‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 15 sur 88 · LA NOUVELLE FRONDE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE FRONDE

Siègo lie linnUsiux. — IVntlu pour ju'iidu. — Traité du viromle de Sainl-tiéraiid. — Les pierreries de la princesse de Condé. — l/ola^;e de Moulins.

Mon fnTe partit sur-le-champ pour se rendre à Mon- Irond (1), où il trouva madame la princesse de Condé, qui le conjura de la conduire à Bordeaux (2) avec M. le duc d'Engliien i.'î), son lils; ce (jui ne lui donna pas une petite occupation 10 mai 1650).

Mon père la reçut et la garda, pendant quinze jours, <îhez lui avec tout le respect qu'on devait à sa naissance. Ensuite, traversant la Haute-Auvergne, ils tombèrent dans la vicomté de Turenne (.'il mai), où M. le duc de Bouillon vint la recevoir et alla à Bordeaux avec elle.

(1) Sainl-.Xinaud-Monlrond (Cher).

(2) Bordeaux sVtail révollr contre le gouverneur de Guyenne, Bernard de la Valette, due d Upernon (fn^'re aint' du duc de Caudale). Les Bordelais acclaui^renl la princesse île Condé, et se pr«'*parèrent à faire la guerre au Mazarin.

(3) Henri-Jules, lilleul de Ma/.arin; il avait huit ans.

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Pour moi, j'étais sur le point de retourner « la Cour pour y prendre du service, quand mon frère me persuada d'accepter le comman»leni»;nl du régiment de Madame la Princesse, que nous levâmes en Auvergne aussi ]iaisil)lement qui si c'eût été pour le Woy. Mon frère prit les devants, et moi je menai le régiment dans la vicomte de Turenne par ordre de M. de |{ouill<m. Il m'en vint un autre de me jeter dans liordeaux et de laisser les troupes dans la vicomté. Le Grand-Maltre (1) assiégeait la place ; je fus obligé de traverser ses quartiers pour m'y Jeter.

L'on se divertissait à merveille pendant le siège, qui dura trois mois. Le Roy n'en était qu'à G lieues, à Libourne.

Le maréchal de la Mrilleraie, pour nous presser davantage, prit le chAleau de N'ayres (2 , où nous avions un capitaine d'infanterie, nommé Hiclion, qu'il fit pendre. La nouvelle n'en fut pas plus tAt à Bordeaux, qu'on résolut de faire pendre, par représailles, le pauvre Canolles, très honnête homme, capitaine dans les troupes du Hoy, qu'on avait pris et à qui on avait donné la ville pour prison. Comme il man<^eait tous les jours avec nous, nous l'aimions très tendrement : ce qui n'*;mpècha pas, néanmoins, r|u'on allAt le cherclar chez des dames où il jouait, pour lui dire <( qu'on l'attendait sur la place pour le pendre et qu'on ne lui donnait qu'une heure pour s'y préparer. »

11 crut que c'était plaisanterie; mais le pauvre garçon en passa par là, quoiqu'il eût toutes les peines du monde à s'y résoudre. 11 fut beaucoup plaint ; mais il était de l'intérêt public (ju'il fût sacrifié pour faire cesser la pendaille.

(I) De l'ArlilNTio, le mnivelial ilf la .MeilUM-aie. (2i Cinton il»- Libourne (iJimniif).

g4 MAZARIN

lionleaux ensuite se rendit (L'i septembre), et nous acceptâmes tous l'amnistie que le Hoy nous offrit (1"^ octobre). Cela n'empêcha pas qu'on me donnât un ordre, avec une commission de commander toute la cavalerie, pour me jeter à Montrond et traverser la Bourgogne, où je joindrais, à Bellegarde, Bontteville, avec lequel j'irais trouver M. de Turenne (1), dont l'armée était à Stenav. Mais, (|uaiid je lus à l'entrée d'Allemagne, je reçus ordre de M. do Bouillon de licencier 1,800 chevaux que je comuiandais. Après avoir réformé ces troupes, je revins chez moi et, de là, à Paris, à dessein d'aller joindre M. de Turenne.

La Rivière m'y vint trouver, de la part de Madame la Princesse, la mère i,2), qui était à Angerville iV, pomme dire qu'elle avait à me parler. J'y fus et je trouvai avec elle madame de ChAtillou. Elle me dil qu'elle avait reçu un gentilhomme de la part du vicomte de Saint- Gérand /*\ gouverneur du Bourbonnais, qui offrait ses services à M. le Prince, pourvu qu'on lui donnât ses sûretés, et que, comme elle ne le connaissait pas, elle me priait d'aller faire le traité avec lui. Ce vicomte était mon ami et mon parent ; nous eûmes bientôt conclu, moyennant 100,000 écus, que nous convînmes que je lui remettrais.

J'en fus porter la nouvelle, à Chàtillon (5), à Madame

(1) Devonu fn.nM. ur sur 1rs iiislanrcs do son tvho, \v .lu. do Hoiiillon, ol SUII..UI p..ur los bonux vonx de uiadani.- do Lon-

L'upville. , , 1. Il 1

(2* Cliai lolte do MonUu.uou. y, inoro du ^rniul (.ondo; elle avail inspiré, ilans sa pioniièro jeunesse, une violente passion à

(3) Anpervillo-la-Uivièro, ai nuxlissonioul .io IMlInviors (Loiret;.

(4) Claude-Maxiniilion .Io la tUiiche, oonUo do Sainl-»;. r.m.l ol

ilo la Palio»'.

(5) (:li;\lillon-sur-l.oin{£, berceau desCbiUiilon-l.uligny. Li more

deCondé y mourut Io idôreuibre 1630.

[1650] LA NOUVELLK FRONDE 85

la Princesse ; elle me donna pour 200,000 écus de pierreries, alin de trouver de l'argent sur gage. J'allai on diligence à Paris, où je fus extrj^mement surpris, en passant sur le Pont-Neuf, de voir, par un petit trou du carrosse dans lequel je m'étais enfermé de peur d'être reconnu, Hauterive (i), capitaine des gardes de Saint- Gérand, à cheval, alors (pi'il n'y avait que trois jours que je Pavais laissé chez lui, où il ne parlait en aucune façon de venir à F*aris. Je n'en dis mot et me rendis chez Bcllot, qui me dit :

— « Préeautionnez-vous mieux «juc vous ne l'avez fait, car l'honinn" du vicomte de Saint-Gérand est allé demander pardon à Monsieur du trait»'* qu'il avait voulu faire ; il l'a prrvtîiiu que vous étiez à Paris avec les pierreries de Madame la Princesse pour chercher de l'argent pour son maître ; que celui-ci n'a pas osé venir lui-même faire ses excuses, ne sachant i)as si elles seraient bien reçues, mais il a prié très humblement Son Altesse Royale de la tirer de ce mauvais pas. Monsieur, là-dessus, a ordonné à tous les commissaires de vous chercher et de vous faire arrêter pour vous conduire ensuite à la Bastille. »

Je ne pouvais soupçonner l'avis de Hellol, mon parent et mou ami, après ce que j'avais vu; si bien que l'on peut juger de l'embarras dans lequel je me trouvais. Pour tâcher d'en sortir, je me rendis chez M. le Président Le Coigneux, à la chambre de Bachaumont, où je demeurai trois jours avec un gentilhomme nommé La Derne.

Je lui ils acheter deux bons chevaux, avec lesquels nous sortîmes à l'entrée de la nuit, du côté de \'augirard. Pour éviter Fontainebleau, je coupai le grand chemin d'Orléans ; je marchai »i travers champs, sans

(i) Jt.'.'in Vij:nipr, iiinrqtiis d'Haulerive.

MV/.AUiN

savoir où j'allais, et me trouvai, à la pointe du jour, dans une petite ville, éloignée d'Angerville de deux lieues, où je fis repailre deux heures nies chevaux. Après quoi, je continuai mon chemin, faisant marcher La Derne, qui n'était pas connu, cinq cent» pas devant moi, avec toutes les pierreries de Madam»' la Princesse, afin qu'il put so sauver si j'ét-ais arrêté.

Comme j'entrais à Angerville, où j'avais résolu de me reposer comme en un lieu de sûreté, je trouvai le carrosse de Mademoiselln sans personne dedans. Je demandai au cocher où il allait ; il ine dit : « quH allait faire manger ses chevaux, avant de reprendre sa m;»itresse au château, où le Roy dînait avec elle. »

J'eus assez de présence d'esprit pour ne pas paraître embarrassé du danger où j'étais ; je joignis La Derne, à qui je dis « de traverser sans s'amuser et que je le suivrais de près. » Je passai heureusement au travers des Gardes du Corps, des (^hevau-légers et des Gens d'armes, sans être reconnu. Après quoi, je pris le grand chemin de Lyon ; mais à peine avais-je fait une lieue, que je trouvai Hrusson, exempt des Gardes du (^orps, qui me connaissait et qui venait (hiuner orilre(|u*on m'arrètiU à Orléans ou à Gien, en cas que j'y passasse. Comme il courait la poste tout seul, je l'arrêtai et l'obligeai, malgré qu'il en eût, à retourner quatre lieues en arrière, jusqu'à ce que je fusse hors de danger.

Après quoi, je ne m'écartai plus de mon chemin et je fusa (]hâtillon au point du jour ; je rendis ses pierreries à Madame la Princesse.

J'étais fort embarrassé d avoir laissé mes bons chevaux à Moulins, croyant, sur la foi du vicomte de Saint* Gérand, que Moulins se déclarerait pour nous. Je ne voulais plus retourner chez lui après le tour qu'il m'avait fait et j'y fus cependant forcé pour avoir mes chevaux.

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J appris que Messieurs (l, de Moulins les avaieut saisis et allaient les faire vendre dans deux ou trois jours. Je fus à Saint-Gérand, où j'appris que le vicomte n'avait dans Moulins pas plus de pouvoir que moi. Il fallait avoir recours à quelque ruse. J'écrivis à mes gens que s'ils ne pouvaient pas sauver mes chevaux, ils vinssent me trouver à Saint-Gérand. J'avais encore deux chevaux à Villars, sans compter les deux (|ue j'avais amenés de Paris et qui étaient chez lui.

J 'envoyai La Derne, avec mon valet de chambre et un palefrenier, se promener autour de Moulins; ce qui me réussit, car ils rencontrèrent un conseiller de la ville qu'ils m'amenèrent. Je lui dis, sans emp(»rlement, (jue j'étais bien fAché de le mener à Montrond, jusqu'à ce <|u'il m'eût payé la valeur de mes chevaux.

La peur le prit ; il pria le vicomte de Saint-Gérand de répondre pour lui : suppliant » que je le laissasse retourner à .Moulins et qu'il me renverrait mes chevaux aussitôt. M J 'y consentis et je les eus le lendemain. J'en fus très content et retournai chez moi, en attendant de nouveaux ordres.

(1) Les échevii».

CIIAPITHE III

L«*s |tromi'ss«'s dr ('oiulr. — .M.ulaun' il»* Koumicvilli-. — • Le juge «!«• Miii -dr-HaiTt's. — I.»' roinir (rilai roiirl, — Tour <l(» France «luilui* «It» Noinours (1(W'»2). — Dubuissiui »'t son sirop tli' rcrises. — Ksrortf «lu Saint-Sacrement. — l/armée des Princes en Klandri'.

L'étr de lt)50 se passa sans bruit ; mais, l liivcr, il y en eut à Paris. On me le fit savoir ; ce qui m'obligea à y retourner. Mais, comme je fis quelque séjour en province, lorsque j'arrivai, je trouvai qu'on avait fait sortir M. le Prince 1^ de prison (13 février 1651), par

(I) Les Princes avaient été transférés au Havre, où Mazaiin, en personne, alla les délivrer.

" Il dina avec eux; leur dit qu'il venait leur ouvrir les portes «•t Irur demanda leur amitié. Ils lui promirent tout ce qu'il voulut, et. sortant avec jmix île la ril^idelle, Maz/irin leur dit qu'ils étaient libres d'aller où il leur plairait. Aussitôt, il prit le chemin de 1(1 frontière de (Miampagne pour gagner le pays île Liège, afin de se mettre à couvert, en sortant du royaume, de la vengeance de tous ses ennemis <'t de la Iiaiue de tous les peuples. Les trois

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l'entremise de M. le cardinul de Retz» qui avait obligé Monsieur à prendre le parti des Princes, à cause du inariapi" projeté entre mademoiselle de C.hevreuse (l) et M. de Conti.

Je fus très bien reçu de M. le Prince ; il donna le gouvernement de Saint-James à mou frère et me proposa de me faire servir comme maréchal de camp en Catalogne, sous le comte de Marsin. J'en eus une grande joie, Marsin étant mon ami particulier.

Peu de temps après, je fus extrêmement surpris, lorsque j'allai chez M. Le Tellier i2) lui demander mon brevet, qu'il me dit que M. le Prince avait fait mettre

prisonniei-s mont»'-i «'iit «-n rnn uss»* lunir alln- à Paris, avant qu»* t'fux qui vouaient les ilélivrer fussenl ai rivés ( 13 révrier) et arrivèrent, le 17, connue en triumplie. Depuis Punloise, on ne voyait que «les carrosses qui allaient au-<levanl d'eux, et, ù Saint-Denis, la foule fut si firamle, «pi'on ne s'y pouvait tourner. Et nit^nn- (iuitnut. qui lesavail arrêtés, y alla, «le la |t.irt Me la Heine, leur faire compliment sur leur rel»)iir. M. le tlur «i nrlt ans fut audevant d eux jus»|ue par «lelàLa ('.liap«'ll<',rl. Ir;, lyaiil fait monter «lans s«»n carross»', les mena descendre au Palais-Hoyal, où il les présenta à la Heine, «jui le» recul sur s<»n lit. Olle première visite fut froide el court*'. I.e soir. Monsieur leur donna un souper, où le du«- de Heaufort «1 jr madjuteur s»' trouvèrent. Le prince de Inondé leur Ht mille civilités, avec protestation d'amitié et d'oubli de toutes les choses passées. {Mémoires de Montglat.)

(1) Charlotli'-Marie de Lorraine, lille du duc de T.lievreuse elde .Marie de Holian, veuve en premières noces du connétable de I.uynes. Voici le portrait que Hetr. en a laissé dans ses mémoires : « Mademois«*lle de Clievreuse, qui avait plus de beauté que ■l'aiirément, était s«>lte jusi|u'au ridicule par son naturel. Lu passion lui donnait <le l'espril el même du sérieux et de l'açréable, uniquement pour celui quelle aimait; mais elle le Irailait bientôt comme ses jupes, i|u')>lle mettait dans son lit quand elles lui plaisai'>n!, et (|u'elle brûlait, par pure aversion, deux jours après.

(2; Secrétaire d'Klal à la (iuerre; père d»' Louvois.

M V/AHIN

Nort (1) à ma place iiour servir dans rarmée de Catalogne.

Je m'en retournai au désespoir contre M. le Prince et, ce même soir, je fus chez lui. Boutteville et Guitaut (2 raccompagnaient ; je lui dis que je venais prendre congé de lui ; il me demanda où j'allais.

— a Chez moi.

— «Je vois bien, me dit-il, que vous tHcs fiU'hêque j'aie fait mettre .\ort a votre place pour servir en (Catalogne avec Marsiii. Mais,, à ce que je crois, le Roy formera une armée en Flandre, queje commanderai, et ainsi je vous ai réservé pour servir avec moi. De plus, on m'a prié pour .\ort, un garçon qui n'a que ce qtie le Roy lui donne pour subsister.

— « Ce n'est pas à moi à demander à Votre Altesse les raisons qui lont fait agir, mais, me croyant inutile pour son service, je viens prendre congé. »

ile que je fis assez fièrement.

Je demeurai deux mois à Paris, sans aller, pendant ce temps-là, à l'hôtel de Condé. On vit beaucoup d'intrigues à Paris. M. le Prince fit rompre le mariage de son frère avec mademoiselle de ( Jievreuse, quoique .M. le prince de Conti ne le vouliHpas. Mais madame de Longueville et Condé lui dirent tant de choses de cette pauvre [irincesse et du cardinal de Retz (|u'il consentit à la rupture (le contrat cependant était passée ; et, de ce temps-là, M. le l*riuce s'accommoda avec la Reine i22 juillet 1651). Ce fut le premier traité qu'il fit avec Elle, où il manqua de parole à ses amis. 11 s'était engagé

(1) Le romle «1»' N'oi( lui auloiis»'', fu I(»r>2. à l<'v«*run i«'v'un*'nl de cavalerie, licenri*^ la inriin* ann»*»'.

(2) (iuiilaunie P(»ns «le Peyclipeyrou. mmie d»^ liuilaul, marquis d'Epoisses, cousin du roiule tie liuitaul-Coiuintjes, (apilaim* dcsGardesde la H«'^nilr.

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avec M. de .Xeiiiuurs^ly à lui faireavoir le gouvenieiiienl (l Auvergae; avec le président Viole 2), de le faire chancelier de la Reine, et avec plusieurs autres (jui n'eurent rien. Je m'en retournai chez moi, sans le voir que lorsque je le rencontrais par la vilh; ou au Palais- Royal; mais j V'vitais toujours de lui parler.

Madame de Longueville. qui aimait, en ce temps-là, M. de Nemours, se joignit au président V'^iole pour faire en sorte que M. h- Pi iuce fit la guerre. Conti fut de leur intelligence; ils donnèrent cent faux avisa M. le Prince, qui ne voulut pas donner dans le panneau.

Ils ne savaient plus que faire pour faire réussir leurs desseins, lorsqu'il arriva, par un accident imprévu, qu'un gentilhomme de M. le Prince, nomme Ricous (3), l^que j'avais donné à mon pauvre ami (^hiUillon et qui avait épousé une lille qui servait madame de (Miâiillon, logée proche la Charité allant voir sa femme, une heure après minuit, en passant par les Roucheries, trouva une troupe de soldats du régiment des Gardes, conduisant quelque vin, qu'ils avaient fait passer aux barrières sans rien payer. Comnui il avait ouï dire qu'on avait donné plusieurs avis à M. le Prince, il crut que c'étaientdes gens commandés pour l'arrétor, et ilcourut, à toutes jamhes, à l'IuMel de Condé. 11 le trouva prêt à se mettre* au lit et lui dit ;

— « Sauvez-vous, Monsieur, le régiment des(iardes investit votre hôtel ! »

Ce qui obligea le Prince à s'habiller pronqjtement et à monter à cheval avec Routteville et Cuitaut, pour se

(Ij Charles- A in»'dée de Savoie, duc de .Neunnirs, l»eau-rr/Me dp» durs de Mercœur et de Bnaurorl, par son inarinue avec leur stpur, Klisnl>elli <Ie Hourhon-Vendôiin'.

(2) Pierre Vi<de de (]hérnn. du l*arlenu>iil de Pans.

{'.\\ (iaspard d»> Hieous.

MXZAIIIN

sauver à Saint-Maur, où il fit convier tous ses amis à se rendre (6 juillet 16r>l).

La nouvelle de sa fuite causa une grande joie à madame de Longueville, à M. de Nemours et au président Viole. Ils furent des j)remier8 à lui conseiller la guerre et n'eurent pas grand'peine à l'y déterminer.

Cependant la (^our, surpris»' au dernier point de la retraite du Prince, lui envoya le maréchal de Gramont pour Tobliger à revenir, avec promesse de lui donner toutes les sûretés qu'il pouvait désirer. Mais le Prince ne voulut rien écouter, et partit, deux jours aprrs, pour s'en aller en (juyenne. Il lit aller madame la Princesse, par Montrond, à Bordeaux ; madame de Loiigueville, M.M. de Conti et de Nemours furent en Herrv.

Je revus, sur ces entrefaites, une lettre du Prince de Condé, qui me priait d'aller trouver le prince de (]onli, son frère, à Hnurges. J'étais fortement résolu à n'y pas aller, ayant projeté de me rendre à la Cour pour y prendnî de l'emploi, quand mon frère, qui avait toute sorte de crédit sur mon esprit, me pria de l'accompagner jusqu'à Bourges. Comme je ne m'éloignais pas beaucoup du chemin de Paris, je ne pus le lui refuser, ni me dispenser, non plus, de voir madame de Longueville, qui, après mille honnêtetés, médit que « quoiqu'elle sût que je n'avais pas lieu d'être content de monsieur son frère, elle se flattait néanmoins que je ne voudrais pas l'abandonner dans l'occasion présente. »

Je m'en défendis de mon mieux ; mais M. le Prince de Conti, M. de Nemours et mon frère, qui s'était déjà engagé au service de M. le Prince, étant survenus, me tournèrent de tant de côtés, qu'enfin je ne pus me dispenser de leur en donner ma parole et de me charger de lever le régiment de Nemours, où l'on me laissait la disposition de tous les emplois. Mon frère prit aussi de l'emploi pour lever deux autres régiments, dont l'un portait

[Kî.M LES DEUX FRONDES 93

son nom; il ilonnu Tautrc ù Châteauneur (i*. Nous les levAmes tous trois t;n Auvergne, avec autant (ie tran- (juillité que si c'eût été pour le service du Hoy.

La première j»>urnée que nous finies, Chàieauneuf, mon frère et moi, après avoir assemblé nos lrouj)es, fut dans des «piartiers à une lieue de la petite ville de Mur-des-Barres l'i , du gouvernement de Ciuyenne.

Le juge, nommé Ludignac, âgé de 70 ans, croyant rendre un grand service au Hoy, lit mettre la bourgeoisie, les paysans et les saliniers sous les armes. Il en composa deux bataillons, qui marchaient pour venir enlever nos régiments, lorsque nous en fûmes avertis chez .M. de Mézilhac, où nous étions allés dîner. Nous montâmes promptement à cheval et rencontrâmes, à un demi-quart de lieue de la ville, le major du régiment de Chavagnac, Brandon, qui avait mis nos troupes en bataille. Mon frère prit 200 chevaux pour couper cette infanterie sauvage, en courant a toutes jambes à la |>orte de la \nlle, tandis que (JuUeauneuf et moi la chargeâmes de fr<mt. Ces gens nous firent une mauvaise décharge et voulurent se retirer; mais mon frère les attendait et les lit bien bourrer. On fit .'iOO prisonniers, qui furent fouillés ; entre autres, ce Ladignac :

— « Je m'estimerais plus heureux d'avoir été tué pour le service du Roy que d'être tombé entre vos mains », nous dit-il.

— - " Vous êtes un insolent et un nuiuvais serviteur du « Roy, répondis-je, puis<|ue vous venez charger des » troupes qu'on a levées pour le service de Sa Majesté »' contre le Cardinal. »

Puis, comme il fallait faire un exemple des séditieux, j'ordonnai qu'on l'attachAt et qu'on le conduisit à M. le

(1) Charlos «Ir l AalM'spinc des ÎMV'nulx, marq«iis de C.]m\li.-aun<Mir.

(2) Airondissnnonl d'EMpnlion (Aveyron).

MAZARIN

Prince, qui le châtierait ainsi qu'il le trouverait à propos pour avoir fait soulever la première ville de son gouvernement. Mais Mezilhac et beaucoup d'autres me prièrent de faire relAclier ce bonhomme, qui avait déjà reçu un coup de sahre sur la tôte; à la fin, je le leur accordai.

Nous continuAmes notre route vers M. le Prince, qui était sur la Charente. ()uand nous ne fûmes plus qu'à trois lieues de lui, nous apprîmes (|U(; le comte d'IIareourt (Il lui avait fait passer la rivière, d'où il était venu camper à la Bergerie (2). Gomme nous lui avions donné avis de notre marche, nous en reçûmes un aide de camp pour nous presser de le joindre, nous disant que « M. le comte d'Iiarcourt avait profité des bateaux que la marée 'qui remonte dans la (Charente: lui avait ramenés. » Ce fut une grande faute de M. le Prince, qui ne l'aurait pas pard<Minée à un écolier; car, après avoir rompu son pont, au lieu de brûler ses bateaux ou de les faire passer de son cAté, il s'était contenté de les abandonner au (il de l'eau. Aussi le comte d'Iiarcourt en prolita et en fît un |)ont, dont il fit fortifier la tète par un bon retranchement décembre 1(351 .

Nous arrivâmes enfin à la Bergerie et nous trouvann-s M. le Prince à table avec Marsin '.'!), qui lui avait amené

(1) Cînl<'l-la-tVrle roiniu.-iiKlail l'arint'e royalr. r.ondi', inéronlent d'avoir \unir adv«'rsair<» c«; ^'laiid sripnour, illusln'' par s«*s vii-loiresen llalio, avait fait retlo «'pi^raiiitii)' :

<',el lioiiiini.' ;«Tos ft nmrl.

Si fainoux duns l'histuire;

O uranA roiule d liai-court,

Ton! rayonnant de gloire, Qui secniirul Qisnl et (|iii reprit Turin.

Est tnaintenont reror> «It- Jules Mazarin !

(2) Près Sainl-Hi|)puIyte-de-Kiard, au sud de Tonnay-Ctiarente.

(3) Dès qu'il out nouvelles que <^ond»'' sYdail retiré en Guyenne et ((u'il nHMiait les aruM's, Marsin, ronnnandani Tannée de Catalogne, drlKtui lia le rolonel Kallliaxar, .*^uisse, et sorlil de se» rclranclienienls, la nuit (27 septembre), avee son léginienl de

LES OEUX FRONDES

de Catalogue deux régiments de cavalerie (Montpouillan et BalMiazar) et deux régiments irinfanierie ; tous bons corps, bien composés. On peut juger si nous fûmes bien reçus du Prince! En mon parliculieril ne laissaitpas de me caresser pour me faire oublier le chagrin et les sujets (|ue j'avais de me plaindre ; mais je remarquai que c'était l adversité qui l'engageait à en user ainsi, caril était né impérieux et peu civil. 11 me demanda si mes troupes étaient belles; je lui répondis qu'il en jugerait quand il les verrait.

— « Ce sera demain, me dit-il, et les ennemis éprouveront si elles sont bonnes ; car je ne crois pas que nous passions la journée sans donner un combat, n'étant pas d'humeur à laisser le comte d llarcourt tranquille dans son retranchement de la léte du pont. »

A la pointe du jour, il tint sa parole, car il le fit attaquer par le régiment d'Enghien, soutenu de deux autres. Ce qui ne servit qu'à faire tuer du monde de part et d autre, les ennemis rafraîchissant leurs gens tant qu'ils voulaient.

A la lin, M. le Prince se résolut à melti c sr.s troupes dans de bons quartiers. Nous y fûmes en alerte pendant trois semaines, parce qu'on craignait que le comte d'Harcourt ne fît un pont au lieu nommé le (Carillon. Pendant ce temps, M. deiNemours demanda à aller commander l'armée de Flandre, que l'on foimait de ses troupes et de celles des Espagnols il). M. le Prince le

CAvalerif et relui de o* « oloin'l, sous pn*textf d'exécuter un» enlreprise. Il pass;i au IravfTs de l'armée dos Espagnols, d'inlelligence avec eux; puis, Iravorsanl Inulo la Oitalognc, il alla, par la vallée «rAndori*, rejoinilre «mi fiuyenne le prince de Condé. {Mémoirea de Montgltit).

(1 l!n trailé. roiu hi à Madrid, Ir 6 noveiiibn» 16:'»1 , acrordail à Condé, sur la frontière drs l'ays-Uas, 2,<>00 hoiuiiies de pied et 3,000 chevaux avec de l'artillerie.

MAZARIN

lui accorda. Mais comme M. de Nemours, en m engageant à prendre son régiment, m'avait donné sa pamlc que je le suivrais en cas qu'il serait détaché, je voulus être de la partie de Flandre. M. le f'rincc eut beaucoup de peine à y consentir, disant « qu'en mon absence le régiment de Nemours se séparerait; » mais, comme je m'y obstinai, force lui fut de me laisser partir (janvier 1652j.

Nous vendhnes tous nos chevaux pour nous embarquer sur un vaisseau français (|ui s'était donné à M. le Prince. Il était à Talmont avec la Hotte espagnole (1), commandée par le baron de Watteville (2).

Nous fûmes , auparavant, trois jours à Bordeaux pour faire nos provisions; de là, nous nous embanpiamesdans la galère de madame la Princesse, qui nous conduisit à notre vaisseau. Nous nous y embarquâmes avec le maréchal de Sillery (.{), qui s'en allait à son gouvernement de Bainvilliers en Flandre.

Villars, qui n'avait pas encore d'emploi, m'était venu joindre à l'armée des l^rinces.

Nous n'étions pas à dix lieues de Bordeaux que nous fûmes surpris par une tempête horj ible, (jui nous jeta (heureusement dans des roseaux au-dessus de Castillon-de-Médoc. Nous fîmes porter au château M. de Nemours, qui, après être revenu d'un évanouissement où nous le crûmes mort, protesta que, quand il s'agirait de mille royaumes, il ne se remettrait jamais sur la mer; ce qui nous jeta dans un autre embarras puisque nous avions vendu tous nos équipages.

^1) S.i Maji'sti- r.iiliolifjuc .sViail i'iit;aj,'ri' a rnhrli iiir «laiis la rivière de Hord<>aux \mr ariii»'»* iiavah' df Ironie vaisseaux d<' ffiierre, portant i.OOO .s(>ldals.

(2) l)aron frane-ronitois Charles de Watteville, aiiiUussadeur •rKspatriie à Paris en 16.11. avait été le négociateur du traité d'alliance de Condé nvec Philippe IX.

(3) l.ouis-Hoger Brûlai t, marquis de Sillery.

Je fus proposé pour retourner à Bordeaux chercher des chevaux et de l'argent, car nous avions perdu sur mer tout ce qui nous eu restait. Le président Viole me donna mille pistoles, dont j'achetai cinq bons chevaux pour MM. de Nemours, de Sillery, de Villarset pour moi, avec un autre pour le valet de chambre de M. de Nemours. Comme aucun de ces messieurs ne savait les chemins et qu'il fallait traverser toute la France, où nous pouvions être arrêtés, Villars dit « qu'il fallait que ce fût moi qui les conduisis.

— « Je n'en veux rien faire, répondis-je, attendu que si M. de Nemours est pris et s'il lui arrive du mal, on ne manquera pas de dire que c'est moi qui lui aurai fait porter la tète sur un échafaud. »

Cependant, comme je connaissais le pays mieux que les autres, je me char<^cai de les conduire jusque dans le Forez, où nous pourrions nous embarquer sur la Loire.

Après avoir changé de nom (M. de Nemours ayant pris celui de Dubuisson; Sillery, celui de La Cloche; Villars celui de Jasmin, et moi relui de La Tréchaire), nous traversâmes tout le Quercy à petites journées; M. de Nemours, très délicat, ne pouvait résister à la fatigue.

Nous passâmes par l'Auvergne, chez M. de Saint- Auban, mon oncle, et nous tombâmes dans la plaine par les montagnes du Forez.

Chemin faisant, dans le village de Saint-Babel, où nous couchâmes, un gentilhomme de la maison de La Rochefoucauld, qui me connaissait, me dit que « puisque j'avais change de nom ainsi que les messieurs qui m'accompagnaient, c'était apparemment pour me battre, mais qu'il ne me quitterait en aucune façon jusqu'à ce que je me fusse servi de lui. »

J'eus beau protester qu'il n'en était rien ; il me jura

que « si je ue le voulais pas, il allait écrire à tous les gcntilsborames de son voisiuage pour nous faire arrêter. »

J'eus toutes les peines du monde à me défaire de cet importun ; il fallut lui donner ma parole pour m'en délivrer et, le lendemain, nous partîmes avant le jour.

Villars meua M. de Nemours chez le comte de La Forest-des-Halles, son beau-frère, tandis que Sillery et moi allions retenir un bateau-cabane, où nous embarquâmes jusqu'à la poste de Briare. Nous allAmes à la osle, dont la maîtresse ne m'eut pas plus tùt reconnu qu'elle me dit :

— M Sauvez-vous incessamment ; l'armée du Cardinal est en <|uarliers aux environs î »

J'en avertis ces messieurs, qui trouvèrent à propos de partir à l'instant en poste à cinq chevaux. Nous arrivâmes à une ville qu'on appelle Bclair (1) ; devant la poste nous trouvâmes sept ou huit officiers de cavalerie qui nous demandèrenjt où nous allions.

— « Nous venons de Lyon, leur dis-je, et nous allons à Paris, qui s'est déclaré pour nous sans que nous en sachions rien. »

Ils nous dirent « qu'ils étaient fâchés d'avoir ordre d'arrêter tous les courriers, mais qu'il fallait aller parler à M. de Bourlémont (2), à la Bussière (3). »

Je répondis que nous y consentions; mais, en môme temps, nous tournâmes bride, leur laissant notre postillon et DOS hardes.

Quand nous fûmes dans la plaine, nous résolûmes de nous séparer ; Villars et Sillery prirent la route

{\) Ce n'est plus (ju'un hameau, aux environs de la Bussière.

(2) Nicolas d'Angture, comle de Bourlémonl ; son régiment de cavalerie, levé en 1646, fut licencit'; en 1661.

(3) Village du canton de Briare, sur la grand'route de Paris à Lyon.

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LBS liKUX FHONDKS

d'Orléans par eau; M. de Nemours et moi longeâmes la rive droiti! du canal (1). Pendant ce temps-là, la nuit nous surprit et nous entendîmes la patrouille de cavalerie qui nous cherchait. Heureusement, nous abordâmes une écluse, où il y avait un moulin de l'autre côté. L'écluse était garnie de grandes pointes de fer pour empêcher qu'on y passât. Cependant, comme nous ne pouvions passer le canal et qu'il fallait se résoudre à être pris, nous primes le parti de détacher nos chevaux et de nous mettre à califourchon sur l'écluse, jambe de çà, jambe de là. Quand il fallait sauter pardessus les pointes de fer, nous nous soutenions sur les mains comme à la voltige de peur de nous empaler. Enfin, avec bien de la peine, nous passâmes de l'autre côté, où le meunier, à qui je donnai deuxpistoles, trouva le moyen d'aller chercher nos chevaux et de les faire passer; puis il nous servit de guide.

Ma peur n'avait pas cessé, parce qu'il y avait des troupes de tous côtés; mais, pour comble d'infortune, M. de Nemours était si fatigué qu'au risque d'être pris, il fallait ([u'il dormît deux heures. Il fallut bien m'y résoudre; mais, au bout de quelques moments, je le réveillai pour le faire monter à cheval, .l'avais beau lui tirer le bras, la tète, la jambe, il n'en voulait rien faire. Enfin, je le tracassai tant que je le menai à Châtillon, où il se mit au lit. Il y demeura deux heures, pondant que j'achetai deux bons chevaux, qui nous menèrent à Nemours.

Je marchais toujours le premier quand nous ne parlions pas, et, à chaf|ue maison de paysan qu'il trouvait, le duc s'arrêtait pour demander du sirop de cerises ; ce qui me fatiguait et nous faisait perdre du temps inutilement. Dès que nous fûmes à la porte de Nemours, où

(1) De Briare.

MAZARIN

Ton faisait garde, on nous mena au lieutenant-général, qui me dit « qu'il était fâché d'arrêter les cavaliers, mais qu'il ne pouvait se dispenser de suivre les ordres. Il me demanda d'où je venais.

— « D'Auvergne, » lui dis-je.

Il s'informa si je connaissais le comte de Chavagnac, raestre de camp du régiment de Nemours; je l'assurai qu'il était mon parent. Sur quoi, il me tira à part à une fenêtre, pour me dire que, «quoi qu'il eût ordre d'arrêter ceux qui n'avaient pas de passeport, il me laisserait passer; néanmoins il me priait de lui apprendre ce qu'était devenue l'armée de M. le Prince, qu'on disait avoir été battue par M. le comte d'Harcourt, mais surtout qu'il était très en peine de M. de Nemours, son bon maître.

— « Vous êtes trop honnête homme, lui répondis-je, pour (jue je vous cache que je suis ce même Chavagnac dont vous vous informez, et (|ue j'ai, en bas, un hommt^ que vous ne serez pas fâché de voir. »

Il me conjura de lui dire si ce n'était pas M. de Nemours. Je lui avouai que c'était lui-même, qu'il me servait de valet et tenait la bride de mon cheval. »

Je pris congé en public de lui; il me conduisit dans la cour, où je criai à M. de Nemours :

— « Hé! Dubuisson, amène mon cheval. »

Mais Dubuisson, sans réfléchir aux mille gens qui nous regardaient, dit au lieutenant-général, d'un ton de prince :

— <{ Qu'on m'apporte du sirop de cerises! »

Je ne pus m'empêcher de rire, ainsi que tous ceux qui étaient là. Je voulus raccommoder la chose en demandant pardon à M. le lieutenant-générid de la liberté d'un valet qui ne savait pas vivre, mais il en demanda tant de fois qu'on lui en apporta. Après quoi, ayant remercié en particulier le lieutenant-général, nous continuâmes

.notre route droit à Paris, où nous arrivânicà'îl'ôniïb' heures du soir chez M. de la Noue (1). :' ' /- l '1'.':' J'y htissai le Duc pour aller chez Hacliâumônf,* quî* m'apprit que Monsieur (2) et Paris s'étaient déclan'îs pour nous. Nous fûmes au Luxembourg, pour voir Monsieur , qui nous fit bien des honnêtetés. J'y trouvai Ribiers, qui m'apprit la mort de mon père, ce qui m'aftligea infiniment. J'en avais toutes les raisons du monde, car je perdais un homme d'une haute estime et d'une considération très grande, que les Huguenots regardaient comme leur bras droit et ii (|ui ils payèrent, jusqu'à sa mort, une pension de 8,000 livres.

Sillery et Villars nous ayant rejoints, nous partîmes de Paris avec le lieutenant des gardes de M. de Beaufort, qui se chargeait de nous faire passer la Somme. Mais quand nous fûmes à Vignacourt (3) (où M. de Nemours se trouva mal), nous ne sûmes où passer, notre guide ayant perdu le chemin. Il nous mena chez un de ses parents, nommé La Cavoy, qui était ivre et nous donna un très mauvais souper. Pour régal, il fallut souffrir une mascarade de tous les enfants, qu'il avait fait déguiser pour nous divertir. Le traître voulut nous faire danser, (|uoique nous tombions de lassitude et que nous mourions d'envie de dormir. Enlin cette nuit passa etf le lendemain, il nous donna im valet pour nous montrer un gué sur la Somme, qui n'était qu'à une lieue de Péronne, où la maréchale d'Hocquincourt (4),

(Ij Charles-.Vrmand de la Nou»; do Vair.

(2) Gaston d'Orkans avait sign»*, lo 2'» Janvier 1052, un traité d'aUianrp avec Cond»'*.

(3) Arrondissement d'Amiens (Somme\

(4) Le maréchal Charles de Moiichy, marquis d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier, alors tout dévoué à Mazarin, était allé, avec une grosse escorte, « hercher le (Cardinal à Bouillon, où il s'était volontairement exilé, et l'avait conduit à Poitiers (29 Janvier 1652).

102 MAZARIN

qui' y ëtâîl, faisait Ijattre la campagne par sa garnison.

Quand ijtous fûmes à Tendroit où Ton passait, près d'un mauvais cabaret, nous trouvâmes le Saint-Sacrement, escorté de vingt fusiliers (1). Celte compagnie nous déplut, d^autant que les fusiliers nous dirent qu'il fallait aller parler à la Maréchale. Nous feignîmes d'y consentir et d'avoir besoin de boire un coup; mais, tandis que je les priais d'entrer dans le cabaret pour faire apporter du vin, je lis signe à M. de Nemours de donner des deux. Dieu sait si nous piquûmes ! Villars, qui demeura derrière parce qu'il était le plus mal monté, reçut une balle dans son chapeau, de la décharge que ces coquins firent sur nous.

Nousjpassûmes la nuit dans la campagne ; à la pointe du jour, un meunier nous donna une grande joie en nous faisant passer la Somme.

Quatre heures après, nous arrivâmes au Catelet, où nous eûmes bien de la peine à nous faire ouvrir les portes. Le gouverneur était un vieil Espagnol, qui n'avait jamais entendu parler de M. de Nemours; son accueil et sa bonne chère furent des plus médiocres. Le lendemain, nous fûmes escortés par une compagnie de cavalerie franche jusqu'à Bouchaiii, où nous fûmes reçus à merveille par Drouhot, qui en était gouverneur.

Le lendemain, nous allâmes à Mons, où nous fûmes traités aux dépens du roi d'Espagne et, le jour d'après, nous arrivâmes à Bruxelles, où le comte de Fuensaldagna (2) vint au-devant de M. de Nemours avec plus de deux cents carrosses. Nous logeâmes, l'un et l'autre, chez lui, où nous fùm(>s fort régalés par l'archiduc

(1) Le fusil, c'esl-à-dire un mousquet, dont In platine «'tnil à silex (à fusil), fut adopl»'* par les Espagnols dès 1630; c'iHail l'oi'me des soldais d'élite, aivaliers ou fantassins, ({u'on appelait fusiliers à cause de leur arniement spécial.

(2) Luis Perex de Vivoro, capitaine général espagnol.

[1652] LES DEUX FRONDES lO.'i

Léopold, frère de TEmpereur et ««;ouverneur des Pays- Bas. Le baron de Clinchamp (1), qui avait été désigné pour commander les troupes d'Espagno, se pn'parait à y joindre 8,000 hommes de celles de M. le Prince, commandées par Tavannes. Elles devaient être augmentées de 9,000 hommes, que M. de Beaufort amenait à M. de Nemours, qui devait commander le tout.

En attendant le départ, Tavannes se battit contre le comte de Quintin (2), qu'il tua, et Ton lit avec le duc de Lorraine un traité, qu'on nrobligea de porter à M. le Prince pour le lui faire ratifier.

(1) Charles de Mailly.

(2) Daniel d'Aurnahr. corul»' «U^ Quinlin-Hauconii.

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