CHAPITRE V
L'armée des Princes à Elampes (ir» avril H»:i2). — Les iiianM liules de camp d»- Mademoisellf. — Turennt' surprend Ktniiipe» (4 mai). — Charles IV, duc de Lorraine. — Combat du faul)ouri; Sainl-Anloine (2 juillet); le Dieu Mars. — Duel Beaufi>rt- Nemours (29 juillet). — Uupture de «'-liavaijnar aver Ciuid**.
Nous séjournâmes à Châtillou, où la cavalerie que nous avions prise se donna à M. le l*rince; Sou Altesse forma, des prisonniers, un régiment de dragons, qui servit à merveille.
Nous revînmes à Montargis, d'où M. le Prince et MM. de Beaufort et de Nemours se rendirent à Paris (12 avril), laissant le commandement de l'armée à MM. de Clinchamp, de Tavannes et de Valon (1). Nous primes la route d'Élampes, où nous trouvâmes une si grand abondance de provisions qu'il y en avait pour
(1) François de la Bauuie. romle do Valon. lieut^-nant Kt'-néral des troupes de (îaston d'Orléans.
MAZAniN
deux uns. iNous y fûmes six semaines, fort tranquilles, quoique M. de Turonne se fût posté à ChAtres (1), entre Paris et nous.
Madame de Chûtillon (2) passa à Ètampes et coucha chez moi pour aller à Paris, où elle fut, après qu'elle eut reçu un passeport de M. de Turenne ; je la conduisis à une lieue près de ChAtres. M. de Turenne m*envoya prier d'aller diner chez lui ; sur sa parole, je m'y rendis. J'y trouvai le duc d'York (3) (aujourd'hui roi d'Angleterre), avec le duc de Bouillon. Après le repas, les deux frères (4) m'entretinrent longtemps du sujet qui les avait obligés à quitter M. le Prince; sur quoi, je leur donnai le bonsoir.
Sept ou huit jours après, Mademoiselle arriva à Etampes; je fus détaché avec 1,000 chevaux pour aller au-devant d'elle. Elle me reçut fort honnêtement et me dit qu'elle voulait me donner deux camarades, qu'elle voulait que je lisse recevoir sur-le-champ. C'étaient les comtesses de Fiesque (5) et de Frontenac (6), dames remplies de beauté et de mérite. Je les fis recevoir maréchales de camp au son des trompettes; après quoi, nous arrivAmes à Fi)tampes, oû Mademoiselle séjourna un jour.
Pendant ce temps-là, Valon lui mit en téte de voir (1) Arpajon.
(1) La (1uehesi>e dt Chàtilloa,
Dont, «ans amoureuT aignilloo, Lo plan »(>vi!r<t et le plai lage Me Murait lorgner l« vitafo.
(Roodeau ilc 1052.)
(.3) Jnrques II, Stuart, fils d<» Charles I" et d'Henriette de France, fille d Hfnri IV.
(4) Houillon et Turenne.
(5) Cîiinnne d'Harcoiirl, veuve d'Antoine de Brouilly marqui»», de Piennes, avait épousé, en 1646, Charles-Léon, romte de Fiesque.
(6) Anne de la Grange, romtesne de Frontenac.
Tarmée en s'en allant. iNous nous y opposâmes tant que nous pûmes, mais il n'y eut jamais moyen. Sa curiosité nous coûta cher, car M. de Turenne, en ayant été averti, s'avança avec ses troupes; ce que Mademoiselle ayant vu, la fantaisie de sa revue lui passa et elle reprit le chemin de Paris.
Pour nous, qui étions en bataille dans la plaine, nous tînmes conseil de guerre de ce qu'il y avait à faire ; tous opinèrent pour le combat, à la réserve de Valon, qui dit avoir l'ordre de Monsieur de ne pas combattre; et, en même temps, sans attendre la résolution des autres, il fit entrer ses troupes dans Etampes ; Tavannes en fit faire autant pour celles de M. le Prince (1).
Après une légère escarmouche contre les coureurs des ennemis. Le Fay, qui avait été pris à Bléneau, le fut encore à cette occasion. Nous le voulûmes plaisanter de ce qu'il venait nous voir si souvent :
— « Ma visite est de peu de conséquence, nous répondit-il, puisque M. de Turenne, qui veut vous faire le même honneur, mérite tous vos empressements ! »
Nous nous en fussions bien passés ; mais il fallut se résoudre à le recevoir promptement, car il approchait pour cela. Nous n'eûmes que le temps de jeter dans un moulin, à la tôte du faubourg d'Orléans, les régiments de Condé et de Bourgogne, soutenus par les troupes d'Espagne (4 mai). M. de Turenne attaqua le moulin brusquement et l'emporta avec le régiment qui le gardait. De là, il fit donner dans un petit faubourg, séparé du grand , que nous conservâmes malgré trois grosses
(i) Gomme celn ne put pas se Taire sans quelque précipitation ni, par rons«'(jUf*nl, sans (pielque désordre, les généraux eurent le déplaisir de voir périr, à leurs yeux, dans le Taubourg, 1,500 hommes de leurs troupes, sans les pouvoir aucunement secourir, y {Mémoires de Tavannes.)
MAZARIN
attaques qu'il y lit et qui durèrent près de trois heures (1).
Cependant, on me iit revenir de ce poste, où j étais maréchal de camp de jour, pour venir au conseil dans une écurie où nos généraux s'étaient assemblés et où ils avaient résolu de se sauver, la nuit, avec toute la cavalerie à Paris, où Tarmée du duc de Lorraine, qui était de 14,000 hommes, et 5,000 du nouvelle levée de M. le Prince, ne l'aurait pas plutôt joint, qu'ils viendraient me secourir, tous ensemble, à Etampes, où ils jugeaient à propos de me laisser, avec toute Tinfanterie, pour en soutenir le siège. J'acceptai la commission avec plaisir, pourvu qu'on me laissait la Chambre, major de Clinchamp, avec 500 chevaux; ce qui me fut accordé.
La chose ainsi résolue, M. de Turenne m'envoya un trompette pour me prier de lui venir parler, sur sa parole, au moulin. Je n'en voulais rien faire, sachant qu'il me faudrait essuyer bien de la plaisanterie, mais les généraux m'obligèrent d'y aller. M. de Turenne me dit « qu'il m'avait envoyé chercher pour savoir s'il ne m'était rien arrivé de i'Acheux dans cette journée, ce dont il était ravi, et pour lui faire rendre Le Fay, s'il était possible, en échange de quatre autres ofliciers qu'il me donnerait ; mais qu'il souhaitait que ce fût surle-champ, parce qu'il voulait s'en retourner à Châtres le même jour. »
Je crus qu'il se moquait ; je l'assurai que je demanderais Le Fay à Clinchamp, puisqu'il avait été pris par les troupes d'Espagne, et que je le lui amènerais à son arrière-garde. 11 m'assura que je lui ferais grand plaisir
(1) La surprix d'Étampes coûta à Tarmée des Pnnces 2,04)0 mort» ou prisonniers. Le maréchal d'Hocquincourl, qui avait mal secondé Turenne et laiss<^ piller le faubourg, fut disgraci»^ et offrit ses services au roi d'Espagne.
et de lui faire apporter un coup à boire. L'un et l'autre ne me furent pas difficiles, Glinchamp m'ayant donné Le Fay, et mes gens ayant préparé mon dîner, que je n'avais pas eu le temps de manger; je le lui envoyai sur trois mulets, avec du vin assez excellent.
J'arrivai, peu de temps après, avec une troupe de 50 maîtres, et M. de Turenne ordonna qu'on me laissAt approcher. Je mangeai mon halte (1) avec lui ; ce dont il me remercia, aussi bien que du Fay, que je lui rendis.
J'eus le plaisir d'embrasser Haulerive et Caniliac (2) qui l'accompagnaient; après quoi, je pris congé de lui. En me quittant, il me dit « qu'il m'était fort obligé, «ju'il tâcherait de s'en revancher dans un mois et qu'il me promettait de venir nous assiéger dans les formes. »
— « Ces visites nous font beaucoup d'honneur, répondis-je, mais nous ferons nos efforts pour mériter la grâce que vous voulez nous faire. »
Nous n'étions, néanmoins, nullement convenus à Ètampes de cette cérémonie, car il nous en coûta 5,000 hommes, que nous perdîmes en cette journée, et le général Brou qui y fut tué (3).
Quand je fus de retour, je trouvai nos généraux aussi aises que s ils avaient donné bataille ; mais ce que je leur dis de la part de M. de Turenne ralentit un peu leur joie et les obligea à faire travailler à des retranchements. On donna la porte d'Orléans à garder aux
(1) Mon en-cas de halle.
(2) l.e vicomte Jacques-Thinioléon de Beauforl, de Monlboissier, «le Caniliac, seigneur de l^ivurt, de la Tronch^re el du Fau, mestre de camp de cavalerie.
(3) M II y eul pou de gens de condition de tués ; on y perdit seulement le colonel Broue, sergent de bataille des troupes espagnoles, le comlt' de Fursloinberg, capiUiine du iV-giment de cavalerie du duc Ulric de Wurtemberg, et un capitaine du r<''giment de TAltesse, Bonneau de Rubelle. u {AIcmoires de Mademoiselle.)
MAZARIN
troupes de Monsieur^ qui n'avaient pas souffert, et celle de Châtres aux troupes de M. le Prince. Les Espagnols «ivaient tant perdu qu'on trouva à propos de les soulager.
M. de Turenne, étant revenu le jour qu'il avait dit, me lit appeler. Gomme je l'abordais :
— « Eh bien ! me dit-il, suis-je homme de parole ?
— « Oui, monsieiu', lui répondis-je ; mais vous vous apercevrez que nous tiendrons la nôtre. »
Nous passâmes un quart d'heure dans de pareils discours. A peu près dans ce temps-là, un Allemand, cornette de Ravenel (1), que j'avais amené, m'avertit de me retirer. Je pris congé de M. de Turenne, qui me fit mille offres de service. A peine étions-nous éloignés de cent pas, que cet Allemand me lit apercevoir un homme qui se prévalait de la suspension d'armes pour s'approcher d'une hauteur, sur laquelle il mesurait du terrain pour faire une batterie à bombes. Mon cornette, par mes ordres, ne fit semblant de rien et, après avoir fait un grand tour, tomba tout à coup sur lui et le mena, le pistolet à la main, à la ville. M. de Turenne l'envoya réclamer ; mais on ne voulut pas le lui rendre, attendu qu'il avoua qu'il n'y avait que lui qui sut jeter des bombes (2).
Deux jours après, la tranchée fut ouverte ; mais, comme nous étions 12,000 hommes, nous fîmes de si furieuses sorties que les ennemis commençaient à se rebuter, dans le temps que le Roy arriva et qu'il lui prit fantaisie de faire la revue de sou armée. Un trompette de la part de M. de Turenne nous en vint avertir, afin qu'on gardât
(1) Jacques de ia Ilivière, de Kavenel, ineslre de camp de. cavalerie.
(2) Le mortier h. bombes fut employé dans la guerre de sièges dès la fin du seizième siècle ; il y a une batterie de quatre mortiers au siège de Dùle, eu 1636.
[1652Î LK VICOMTK DE TURENNK 127
le respect qui était dû à Sa Majesté (28 mai). Sédiilot, qui commandait Tartillerie du château, ne l'ayant pas appris assez tôt, lit tirer deux coups de canon sur les troupes qui étaient en bataille : un boulet donna dans l'escadron des Gendarmes, à la tête duquel le Roy était. Il en fut dans une grande colère et ne voulut jamais recevoir les excuses qu'on lui en envoya faire.
Cependant, comme le siège continuait, nous fîmes trois grandes sorties, dans lesquelles Langey, à la première, leur combla leur tranchée ; Ravenel, à la seconde, leur enleva un quartier ; je fis la troisième, en plein jour, avec 2,000 chevaux ; je passai leurs lignes de circonvallation et enclouai le canon (28 mai). Je fus, dans cette occasion, aussi satisfait du régiment de Conti, que commandait Jonvel, que j'eus lieu de l'être peu de celui de Gondé, qui ne voulut jamais charger six escadrons qui s'opposèrent à moi. Ma retraite fut heureuse; mais enfin, M. de Turenne, après avoir gagné et reperdu autant de fois une méchante demi-lune que nous avions faite au-devant du faubourg d'Orléans, où avait péri une infinité de monde, prit le parti de lever le siège (7 juin) (1).
Je fus nommé pour en faire le détail à M. le Prince et lui rapporter l'état où se trouvaient nos troupes. J'en fus très agréablement reçu ; il m'apprit qu'il venait d'envoyer un courrier à Tavannes pour faire venir
(1) « Le 27 mai. MM. <le Turenne et d'Hocquincourl dressèrent une batterie de six grosses pièces, qui voyait dans la ville jusqu'au pied des maisons, et coraniem èrent une conlrovallation, qui fut interrompu»' par une sorli»^ de dix ou douze escadrons, qu»- les assiégés firont. le lendemain, avec beaucoup de succès. Car ils poussèrent jusiju'à celte batterie, en enclouèrent trois pièces, prirent un lieutenant de Picardie et taillèrent en pièces 80 mousquetaires, qui y étaient en garde. »• {Mémoires de Tatannes.)
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toute son armée en diligence, sur ce que le duc de Lorraine, qui était, avec 18,000 hommes, campé à Villeneuve-Saint-Georges, lui avait mandé qu'il lui répondait dr la bataille s'il lui voulait envoyer 4,000 chevaux. Ce qui l'avait mis dans une grande gaieté: mais elle lui passa bientôt, car, le lendemain (16 juin), on lui dit que le duc de Lorraine s'était accommodé avec le CardinaL Ce qui le rendit de la plus mauvaise humeur du monde, et ce n'était pas sans raison, car ses troupes pouvaient Atre coupées. Ce qui l'obligea d'envoyer l'ordre aux généraux de sauver ce qu'ils pourraient dans le bois de Limours. Ce n'était, pas mal à propos, car la plupart des troupes se débandèrent sur la nouvelle delà retraite du duc de Lorraine.
Nous fûmes au-devant et ramassAmes heureusement toute notre armée sans aucun empêchement, parce que dans le traité du duc de Lorraine il était dit qu'on ne s'opposerait pas à la jonction des troupes de M. le Prince et de son armée.
Tous les généraux étant entrés dans Paris, M. le Prince m'ordonna d'aller conduire les troupes aux Chartreux (1). J'y arrivai, à deux heures après minuit, avec douze bataillons et mille chevaux. Le reste de l'infanterie suivit et, peu après, M. le Prince vint me joindre ayec sa cavalerie et m'envoya au pont Saint-Antonin avec toute son armée.
(!) Saint Louis (il venir à «ienlilly. en 1257. cinq chartreux, qu'il installa bientôt au Château du Diable Vauvert, vi<;ux manoir pn niin«'S, sur le elieinin d'Issy. qui était la terreur des voyageurs. Il posa, en 1200. la première pierre de leur (église, chefd'œuvre d'architeriure sarnisine. construite par Pierre de Mon- Ireuil. La communauté, enrichie par les dons des lldèlts. devint la plus riclic de Paris; le monastère comprenait deux cloîtres, ayant quarante appartements entourés de jardins. C'est aujourd'hui le quartier r.ompris l'ntre l'Observatoire et le Luxembourg.
Monsieur y fit, le lendemain, sa revue et, comme il n'y avait que moi seul de général pour commander l'armée, tout ce qu'il y avait de gens qui avaient suivi leurs Altesses Royales tomba chez moi à dîner. Ensuite duquel, on m'envoya, avec deux pièces de canon et 4,000 chevaux, pour me rendre maître du pont de Poissy, que je fis fortifier. J'y restai douze jours, pendant lesquels je fus accablé de présents des maisons voisines.
Je ne songeais guère à en sortir, quand je reçus l'ordre d'en partir en diligence et de me rendre à Saint- Clou<l (l**" juillet), où je trouvai M. le Prince. Il dit, au conseil que nous tînmes, que « M. de Turcnneet le maréchal de la Fcrté (1) avaient fait leur jonction et qu'ils avaient jeté un pont à Epinay,oii ils avaient déjà fait passer un gros corps de troupes, et qu'il fallait déterminer de quel cAié on se retirerait».
Comme j'étais le plus jeune, on commença par moi. Je dis que « je trouvais à propos qu'on se retirât du côté de Meudon, parce que nous pourrions repasser la Seine au pont des Tuileries si M. de Turenne nous suivait. »
M. le Prince dit que « le poste serait merveilleux pour faire deux coups d'épée, mais non pour faire subsisterune armée. » Il m'ordonna, en même temps, de me mettre à la tète de l'infanterie et de suivre Tavannes, qui avait l'avant-garde ; ensuite Langey, avec l'artillerie, marcherait après, pour tAcher de gagner Gharenton. Pour cela, nous traversâmes tout le bois de Boulogne ; nous
(1) Henri de SiMinelerre, marquis de la Ferlé, amena 3,000 vieux soldais des frontières de I^orraine à Lagny, où étaient le Roi et Tur«^nne; puis Varméc mazarine. forte de 12,000 combattants, occupa Poissy le i" juillet. Coudé avait 6,000 hommes à Genneviiliers et communiquait avec Paris par le pont de Saint-Cloud, dont il était maître.
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arrivâmes, de nuit, au Cours la Reine (1). Enfin je ne crois pas qu'il puisse y avoir une fatigue pareille à celle (le faire marcher une armée dans les faubourgs de Paris.
Pendant la nuit, les équipages se mêlèrent et, pour m'en ôter l'embarras, je fus contraint de faire jeter le mien, le premier, dans un fossé pour donner l'exemple ; ce qui fut heureux, car autrement j'aurais été perdu.
A la pointe du jour (2 juillet), je me trouvai au faubourg Saint-Martin. Je commençais à dormir de fatigue (juand j'entendis (|u'on m'appelait; c'était pour me faire voir quatre escadrons tnazarins qui étaient à la porte Saint-Denis. Ils étaient suivis d'autres, qui défilaient toujours; ce qui m'obligea de faire tirer deux coups de canon pour avertir M. le Prince, tandis que, toujours posté sur la hauteur, je continuais à compter jusqu'à vingt-deux escadrons. Ce qui me fit encore retirer deux coups de canon, au bruit desquels vinrent Monsieur et M. le Prince, qui me demandèrent ce que c'était.
— « Ce n'est que l'armée de M. de Turenne, leur dis-je, qui parait et se met en bataille dans la plaine de Saint- Denis. »
Comme ils furent sur la hauteur de Montfaucon, ils la découvrirent, à plein. Monsieur se retira à Paris ; M. le Prince dit à Tavannes et à Langey d'aller poster la cavalerie au faubourg Saint-Antoine ; à Clinchamp et à moi, l'infanterie. Les troupes de Monsieur en firent de môme.
(l)Plantaliou d'ormes, créée, en 1028, par Marie de Médicis, le long de la Seîuo, depuis le jardin dus Tuileries Jusqu'à la Savonnerie. Elle avait un kilomètre de longueur; c'était, pendant la minorité de Louis XIV, le rendez-vous du beau monde et des carrosses élégants.
Une heure après, nous trouvâmes M. le Prince (1), qui fut content de la disposition de nos troupes. Il laissa Tavannes sur la droite, avecLangey; M. de Nemours, dans la grandVue de TArc-de-Triomphe (2); Clinchamp et moi, sur la gauche de la Halle. II envoya M. de Beaufort pour haranguer le peuple. Monsieur envoya Desaches à M. le Prince pour le prier de se retirer à Paris et de laisser le commandement des troupes à M. de Nemours; mais le Prince répondit « qu'il conjurait Son Altesse royale de maintenir Paris dans ses intérêts ; que, pour lui, il ne voulait pas abandonner ses amis. »
Le poste de Clinchamp, où j'étais, fut attaqué le premier par le régiment des Gardes et celui de Turenne (3), soutenus de douze escadrons. Le premier coup qui fut tiré cassa l'épaule de Clinchamp, qui fut obligé de s'en aller.
Je soutins leurs efforts assez longtemps avec les régiments de Valois (4) et de Chermcn ; mais nous fûmes
(1) •« En face de lui s'ouvre une patte doi.; : trois rues m éventail, ou plutôt trois chemins qui mÏMu nt k Charonne, h Vincennc«, à Charenlon, bordés de murs, d'eni los, jardins, mnisonnetles; çà et \h, surtout près des carrefours, des groupes da maisons plus «^levées et plus solides, peuplées d'artisans, de négociants; . nlin.sur plus d'un point, les vastes bdtiments et les hautes murailles des couvents; l'abbaye Sainl-.Vntoino forme comme une citadelle au milieu du cours de Vincenues. >* (Duc d'Aumale.)
(2) Rue du Faubnurg-Saint-Anloine.
(3) LevtSen 1625. pour Hfnri de la Tour d'Auvergne (qui avait alors quinze ans) par son père, le duc de H..uillon, le n-giment d'infanterie de Turenne, en Itî52, ne comptait plus ses exploits. Cass»' en ir,r,l, quand son cliefs'éUiit déclaré contre Mazarin, il avait été réUibli pour défendre le Hoy contre les Princes quand Turenne avait accepté le commandement de l'armée mararine.
(4) Régiment d'infanterie du duc de Valois, fils de Gaston d'Orléans et de Marguerite de Lorraine, sa seconde femme.
MA7.ARIN
emportés malgré tout ce que nous pûmes faire, moi et le colonel, qui tua, d'un coup de pistolet, un lieutenant de son ré^ment, qui fuyait. On nous poussa à coups de mousquet et de piques dans les reins. M. le Prince y survint ; en voyant que nous ne pouvions arrêter les fuyards, il me dit de gagner les devants et qu'après qu'ils seraient passés, je me misse à la tète du régiment de Persan (1), que je chargeasse et qu'il me soutiendrait.
Je trouvai ce régiment, comme il m'avait dit, à la Halle et je chargeai avec lui les ennemis. On me fit deux décharges, si furieuses qu'il ne me resta que douze officiers et cinquante cavaliers, avec lesquels je donnai, et fus assez heureux pour regagner mon poste. M. le Prince m'envoya d'autres troupes pour le garder ; ce que les ennemis ayant vu, ils firent venir six pièces de canon, avec lesquelles ils rasèrent la barrière que j'avais dans la rue (2). Ce qui me contraignit de mettre mes soldats à couvert dans les portes cochères, et puis, quand M . de Turenne faisait avancer ses gens dans la rue, je sortais en bataille pour m'y opposer. Je fis ce manège depuis les dix heures du matin jusqu'à six heures du soir. Ce (lui n'aurait pas tant duré, si les Mazarins se fussent avisés de gagner des maisons et de faire tirer par les fenêtres, car ils m'auraient ainsi délogé (3).
<« Le n^ginient de Valois est dans les jardins entre le chemin de Charonne el le cours de Vincennes, qui est d(^fendu par Clinchamp avec ce qui reste du contingent des Pays-Bas et deux n'giments de M. le Prince, Condé et Langeron. Il tient la barricade en avant de la rue de llruilly et autres cheminsde traverse; ses réserves sont dans la vaste (inceinte de l'abbaye Saint- Antoine. » (Duc (TAumale.)
(1) François de Vaudetar, marquis de Persan, maréchal de oanip.
(2) De ('.baronne.
(3) Pour percer les murailles et cheminer de maison en maison, il fallait des outils, et les soldats de Turenne n'en avaient pas, al(»rs que ceux de Cond»; en étaient abondamment pourvus.
M. de Nemours fut ensuite uttuqué et emporté dans la grande avenue. M. le Prince, à la tète du régiment de Son Altesse, regagna, Tépée à la main, son poste ; mais ce ne fut pas sans perdre beaucoup de monde ; Flamarens et La Roche-GilTard (1) y furent tués, avec quantité d'officiers du régiment de Son Altesse ; M. de Nemours fut blessé à la main ; M. de la Rochefoucauld reçut un coup de mousquet à travers le visage (2).
Les ennemis furent ensuite au poste deXavannes qu'ils forcèrent et menèrent, tambour battant, assez loin; mais M. le Prince y courut avec le régiment de Son Altesse, rétablit le désordre et chassa absolument les ennemis de la rue. II semblait que la Victoire le suivait partout où il allait, car, dans le même temps, on lui vint dire que Tarrière-garde était attaquée à l'entrée du faubourg Saint-Martin. Il y courut avec le régiment de TAItesse, arrêta ses gens qui fuyaient et, pour leur donner le temps de se rallier, il se jeta, avec le régiment de TAltesse qui ne le quitta jamais, tout au travers des ennemis, l'épée à la main, regagna son poste et son bagage, qu'on lui avait pris. Ce <iui ne fut pas plutôt fait qu'il courut à tous nos postes, qu'il trouva tran-
(1) Henri dt; la Chapelle, inanpiis de la Hoche-iiifTard.
(2) l.a balle lui travcrsii la l«^to d'une oreille h l'autre et le rendit aveuiîlo pendant qu<'|)|ues mois; vo qni perniit d»* dire à l'auteur des Mn.rimes, entraîné ilans h' [tarli drs l'riiircs par madame «le Lon^nt vill»^ :
Faisant U <juciic au Ilot, fui furdu les dtu.t h<ilc; Mais pour uu tel objet je l'aurain faite aux f/iVuj*.'
(3) L'i rue do Chan^ilon l)arri( ad»'*e. « Tavanncs lit donni*r h chaque escadron drs outils ot des instruiuf-nls propres à démolir, et les avertit (jue l'unique moyen de se garantir du canon était de faire promptement de grandes brèches dans les cours «les maisons qui étaient sur la rue des deux cùtés, en sorte qu'ils en pussent tous sortir, au besoin, en <^tatde combaltre. » {Mèmoirex de Tavannes.)
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quilles. Pour lors, il monta au clocher Saint-Antoine ( l) pour voir les ennemis, qui se tenaient au repos en attendant qu'ils fussent joints par l'armée du maréchal de la Ferté. Elle arriva sur les six heures du soir, et marcha droit à la porte Saint-Antoine, tandis que celle de M. de Turenne prenait de l'autre côté pour nous couper. Mais les Parisiens, charmés de la valeur de M. le Prince et de celle de ses troupes, qu'ils avaient vus combattre de leurs murailles, lirent ouvrir les portes de Paris (2).
(1) " De ce point , rlev*^ et central, s;i vut' t'iiibrasst* la |>osilion doses troupes et les pr«'panilifs »!«• l'aniire royale. Le inan'chal de la Ferlé entre en ligne : son infanterie relève, au l»out de la rue de Clinronne, les deux n^giinenlsdes (ianles et de la Marine, presque an«'*anlis ; l'arlillerie arrive et se n'-parlil entre les trois attaques. Navailles ronserve son rariTfour sur le chemin de Charenton ; il est renforcé et mènera la gaui lie. Turenne conduira l'ensemWle : sa place est au centr»*, sur le cliemin de Vincennes; une partie de sa cavalerie a mis pied à l»MTe. il attend que le «léveloppemeni soll terniin»'*, et veut surtout voir arriver à hauteur deux partis rhargés th- mouvements tournants: l'un, à droite, tAchera de gaiçniM* la contrescarpe du côté de la Courtille ; l'autre, à gauche, descendra le long de la îseine et s'efTorcera de se glisser entre la muraille et l'arrière-gard»' ennemie.
<( Du haut de son observatoire, M. le Prince a tout compris: il fera face à tout. Son armée va entrer dans Paris; mais elle ne sera pas « poussée » ; ce sera une manœuvre plutôt (|u'une retrait»'. >• Tous les ordres sont donnés. LatiiaUMir «'sl loujoursaccablanl»'. M. le Prince descend du riocher, traverse le préau; la fraîcheur du lapis vert qui s'étend sous ses pieds, ù l'ombre de grands arbres, le tente, l'allire. Soudain il jette ses armes, ses habits, et, tout nu, comme un poulain sauvagi;, il se roule dans l'herbe touffue. Après ce bain improvisé, il se fait vêtir et armer, saule ^ cheval, et donne un dernier coup d'œil au dispositif de .son armée. Ke moment est venu. >» (Duc d'Aumale j
(2) « Les Parisiens, justju'alors, avaient été spectateurs paisibles de ce grand combat: une |)arlie était gagnée par les serviteurs du Hoy, et mfime on a dit que les officiers de la colon-
M. le Prince m'ordonna d'y entrer à la tète de l'infanterie ; j'y conduisis cinq drapeaux des Gardes et douze ofliciers du même corps et de Turennc, que j'avais pris en regagnant mon poste (i).
Je trouvai Mademoiselle sur un balcon (2). Elle me
nelle, qui ^tail alors de garde à la porte Saint-Antoine, étaient du nombre ; c<ir ils empêchaient de sortir et d'entrer dans la ville. Le duc d'Orl«^ans était nu Luxembourg, obsédé par le cardinal de Hetz, qui voulait se déraire du prince de Condt^ et le laisser périr. Il disait qu'il avait fait son accommodement avecla ('our et que ce combat était une comédie. Morufieur demeurait occupé de ses doutes et ne faisait nul effort pour secourir Condé. Mademoiselle, voyant cette perplexité, le vint réveiller, en lui repré.senlanl fortement son devoir et l'obligation où l'honneur et II* sang l'engageaient envers celui qui hasardait sa vie et celle de ses amis pour la cause commune. Elle lui dit que les blesséset les mourantsqu'f>n rapportait du «tunibal faisiicnt assez et trop funestcment voir que M. le Prince n'avait point fait son arrommodement sans lui ; enlin le duc d'Orléans .se laissa toucher à seîs persuasions. Klle alla porter ses ordres à I Hôtel-de- Ville pour faire prendr»* les armes aux bourgeois. » {Madame de Motteville.)
il) « Le comte Dolac, qui re«;ut quatre coups sur ses armes, les marquis de Sacé. de Clérambaull et de rjiavagnac se signal^|■ent dans tous les p<»sles où ils se Irouvrrent. Ce dernier tua le marquis de .N'antouillet, qui. de son «("dé, avait faille devoir d'un homme de cieur. « {Helnlinn rentable de ce qui se pansa le mardi, deuxième de juillet, au combat donné au faubourg Saint- Antoine entre les troupes du Cardinal Mazarin, commandées par les maréchaux de Turenneet de ta Fcrté,et celleadc M. le duc d'Orléans et de M. le Prince.)
(2) « Je trouvai dans la rue de la Tisseranderie (près de ril<Hel-de-Ville) le plus pitoyable et le plus alTrcux spectacle qui se puisse regarder ; c'était M. le duc de la Rochefoucauld, qui avait un coup de mousquet entrant par un coin de l'œil et sortant par l'autre : de sorte que les deux yeux étaient oflensés ; il .semblait qu'ils lui tombassent tant il perdait de sang : tout son visage en était plein, et il soufflait .sans cesse, comme s'il eût eu crainte que celui qui lui entrait
MAZARIN
pria de lui faire un détail de la journée; mais je m'en excusai sur Tordre que j'avais de défiler incessamment. Je continuai ma marche par le Pont-Neuf, le long de la Vallée de Misère, et trouvai Monsieur à qui je demandai où il fallait aller camper. Il m'en donna le choix; ce qui mu fit aller au faubourg Saint-Marceau pour voir ce que faisait notre arrère-garde ; je vis qu'elle était sur le point d'être chargée par Tarniée de M. de Turenne. Celle-ci n'eut pas plutôt remarqué que je défilais pour me mettre en bataille, qu'elle crut que nous étions des Parisiens qui venaient au spectacle du combat et «ju'ulle se mit à crier :
— « Aux badauds ! Aux badauds î »
Mais la raillerie ne dura pas longtemps, car je fis avancer mille mousquetaires, qui firent feu sur les escadrons du bord de l'eau, tandis que Mademoiselle leur fit tirer le canon de la Bastille (1; ; ce qui obligea M. de Turenne à se retirer dans le moment.
dans la bouche nt; lY'loulTAl. Son (ils (M.ircillac) le tenait par une main ot (iourvillo par l'autro, car il ne voyait goiille. Il <^tail à cheval et avait un pourpoint blanc, ('eux qui le nienaienl étaient tout couverts de snu^ comme lui et Tondaient en larmes; car, à lo voir en cet ét^it, je n'eusse jamais cru qu'il en eût pu échapper. Je m'arrt^lai pour lui parler, mais il n»' répondit pas. >• (Mémoires de matleinoiselle <k Montpensier.)
(1) M Je m'en allai à la llaslille, raconte Mademoiselle, où je n'avais jamais été ; je me promenai inn^temiis sur les tours et je lis charger le canon qui était tout pointé du cAté de la ville ; j'en lis mettre du rrtté de l'eau et »lu côté du faubourg ^Saint- Antoine) pour défendre le bastion. Je regardai avec une lunette d'approche ; je vis beaucoup de monde sur la hauteur de Charonne et môme des carrosses; ce qui me lit juger que c'était le Roy, et j'ai appris depuis i[ue je ne m'étais point trompée. Je vis aussi toute l'armée royale dans le fond, vers Hagnolet ; elle me parut très forte en cavalerie. L'on voyait les généraux, sans recoQDaitre les visages ; on les reconnaissait par leur suite. Je vis le partage qu'ils liront de leur cavalerie pour nous venir couper
M. le Prince rentra dans Paris comme un dieu Mars, munié sur un cheval plein d'écume, la tète haute et élevée, tout lier encore de l'action qu'il venait de faire. Il tenait à la main son épée tout ensanglantée du sang des ennemis, traversant les rues au milieu des cris d'admiration et des louanges qu'on ne pouvait se dispenser de donner à sa valeur et sa bonne conduite. Il m'envoya dire de faire camper l'armée (1) et qu'il était fâché de ne pouvoir pas me faire relever, mais qu'il m'enverrait à souper. J'en avais grand besoin, car il y avait longtemps que je n'avais mangé.
Voilà comme se passa cette journée, où M. le Prince lit des choses si extraordinaires qu'on ne saurait assez en parler. Il est à remarquer aussi qu'il chargea et regagna tous les postes avec le régiment de l'Altesse (2),
enlre le faubourg el le fossé : les uns furonl envoyés du cAté di- Popincourt et les autres par Neuilly, le long de lu Seine ; s'ils Peussenl fait plus tôt, nous «Hious perdus. J'envoyai un page, à tout»; bride, ru doiiuer avis à M. b' Prince. 11 rtail abirs au baut du cloclier de l'abbay»' Saiiit-Auluiiie ; et, t ouHuc je lui coulinnaisce qu'il voyait, il commanda que l'on marcbât |)<»ur entrerdaus Paris. Les troupes (ju»- messieurs les marécliaux de Turenne et de la Kerté avaient envoyées pour pousser les niUres, s'avancèrent près de la ville; l'on tira de la Bastille deux ou trois volées de canon, comme je l'avais ordonné lorsque j'en sortis. Cela lit peur. Le canon avait emporté un rang de cavalerie : sans cela, toute l'infanterit; étrangère, la liendannerie et({uelque cavalerie, qui étaient à l'arrière-garde (de Condé), auraient été défaites, parce que ces troupes avaient été obligées d'attendre du ^anon, que l'on était allé retirer prés de l'église de Sainte Marguerite. *> L'armée de M. le Prince s'alla poster dans le faubourg Saint-Victor ; celle du Uoy se retira à Montmorency et aux environs de Sainl-Oenis, où la Cour était toujours demeurée. »• (Tavanues.j
(2) « Dans le régiment de cavalerie de l'Allesse, le baron de Beaupré, commandant le régiment, fut blessé d'une mousquetade à la tête ; La Marconnière. capitaine, blessé h l'épaule; de
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qui était au complet en tout d'ofliciors et de cavaliers ♦*t qui se trouva, à la lin du combat, réduit à soixante maîtres, commandés par un maréchal des logis (1).
J'avais un aide de camp de Moulins, «{ui, quoiquMl «•ùt un coup dans le bras, ne me voulut jamais quitter î mais, le lendemain, il me demanda son congé, disant « qu'il avait rempli son devoir pendant cette journée, mais que, pour tous les empires du monde, il n'y retournerait pas. >) Il s'est fait capucin. .
Notre armée (2) demeura trois semain<*s à la Papetière, et puis elle fut reprendre le poste de Saint-Cloud, où nous fûmes longtemps. M. de .Nemours, qui n'était pas satisfait de M. de Heaufort, le fit appeler par Villars. Celui-ci lui donna rendez-vous aux Tuileries, sur les
SasI.iile, lapilaiiie, blessé à travers le corps ; le haron Menessaire, capitaine, vul un rhcval lut* sous lui et re«;ul deux coups dans sa cuirasse ; le coiiile de Lussan, capitaine, un coup dans son huTlle, qui lui lit une contusion, et un coup Invoralde dans !•• chapeau; Descostes, lieutenant du clievalicr de la Mollir, rut h- bras cass»'; du Mas, cornette, eut cinq chevaux lu^s sous lui; r.niix, mar/'chal des lopis, blessé* à mort; (Ihainbelb'», cavalier de la compagnie «lu comte des (.ars, eut trois chevaux tu^-s sous lui et, s'en reloui n.iuL à pied à la charge avec son niousipieton, un coup de canon lui brisa son «'pée, «lont il Hit lég/renienl blessé à la jambe. » {Heiation rén'lable.)
(Ij (Uiaque compagnie de cavalerie est divis<*e en quatre pelotons, commandés par le lieutenant, le cornette, le maréchal des loffis et le fourrier. Le maréchal des logis est, en outre, chargé de préparer le cantonnement. I.e capitaine, le lieutenant et le cornette sont b-s officiers de la compagnie ; le maréchal des logis <'t le Toiirrier sont les bas officiers.
(2) L'infatilerie com])renait six régiments français : Altesseiiiranterie, Langucdo»-, Valois, Condé-infanlerie, Bourgogne, l.angeron ; sept étrangers : Harla, Touvenin, Pellenis, Pluyren, Wanghen, Giey, Lamotte ; la cavalerie, cinq régiments français : Altesse-cavalerie, (îondé-cavaleric, Eughicn-cavalerie. Conticavalcrie, Persan; huit étrangers : (^linchamp, Witlenberg, lirone, Hossu, Kinski, Westrun, (^hermen, lîolac.
cinq heures du soir, lui troisième, n'ayant pu se défaire d'un tiers, qui s'était douté d»î l'appel qui lui avait été fait. Ils furent me chercher chez moi; comme je n'y étais pas, ils prirent à ma place un des gentilshommes de M. de Nemours (pii m'était venu voir. De là, ils allèrent au marché aux chevaux ; M. de Nemours, n'étant pas bien guéri de sa blessure à la main, voulut se battre à coups do. pistolet et il y fut tué (1).
(1) Le dur do Nomours, depuis le diiï« rond qu'il avait eu avec le duc de Heauforl, son beau-frôre, lorsqu'ils Ci)ininandaienl tous deux en Flandre, avait toujours conserv^^ une haine cl un mépris «''tranjjes pour lui. Il l'avait atlaipn', plusieurs fois, de paroles pour l'obliger ji se battre. De ijuoi le duc de Beauf(»rt «'éloignait toujours, tant parrerju'il aimait beaucoup la duchesse de Nt-mours (Klisabeth do Uonrbon-VcndAme). sa strur, dont il «'taif forl aimé, et qu'il ne voulait pas lui donner re déplaisir (car bien que son nmri ne vérùt pas fort bien avec elle el que ses galanteries avec la duchesse de CliAtilIon l'cmpéchassent de lui témoigner une ardente passion, elle ne laissait pas d'en avoir une ex ti-aord inaire pour lui) que parce qu'il n'avait pas la réputation d'aimf^r beaucoup à se porter sur le pré.
'< Depuis (|u«*lqiio temps, Nemours faisait paraîlir une telle passion contre Heanlort (ju'il était aisi* déjuger <|u'elle ne pourrail cesser que |)ar un combat. La violence de cette animosité I nveugla de telle sorte que, tout faible et tout incounnodé <|u'il • tait encore, il se découvrit au mun|uis de Villars, qui s'était entièrement attaché à lui, el l'obligea d aller appeler le duc de Beaufort... Chacun alla de son c(Mé vers l'hôlel de Vendôme el l'on se battit, rinq conln' cinq. Nemours avait Villars, La ('baise, Campan. rzerches, « apilaine <lf ses j;ardes ; Heauforl avait le corale de Ihissy, His, Hrillet et Héricourt.
« Nemours avait fait jiorter «lans son carrosse deux pistolets, chargés de cinq balles chacun. Il en donna un el retint l'autre, qu'il tira d'abord avec précipitation. Le coup porta »lans les cheveux de Heauforl, lecpiol, voyant (pi'il l'avait évité, dit h Nemours «ju'il se devait contenter et (ju'il lui donnerait la vi»; s'il la lui demandait. ÎS'emours répondit qu'il ne la lui demanderait Jamais et, ayant mis l'épée îi la main au.ssilôt après avoir tiré son pistolet, il porta un coup à Heaufort, qui en eut la main un
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Villars blessa Héricourl, qui en mourut ; Bussy (l) fut blessé. M. (le Beaufort vint ensuite à Villars pour le mallrailer, lui disant que c'était lui qui était cause de la mort de M. de Nemours; mais Villars lui répondit fort fièrement. Comme il vint du monde, chacun se retira. Il est constant que Villars n'avait aucun tort, car M. de Nemours n'avait pas besoin d'y être poussé ; M. de Beaufort fit tout ce qu'il put pour ne pas se battre, mais ce fut impossible (29 juillet).
Pendant tout ce temps-là, je ne quittai pas l'armée, où M. de Beaufort vint, dans l'incertitude de savoir comment le Parlement prendrait son affaire. Je m'en allai à Paris, où je dis à M. le Prince « (pi il n'était pas agréable pour moi, ayant eu le régiment de Nemours, d'aller prendre le mot de M. de Beaufort ». M. le Prince le trouva bon.
pou hless«'>e. A rinslaiit iii^inc, lieauforl lira son pistolet, dunt il donna droit dans IVsloniac de Nt'nuMirs, lui |irn;anl !«• cœur au-dossotiH do la niainfllo droite.
'« Villars et Bussy .se blessèrent tous deux; ayant vu tomber le duc de Noniours, ils y accoururent et les six autres ^cntilslioinnies aus.si. On le mit dans un carrosse pour l'emporter et il y expira incontinent. {Mémoires de Valentin Conrard.)
I/académicien Henseradc composii ce sonnet :
Nemoura. ce jeune prince «ime <lo tout it< mnndfl, l.eii dèlicei, l'et'lal et l'honneur de l.t (!our. Eu un duel «ungtunt viimt d-- |ierdi« le jour. Et laiM« en luu» les coBur* uuo douleur profonde !
Do nn> pirar» c<* horo^ es*. U »ource féconde : Tout le plaint, ioul y perd en ce lriitt< )K>jour : tit je no coinptu poiul l'iotcri^l de l'Amour, Dont pur cet arcideni lu |>ertc est s&nit tecuiide.
Chacun dilTerommeot témoigne »on regret.
Les hommes eo public, le» femmes en Mcret, Et SA pompe fum'bre est do Urmes suivie.
Uni n'en serait louché T qui ne plaindrait son sort I
Si même l'ennemi qui l'a prive de rie
Ne se tauriut jamjis consoler de sa mori !
(1) Reperde Malnitiii, romto dr Hiissy : cousin germain de la iiianjuise de Srviuix-.
Il arriva, deux jours après, que six cavaliers du régiment de Condé volèrent pour 100,000 écus de marchandises, que des bourj^eois de Paris avaient fait venir avec mille peines. Ils liront si bien qu'ils se saisirent de quatre de ces voleurs et les remirent à Tavannes. Lanques (1), qui était mcstre de camp de Condé, alla trouver Tavannes pour le prier de les laisser se sauver, qu'autrement M. le Prince ferait pendre les quatre meilleurs cavaliers qu'il eût dans son régiment, et qu'il ferait rendre ce qu'ils auraient pris; à quoi Tavannes s'accorda aisément.
Ces marchands, ayant su qu'ils étaient sauvés, en vinrent porter leurs plaintes à M. le Prince, à qui ils dirent cent insolences; ce qui mit M. le Prince dans un violent chagrin et, quoique ce fût à Tavannes qu'il dût s'en prendre, il ne lui dit mot, parce qu'il voulait lui ôter le commandement de ses troupes pour le donner au prince de Tarente (2). Il m'adressa la parole et me
(1) Clrradius de Choiseul, maniuis do LaiiqtiPs, meslre de camp d'Enghien-cavalfrie ; ce ré^jimenl dovicmlra Bourbondragons.
(2j « Le comte de Tarenle revint dt; Klaiidre avor. 5 on 0,000 hommes qu'il y avait levt-s à ses frais, cl les amena à M. le Prince qui, pour reconnaître un si urand service, se crut obligé do lui donner le commandement de ses troupes, qu'il lui demandait. Tavannes, à qui il en parla, lui dit :
— «« Que veut d<mc Votre Altesse que je fasse auprès d'Elle? L'honneur me permet-il de servir sous un autre dans vos troupes, après les avoir commandt'-es depuis tiint de temps? >»
» Le prince lui répondit que « n'ayant d'autres moyens de reconnaître l'obligation qu'il avait à son cousin le prince de Tarente, Tavannes devait «*lre nssex de ses amis pour s'accommoder à l'état présent dr ses affaires et que, s'il avait peine à céder au prince de Tarente le commandement qu'il lui demandait, il ferait en sorte (ju'il se conlenUU de l'avoir alternativement avec lui.
— Votre .Mtesse est. maître de ses troupes, répliqua
MAZAHIN
dit d'aller à l'armée pour retrouver ce qui avait été pris et que, si on ne le retrouvait» ma tùte en répondrait. Ma surprise fut si grande que je ne pus lui répondre et, comme je lui parus mécontent, il me dit ;
— « Vous me faites froid; allez vous faire tout outre ! »
Il monta en carrosse et s'en alla.
Je faillis assommer un de ces coquins de marchands, qui me demanda « quand je voulais aller à l'armée » ? Je m'emportai fort haut devant tout le monde, disant qu'il était bien dur de servir un prince contre son Roi et d'être traité de la manière, mais que pareille chose ne m'arriverait plus » ! A quoi j'ajoutai des discours fort piquants contre M. le Prince. Tavannes et les autres ofiiciers présents vinrent à moi pour me prier de ne pas m'emporter ; mais cela ne m'empêcha pas d'aller trouver M. de Châtillou, que je priai d'aller demander mon congé à M. le Prince qui, fâché de son emportement, me lit faire mille excuses : mais je n'en voulus pas écouter. Il dit à M. de Châtillon qu'il ne permettrait pas que je me retirasse et qu'il me priait de rester jusqu'à ce qu'il lui fût venu des ofûciers généraux de Guyenne ; mais je n'y voulus pas consentir et protestai que je ne le servirais pas un quart d'heure. Enfin, je le
Tavannes, p.l je la dois remercier de ce lenipérainenl qu'elle veut birii me proposn- ; mais ayant toujours command«'î seul ses troupes, je uc puis pas me r«'soudre ?i soulTrir un t ompagDon. Ainsi j(î la supplie de trouver bon quo je me retire, pour laisser le commandemrnt au prince de Taronte. »
» M. h* Prince, surpris au dernier point et piqué de voir que Tavannes se pri'parait à la retraite, lui dit lorsqu'il voulut prendre congé de Son Altesse :
— « Allez donc et donnez h Mazarin la joie de ra'avoir arraché mon bras droit pour l'employer contre moi-m<^rae I (On appelait, à Paris, Tavannes, le bras droit du Prince.) >» {Mémoires de Tavannes.)
[1652] LE VICOMTE DE TL'RENNE l 'i.'t
fis tant presser par Clinchump qu'il m'accorda mon congé. Celui-ci voulait m'engager au service du roi d'Espagne ; ce que je ne voulus pas, et je songeai à me retirer en Auvergne.
Les manières dures de M. le Prince lui firent perdre Lanques, Clérambault (1), Tavannes et quantité d'autres, pour (|ui il n'avait pas de grands égards, quoiqu'ils lui eussent rendu de grands services.
(1) Philippe de Cl< rambaull conilede Palluau, roinmanclanl le régiment mestre de camp </cnéral, i\u'\\ avait levé en 1616 et i|ui, apivs s'rlre (lislinmi.- à Lrus, à llelli»'! cl à Hli'neau, lulla de valeur avec le ir^iinriil di* l'Alli-sse au faubourg; Saiiil-Anl«»iiie. Licenrié en 1661.