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duisis à Rogny (1), où étaient les dragons (2), commandés par La Lautière (3).
M. le Prince me suivit de près et répondit aux « qui vive ! » des dragons « qu'il était d'un parti de 1,000 chevaux de l'armée de M. de Turenne; qu'il était poussé
(1) Le village de Hogny, à moitié chemin entre Chiklillon-sur- Loing fl Hk'neau, était alors le point extrême du canal de Briarc, qui r»'*unissait la Loire à la Seine par le Loing. On ne pouvait franchir h* canal qu à ses exlr<*mités, Briare et Rogny, ou en son milieu, à tUJ7.ouf'r-sur-Tr<'*z<''.
(2) L'infanlfri»' niontcc. Le mart'clial Charles de Cossé-Brissac, commandant, on lîio'i, Tarmée de Pi«*niont, fil monter sur des bidets ou des mules quehiues-uns de ses meilleurs arquebasiors à pied pour qu'ils servissent avec la cavalerie dans les petites opi^ralions de la guerre. On nomma argoulets ces cavaliers improvisés, qui mettaient lestement pied à terre pour faire le coup de feu el ^envolaient au galop, leur mission remplie. L'idée était bonne et toutes les armées europ«''ennes l'adoptèrent ; mais les argoulets devinrent surtout des batteurs d'estrade, les bandits à cheval que les généraux employaient aux vilaines besognes. Mal armés, mal montés, recrutés parmi les aventuriers sans patrie, ils étaient la terreur des paysans, qui les appelaient croque-moutons.
Gustave-Atlolphe monta quelques compagnies de ses mousquetaires, sous le nom de drai/en. Louis XIII francisa le nom et créa, en iù'M\, six régiments de dragons avec des cavaliers d'élite. Ces dragons furent plus particulièrement chargés des reconnaissances et des coups de main. Le bonnet de fourrure était la coiffure qui les distinguait des autres troupes, qui portaient le chapeau, comme l'infanterie ou la cavalerie, le casque, comme les gendarmes. Leur armement comprenait l'épée, le pistolet, la carabine.
En 1632, il n'y a dans l'armée royale que les dragons de la Ferté. Le maréchal Henri de Senneterre, marquis de la Ferté, a, levé en Allemagne, le 25 septembre 1651, un millier de dragons d'élite, qui furent incorporés dans le régiment des Dragons du Hoy, quand Louis XIV créa, en 1660, l'amie des dragons, avec un colonel-général spécial, le duc de Lauzun.
(3) Tavannes, dans ses mémoires, l'appelle La Cotlière.
[1652] l'armée des princes 117
par les ennemis et qu*on les laissât passer le canal. »
L'officier qui se trouva là répondit qu'on attendit pour savoir des nouvelles de M. de La Lautière. Cependant M. le Prince m'ordonna do m'avancer au pont, dont les planches étaient retirées, tandis qu'il passait à un gué, cinquante pas au-dessous. 11 n'eut pas quatre escadrons au delà de l'eau qu'il lit sonner les trompettes et les timbales, en chargeant ce qui s'opposa à lui.
Les dragons à qui j'avais alîaire abandonnèrent leur poste, après m'avoir fait une décharge où personne ne fut blessé. Les planches du pont raccommodées, nous marchâmes à la maison où était La Lautière, que nous primes. Nous fûmes ensuite à un quartier, où l'on prit quantité de bagages.
De là nous allâmes à Essoy (1), quartier du maréchal d'Ilocquincourt. (^omme il avait été averti, il avait rangé ses troupes le long tl'un fossé qui couvrait le village. Nous mimes aussi les nôtres en bataille, sans nous voir, tant la nuit était noire.
Cependant, les eniu>mis s'étant retirés tant soit peu, Tavannes sauta le premier, l'épée à la main, au delà du fossé. Je le suivis, mais la moitié, pour être mal montée, tomba dedans. Après avoir formé quatre troupes, nous chargeâmes vigoureusement les ennemis, qui se retirèrent. M. de Nemours, étant ensuite arrive avec six escadrons, voulut charger à son tour, mais il fut ramené durement.
M. le Prince, voyant ses gens passés, passa a la tête du régiment de Meille (2; et battit tout ce qu'il trouva
(1) Ce n'est pins aujniinrhiii qu'une fermu des «'nvirons de Bléneau.
(2) Henry de Koix, ronile di* Meille, nit'sliv de camp d'un régiment de ravalerie, lev»^ par lui on 163K. I'.e régiment s'était distingu*' dans toutes les rampai^ues du dur «l'Enghien. Il sera donn»'. en novembre If»:i2. au marquis d(> Marins.
MAZARIN
(levant lui. Il lit prisonnier du Fay, capitaine dans le régiment de Turenne (1), que son général (2) envoyait à M. d'Hocquincourt pour savoir où il pourrait le joindre.
M. le Prince m'ordonna^ en môme temps^ de passer une haie et de charger; mais tout s'était retiré. 11 la fit passer à toute son armée, qu'il rangea en bataille à la pointe du jour (7 avril).
On lui vint dire que les ennemis se sauvaient du côté de Bléneau en grand désordre ; ce qui Tobligea à m'ordonncr d'aller donner dessus à la débandade (3), avec quatre escadrons. Comme je le faisais, un aide de camp de M. le Prince vint médire, de sa part, que je me retirasse en diligence, parce que les troupes de M. de Turenne paraissaient ; ce qui fit diro à Coudé :
— « Nous verrons, dans cette journée, qui sera le plus heureux, de M. de Turenne ou de moi ! »
Langey (4) commandait l'arrij-re-garde ; Briolles (5) l'infanterie, et moi le corps de réserve. MM. de Beaufort, de Tavannes, de Nemours et de Clinchamp étaient à l'autre aile.
M. de Turenne avait mis un bois à sa droite et un étang à sa gauche ; si bien qu'on ne pouvait aller à lui que par une chaussée. Langey, avec six escadrons, voulut tenter le passage ; mais M. de Turenne lui en
(1) Forint, en 16:i.'>, |mr le rardinal delà Valette, re régiment de cavalerie avait (-té donn^ à Turenne depuis 1039. Louis de Boham, comte de Nanleuil, on »'tait le lieutenanl-colonel.
(2) Turt'nne, commandant ««n chef, c'est-à-dire g<^néral de rarm«''e royale.
(3) Ou à la croate, comm«* le dit Tavannes. On dirait aujourd'hui " en fourrnijeurs ». La charge en fourragcurs est une attaque pratiquée par des cavaliers dispersés sur une ligne plus ou moins étendue. (Règlement français.)
(4) René de Cordouan, marquis de Langey.
(5) Mestre de camp de Condé-cavalerie.