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LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XIII

<Aii)s|>irîilioii iU> (jii*|-Miiis. — Les lem^urs •!<* Rirhelieu* — roiii|tirt«- (lu Uoiissilloii (^1041^. — («asloii irOilraiis. — Au ranip dcviinl l*«'i-|ii^nan. — F<»nliaill«'s lo bossu. — L'arn'slaliou M. \v iWmul (juin UWi). — Los bons nfno»*s ilu cn\)ilaiiH' dfs Barils. — .Mt»rl de l ouis Mil (14 niai 1043).

(]e même hiver, M. le Grand (1) trouva moyen de faire proposer à mon père el à mon frère, par Siougeat (2), qui était attaché depuis longtemps à la maison d'Éniat, de se jeter dans ses intérêts. Ils n'eurent pas grand'peine, Tun et l'autre, à s'engager, toute la nohlesse de notre pays y étant portée naturellement. On savait déjà que M. le cardinal de Richelieu le voulait perdre ; néanmoins l'engagement que m<m père prit avec lui fut d'un habile homme, puisqu'il lui sauva la vie.

M. le Grand pria mon père d'agréer que je restasse quelque temps auprès de lui ; il y consentit. Après quoi, nous fûmes nous établir à Saint-Germain, où le Roy faisait sa demeure. Nous y passâmes quatre mois,

(1) Lo j;ran«l-»^ruye.r Oinq-Mars.

(2) Sioiit^fal lit* L'iir.tM-, c.onilt'dc Hrioii.

|lt)41j LA lis l)L RKGNK DE LOUIS XIII

pendant lesqiuïla nous allions, tous les jours, à la chasse avec Sa Majesté.

Le Cardinal lit connaître son mauvais dessein contre M. de Cinq-Mars en lui faisant rompre son mariage, qui était assuré, avec la princesse Marie de Mantoue, duchesse de iNevers (1^. Comme c'était une ^^rosse fortune pour son rival, il crut ne devoir pas le laisser fortiiier son crédit à la Cour par une alliance aussi illustre. Elle fut mariée depuis avec le roi de Pologne (2).

M. le (irand, voyant que le Cardinal, sans égard pour mille considérations, ni pour la tendresse dont son maître Pavait honoré, ne gardait plus aucune mesure, résolut de traiter avec l'Espagne, de connivence avec le comte de Soissons et le duc de Bouillon.

Je n'ai jamais pu découvrir ce traité (3), quelque

({) Louise-Mîirif, lill»» dur Charles do Nevers et de Mantoue #!l deCalliorine de Lorraine, ^tail m-e en 1612. Klle avait inspiré une violrnli' passion à (iaston d'OrK-ans, (jui l'aurait épousée si la rein»' \ui\e d'Aulrirlif ne s'y ♦Mail r/'soluraenl opposée. Apr»'S la mort du duc de Maninue t-n ir»2<.», I.i princesse Marie .« caliala avec M. Urand pour déliusqner Cardinal, en r»''SOlulion d«' r»'"pous«;r si elle Ir voyait [>reniier minisire. La nuil, il la vint voir plnsimrs fois. Il ne si* pouvait pas (dans le dessein qu'ils avaient) «ju ils ne vécussent avec quelque fîimiliarilé, mais on n'en a jamais rien dil de fAchoux ». {Tatlemcnt des Héftitx.)

(2) Elle avait lrenle-lr«»is ans, quand !<• vieux roi de Pologne, Wladislas VII, répous<'i par procuration, « bien (pic l'Euipcniur lui eût fait envoyer jusqu à seize portraits de princesses de la maison d'Aulriclw. •> Veuve de Wladislas. elle épousa le frère du défunt, Jean-Ciisimir, ancien jésuite, quand il fut roi, en 1648.

(li) Vn traité enire le romte-«luc San Lucar pour le roi d'Espagne et I Kuipereni-, el M de Kontraiiles pour et au nom de Gaston d'Orléans, lui sipné à Madrid le ili mars 1642. Les .Majestés, impériale et c.ilhulique, donnaient à l'Altesse française 12,000 hommes de pied el .'i.OOO chevaux, une pension raen-

rREMIKRKS CAMPAGNES DE CIIAVAGNAC

peine que je m'en sois dijunce ; aussi, je crois que ce furent les amis du Cardinal qui en (irent courir le bruit dans le monde pour justifier sa conduite. Car, quelle apparence y avait-il que Cinq-Mars traitât avec les Espagnols dans le temps où tout lui souriait et <ju'il était le plus satisfait dos empressements du Cardinal et du Roy, son maitre ?

Cependant, le premier soupçon qu'on en eut fut après la perte de la bataille de Sedan, dont le Cardinal fut si fort alarmé qu'il se erut perdu. M. le Grand, le voyant si elTrayé à la pensée que le comte de Soissons marcherait sur Paris, lui dit de ne pas s'en mettre en peine et qu'il l'arrêterait bientôt. Le Cardinal l'embrassa, en lui déclarant que « ce serait le plus grand service qu'on pourrait rendre au Roy ! » Mais les soins de Cinq- Mars furent inutiles, un courrier étant venu, trois

suelle de 12,000 6cus pI 400,000 6r us pour lever des troupes dans lu place de sûreté où ladite Altesse se serait retirée. Les aiticles VIII, IX et x ne laissent pas de doute sur la culpabililr du duc de Bouillon et de Cinq-Mars. En voici le texte :

M VIII. El d'autant qup Son Ailesse a deux personnes propres à ôtre inaivcimux d«' camp en celte arinrf {({xw le dil sieur de Fonlrailles déclarera après la conclusion du présent traité), Sa Majesté catholique se charge d'obtenir de l'Empereur deux lettres patentes de inarrchaux de camp pour elles.

M IX. Il est accord*- que Sa Majesté catiiolique donnera 80,00() ducats de pension à départir par moisaux deux seif^neurs susdits.

►> X. Commi' aussi on ilount ja, «l.iiis trois mois, 100,000 livres pour pourvoir cl munir la [ilacc que Son Altesse a pour .sa sûreté en France. El si celui (|ui baille la place n'est .satisfait de cela, on baillera ladite somme compUuU; et, de plus, 600 quintaux de poudre et 2;i,000 livres par mois pour l'entretien de la garnison. »

Une contre-lettre déclarait, au nom de fîaslon el de San-I.ucar, que les deux pei'sonnes de l'arlicle vm étaient le seigneur duc do Bouillon el le seigneur de Cinq-Mars, grand-écuyer de France; la place de sûreté était Sedan.

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heures après, apporter la nouvelle de la mort de M. le Comte, qui fut tué (1), selon toute apparence, par un inconnu, envoyé tout exprès de la part du Cai'dinal de Richelieu.

Depuis ce tcmps-lù, les soupçons augmentèrent contre M. le Grand, qui, craignant pour sa personne, voulut avoir des gens sur <{ui il pût compter; ce fut aussi dans cette conjoncture qu'il me demanda à mon père. Nous passâmes l'hiver à Paris, d'où nous partîmes, avec le Roy, pour la campagne de Perpignan ^février lt»42).

La Cour coucha, le premier soir, à Chilly, maison de plaisance de M. de Cinq-Mars, où tout le monde fut traité magnifiquement. Après le coucher du lloy, M. le Grand me dit de le suivre ; nous primes cent détours pour parvenir à une porte, où il heurta.

Moriiiieur, frère du Koy, la lui vint ouvrir; il me pria d'y rester et de bien prendre garde que personne n'en approchât. II passa la nuit entière ; ce fut celle où

A|irès le combal d« Seilun, le comlr •!»• Soissons, qui reganJail île loin la déroulo des Fraiirais, inairliaiil au pelil \nis au milieu ties siens et enlouiv «le ses doniesliques, Imnba de snn flK'vai, raide nioii, sans i|ue jamais ou ail |>u s.jvuir d'où cela élail venu; rar au^un di* ceux qui t'iairiilaupivsde lui n'en a pu donner de nouvelles. Ils dircnl seulement «ju'ils ouïrent un coup de feu et qu'ils virent un cavalier passer, et leur maître en même temps tomber, la li'te en bas et le pied dans l'élrier ; qu'ils lui trouvèrent le roup tian» le front aver la bourre dans la tête, le visiige brùl»'» de poudre, pour marque iju^il avait ét<'' tiré à brOle-ponrpoint. Cellr morl n'a jamais pu »'lre i''clairrie ri a tlonn»'- sujet de ^doser à bien du montle, p<uir démêler une alTairc si extraonlinaire ; mais autant elle eausii de eonslernation dans son parti, autant elle donna «le joie au Cardinal, qui .se vit par là délivré d'un j^rand «'nnemi. lecpiel lui donnait bien du souci. Il lui en eût bien tlonné <lavantai,'e s'il eût vécu après une si grande victoire, tpi'il eut poussée bien loin, si la ujorl n'eiil arrêté son proijrès. •• (Mènioirt's liir Montylnl )

l'HKMIKHKS i: VMI'AGNKS I>K (:HVVA<;N\<

Mitnsiour til M. le Grand envoyèrent a Fonlarabie, en Espan^ne, un émissaire pour faire le beau traité qui coula la vie à M. le Grand.

Le Roy continua sa route par Fontainebleau et par Lyon, où il séjourna quelquesjours (1). Là, M. le Grand, ayant pris la résolution de se défaire du (Cardinal, iil venir (|uasi toute la noblesse d'Auvergne ; on était persuadé «|ue le Roy y consentait. Ëntiu, quoi qu'il en fût, M. le Grand, nous ayant rassemblés, dit (|u'il allait chez le Roy et que, dans peu, il viendrait nous rejoindre.

l!n momeiil après, le Cardinal arriva s»'ul avec Desbarsons, capitaine de ses gardes ; ce qui surprit le Roy et M. leCirand, (|ui lui pariait tout bas. Ils demeurèrent, l'un et Tautre, si embarrassés, <|ue le Cardinal connut bien «pi'ils agitaient une question (|ui le regardait. M. le Gran<l, ne pouvant soutenir sa présence, sortit et nous dit de nous retirer chacun chez nous. Plusieurs le blâmèrent d'avoir perdu l'occasion de faire tuer Richelieu ; d'autres lui en donnèrent mille louanges. Quoi qu'il en soit, il est certain que, s'il lit l'action d'un bon chrétien, il ne lit pas celle d'un fin politique.

Ces choses s'étant passées, le Roy continua son voyage jusqu'à Narbonne 10 mars , d'où il lit avancer le maréchal de la Mcilleraie, avec son armée, pour assiéger Collioure, qui fut prise (13 avril 1642%

Le Roy fil investir Perpignan, <ju'il voulait prendre par famine. Le Cardinal resta à .\arlMmne, quoique la personne de Sa Majesté fiH, plus de six semaines, campée devant Perpignan. Ce fut de ce camp que Fontrailles ^2), f|ui était revenu d'Espagne, où il avait fait le traité du duc de Bouillon et de M. le Grand, fut

(1) Du 17 .111 -i.'J rr-vri. r UWi.

[2] Lnuis irAsIarnr, iiiar(|iiis «h' Konlr;iill(>s.

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averti que le Cardinal Tavail découvert. Il en lit part à M. de Cin<|-.Mars, cjui lui dit « qu'il ne s'en mettait pas en peine et qu'il était assuré de l'amitié du Roy. »

— M Monsieur, répliqua Kontrailles, vous êtes le plus beau et le mieux fait de tous les hommes ; ce qui ferait que, si vous étiez sur un échafaud, tout le monde vous plaindrait. Mais moi, qui suis bossu et de mauvaise mine, on ne ferait que s'en mo<|uer. Aussi bien, un corps sans tète comme le mien ne manquerait pas de faire rire toute une assemblée, et, comme je suis délicat sur le ridicule, il ne vous déplaira pas que je me sauve. Pour m'en faciliter les moyens, je ferai appeler J) Esp<'nan (2), mon beau-frère, avec qui je suis mal, par ( JialeaujTay, que vous ferez arrêter pendant que je me sauverai en Espagne. »

La chose réussit comme il l'avait projeté ; quant à moi, je servis à ma charfj^e tant que dura le siège t3), pendant lequel le lioy donna le cordon bleu [4) au maréchal llorn (5 , qui venait du service des Suédois. Le Roy reçut, immédiatement après, des lettres du (Cardinal, (|ui le priait de revenir à Nurhonne, où M. de (Ihavigny (6) lui porterait des nouvelles concernant le salut de rÉtal.

Le (Cardinal si- retira à Tarascou. Le Roy revint à .Narbonne, suivi de M. le Grand et de mon père, qui ne les quittait pas. (Chavigny s'y rendit en même temps,

(1) En

(2i Ho^fT «Ir liussolis. I <»ml«' (rKs|>»'nan, Luc, maré-

chal <l«* ••amp. avail t'iMiiisr Paiilr ir.\>lara«'. i'.U P«Tpij.'iiaii rapiliila !•• 0 si'pleiiiliii» 1042.

(4) [U- l'iinln- «lu Sainl-Kspi il, mV? par H«mri III.

(5) Gusiav»-. romlr tl.- Iloni. If imùlleur »rrn«'rnl df* lUislavr Adolplio, avail Ht' fait prisonnier à Nonllin^eu m ir»:i4. Il venait (iV'lrf ^l•llan^^*• apiM's huit ans «I»' raplivil»*.

Lérui lioulliilli»T, rouilo df Cliaviirny <'( ilc Hu/.ani..u>, .>« crélaire «rKlal «ifs AITaircs iMiaiitièros.

PRKMIKRES CAMPAGNES DE CIIAVAGNAC

pour découvrir au Roy tous les complots de ces Messieurs dont j'ai porlé. M. le Grand fut averti ; mais, l'omme s'il eût perdu le jug-tîmenl, il fut souper, le soir, chez Beaumont, gouverneur de Saint- Germain ; j'étais de la partie. De là, il fut se coucher à l'Archevêché, où il logeait avec le Roy; et moi, je me rendis chez moi où Villars couchait.

Le matin, nous étions encore au lit, (|uand un laipiais <le mon frère arriva avec des paquets pour mon père. Il nous dit tpi'ily avait <|uelc|ue nouveauté dans Narbonne, puisfju'il y avait des corps de garde dans toutes les rues. Villars et moi, nous nous IcvAnics pour aller chez mon père lui donner ses lettres ; mais nous trouvâmes une troupe à sa porte, avec un exempt (2) des Gardes du (Àirps, qui l'avait arrêté. Je demandai inutilement à lui parler.

M. de Thou [3) fut arrêté en même temps. Villars, Siougeat et moi, fûmes chez M. le Grand, où tous ses amis s'étaient assemblés. On crut jus(|n'au Roy luimême) qu'il s'était sauvé. Sa Majesté partit de Narbonne, menant ses prisonniers avec Elle.

Après sa sortie, l'archevêque, créature du (Cardinal, fit crier que : « sous peine de la vie, on ne cachât pas M. le Grand, et que celui cpii indiquerait où il était aurait dix mille écus. » 11 était caché chez une poudrière qui, la veille, lui avait vendu sa iille, et le découvrit.

(1) Pirin*. marfiiiis »|p Villars, pt-re itii vairKjiirur de Dcnnin.

(2) On (lirait aujourd'hui un mljudanl ; rVlail, dans la « avalrne, Ir grado IuUm inrdiaire entre le cornette, ttWh 'wr, et le maréchal (les loffis, bas-idlirier.

(3) Kranrois-Auguste, ronseiller d'Etal, ami de Cinij-Mars, acrus*'* tl'avoir rnnnu le complot el de ne l'avoir pas révéh'-.

(4) (Mivri;»re employée à l'arsenal pour la fuhrirntion de la poudre.

LA FIN DU RÈtiNK DE LOUIS XIII

L'archeviM|ue le fit prendre par des bourgeois et garder à rarchevùché. On nous en vint donner avis ; nous y accourûmes tous ; mais, comm»' il n'y avait ({u^une rue à traverser, nous le trouva\mes déjà arrivé à l'archevêché. Je montai à Tappartement où on Pavait mis ; il me fut impossible de pénétrer, jusqu'à ce que, Tarchev»'(|ue entrant, je me jetai à travers la porte. M. le Grand in'ayant aperçu, m'appela ; on n'osa le lui refuser.

Après que l'archevêque fut sorti et quand nous fûmes seuls, Cinq-Mars remarqua sur mon visage Tinquiélude que j'avais : il me dit, pour me rassurer, que « ce ne serait rien et que la prison de mon père ne devait pas • m'alarmer. » Là-dessus, on lui servit un grand repas maigre; mais nous ne mangeâmes ni l'un ni l'autre. Il se mit au lit aussitôt après le dîner et me dit tout bas :

— « J'ai gagné quatre de mes gardes ; je prierai l'archevêque de trouver bon ([ue vous me fassiez apporter des œufs frais, et vous j)roriterez de cette occasion pour me faire savoir en quelle situation sont mes amis. »

La précaution fut inutile, car il me fut impossible de le revoir, (breton, lieutenant des Gardes du Corps (l), arriva avec 'lO Gardes pour le mener à la Cour. Il gagna de nouveau des Gardes, croyant pouvoir se sauver; mais le régiment de ('hainpa{ine[2\ survint pour le garder, et toute espérance fut perdue de le secourir. Il ne lui fut plus permis de voir persoime ; il eut seulement la liberté de disposer de sa maison. 11 me pria, par un billet, de prendre 12 de ses chevaux, avec un

(1) La maison du Uoi rurniironail i compagnies de lîardes du (lorps, 1 écossaise, .i françaises.

• 2) Le 4« «les Victuc corps d'iiiraiitcrie ; rri^inieiil d'»'lile, «l'une lidêlité à loulc «'preuve, «{ui venait de se «iistiiiifuer, une f«»is de plus, au sit'ue de PtTpi^nan ei «lui «'Inil «Munniand***, vu 16i2, pur Charles de Nafîu, marquis dr Varennes.

HUKMIKRES CAMl'AGNES DE CIIAVAG.NAC

page «ju'il aimail fort et que mon père lui avait donné, et d'aller attendre chez mon père de ses nouvelles. Il voulut aussi que son ècuyer, (^hatcaugay, frère de Siougeat, conduisit le reste de son équipage à la maison d^Efliat (1\

Peu de jours après, on lit sortir Siougeat de prison; ce qui le iit soupçonner dans le monde d'avoir trahi son maître. Moi, je ne l'ai pas cru, Tayant toujours trouvé fort galant homme : mais, comme c'était le favori de M. le Grand, il fut surprenant de le voir sitôt en liberté.

Cependant on conduisait M. de Thou et mon père à Tarascon. Mon père fut interrogé quatre ou cinq fois • parle cardinal Mazarin (2), mais il répondit'« que si l'on ne regardait pas à ses vieux péchés, il n'avait pas grand'chose à craindre. »

Mon frère, ayant eu avis de sa détention, s'approcha de Tarascon avec deux de mes oncles de la maison de Cauvisson, et du Hos (3), gentilhomme d'Auvergne. Il écrivit à des Barils, capitaine des (tardes du Cardinal, de lui faire savoir la manière dont il devait se conduire. L'autre lui répondit d'aller à Avignon, pendant qu'il prendrait son temps p»>ur en parlera M. le Canliiial. Mais, bien loin de lui rendre de bons ollices, il lit courir le bruit (jue mon frère venait, avec .'iOO gentilhommes des Cévennes ou d'Auvergne, pour enlever Son Eminence. (le (\u\ donna une si grande épouvante au Cardinal (]u'il faisait monter le bivouac à M. le duc d'Enghien (4), tous les soirs, pour «'«''Ire pas surpris, (^uel-

1) Arromlissemeiil tlo Hioiii ; Puy-^U•-l)(^lnt•).

(2) (liulio Mazarinl, .iiu-icn rapitainit dt; l'arniru du pupe Urhuiii Vlll, naluralist^ Fi-an«;ais m lti3U ; canliiial vl spécial conseiller de Louis Xlll depuis liiil.

(3j Gaspard du Hos du Fayel.

(4| Le duc d'Eiigliieu riait devenu lu neveu de llicli(;lieu en épousant r.laiie-Cléinence de Maillé, Ulli* du uiuréchal L'rliain

L\ FliN l»L' HKGNF: I>E LtiUlS XMI

qties jours après, des Barils rapporta que « mon frère était allé, lui cinquième, h Avignon, pour prendre mieux et de plus près ses mesures ». Le Cardinal envoya y arrêter aussitôt mon frère, nos oncles et du Bos. Ce furent tous les bons olFices q»i«; nous rendit le sieur des Barils; nous l'avons appris de M. le Prince, qui le dit, quelques années pins tard, à mon père.

Enfin M. le Grand ayant failli se sauver de la citadelle de Montpellier par le moyen du sieur de la Bonaudière, enseigne de la place, fut conduit à Lyon. On le confronta avec M. de Tliou et le duc de Bouillon, qui avoua tout. Les deux premiers furent condamnés à perdre la tôte, .qu'on leur coupa (1 sur la place des ^ Terraux 12 septembre 1642).

M. de Cin«|-Mars fit voir, par une mort pleine de résignation, que l'on |»eut espérer, moyennant la miséricorde de Dieu, une tin aussi édifiante que la vie a été

<\e MailK*, iii.irqiiis <lo Urerr. t i de Nicol»; <lu l'Ii'ssis, sœur ilu l'.ardiiial.

(1)M. do (<iiit{-Miirs arriva à Lyon, !<• i se[>lPiiibro 1642, siir les deux luMirfs a|)r«'-midi, dans un carrosse fraliir par qu.itricliovaux, flans lequel il y avait quatre (iardes du (^u'iis, ayant In mous(|ucl sur bras, et enluuri'* de cent (îardes à pied, qui étaient à M. le ('ardinal-I)ui;. Devant, ni.'ir( iiaieni iiH) ravaliers, la plupart catalans, suivis de 3U<) autres, bien uionh s. M. b- («rand éLiit v«^lu de dra() d'llollan<le couleur de niusi*. tout couvert de dentelles iPor, avec un manteau d'écarlate, à ^ros boulons d'argent, queue. Ktant sur le pont du lUiAne, avant que d*entr«*r <ians la ville, il demanda à .M. de Oeton, lieutenant des (■ardes écoss;iises. s'il lui a^'réail qu'tui ferniill le carrosse : ce qui lui fui l efusé. Il fui < omluil p.ii' le pont «b* Sainl-Jran, jiuis par la ru»- di- Flandri'. jusqu'au pied du cli.Heau de l*i»'i re-Kncise. se montrant ilans !i<s rues par l'une el l'autre portière, saluant tout le ni«>n<le ave« une Hice riante, sortant à di^mi-ccups du carrosse, i l luènu' il reconnut beaucoup de personm^s, qu'il s;ilua en les appelant par leurs noms. » Vrocrs Cimi-Miirs. Colliclion Pelifot ri Mmimmiuf.

PHEMIKRKS CAMI»Ar,NES DE CHAVAGNAC

st-andaleuse. On n'en sut pas plus tôt la nouvelle, que Siougeat, écuyer de M. le Grand, m'écrivit de lui renvoyer les chevaux de son maître, sous prétexte que la maréchale d'Effiat (1) les demandait. Je fus assez fol pour le faire, bien que mon frère en eût donné un, qui lui coûtait cent pistoles et que je les eusse nourris pendant six mois.

Quelque temps après, le Cardinal étant mort, \\ décembre 1G42:, je fus à Paris demander au Hoy la liberté de mon père et de mon frère. Il m'accorda la grâce de mon frère et m'assura que, dans peu, mon père sortirait de prison: il n'en lut pas moins transféré à Pierre-Encise, près Lyon.

Louis XIII mourut ((uatre mois après [i\ mai ir/i3), et la Reine Anne d'Autriche, sitôt qu'elle fut déclarée régente, rendit la liberté à mon père.

I) Marie «le Koincy, inarquisr d'KfIlal.

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