je profitasse, préférablement à tout autre, du mauvais usage que mon père faisait du bien de notre maison.
Trois mois s'étaient déjà passés sans que rien troublât notre commerce, quand il plut à mon père d'entrer, un soir, dans la chambre de la dame, au moment où j'y étais. Le bruit que firent ses gens me donna le
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lemps de me jeter dans un cabinet ; ce ne put être si promptenient qu'il ne s'aperçût de quelque chose.
Son soupçon augmentant |iar l'embarras où lui parut la marquise, il lui demanda la clef de son cabinet. Elle lui dit, tout interdite, de si mauvaises raisons pour s'excuser de la donner qu'il résolut d'enfoncer la porte. Cependant, je me barricadais derrière. Lai résistance qu'il trouva l'anima davania«;e ; il pesta, jura, appela ses gens, leur ordonna de rompre la serrure ; sur ces entrefaites, la dame se sauva. (]onime je n'en pouvais plus, j'étais aux abois et mes forces étaient épuisées, quand mon père, ayant tout bouleversé, entra furieux, l'épée à la main, pour me transpercer. Mais jamais il n'y eut surprise pareille à la sienne quand il me reconnut. Je me jetai à ses pieds pour lui demander pardon ; il fut, quelques moments, hors de lui-môme. A la fin, il me demanda d'où je connaissais cette dame et si j'étais bien avec elle.
— « C'est Vandy qui me l'a fait connaître, répondisje ; les secours qu'elle me donne me font faire quelque dépense dans le monde, et je me suis cru obligé, jusque-là, de lui en témoigner ma reconnaissance. »
Il en parut plus irrité.
— « (yorbleu ! co(|uin, me dit-il, si vous y mettez jamais les pieds, je vous couperai les oreilles ! »
Je me plaignis à mon tour, avec tout le respect que je lui devais, de la dureté qu'il avait de me vouloir chasser de chez une dame qui me faisait du bien, alors que lui me donnait si peu de chose ! Mais il n'y avait pas à répliquer ; nous fîmes la paix, dont le traité fut qu'il me donnerait cent pistoles, que je ne verrais plus la marquise et que, sur toutes choses, je n'en parlerais jamais à ma mère?