I. AHMÉK DES PRINCES
opposa douze, qui lui imposèrent ; si bien qu'il fallut, de part et d'autre, se contenir dans ses postes jusqu'à cinq heures du soir, où M. de Turenne, après avoir été rejoint par le maréchal d'Hocquincourt, se retira.
J'y perdis la Brulière, mon aide de camp, d'un coup de canon ; car, ce jour-là, il en fut prodigieusement tiré de tous côtés.
Gomme le maréchal faisait la retraite, M. le Prince lui envoya un trompette pour lui demander à parler. Sur sa parole, M. d'Hocquincourt s'avança, fort déconcerté: M. le Prince le consola de son mieux, ce qui finit la journée.
.Nous nous retirâmes h Chàtillon il), chargés de
(1) De Chfltillon-sur-l.oing, Cundf' ♦•cril, le 8 avril, à Mademoiselle : « J'eus hier avis que Vannée mnzan'ne avait pas»»* la Loire et sVlait H»'ipar^'e en plusif»urs qunrliois. Jv r<''soIus, à l'heur»* même, de l'aller attaquer dans ses (piarliers. Cela me réussit si bien que je tombai dans les [iremiers quartiers avant qu'ils en eussent eu avis. J'enlevai trois régiment** de dragons d'abord et, après, je marchai au (juarlier général d'Ilorquincourt, qxw j'enlevai aussi. Il y eut un peu de résistance, mais enfin tout fut mis en déroule. .Nous les suivîmes trois heures, après lesquelles nous allâmes à M. de Turenno; mais nous le trouvâmes posté SI avantageusement, el nos gens si las de la grande traite et si chargés du butin qu'ils avaient Tait, que nous ne crûmes pas le devoir attaquer dans un poste si avantageux. Cela se passa en coups de canon; enlin il se retira. Toutes les troupes d'Hocquincourt ont été en déroute, tout le bagage pris, et le butin va h deux ou trois mille chevaux, quantité de {»risonniers et leurs munitions de guerre. M. de .Nemours y a fait des merveilles et a été blessé d'un coup de pistolet au haut de la hanche, qui n'est pas dangereux ; M. de Heaufort y a eu un cheval de tué et y a fort bien fait; M. de la Kochefoucauld très bien ; Clinchamp, Tavannes, Valon de même, et tous les autr<\s maréchaux de camp; Macé est blessé d'un coup de canon. Hors cela, nous n'avons pas perdu trente hommes. Je crois que vous serez bien aise de cette nouvelle et que vous ne douterez pas que je ne sois. Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur. <•
MAZARIN
butin ; mais nous aurions eu bien d'autres suites de la victoire, sans M. de Turenne, qui rassura la Cour (1), dont les bagages étaient chargés et disposés à se sauver du côté de Lyon. Jamais alarme n'avait été pareille ; la bonne conduite de M. de Turenne rétablit le désordre et permit à la Cour de rester tranquillement à Gien-sur- Loire (2).
(1) «« L'effroi fut ^rand dans Gien, où ^tait le Hoy ; car, des fenêtres du château, on voyait toute la côte couverte de gens qui fuyaient, lesquels se sauvaient dans Gien; et, dans Tépouvante où ils étaient, ils disaient que tout était perdu et qu»' l'armée était défaite. En rel rlat, la Heine se trouvait sans ressources et 1(> Cardinal encore pis; car, sans le maréchal de Turenne, ils tombaient, tous ilcux, entre les mains de leurs ennemis, qui eussent mis la Heine dans un cloître et fait un mauvais parti au Cardinal ; et, tenant la personne du Roy, ils eussent gouverné à leur mode sous son nom. Le Cardinal aussi fut fort étonné, mais la Reine ne témoigna point de peur. Elle se coiffait lorsqu'elle apprit ces nouvelles et elle demeura attachée a son miroir, n'oubliant pas de tortiller une seule boucle de ses cheveux; et de là, elle ftU diner, où elle mangea d'aussi bon appétit et aussi tranquillement que si elle n'eût couru aucun risque. Cette grande consternatiou fut changée en joie lorsqu'on sut que tout était sauvé par le maréchal de Turenne, dont la prudence et la capacité furent en si grande admiration qu'on résolut, dés l'heure même, de confier à lui seul le commandement de l'armée. » (Mémoires de Montglat.)
(2) Jusqu'au 20 avril.