‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 16 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LAHMKE DES PRINCES

Chayagnnr en missiun (mars 1G52). — Échocs de Cond»^ «-n Guyenne. — D'A^on à (Ihulillon-siir-LoinR. — M. de Hassignac. — Trois courriers du Cardinal. — Le cabaret de I.orris. Prise de Monlargis. — AlUujue de nuit; combat de Bretcau. — Bataille d«« llléneau (7 avril 1652).

Je suivis l'armée jusqu'à Soissons en Picardie. De là, je me rendis, en un jour, à Paris; où je trouvai Monsieur dans de grandes inquiétudes de ne savoir aucune nouvelle de l'armée. Deux jours après, j'en partis avec un seul valet de chambre ; je traversai tout le Berry. Chemin faisant, je pris, cIkîz le vicomte de Gamachesd) et l'abbé Bayard (2), des chevaux qui me conduisirent chez moi.

(1) Nicolas-Joacitiiii KiMiaiill ; il a roniniandt''. de 16^5 à Irt.iO, un r<^gimenl de cavalerie alb'niande, cjui s'est distini.Mi<'' h Nonllingen et à Lens.

(2) .\u cliAteau de l.anu'Iars, pr«'*s Vieby, où .Mme de Sévign»'*, son amie, relatera sji mort, dans un»' lettre du i oriobre iftll.

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Je passai par l'Agciiais et j'arrivai justement à Agen le jour où le comte d'IIarcourt tomba dans les quartiers de M. le Prince à Miradoux (1), et lui prit sa compagnie des Ciardes. Le Prince se relira avec le plus de troupes qu'il en put ramasser 12 mars 1(152).

On peut juger si je fus bien reçu et si M. le Prince fut content du traité du duc de Lorraine. Le lendemain il voulut visiter les écuries de M. d'Epernon ; mais à peine fut-il entré dans Agen, que la bourgeoisie se mit sous les armes et leva des barricades. Comme M. le Prince n'avait que H cavaliers avec lui, je montai en croupe derrière le chevalier de Roquelaure (2) pour l'aller joindre ; mais il n'y eut pas moyen. Si bien que j'allai chercher Chamilly (.'!), qui commandait sa compa-

(!) Ari'undisseiiienl de Letlouiv ((ieis). «> Sur la nunvolln que Kranrois »l'Kspinuy, marqiiis de Saint-Lu<', lioulenaiil du Uoy rn (iuyonnr, luarcliait, aver un pelil corps, pour l«» s»*rvice du lloy, Coudé alla droil à lui et l'alUiqua si vertciiicnl qu'il tailla en pièces toutes ses troupes, à la réserve des régiinenls dr Cluunpagiie et de Lorraine. Ce fui en l ello occasion que l.a Molhe- Vedel, lieutenanl-coliniel de Champaijne, lit une si belle retraite : cor, voyant tout désespéré, il gagna îles haies avec ses deux bataillons marchant par «les li<.'ux serrés, faisant gr.iud feu el t«Mianl les piiiues basses pour arrêter sur le « ul la cavalerie qui le poussait, il se relira à Miradoux sans perdre un homme. Aussitôt b* l'rince mil le sîégi» devant rrtte petite rille, que Marins défendit, he ctinite <l'Harcourt, apprenant cette nouvelle, marcha pour le secourir, forea un des i|uartiers, lit lever le siège et contraignit r.ondé à se retirer en grand dé- •sordre. »> (Mémoires de Monttjlat.)

(2j liaston-Jean-Baptiste ; il leva en 1638, un régiment do cavalerie, qui se distingua eu Roussillon, en llalie. en Flandre, en 4iuyenne et en Catalogne, où il fut licencié en lOOi. Hoquelaun* devint duc, maréchal de France et gran«l-ma!tre de la liarde-robe du Hoy.

(3) Hérard Bouton, comte de Chamilly, lèvera, en 1034, pour le prince de Condé, un régiment de cavalerie, qui sera licencié «n 1661.

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gnie du chevau-légers, et le lis entrer daus lu ville avec le régiment de Gonti-infanlerie. Gela fit réfléchir les bourgeois, qui prièrent M. le Prince d'entrer dans la Maison de Ville, où on le retint comme prisonnier, en lui disant mille insolences, jusqu'à ce que ses troupes fussent sorties d'Agen. Il ne fut pas plutôt libre qu'il m'ordonna de lui faire appnHer à souper chez moi. A la lin du repas, il me demanda si je ne pourrais pas le faire passer jusqu'à l'armée de M. de Nemours.

— « Je connais les chemins par le8(|uels il faudrait vous conduire, lui dis je, mais ce serait un peu trop exposer la personne de Votre Altesse, qui est connue de tout le royaume.

— « Bien que nous soyons en Gascogne, me répondit-il, je ne veux pas néanmoins faire le gascon; mais vous m'avez vu dans des occasions où je n'ai pas craint d^ôtre tué, et tué ou pendu c'est pour moi la même chose. 11 n'y a donc que les expédients à chercher, car je suis absolument déterminé à partir (1) et, comme vous avez déjà fait le trajet avec M. de Nemours, je vous conjure par toute l'amitié que vous avez pour moi, de m'en donner tous les soins. »

Je n'y perdis pas une heure ('i'i mars). Notre troupe fut assez considérable, car il y avait MM. la Rochefoucauld (2), Lévis (3), Guitaut,son capitaiiie des gardes (4) Saint-Hippolyte, Rochefort (5) son valet de chambre, et

(1) « Il laissa le romie de Marsin au|)r»?s du priiire de Coiili, reposant entièrement sur lui du soin de inaintonir son parti en Guyenne et de conserver Bordeaux. {Mémoires de la Rochefoucauld.)

(2) François VI, duc de l.i Roc hefoucauld, l'auteur des l/tu:ime.< et Tami de Mme de Longueville, a 39 ans en 1652; son llls, le prince de Marcillac (François VII), a 15.

(3) Charles-Hoper, marquis de Lévis-Chalus.

(4) M. do Bercenay.

(5) Philippp Menpsson, sipur de Hocheforl.

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moi ; j'oublie Gourville (1) et mon valet. Chacun de nous avait un métier ; le mien était celui de maréchal, et je fus si habile que durant la route je n'enclouai pas un cheval. Je ne voulus pas prendre de guide parce qxw, comme il en faut changer souvent, ils se disent des nouvelles de ceux qu'ils ont conduits.

Le lendemain, je l'allai attendre à Languais (2) lieu appartenant à M. de Bouillon. M. le Prince m'y vint joindre peu de temps après.

Nous fîmes, la première journée, quatorze lieues sans nous arrêter; ce dont le cheval de M. le Prince commençait à se beaucoup lasser, aussi bien (fue celui de M. de la Rochefoucauld. Ce qui m'obligea d'aller chez un gentilhomme de ma connaissance nommé Oivaniac, qui me vendit une jument quatre-vingts louis d'or ; mais, ayant appris que c'était pour M. le Prince, il n'en voulut pas toucher l'argent

De là, je les menai chez un nommé Bassignac, qui nous reçut assez bien ; mais, s'étant échauffé au souper, il se mit à tenir des propos de M. le Prince et d'autres personnes qui lui appartenaient, très offensants. Je vis l'heure que M. le Prince lui allait décharger un soufflet sur la joue ; il rougissait, pâlissait et était dans des mouvements d'autant plus violents qu'il n'osait faire connaître qu'il s'intéressait au discours que son hAte lui tenait. J'avais beau rompre les chiens, mon franc campagnard revenait toujours là-dessus. Enfin, il cessa dans le temps que la patience du Prince était sur le point de s'échapper.

De là, nous allâmes coucher chez le maniuis de Touy. Le lendemain, nous faillîmes périr au liec-d' Allier en traversant la Loire. Le cheval de Lévis, qu'on avait at-

(1) Jean Hrrauid, inleodant de Condé.

(2) Canton de I^tude, arrondissement de Bergerac (Dordogn»-).

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taché au bateau, ayant eu peur, le lit presque renverser; mais Saint-llippolyte s'avisa, bien à propos, de couper la corde d'un coup de sabre ; le cheval tomba dans la rivière et s'y noya.

Lévis, Saint- Hippolyte et Gourville nous <|uittêrent en cet endroit (1^. .Nous continuAmes notre chemin dans celui de Paris à Lyon tant que la nuit dura ; au point du joui-, nous nous trouvâmes près de (]osne. Je voulus faire éviter la ville à M. le Princiî, mais il n'en voulut rien faire, disant « qu'il serait assez agréable de raconter, un jour, <|ue, dans le temps où tout était sous les armes contre lui, il était venu par le p^rand chemin de Paris, comme le messager (2\ »

Il s'en repentit bientcNt après ; car, quand nous fûmes sur une hauteur au-delà de Cosne, nous vîmes trois courriers qui venaient droit à nous. M. le Prince, pour n'être pas connu, mit pied à terre, feignant d'avoir quelque nécessité, et les autres s'écartèrent. Mais Guitaut et moi, ([ui restions derrière, fûmes reconnus ; ce qui m'obligea de «lire à Guitaut :

(I) " M. le Prince m'ayanl dil, avant passer la Loire, qu'il fallait qu(\ii' brûlasse la poste pour aller à Paris, dire ù M. «le Chavipny qu'il espt^ra il joindre iucessainnient l'anui-e, je le laissai prendre sur la droite, pour aller passer la Loin- à CJiAtillon avec ces messieurs. Je tis tiuit «Ir diligence, nonrdtslanl nia lassitude, (jue J'arrivai à l'InMelde C.havitrny à cinc] heures du matin. En ayant été averti, il vintdans S(»n cabinet, en robe de chambre, me lit appeler et me témoigna um» grande Joie d'apprendre ce qn<' Je lui disais, n'ayant eu aucune nouvelle du départ de M. le Prince...» Après dîner, j'allai au Luxembourg, où je fus fort bien reçu de Motisieur. (Mémoires (le llourritle.)

(2< Le service des Mcssa/jenes était concédé, par fn*ivilège du Hoy, à des particuliers, qui transportaient les voya^'eurs d'une ville U une autre dans des coches, de terre ou «i'cau, suivant qu'ils suivaient les routes ou les rivières et canaux ; les marchandises voyageaient sui- des chariots, qui constituaient l»> roulage.

— « II faut tuer ces gens-là ! »

II n'y voulut pas consentir, disant « qu'ils ne l'avaient pas connu assurément. »

Ces courriers, à cinq cents pas de là, trouvèrent, dans un polit four, Hochefort (1), le valet de chambre de M. le Princf, qui, s'était endormi et qui venait derrière les autres. Us lui appuyèrent le pist«ilet à l'oreille, lui disant « qu'ils le tueraient s'il ne leur «lisait pas qui était avec M. de Guilaut. >* Uochefort, qui ne se piquait pas autrement «le bravoure, leur nomma son maître et tous ceux qui l'accompagnaient ; ce dont les trois courriers furent très satisfaits, étant envoyés de la part du dxrdinal, de tous c<^tés, pour porter des ordres alin qu'on arrêtât M. le Prince, que lu (^our soupçonnait de vouloir quitter la Guyenne, où ses affaires étaient en pitoyable état. Comme ils eurent relâche Hochefort, il nous vint donner avis de tout ce qui s'était passé. M. le Prince était si fâché de ce que Guitaut n'avait pas voulu qu'on tuât ces gens-là que, comme celui-ci lui tenait l'étrier pour remonter à cheval, il lui donna un coup de pied dans le ventre, lui disant « qu'il aurait une grande joie de lui voir la téte sur un échafaud. »

(i) • Lri ^t;nlilli<)iiitih> noniiiif La Ita* Ih^lcni-, qui portait un paquet (le la Cour au sieur de Uussy à la Charitt', passant vuin: (ii*sne et lioiiiiy, son val«M, <|ui marchait cent pas après lui dans le grand chemin, reconniit Mo( hefort. valet de chambre de M. le Prince, (|ui |»ussait. fl lui demanda d'où il venait. Kochefort, surpris, lui dit «qu'il t'tailavec le patron, »• parlant do Son Altesse. Ci' valel lui demanda encore où il était (le pationi, et Uochefort répondit ■« qu'il s'élail écarlé du irrand chemin avec i» hommes et «|ii il allait joindre l'armée ù Montarfiis. -> Ce valel en avertit atis- Mlôt son luaitr*'. qui le chariî« a sur-le-champ de la lettre du ('«irdinal à Bussy et s'en retourna à la Cour porter la nouvelle du passage du Prince. Et ce fut sur cet avis qu'on détacha Sainte- Maure avec viugt maîtres, qui ne manquèrent le Prince que d'un moment. » {Mcinoireu tic Jacques de SanU', comte de Tav.annes.)

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Il fut résolu, dans cette extréniiié, de luisser sur le grand chemin Berceuay, homme fort résolu, qui, de son mousqueton, tuerait un de ces courrier» s'ils retournaient en arrière, et combattrait de son mieux pour arrêter les deux autres et les erapùcher d'aller porter des nouvelles, taitdis que nous prendrions le chemin de Châtillon. A quatre lieues de là, mon cheval se rendit ; ce qui inquiéta fort la troupe, car il n'y avait que moi qui connût ces chemins. M. de la Rochefoucauld me dit de prendre son cheval et qu'il fallait sauver M. le Prince.

Je m'avisai d'un gentilhomme, nommé La Brûlerie (1), que je connaissais et qui demeurait à un quart de lieue de là. Je dis à M. le Prince « qu'assurément il me donnerait des chevaux et qu'on m'attendît un moment. » Je diligentai de mon mieux ; mais, au tournant d'un petit bois près de la maison, je me trouvai à portée de pistolet d'un escadron ; ce qui m'embarrassa, car, si je fuyais, j'appréhendais de faire prendre M. le Prince par des cavaliers (jui n'auraient pas manqué de me suivre. Je pris le parti de me faire faire prisonnier plutôt que de l'exposer. J'allai droit à l'esradron pour demander :

— « Quel régiment? »

On me répondit :

— « Graudpré I (2) »

Ce qui redoubla mon inquiétude, car je connaissais Grandpré comme mon frère. Heureusement c'était M. de Montmorency (3) qui commandait le régiment, le colonel n'y étant pas. J'entrai chez la Brûlerie, qui don-

(1) Le cliùteaude la Brûlerie est situé aux environs deDouchy. ilans le canton de Château-Henard (Loiret).

(2) Jean-Armand de Joyeuse, chevalier de Grandpré.

(3) François de Montmorency, marquis de Thury, baron d»- Fosseux et de Courlalin.

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nail à dîner aux olliciers. Il fut fort surpris de me voir, sachant que je servais M. le Prince; mais il ne me nomma pas. Comme je lui demandais tout bas un cheval, M. de Montmorency crut <{ue je venais lui faire un appel et me dit <ju'il voulait être son second. Pour me délivrer des questions qui m'auraient embarrassé, je le lui avouai en lui donnant rendez-vous pour le lendemain à sept heures. En attendant, je m'échappai avec un cheval frais, M. do Montmorency étant venu défendre à son escadron qu'on me suivît dans ma retraite. Je ne fus pas plul(M libr»; t\u(; j'allai chercher mes gens à toutes jambes ; je ne trouvai personne. Je courus droit à Châtillon avril), dont les portes étaient fermées à cause du voisinage des deux armées (1). On m'ouvrit et j'envoyai une sentinelle sur une tour pour regarder si elle ne voyait rien ; elle m'avertit qu'il y avait un cavalier dans la plaine. Je sortis à sa rencontre et trouvai Guitaut. Un petit moment après, arriva Rochefort le valet de chambre, qui me dit que M. le Prince avait été pris et qu'il avait ouï tirer trois coups. Je voulais le tuer pour avoir quitté son maître. Guitaut, qui était resté pour me conduire à Son Altesse et ne m'avait pas rencontré, me proposa d'aller la dégager ou de nous fiiire tuer. M. de la Rochefoucauld et son fds, qui arrivèrent d'un autre côté, me disaient la même chose quand la sentinelle cria qu'il y avait dans les vignes un cavalier, monté sur un cheval blanc, qui s'y était embarrassé. Je jugeai (|ue c'était M. le Prince. Du plus loin qu'il me vit, il banda (2) son mousqueton (car nous en avions tous) et me cria qu'il me tuerait si j'avançais. J'avais beau lui crier que c'était moi, il ne pouvait me reconnaître ; enfin, je m'avançai si près qu'il m'enten-

(1) L'armée royale éUiit h Gien ; celle des princes à Lorris.

(2) Le re.s8ort de la platine h rouet du mousqueton.

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dit. En m'abordant, il me dit s*être sauvé par h; plus grand bonlicur du monde ; cjue tous les autres avaient été pris, et qu'il regrettait fort M. de la Hocliefoucauld. Je me mis à rire et lui nppris que tous étaient arrivés à Châtillon. (]e qui leur avait donné l'alarme était quelques eoups de fusil que des maraudeurs de nos armées avaient tirés sur des poules.

Nous n'étions pas depuis deux heures à Châtillon ï|u'il y arriva une troupe de cavalerie, qui demanda à entrer delà part du Roy. C'était Sainte-Maure (1), que le (Cardinal, averti par les trois courriers de l'arrivée de M. le Prince, avait détaché pour le prendre. Comme il n'avait que 30 maîtres (2) et qu'on ne voulut pas lui ouvrir, Sainte-Maure trouva à propos de se retirer et d'aller s'embusquer sur le chemin de notre armée, qui n'était qu'à cinq lieues de Châtillon. Son dessein était bien imaginé; mais, heureusement, nos guides nous perdirent; si bien que nous fûmes, toute la nuit, à travers champs. A la pointe du jour, M. le l'rin(;e, fatigué, voulut se reposer dans un petit cabaret, éloigné de deux portées de mousquet (3) d'une petite ville nommée Lor-

(1) r.liarlos-i.ouiK de Sainit'-M.iure, innr(|uis lii» Moulausier. avait lovf. i-ii H'».*»!, un rruimi'nl di- r,iv;il»»rio, qui fut licenci»en août H»r>'2. Il avait ••(mnst'', ru ii'y't't, Jiili»* <rAiii:i'iin»'s, la quatrième (illc (le la marquise (le Hanibouiliel, qui aidait sa mère a faire les honneurs du « élèbre liùlel iies Ptrcieuses.

(2) <i En souvenir di-s ronipa^fiiies (rordunnanee, où l'homm*d'armes était le maître de la lance ^arnie, on u|ipela mailre, par habitude autant que |mr courtoisie, le gendarme ou le chevaul<'îger, bien qu'il n'eût plus de serviteur armé, écuyer, page ou varlel. Désormais et jus<iu'à la Uévolution, tout eavalifr est un maitre, par «jpposition avei' l'homme dr pied, le soldat, 4|u'on »|ualifie d'anspessade, ou de cndt t (|uand il »'sl gentilhorame. » (Général Hardy de Périni. Batailles franrnises, l. III. K. Flammarion, Paris.)

(3) La portée du mousquet, en 1(}.')2, est de 125 toises ; le cabaret est donc ù 2!iO toises (r>00 mètres) de Lorris.

l'ahmée des princes

ris (l) Chacun s'y endormit après avoir mangé un morceau; pour moi, j'allai à l'écurie, où je reposai un quart d'heure. Comme j'en sortais, je vis venir à nous, par le t^rand chemin, un bataillon. Je n'eus que le temps d'aller prendre mon cheval et celui de M. le Prince, que je lui amenai par le licol. Il dormait, le coude appuyé sur la table ; je le renversai de son siège et lui criai :

— « A cheval, monsieur! Nous allons être pris si vous ne vous sauvez ! »

Son alarme fut grande et redoubla quand nous vîmes cette infanterie s'avancer toujours à nous. Nous gagnâmes la plaine ; après quoi, je dis à M. le Prince qu'il serait bon de reconnaître ce que c'était ; que nous étions bien et que, comme ces gens-là n'avaient pas de cavalerie, il leur serait impossible de nous joindre.

— « Qui étes-vous ? » leur criai-je.

On me répondit que « c'était un détachement du prince de Coudé, qui s'en allait au-devant de lui, commandé par Genesl, qui avait été son page. » Ce qui m'obligea à m'avancer et à parler à Genest. Il m'avoua qu'unde ses sergents, étant dans le cabaret d'où nous sortions, lui était venu dire que M. le Prince y était, et qu'il avait cru devoir y mener une garde, des troupes que M. de Nemours avait fait mettre à Lorris.

Je retournai à M. le Prince, qui fit bien des amitiés à Genest et lui dit qu'il pouvait se vanter de lui avoir fait peur. Genest nous apprit que M. de Nemours devait venir camper ce jour-là (2 avril) à Lorris ; ce dont nous fûmes bien aises. M. le Prince voulant aller au-de-

(1) Clief-lieu de caulon de rarrondisstmenl de Montargis (Loiret).

MAZARIN

vaut de l'armée, nous rencontrâmes, chemin faisant^ 300 chevaux, commandés par un partisan uspagnol, qui nous donnèrent quelque alarme. Enfin uousarrivâmes à une autre troupe de GOO chevaux, qui n'eut pas plus tôt reconnu M. le Prince qu'elle fit une décharge pour lui faire honneur. L'armée en prit inquiétude, car nous vîmes arriver M. de Nemours au grand trot, à la tête de notre cavalerie. On peut s'imaginer quelle fut sa surprise et celle de toutes nos troupes de voir M. le Prince 1 Tout eu fut dans une si grande joie, qu'il n'y eût pas jusqu'au inoindre soldat qui ne vint lui rendre ses respects.

Sa présence nWait jamais été si nécessaire, à cause d'un démêlé qu'avait eu M. de Beaufort avec M. de Nemours, où celui-ci, malgré les excuses de l'autre, croyait avoir été frappé de l'aile du chapeau de M. de Beaufort en gesticulant, dans unep7'îse(l) qu'ils avaient

(1) Au camp de Lorris, le 28 mars 1652, en présence de Mademoiselle de Monlpensier, de MM. de Tavannes, de Coligny, de Clincharap et de Valon. Ils étaient d'avis différents; Nemours voulait passer la Loire à Hlois; HoauTort voulait marcher sur Montargis. « Nemours était si en colère qu'il ne savait ce qu'il disait; il se mit encore à pester et à jurer que l'on trompait M. le Prince et qu'il savait bien qui c'était. M. de Beaufort lui demanda :

— « Qui est-ce ? •> Il lui répondit :

— « C'est vous ! »

Sur quoi ils se frappèrent tous deux. Comme j'avais la tôte tournée et que je parlais à Clinchamp, je ne vis point qui frappa le premier; j'ai su, de ceux qui y étaient, que ce fut M. do Beaufort, et c'est ce qui a causé ce qui est arrivé depuis ; Us mirent l'épée à la main et l'on se jeta dessus pour les séparer. A ce moment, tout le monde qui était dehors entra ; ce fut une confusion et un bruit horrible, dont M. de Clinchamp fut bien

l'armée des princeb

eue à un conseil de guerre. Mademoiselle les avait accommodés, mais M. de Nemours n'en pouvait revenir; car, d'abord que je fus arrivé, il m'en parla, disant «qu'il voulait se battre. » Je l'en dissuadai de mon mieux ; ce qui ne m'empêclia pas d'en avertir M. le Prince pour qu'il y donnât ordre.

Le lendemain, nous marchâmes à la vue de Montargis. Son Altesse fit dire aux bourgeois que, s'ils ne se rendaient. Elle les ferait tous pendre. Ce qui les elTraya si fort qu'ils se saisirent de Mondreville, qui tenait le château avec 500 hommes, et le livrèrent à M. le Prince. On y trouva quantité de munitions et de blé pour larmée. On y séjourna trois jours, après lesquels on alla à Châleaurenard (1), où M. le Prince eut avis que l'armée que commandait le maréchal d'Hocquincourt était logée le long du canal de Briare ; ce qui le porta à l'aller attaquer (G avril).

Comme j'étais le maréchal de camp prêt à marcher, j'eus lavant-garde avec 2,000 chevaux, que je con-

scandalisé. M. de Nemours ne voulut jamais donner son épée à personne qu'à moi, avec grande peine. Je la remis au lieulenanl des gardes de Monsieur, qui était avec moi, aussi bien que celle de M. de Beauforl, que je menai dans un jardin; il se mil h genoux devant moi, et tne demanda pardon, avec tous les dfîplaisirs possibles de m'avoir manqu»- de respr-cl. M. de Nemours n'en flf pas de mémo; il fut, une heure, dans une telle furie, que rien n'était égal ; je le prêchai et le priai d'embrasser M. de Beauforl. Il me le promit d'une fort méchante manière; il fallait prendre de lui ce que l'on pouvait. Je m'en allai quérir M. de Beauforl. Celui-ci témoigna la dernière tendresse à M. de Nemours et beaucoup de douleur de s'être emporté contre son beau-frère; l'autre ne lui dit rien et l'embrassa comme il aurait fait un valet. La tendresse de M. de Beauforl alla jusqu'à pleurer; de .juoi la compagnie rit un peu, et moi toute la première. » {Mémoires de Mademoiselle de Siontpemicr.) (l)aief-lieu dp canton de l'arrondissement de Montargis.

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