‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 21 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE DUC d'aLBUR4^>UERQUE

Hlociiii d(> Uordraux (juin 105:)). — Ciiitittilalion (30 Jiiillrl). — Ih-parl <lc la priiu essc ilr llomK^. — La (loU»* «l'Kspagne. — cun- tir Pnuilluf. — M. Hmuliii; scuiinission il»* IV'rigu«'UX (16 s€'j»tt'iul»n'). — La r;tn' l'H (rniir

Le reste de l'hiver se pas-sa traïujuilitMiient. Au mois de mai 1653, M. de Caudale assembla les troupes à Marmandc, où Théobon(l) proposa do se rendre maître de Bordeaux, moyennant une intellifi;ence qu'il disait y avoir ménagée ; mais son projet y fut inutile, n'y ayant rien fait que d'essuyer une quantité de coups de mousquet qu'on nous tira quand nous voulûmes en approcliei (25 juin).

M. de Caudale me détacha pour aller prendre Bazas, où Saint-Meaux, excellent ollicier d'infanterie, était avec 800 hommes aguerris. Je n'en avais que 4,000; mais, à une vigoureuse sortie que la bourgeoisie voulut faire,

(1) Charles de Kotiiefortde Sainl-Ângel, marquis de Théobou, chef des Mazarins dans Bordeaux révolu'.

CHAYAGNACf MARECHAL DE CAMI*

Ton fil prisonniers 200 bourjfeois, avec les enfants du lieutenant général» à qui j'envoyai dire que, s'il ne me faisait rendre la place à neuf heures du matin du jour d'après, je ferais pendre ses enfants; ce qui l'effraya si fort qu'il obligea Saint-Meaux à se rendre.

Je n'eus pas plus tôt rejoint l'armée, qu'on marcha à Bordeaux pour en faire le siège. M. de Vendôme, qui y était arrivé depuis quelque temps (l), avait fuit construire deux forts sur la (laronne, dont l'un s'appelait le fort Neuchèze (2), et l'autre le fort (lésar (3).

Pt)ur faciliter les approches de la ville, on lit assiéger Iiourg(4), que les Espagnols tenaient et qui fut pris au bout de huit jours. Après quoi, nous demeurâmes à faire bonne chère dans nos quartiers, car il n'était question de prendre Bordeaux ni par famine, ni par force. Aussi n'en serions-nous pas venus à bout, quoique nous eus-

(1) Pour pnrlagpr avec le dur de Oiuda\c \v commandrmeni de rariiH'O royale de liuyenno.

(21 Le coininandeur de N'euclit'xe commandail la flotte royale qui bloquait Bordeaux.

(:{<Le dur de Ventlf'Muo s'appelait ('rsar; il «'lail ^M.iixl-inaiLre et surintendant g»'n»'ral de la navigation depuis 1050.

(4) Bourg-sur-(iironde, arrondissement de Blaye. <• Le dur de VendAnie entra dans la bouche de Dordogne; le duc de Qindale investit Bourg et, le 29 de juin, (It ouvrir la tran*'li/'r, ipril poussa si vivement (jue, le 2 Juillet, il <'*tait logé sur li* bord du foss^, ou il Taisait dresser deux batteries, qui lirent brèche et obligèrent les Espagnols de se rendre, le :i du mois. Le baron de Montesson fut lu^à ce siètîe, fort regretté du duc de Vend/ime, Apn'sla prise de Bourg, les deux ducs mirent le sièite devant Libourn»*, située sur la Dordogm*, plus haut que Bourg; et, l'ayant attaquée le t3 juillet, ils la battirent si furieusement «ju'elle leur fut rendue, le 18, par composition. Ces bons succès firent connaître au peuple de Bordeaux qu'il était tenifis qu'il ouvrit les yeux et que, s'il attendait plus longtemps à rentrer dans sou tlevoir, il se verrait contraint de se rendre à la discrétion du Hoy, qui le cliâlierail de sa rébellion passée. >» {Mémoires de Monglat.)

LE DUC d'aLBUHQUKHQIK

sions une armée navale et deux autres de terre; mais, comme cette jurande ville ne subsiste que par la quantité de vin qu'elle débite, nous ne doutions pas que les Bordelais ne vinssent à capituler en les empèchajit de faire leurs vendanges. Ce qui était si vrai que Mme do Longueville, Mme la Princesse. M. son (ils, M. le j)rince de Conti, et Marsin n'eurent pas assez de crédit pour les empêcher de capituler.

Les conférences s'en firent h Lormonl(l). A la première, le chevalier de Thodias(2! « demanda pardon au Roy et l'amnistie pour tous ceux qui avaient porté les armes contre leurs Majestés {3^. Mais il dit que, préalablement à toute chose, la ville demandait la sûreté des princes et princesses et des officiers qui étaient à Bordeaux, et à qui il serait donné des escortes et des passeports pour se retirer où bon leur semblerait. » Laquelle chose lui fut accordée, MM. de Vendôme et de Caudale n'y ayant trouvé aucune difficulté. Le chevalier, continuant son discours, dit « que Mme la Princesse souhaitait que sa personne et celle de M. le duc d'Enghien, son fils, fussent remises entre les nuiins de M. le comte de Chavagnac, pour qu'il les conduisit, sans aucun empêchement, à la flotte d'Espagne, qui était sur nos côtes.

M. de Candale répondit que n si Leurs Altesses ne

(i) Fauhourfi de Itordt'aux, sur la rivr gauche de la (iironde.

»2) Premier jurai. La j tirade éta'ii la inunirijKilitr do Bordeaux. » iK'puis le 26 juillel jusqu'au jour du traitr* de paix, qui fui, le 30, il y eut un nombre inroncevalde «l'Iiahilants d«' Itordt-aux qui allaient et venaient à l.ornxint, jiour U'Uioigner leur juie de i'v qu'on IfMir voulait acj-order la paix. Dans cetle « in onstanei' M. de Coininges, lieutfnanl u»'ii» ral. qui <»rrupail ii* postr où étaient alors les généraux, lit de ^'randissinies dépenses pour gagner le ru'ur des Bordelais, car il leur tint laide ouverte seplou huit jours durant. » {.\îcmoir€s du Pcrv lierl/iud.)

(3) La Hégente Anne d'Autriche et son llls Louis XIV.

CHAVACNAC, MARKCHAL DE CAMP

m'avaient pas liemauilf, il m'aurait choisi pour avoir cet honneur, sachant que ma personne leur pouvait être plus agréable et plus connue, attendu que j'avais été très longtemps au service de M. le Prince ». En même temps, il se tourna de mon cùlé pour m'ordonner, de la part du Roy, que j eusse à faire tout ce que les Princes pourraient souhaiter il) pour leur sûreté, et même, ayant su (|ue Mme la Princesse désirait nie parler pour régler tout ce <|ui lui était nécessaire, MM. de Vendôme et de Caudale voulurent que j'allasse la trouver.

Le comte de Marsin ne Peut pas plu?» idi appris qu'il vint au-devant de moi pour m'embrasser, me protestant que si je ne lui donnais pas ma parole, il trouverait bien le moyen de faire un assez gros parti dans la ville pour rompre toutes les mesures qui étaient prises. Comme j'avais la foi de M. de (Vandale, je lui donnai 1;» mienne sans dilliculté.

Mme la Princesse me reçut avec beaucoup d'honnêteté.

— « Bien que vous ayez quitté le service de M. le

(1) A l'inslipilion de VcihIoiik-, .M,-i£<irin i'i>|)rorlin à (.^iiiclalK •l'avoir trinoiiiin' trop tlVganls au prince rl aux [iriiiri-sses r«*- Ih>IIch. Caiulale lui iVrivil :

>» Les lois mêmes lie la guern-, (Voire Kiiiiiii'nee le snil mi<>ux i|ue personne) ne sont pas eonlrairesA relies «le la i-ourtoisie el je suis sûr «lu'bllle m'aurait tlonné du M.nne si, tout en rendant ee que je dois tie Hdélilr rt d'alTerlion ;iu siTvirr «lu Koy, je n'avais rendu h Mme la Princesse à M. ptin<e de ('onti el aux aulH'S l«'s bons oflii es «{u'on ne pouvait nn'nie pas dénier aux personnes indilTén-ntes. J'ajoulerai encore, Monsieur, que peul-«!'lre celle façon d'agir n'a pas élé inulile au .«service de Sa Majesté, el que, si je ne me fusse trouvé capable d'établir quelque « onflance dans l'esprit d«; M. le Prince de ('onli, il n'eùl pas si facilement embrassé la paix;<:«! qui a contribué en quelque chose au bon étal des alT.iires de ce pays.

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