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CHAPITRE III

RÉGENCE d'aNNR d'aUTRICHE

duc^de Beaiifoil. — Maxariii. — Rocroy (il» mai 1643). — En l.omhanlic. — Los amours de Coligny. — Ninon de Lenclos et Murion d»* Lormc. — Conversion de deux ln'-réliques. — Nordlin^en (3 août l64.-i). — La n'iraile de M. d»* Turenne.

La Hé^^ente, embarrassée par mille intrigues qui se formaient à la Cour, fut obligée de se conlier à M. de Heaufort (1), à qui elle remit la personne du Roy et celle ile A/on.siVur (2;, et Ton refusa les portes du Louvre à M. le prince de Condé (3).

L'évèquf d»* Heauvais (4 , homme mal habile s'il en

(1) Kraneois de Vendôme, duo de Reauforl, fils de César de Vendôme, iils aduItV'rin d'lf<'nri IV et de (initriellt» d'Eslr^;cs.

(2) Philippe d»' Franc»*, dm- d'ADjon, puis duc d'OrW^ans, en 1660, à la mort desnu nnch' (iahton d'Orirans, fi rre de Louis XIII, qu'on appelait aussi Monsieur.

(3) Henri (II) de Hnurbon, prince de <>>nd^', père du vainqueur de Hocroy, du priuc»^ de Conti et de madame de Longueville.

(4) Augustin Potier, (pie le cardinal d»* Ketr appelle irrévérencieusement, dans ses fnéinoires, « la bt^le milrée. >•

34 PnEMIKRES CAMPAGNES DE CHAVACiNAC

fui jamais, eut quelque sorte de crédit sur l'esprit d'Anne d'Autriche; mais le cardinal Mazarin, dont l'adresse était beaucoup au-dessus de la sienne, le détruisit en peu de temps. 11 trouva le secret d'accommoder toute chose en faisant revenir Gaston de France, oncle du Roy, que Richelieu avait fait déclarer incapable de succéder à la couronne. Il fut fait lieut«'nantgénéral de l'État; M. le prince de Condé, chef du Conseil; le Cardinal, ministre d'État, et le dur (I Kurrhien, commandant de la grosse armée du Koy en Khindre.

L'évèque de Beauvais, jaloux du Cardinal, demanda congé à la Reine d'aller à son évéché. On le lui permit sans qu'on l'ait rappelé depuis; ce qui justifia le proverbe « qu'il suffil de quilter la pnrfio pour la perdre. »

Le cardinal Mazarin, après s'être débarrasse de tous les petits favoris et avoir gagné la confiance de la Reine, lit rappeler tous ceux qui avaient été exilés du temps du cardinal de Richelieu.

M. le duc d'Enghien marcha aux ennemis et gagna cette fameuse bataille de Rocroy ,1), où toute l'infanterie espagnole se lit tailler en pièces sans vouloir jamais demander quartier. Elle était commandée par le comte de Fontaine (2), qui se fit tuer dans sa chaise, la goutte le mettant hors d'état de se tenir debout.

Les Espagnols m'ont avoué depuis, à Madrid, qu il lour a été impossible, depuis ce temps-là, de mettre un bon corps d'infanterie en Flandre.

Nous marchâmes, après la bataille, à Thionville. dont

(1) 19 mai IGi:».

(2) Paul-Bernard Fonlaino, seigneur de KoiimM olU^s, . ..ml.' .m Saint-Empire, maivchal do ramp «««nri-al des aiiu.'rs .lu nu d'Espagne.

HÉGEiNCi:: d'anni: d\utiiiche

nous fîmes le siège (18 juin). Je servais alors dans le régiment du marquis de Gesvres, un des plus honnêtes hommes que j'aie jamais connus. L amitié qu'il avait pour mon frère et pour moi me rendra toujours sensible à la perle que nous en fîmes. '11 me fit donner une compagnie dans le régiment de cavalerie de Vatimont (l). Salbris, mon parent, eut la lieutenance de celle de M. le Grand ; il était homme d'honneur s'il en fut, mais n'aimait pas le service.

Ce furent les derniers bons offices que le pauvre marquis rendit à ses amis, car il fut tué d'une pierre en faisant jouer une de nos mines; mon frère, qui l'accompagnait, fut blessé légèrement (4 août). Les ennemis faisaient de fréquentes sorties et se défendaient à merveille. Dans l'une d'elles, où ils comblèrent notre tranchée, je me trouvai à leur portée avec dix cavaliers, et je les chargeai, suivi du sieur du FJourdet (2), cornette du Grand-mattre (3). D'émulation Tun pour l'autre, nous fûmes jusqu'à la contrescarpe, après avoir fait rentrer les ennemis dans la place. Du Hourdet ni moi ne fumes blessés, mais le reste y demeura. Ce qui doit servir d'exemple à ceux qui se laissent emporter par la chaleur, sans avoir fait auparavant toute l'attention que l'on doit à ce que l'on veut entreprendre.

Thionville se rendit, le 10 août; après quoi M. le duc s'en alla à Paris, et M. d'Angoulême vint commander à sa place. On fit un détachement de (),000 hommes pour aller joindre le maréchal de Guébriant (4^ en Allemagne.

(1) Samuel «le Boauvaii «le Valimonl avait Ifv»'* ce r(''giiiii>nt en

(2) Cugnactlu Hourdel.

(3) De rarlillerie, le maréchal duc de la Meilleraio.

(4) Jean-Ba|tlisl«' hiidi's, Cfuntede (iin'hrianl, vain<jueur Picrolomini à Wolfenbullel en lOU, de Men v à Keiiipen en 1642, Blessé devant itolhweil, il luourul le 24 novembre 1043.

PREMIÈRES CAMPAC.NKS DE CHAVAGNAC

Nous le IrouvAmes ù Saverne, où nous fûmes bien reçus. Après nous avoir bien rép^alés et fait faire la débauche, il nous distribua des quartiers d'hiver.

Ainsi finit la campagne la plus belle et la plus heureuse qu'ait jamais faite M. le Prince.

Au retour, j'eus le malheur d'être cassé (1) ; mais ce ne fut que pour y gagner, mon frère ayant eu la compagnie de Gens d'armes (2) de M. le comte d'Ilarcourt(3)» et moi, celle de cavalerie du maréchal de ChAtillon; ce qui me remit dans le régiment Colonel-Général (4).

Nous ouvrîmes la campagne du 1644 par le siège de Drino, en Italie, où marcha notre régiment. En allant l'investir, nous défîmes 2,000 hommes, qui voulaient s'y jeter. Cette place, bien qu'elle fût des plus mauvaises, se défendit trois semaines. Nous y perdîmes notre mestre de camp, M. le comte de Ghoiseul, frère de

(1) A la ttu de la canipncne, les ivnimenls d'infanterie ou de cavalerie «'•talent réduits à un petit nombre de roropapnies. qui en formaient le dépôt. Les autres rompaijnies étaient licenciées et les cadre» en étaient réformiH.

(2) Les compagnies d'ordonnance, créées par Charles VII en 14i5, étaient d<'venues 16 cotnpauuiea dv (ieus r/'(irm<?s, recrutées parmi la noblesse [lauvre et qui avaient le Hoi, les princes du sang ou des grands seigneurs pctur « apitaines. Les 4 premières, qui s'appelaient Grande Gendarmerie, avaient rliacune un capitaine-lieutenant, un .sous-lieutenant, un enseigne, un guidon, quatre maréchaux de logis, deux brigadiers, deux sous-brigadiers, un timbalier, deux trompettes et cent-soixante gendarmes. Les douze autres avaient les mêmes cadres, mais un efTectif qui dépendait de la fortune du capitaine.

(3) Henri de Lorraine, surnommé Cadct-la-Perle, fils du duc d'Elbeuf et de Marguerite du Carubout.

(4) Formé, en 1638, par Louis-Emmanuel de Valois Angoulôme, comte d'Alais, colonel général de la cavalerie légère, qui y incorpora sa compagnie de gens d'armes. On l'appelait le régiment de la cornette blanche. (Hvitoire de la cavalerie française par le général Susane. T. III, Paris, J. Hclzel.)

[1644] HKGENCE d'anne d'altriche 37

celui qui a été depuis maréchal de France (1).

Après la prise de Drino, nous demeurâmes deux mois près de Bremo, qu'on croyait attaquer. Mais, tout à coup, on fit un détachement de tous les officiers de l'armée, avec tous les trompettes et tambours, pour marcher sous les ordres du prince Th(mias (2), qui avait gagné le major d'Arona, place située sur le bord du lac Majeur. Nous y arrivâmes à minuit. On fit le signal convenu; le major y répondit, mais nous ne fûmes pas plus UM sur la muraille qu'on nous fit une décharge de mousqueterie et de canon, qui nous fit retirer bien promptement. Deux jours après, il nous fallut attaquer par tranchée (3) cette place, dont nous fûmes pourtant obligés de lever le siège.

Pendant que nous faisions tous ces beaux exploits, les ennemis nous surprirent la citadelle d'Asti (4), qu'il fallut aller reprendre. Le j)rince de Thomas fit faire une galerie sous terre, ouvrage que je n'ai jamais revu depuis. On y fut si bien reeu qu'il fallut revenir à la tranchée ordinaire, et l'on se rendit maître d'Asti laoùt 1044), où je tombai malade. Je me lis porter à Turin, d'où je m'en revins en France. Je m'arrêtai chez le père de

(1) Claude il»' Choisoul, iiian|uis de Krnncières.

(2) De Savoie-Cjirignan, onrio du dur do Savoie. 11 éluil devenu rnoirientau«''inenl ralli»'' «l»- la Kianr»», après avoir été, sous liOuis XIII, un de ses plus rudes adversiiires.

(3) Siège en règle, rninpnMianl des tranchées, des |>arallèles, des cavaliers cl des hatlcries de siè^e. Ou cheininail à la sape volante iust|u'au fosse, donl nu couronnait la contient arpc ; puis on opérait la descente avant d allaclier le mineur à l'escarpe pour y faire brèche et donner l'assaut.

(4) « Sur l'avis iju'ils eurent que toute la garnison ètiiit en »lébauche, un Jour niaicre, parce qu'on avait péché dans les fossés. Ils tirent une entre|irise sur la citadelle, qu'ils surprirent la nuit, et, en même temps, leur armée marcha pour attaquer la ville ». [Montglat.)

l'REMIKRKS CAMPAGNES DE CHAVAGNAC

Villars, à Condrieu (1) ; il avait épousé une sœur do ma mrre, qui me garda trois mois chez elle. De là, je fus chez mon père, en Auvergne, et j'y demeurai quelques jours; après quoi, je partis j)0ur Paris, où m'appelaient des affaires bien plus agréables que celles de la Province.

En y arrivant, je trouvai d'Andelot (qu'on nommait alors (^oligny) amoureux fou de mademoiselle de Boutteville, fille de celui qui avait eu la tôte coupée (2). Le maréchal et sa femme en étaient au désespoir, ne pouvant consentir au mariage, parce que mademoiselle de Boutteville n'avait pour tout bien que de la beauté ; terre qui lui a néanmoins rapporté plus de revenus et (fui lui a fait amasser plus de bien que si elle fût née avec 80,000 livres «le rentes. A peine fus-je arrivé, que le maréciml, avec qui je m'étais raccommodé (3), me pria de détourner sun Mis de la pensée qu'il avait. Mais le pauvre homme s'adressait mal, car, si Coligny avait pris mon parti contre toute sa maison, je n'étais pas moins disposé à tout risquer pour lui donner des marques de ma reconnaissance. D'abord qu'il me vit, il courut m'embrasser et me demanda une heure pour me raconter tout ce qui lui était arrivé depuis notre séparation ('§). Il commença par le changement de religion qu'il avait fait, avec mon frère, d'une manière tout à fait surprenante.

(1) Aux environs tie Lyon.

(2) I.e 21 juin 1627, pour s'(>tre batlu vn plein jour, sur la place royale, en d^pil des ^dils, avec le iiiaripiis de Heuvron. Son lils fut le man'-clial de Luxt-inhour^ ; sa \i\U\ ElisaheUi- Angt'lique, épousa (iaspard de Coligny, qui tlcvinl duc de ChAtillon (en 1646), après la inorl de son père. La du<- liesse de Ch/1lîllon épousa en secondes noces le duc Chiislian, Louis de Mecklembntirg-Scliwerin.

(3) Cliavagnac ji'a pas parN- <!«' sa ln-oiiille avec l»» nian'i-tinl de ChÂtillon.

f*^ Au siège d'Arias, 1«M).

i(;'ir>i

HKGENCE d'aNNE I» ArTlUCIIE

C«*s deux amis si tendres avaionl été, Tun et l'autre, amoureux de mademoiselle de *** (i), fille d'une beauti* si parfaite qu'elle avait éveillé jusqu'aux désirs de \2':. Ce f^rand homme, qui venait à bout des plus hautes entreprises, échoua néanmoins à celle-ci, quoique la belle ne se piquât ni d«' vertu, ni de bienséance. 11 lui lit oiïrir en vain, par ***, sa bonne amie, 50,0(X) écus, qu'elle refusa, étant alors en commerce avec un conseiller du Parlement, entre les bras de qui «'lie s'était jetée après la mort de M. le (irand. Elle se piquait de bon goût et de délicatesse et, à la réserve de fameux partisnn (3), qu'elle avait souifert pour les grands biens qu'elle en avait tirés, on pouvait dire qu'elle n'avait favorisé que les plus honnêtes gens du royaume.

Son amie (4) n'avait pas moins de mérite; elle était, de même, recherchée de tout ce qu'il y avait de plus distingué. On pouvait bien avoir autant d'es|>rit qu'elle, mais il n^était pus permis d'en avoir davantage. Fidèle au dernier point à l'amant à qui elle s'était engagée, elle en changeait assez souvent, il est vrai, mais du moins elle était de bonne foi, car, quand elle disait qu'elle aimait quelqu'un, il fallait l'en croire; elle trom-

(1) Marioii IK; l.oriiip. •< (^rratuiv l'iian^**, dont rimmimblr hfanl»'- «lura iursiiu aiitant r|ue la vie ; tontr «Ir contraslfs, rsprit viril «laiis I»» rurps !•• plus i hnriii.inl ; roiirlisaiu* sins v«tjk;u^n«' avpc «les ^oùls «*l iin'inc des sriilitiirnls d«*lirals, secoufahle à beaucoup et ruinant sans scrupule plusieurs ^én<^ralions d'une même rainille: la|dus volajje des niaitressi^s et le plus sûr de» amis. » {Duc d'Aumale. Histoire des Princes de Condé, t. V.)

(2) Hirhelieu.

(3) Michel Pnriicelli, sieur d'Esmery, surintendant des finances. « Il n'ét;iil pas lili«''r.il. et Marion de Lorme ne subsistait que de> alTaires cju'il lui faisiiit fair»-. .. {TnHemant.]

(4^ Ninon de Leiiclos.

PREMIÈRES CAMPAGNES DE CHAVA(;NAC

pait peu. Quand quelqu'un de la Cour avait un iils qui n'était pas (Jéf]Ourdij on l'envoyait à son école. Son éducation était si excellente qu'on faisait bien la diiïérence d'un jeune homme dressé de ses mains d'avec un autre; elle lui apprenait à faire l'amour, la délicatesse de l'expression, la mnnièrr jolie ; pour si peu de peine qu'elle se donnât et pourvu qu'elle trouvât un naturel docile, en peu de temps elle le rendait un honnête homme.

La Reine, instruite des soins qu'elle prenait de la jeunesse et de mille histoires qu'on lui faisait, tous les jours, sur elle, voulut lui faire une correction. Elle la reçut avec tout le respect qu'elle lui devait ; mais, quand la Reine lui dit qu'elle voulait, pour réparer sa réputation, la mettre dans un couvent, dont elle lui laissait néanmoins le choix, elle fit une profonde révérence pour la remercier.

— « Puisque Votre Majesté me permet d'entrer dans le couvent que je désirerai, lui dit-elle, je la prie très instamment de me faire conduire à celui des Grands Cordeliers.

— « Fi ! la vilaine ! répartit la Keine en riant ; qu'elle s'en aille où elle voudra ! »

Elle a suivi le conseil et s'est liée d'une si grande amitié avec Mlle de *** que, tant qu'elle a vécu, elles ont été inséparables.

C'était donc avec la dernière de ces héroïnes que les deux lidèles amis avaient projeté, pendant la campagne de 1644, de goûter, chacun à leur tour, de grands plaisirs. A leur arrivée, ils furent fort surpris de la trouver d'une sévérité à ne vouloir écouter aucune de leurs propositions. Ils eurent beau se servir de tous les expédients imaginables pour en venir à bout, cela leur fut impossible. Quand ils voulurent en savoir la

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raison, elle leur avoua «{u'ayant eu une grosse maladie, elle avait fait V(ru de ne plus retomber dans ses fautes passées, à moins que ce ne fOit pour ramener ses deux amants dans le giron de TEf^lise, et qu^ils devaient renoncer entièrement à ses faveurs s'ils ne voulaient passe convertir. Ils furent fort surpris de son discours, mais, soit qu'ils eussent di'jk des sentiments favorables, soit qu'effectivement rattachement qu'ils avaient pour cette créature les poussât à la conversion, ils acceptèrent le parti qu'elle leur avait propcjsé. Sans avoir recours à aucun docteur ni théologien de Sorbonne, elle les lit instruire par un coutelier, qui, sans jamais avoir appris à lire et à écrire, ne laissait pas, tous les dimanches à la paroisse, t\v dis|>uter de la controverse.

Il y eut un peu plus de difficulté à la confession, quoique le directeur que leur maîtresse leur avait choisi fût le plus accommodant qu'il y ait jamais eu. Ils tirèrent au sort à qui passerait le premier. Ce fut mon frère; il raconta les péchés de toute sa vie au bon Père confesseur, qui commençait à s'en effrayer, disant « qu'il n'était pas permis à un homme de faire tant de mauvaises choses, » et qui n'aurait rien diminué de son étonnement si mon frère ne l'avait assuré qu'il en entendrait bien d'autres en confessant son camarade. Celui-ci, à son tour, lui causa tant de surprise, qu'il se serait retiré sans leur donner l'absolution, s'il n'avait eu envie de les ramener au giron de l'Eglise. Ils lui fournirent largement de quoi faire des aumônes aux pauvres.

L'abjuration fut secrète; après quoi, Mlle de *** les ramena chez elle et leur tint parole avec tout l'honneur qu'on peut avoir dans un pareil traité. Ce qui, depuis, m'a fait faire réllexion que le Seigneur se sert de toute sorte de moyens pour nous ramènera Lui, réparant le mal par ce qui l'a causé, puisqu'il est r<>rlain qu'une

PHEMIKRES C\MPA(.NES DE CIIWACNAC

fille de mauvaise vie introduisit l'hérésie dans notr«' maison et qu'une autre l'en lit sortir.

Cette année Ki^iâ, je me détis de ma compagnie, et M. le Prince me lit l'honneur de me choisir pour aide de camp de sa personne. Nous partîmes pour l'Allemagne, où il livra la bataille de Nordlingen (1). Notre cavalerie française, qui faisait l'aile droite, y servit très mal ; le maréchal de (iramont (2), qui la commandait, en fut vilainement abandonné et s'y lit prendre. Mais M. de Turenne (.J), qui était à l'aile gauche, ne lit pas comme le général Gleen (4), qui o'amusaà poursuivre notre droite au lieu de donner dans le tlauc de notre corps de bataille, car, après avoir battu les ennemis (jui lui étaient opposés, il prit les autres en flanc et les mit en déroute.

Cependant (ieiso, général de troupes de Mme la Landgrave (5 , se joignit au comte de Marsin (6), qui

(\) Sur I KgiT; 2H,<)(K> Kranr.àis, Suédois rl liessois y batlir«'Ht •iO.tKMl iin|)(M'i«iux, cuinmandi'-s par le feld-niaivrlial François tt«* Mercy.

12) Antoine, chiuIi* de (ïui) Ik>, ilur <!«* liraiiiont, inan'rhal depuis iùii.

13) llruri de la Tour d'Auvn un»'. nr à Srdan en 1011, secon»! fils du duc d«- Itouillon, rinrui ^i^il)ll' (-ons|iiralcur. A trei/.*' ans. il servait en liidlandc coninie simple ni«iusi|ui*tnire ; à vingt-trois ans, il était niarérlwil de c^inip, et marérhal de France à trentetrois ans. Kn juin Kî^'i, il eoniniandail Varmt'c ir.\lli in(i(jnr,]ti\\\w à Marienihal, le. 'huai, et tenait téte à Mercy sur le Ne<-ker. quand le duc d'KnL'Iiien fut envoyé à s«»n .secours avec l'n/w/* dr Vhamjtngne. Sur l'ordre de Mazarin. le prince avait pris h- coni mandement de> d»'ux ai iné»".. i-i Turenu»' lui obéissait avec la plus patriotique aluiégalinn.

(4) (ioilefroy, comte de lileen. lieutenant-général des années de Tempereur Ferdinand III.

(5) Amélie-Elisalirlli de Manau, landgrave de ilesse-Cassel. cousine germaine de Turenne.

(6) Jean-<iaspard-Fcrdinan«l, r»»fnlp de Marsin, du pîiys tie Liège.

[l(>45] RÉGENCE h'an.ne h'autriche 43

menait riiifaiiterie française, et attaqua un village (1), où MtTcy qui commandait toute l'armée de TEmpereur, fut tué. C'était un des plus grands iiommes de son siècle ; sa perte fut suivie de celle de la bataille (4 août 1645 . Le canon fut pris, avec le général Gleen, que l'on échangea, au bout de quinze jours, avec le maréchal de Gramont.

Après quoi, on alla assiéger Dinkelsbùhl. M. de Coligny, s'y trouvant de tranchée avec moi, me dit qu'il voulait attacher le mineur (3), sans qu'il y eût encore de descente dans le fossé, ni de logement (4) pour le soutenir. Il me demanda mon avis; je lui dis que « la chose n'était pas praticable, mais que, néanmoins, s'il en avait si grande envie, j'irais, pourvu qu'il me donnât des madriers, trente hommes et un lieutenant. >>

Je fis attacher le mineur inutilement, tous mes gens moins cinq, ayant été assommés. M. le Prince fut fort content de nous, mais il défendit à Coligny d'exposer davantage ses soldats si légèrement.

La ville se rendit (24 août). Deux jours après, M. le Prince y tomba dangereusement malade. Nous le conduisîmes à Philippsbourg et il s'en fut, de là, à Paris.

(1) AlItTsheiiii, «It'fendu par rinranh'ii*' bavaroise.

(2) Le baron François de Mercy, n«'* à L(»n^>fc'y, g«''n»^ral de l'Électeur de Bavière, avait é^é fait feld-inarérhal, en 1643, par l'empereur Ferdinand III, pour avoir fragné sur Hantzau la bataille de I)ul(lin(;en. C<)nd«'> l'avait vaiiim à Fribourg, en 1644, mais il avait battu Tun iui** à Marientlial, eu 1045. L'Allemagne saluait en lui un lu'-rns. Feniinand Ml a fait inscrire sur sa tombe, à Nordlingen : Stn, viator herœm calcas.

(.1) Au eorps de place.

(4) Les loftenients <^laienl de petits nuvrapes construits avec des madriers, blindés «le terre et de fascines, que l'on construisait dans le fossé et sur la brècbe |tour abriter les tireui*s dVIite qui protégeaient les travailleurs, sapeurs ou mineurs.

PREMIKRES CAMPAGNES 1>K CHAVAGNAC

Coligny et moi retournâmes à l*armée (1) commandée par M. de Turenne, qui campait au Ijandsreck- Biswiller, poste plus assuré qu'une citadelle. Nous croyions y finir la campagne, quand le colonel Binch, pris à Nordlingen par les ennemis, des mains desquels il s'était sauvé, viut nous avertir que TArchiduc (2) marchait avec 35,000 iiommes et «ju'il serait à nous dans moins de trente heures.

Le maréchal de Gramont dit qu'il falli\it attendre ; mais M. de Turenne, qui savait que les vivres et les fourrages nous manquaient et qu'il ne pouvait être secouru par aucune armée française, lit défiler ses troupes toute la nuit.

Nous marchftmes onze jours, jusqu'à ce que nous eûmes passé le Necker à la nage, près de Rheinfeld, l'infanterie en croupe derrière la cavalerie. Nous laissâmes notre gros canon à Rheinfeld; après quoi, nous continuâmes notre chemin jusqu'à Philippsbourg. Notre armée ne fut pas plus {Ai postée que les ennemis parurent à la tét«' des bois. Après quelques légères escarmouches, nous passâmes le Rhin et vînmes camper à Landau (octobre 1045).

M. de Turenne voulut entreprendre une action belle et hardie. Sachant que l'Archiduc avait mis ses troupes dans des quartiers séparés, il voulut prendre toute la cavalerie, repasser le Rhin, traverser encore une fois le Necker à la nage, donner dans tous les quartiers de l'Archiduc, et puis faire sa retraite par Mayence, qui tenait pour nous. Le maréchal de (iramont (3) n'ayant

(1) D'AlIftMafînp.

(2) iy*o|H»I(l «J'Aiilricho, fivn- «Ir TEiiipereur Ferdinand III.

l'.i) Sur l'ordrn de Mnznrin, Oramont repassa les Vosges avec Vamtèe de Champat/ne, et Turnnne cantonna coll«' dWIlemaj^e auc environs de Phalsbonrg.

I645j RKCENCE d'ansk d'autriche 45

pas voulu y consentir, on finit la campagne, dont M. le Prince aurait en toute la gloire, si M. de Turenne, par sa retraite, ne se fût fait admirer de ses ennemis mêmes.

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