‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 22 sur 88 · I.K I>LC D'ALBUnyUERQUK · texte numérisé non relu

I.K I>LC D'ALBUnyUERQUK

Prince, nit* dit -elle, j'ai, néanmoins, une si grande confiance en vous que je n'ai pas voulu remettre ma personne dans d'autres mains <|ue dans les vôtres. »

Le prince de Conti se relira à la (irauge, proche Pézenas. (lominges conduisit Mme de Longueville à bazas, chez M. d']']pernon, et, de là, à Moulins, au couvent de Mme de Montmorency (1). •

Voilà comment toutes clioses furent réglées. Mme la Princesse demanda 50 t hevaux de selle, 20 charrettes et 4 l'arrosses. Marsin me dit »|ne, comme il n'avait pas d'argeflt, il lallait que je le défrayasse ; à quoi je m'accordai de hon cœur. •

(lommc .Mme la Princesse faisait ses adieux, je vis madame de Tourville (2) qui mettait les pierreries de Mme la Princesse en gage pour mille pistoles (3), dont elle avait besoin. Ce qui m'obligea, comme j'avais l'argent, de les envoyer clierclier à mon quartier. Je la forçai à les prendre, bien qu'elle fût longtemps à s'y résoudre. J'emportai quantité de lits de camp dt* l'armée, dans quoi je les couchai.

Après leur sortie de Mordeaux (2 avril), (ce qui ressemblait à un spectacle assez triste, i à quatre jours de marche, nous aperçûmes l'armée navale d'Espagne, qui était à l'ancre devant Castillon de Médoc. J'envoyai un tambour battre la chamade ; ime chaloupe en approcha pour savoir si c'était Mme la Princesse. Ce qu'ayant

(I ) .Mari«'-Kclice des Ursiiis, i<'lij.'irustî an « uuvriii <les Daines de la VisilatÎMii, (Je(>uif( le sup|ilice du dm- llriiri de .Munlruorency, hoii mari, le vaincu «l»* <-i.s(i-hiandary, df^inpiU' h Touliiuse »»n Hî.12.

2) Lucie de Iji Uoclirroiirnuld, l omlesse de Tourville (veuve »'n premières n"M i«s de (irolTioy d>- Dinfnrt), daiiif iriionnenr d«' la priiii'esse de Cnndt- ; son llls fui 1»^ niariii rt-IMu'i'.

(M) Moiiriaic d'<M' espagnole, m usa^** depuis l'Iiilippi- Il i|ui devint monnaie rouranl)- « n Franre ap^^8 le mariage ile Louis XiV. Kn I6:i:{. la pistoh- valait M livre.s 12 sols.

appris, il vint un offîcier pour demander si Ton voulait permettre au vice-amiral (l) de mettre pied à terre pour la recevoir. Je lui répondis qu'il en serait le maître ; sur quoi, le vice-amiral et le duc de Veragas vinrent baiser le bas de lu robe de Mme la Princesse, qui présenta sa main au duc. Ce dernier, me croyant de la suite, me flemanda « si jo connaissais le fort César, et s'il était vrai que celui qui y commandait était un brave homme »|ui avait servi M. le Prince. » Je lui répondis qu'il avait quelque réputation dans le monde ; ce qui le contenta fort. '

— •« M. le duc d'Alburquerque (2), notre amiral, l'éprouvera dans peu de jours, quand il attaquera le fort César, » me dit-il.

Je l'assurai que celui qui y commandait serait ravi de l'y voir. Marsin, cjui avait écouté son discours, lui dit « qu'il ne pouvait trouver personne qui lui en donnât de meilleures relations que moi-même, puisque c'était moi qui y commandais. »

Quoiqu'il fût un peu surpris, Veragas ne laissa pas que de me faire toutes les honnêtetés possibles.

Pendant que nous tenions de pareils discours, je remarquai que Mme la Princesse donnait la main au vice-amiral pour se rapprocher de nous; je m'éloignai, feignant d'avoir affaire ailleurs, n'ayant pas le cœur de prendre congé d'elle. Quelques moments après, s'en étant aperçue, elle ne put s'empêcher de laisser couler •fuehiues larmes, que lui faisait jeter, sans doute, la douleur devoir le triste état auquel une personne de son rang était réduite. Dans l'instant, elle s'embarqua (3), et moi, je m'en retournai à Bordeaux.

(1) Don Kniin.iuiii l fie Uamiuellns, «l apivs l.riH'l.

(2) Kraiirisi (»-lM'nijmil«'r la Ciicn a.

(M) A l.fspjirn', li; A ;un)i loii.i. sur Saii-Salvador, vaisseau espagnol ilo 30 raiious. Klle (lébanjua à Diinkonnu', le 2fi, et

LE DUC D'ALnURQURnQUE

Deux jours après y être arrivé, un trompette espagnol m'apporta une lettre de Mme la Princesse (la plus honnt^te qu'on puisse jamais écrire;, en me renvoyant les mille pistoles (jue j'avais prêtées pour elle à Mme de Tourville. Tous ceux de sa suite m'écrivaient dans des termes pleins de reconnaissance, mais il n'y en avait pas d'approchant de ceux du comte de Marsin, qui me jurait (|u'il m'était redevable de la vie et qu'il ne la conservait avec plaisir que pour me faire connaître, jus- ({u'à la fin de ses jours, <|ue je n'aurais jamais un ami plus tendre et plus sincère (1).

Cependant nous passions à Bordeaux la vie du monde la plus agréable, par la bonne chère que nous y faisions loù les dames étaient toujours appelées), quand M. de Caudale fut averti <jue l'armée navale d'Espagne se fournissait de vivres dans le Médoc, dont la subsistance lui donnait lieu d(î faire de longs séjours sur nos C(^tes. On m'envoya, avec deux mille chevaux, pour m'y opposer, et je lis une grande diligence alin que les ennemis ne fussent pas avertis de ma marche.

En arrivant, je détachai, la nuit, La Rochelidoux (2),

aV'Uihlit à Viiloiuieunos. ('ond»', a|»ivs avoir rapi»?!»'» I»» «lue. «rKntrhitîn à Bruxelles, auprès »!»» lui, ne vil sa feuime que le 30 juin IGJiV, à Mons, où il lui avait donné reuiiez-vous dans une chanihre d'auberge.

(1) u Marsin se mil dans une frégale de l'arniée navale d'Kspagne et, /-tant sorti de l'enihoucliure île la «iaronne, se sépara, en uier. de la prinr««sse, qui |»ril sa route pour Flandres et lui pour Kspauiie. Il arriva le IV aoiU h Saint-Sébastien et.

a Madrid, où il fut re(;u aver beaucoup de ténioiiiuages d'amitié du roi d'Es[>aKne, de toute la Cour et <le don l.uis de llaro, son Tavori et premier ministr»-. Il fut honoré de la charge de capitaine général. (lialthazar.)

(2) Rocli de Mérinville, de la Hocliolidoux, mestre de camp de cav.'ilerie.

CHAVA(;>rAC, MARKCIIAL DE CAMP

frèn» de Merinville, qui était colonel, avec 50 soldats, pour surprendre ceux des ennemis qui auraient mis pied à terre. Il ne manqua pas de les rencontrer, à la pointe du jour, en train de s'embanjuer. Il les chargea vigoureusement, les Wattit i*t nramena un lieutenant avec trente prisonniers. Si bien que je dispersai mes troupes dans le pays et que les Espagnols ne s'avisèrent plus de falrf aucune descente.

Le lendemain, un trompette de M. le duc d'Alburquerque aborda, dans une chaloupe, aune garde que je tenais au bord de la mer, pour me prier, de sa part, de lui laisser acheter un panier de fruits et deux paires de poulets. Le duc m'écrivait qu'il n'en userait pas de même s'il ne se sentait in(lisp«)sé. .le lui fis réponse qu'il ne lui serait rien refusé de tout ce qu'il pourrait désirer pour sa personne et qu'en attendant le lendemain, on lui enverrait un rafraîchissement. Je le priai d'accepter pour son souper une demi-douzaine de perdrix, autant de dindonneaux, une «iouzaine de poulets, six bouteilles d'excellent vin, pour mettre dans deux cents livres de glace, que je faisais mettre dans sa chaloupe et, le lendemain, je lui envoyai, par mon page et un trompette, des veaux tout en vie, six moutons, trente paires de dindons fort gros, deux cents volailles, (tant chapons et poules que poulets), cent paires de pigeonneaux, douze perdreaux, vingt-<|uatre cailles, quantité de fruits, douze douzaines de bouteilles de vin choisi et trois tonneaux de glace. Albur(|uerque reçut mon présent avec beaucoup d<^ joie et ne donna qu'une douzaine de poulets au vice-amiral. Apres quoi, il congédia mon page et mon trompette, sans leur avoir rien donné ; il se contenta de m'envoyer une chocolatière de cuivre, avec six bouteilles de chocolat. Ce qui me surprit un peu, ayant toujours ouï dire que les Espagnols se pi

[i6531 LE nue u'ALnungiiKHQLE 169

qiiaient, au-dessus toutes les nations, de libéralité et de magnificence.

Deux jours après, ils levèrent l'ancre en remontant du côté de la rivière «(uasi vis-à-vis de Hlaye, à cause que le curé de Pauillac (1) leur fournissait des vivres et les lui faisait conduire, à couvert d'arbres assez épais qui empêchaient qu'on s'en aperçût. Je ne man(|uai pas d'en être bientôt averti ; ce qui m'obligea de partir et de marcher toute la nuit avec trois cents chevaux, que je cachai derrière une butte, distante de cinq cents pas de Pauillac ; ensuite, j'entrai dans ce lieu avec vingt cavaliers et une douafaine d'officiers. Nous surprimes un homme, dont l'embarras redoubla mes soupçons. Je l'obligeai à me conduire chez le curé, qui demanda, en gaS(X>n, « si c'était Pierre qui heurtait. » Pierre ne lui aurait pas répondu si je ne l'avais pas menacé de le tuer en cas (]u'il y manquât; ce qui nous |)ennit de prendre le curé sans tumulte. Il se jeta à mes pieds pour me demander pardon et la vie, me promettant de m'avouer toutes choses. J'y consentis à ce prix-là; si bien qu'il me découvrit que, « le lendemain matin, quatre cents sacs de farine, dont le marché était fait à une pistole pièce, devaient être livrés aux ennemis, qui les viendraient prendre dans leurs chaloupes; que la moitié de la farine était «lans la grange et le restant dans les maisons qui étaient de 1 intelligence ; que les Espagnols ne devaient débarquer qu'au jour et après avoir vu le signal ordinaire, qui était : un linceul blanc, qu'il faisait mettre au clocher pour les avertir. »

Après que j'eus tiré du pasteur effrayé tout ce que je voulais savoir, je le fis monter au clocher avec quatre cavaliers et un officier. Après quoi, je mis en embuscade soixante maîtres, avec leurs mousquetons, aux

(1) Arronrlissfint'nl Hc ï.fsparr»' (liimmlf .

deux côtés d'une espèce de port que la mer faisait à Pauillac ; vingt autres dans l'église et vingt dans les maisons voisines. En attendant le jour, je me saisis des plus considérables de ceux <|ui avaient commercé avec les ennemis. Comme j'appris qu'il en devait débarquer six cents, j'étais dans quelque sorte d'inquiétude de n'avoir pas amené assez de monde, quand La Hochelidoux, qui n'était pas éloigné de ce quartier, ayant appris que j'avais marché une partie de la nuit, marcha sur mes traces et joignit les autres troupes que j'avais laissées sur la butte. Je fis mettre à pied encore 200 hommes de son régiment, avec lesquels je renforçai mes postes, auxquels j'ordonnai de ne pas tirer avant les quatre coups (pi'on tirerait du clocher.

Quand l'heure fut venue, je fis faire le signal dont le curé était convenu, qui ne fut pas plus tôt remarqué de la flotte, je ne saurais exprimer l'empressement que tout le monde avait pour se mettre dans les chaloupes.

Pendant le temps qu'elles abordaient je descendis promptement ; j'avais le plaisir de les compter quand ils débarquaient. Enfin, quand il y en eut 'lOO à terre, je fis signe à mes gens du clocher, qui tirèrent aussitôt. Les pauvres Espagnols se trouvèrent entre trois feux et moi, qui les chargeai avec le reste de ma cavalerie. Il y en eut 100 de tués et 100 faits prisonniers, à qui je fis faire (|uartier, 2 capitaines de vaisseau et 27 officiers. Ceux qui n'avaient pas encore d«*l)arqué regagnèrent leur flotte, dont nous essuyâmes le canon, sans qu'il nous tuât un seul cheval, ni que les Espagnols pussent retirer 18 chaloupes, (pie nous prîmes, et 1 brigantin, (jue je fis conduire, avec bien de la peine, par un petit canal, (|ui entrait assez avant en terre pour être en sûreté. Je fis amasser toutes les farines et autres provisions, que je fis distribuer aux troupes.

Le jour suivant, je retournai à mon pnîmier quartier,

LK DUC l>\LIUingL KRQUfc:

où les Espagnol» vinrent mouiller. J'y trouvai le trompette (lu duc (l'Alburquerque, qui m'apportait une de ses lettres, par laquelle il me priait de lui rrndre ses prisonniers et qu'il m'en payerait la rançon «pic je désirerais. En attendant (|ue je lui lisse réponse, je fis manger les deux capitaines de vaisseau à ma table <'t les autres officiers à celle de mes aides de camp, où, sans vanité, je crois qu'ils faisaient aussi bonne chère que dans leurs vaisseaux.

Le lendemain, j'écrivis à leur amiral (jue « s'il n'avait pas les prisonniers <|u'il désirait, c'était parce que je n'en étais pas le maître ; mais (jue, s'il voulait envoyer prier M. de Caudale, qui était à Bordeaux, je ne doutais pas que le duc n'allât au-devant de tout ce (jui pourrait lui faire plaisir ». Un des capitaines me dit <pie jamais il ne le ferait, sur la prévention qu'il avait, qu'étant Espagnol et ayant une charge au-dessus de celle de M. de Caudale, il tiendrait au-dessous de lui de lui donner seulement le titre d'Excellence. Je répondis cpie « je ne savais pas comment son amiral le traiterait, mais que j'étais fort persuadé que mon Général ne lui ferait pas réponse s'il ne lui donnait pas le litre d'Altesse ; qu'en attendant, il ne s'embarrassât de rien et que je tâcherais de faire en sorte «fu'il n'ait pas lieu de se plaindre de moi ».

— « Bien que je sois né Espagnol, me répondit-il, néanmoins il n'y a qu'un an que je suis revenu dans mon pays ; aussi n'ai-je pas la manière de ceux de ma Nation, qui s'imaginent qu'elle est au-dessus de tous les autres. A mon retour, on m'a obligé de monter le meilleur vaisseau de la Hotte, quoique j'eusse toujours commandé une escadre en Klaiulre, où le temps que j'ai servi m'a donné lieu d'apprendre le peu de français que je sais, et c'est par cette raison que M. le duc d'Alburquerque m'a envoyé à terre pour faire le march»» des

172 chvva<;nac, markcii.kl de c\mp

farines, où j'ai été fait prisonnier ; mais je m'en console par le bonheur que j'ai de vous connaître et, quel que soit mon malheur, vous en avez trop bien a^'i pour que je me plaigne de ma destinée. »

Jf lui témoignai ma reconnaissance d'un discours si obligeant. Ensuite, on m'apporta euAiron mille lettres «[u'on avait trouvées dans \o brigantin. J'en retournai qui étaient adressées à don Pedro de los Lassos (c'était le nom de mon capitaine), qui me remercia de les lui avoir rendues. Ensuite nous en trouvâmes plus de cent, de maltresses très rmportées; mais une surtout, qu'on écrivait au duc de Veragas, plus tendre que les autres, (inissait par un reproche honteux de ce qu'un homme de sa qualité pouvait être si longtemps à l'armée.

Le jour suivant, je demandai à don Pedro s'il voulait profiter du pn-sent de M. le «lue d'Albuniuenjue ; il demanda à le voir et s'en servit. Ensuite, 8't4ant informé auprès de mes gens si c'était moi (\u\ avais envoyé ce rafraîchissement de fruits et de viande à son amiral, il me pria d'agréer que les prisonniers envoyassent un de mes trompettes à leur armée pour leur apporter du linge: j'y consentis agréablement.

Le lendemain, on leur conduisit une grande caisse, qu'ils me supplièrent de faire ouvrir, afin qu'ils ne fussent pas soupçonnés d'avoir rien fait venir de suspect. Je les assurai que je n'en ferais rien, sachant bien qu'il leur était impossible de me nuire. Une heure après, je les vis revenir avec (piatre belles peaux d'Espagne très grandes, un<; douzaine de paires de gants admirables, des cassettes pour mettre les lettres, des chapelets d'ambre fort agréables à sentir, une chocolatière d'argent et quarante livres de chocolat, qu'ils m olTrirent et qu'ils me conjurèrent d'accepter. Je ne fis aucune difliculté de les prendre et de les en remercier.

LE I)L'<: n'ALBURQUER(jUK

Le jour mt-me, leur année s'en relouriui en Espagne. Je ne manquai pas, sur-le-champ, d'envoyer un courrier à Bordeaux pour en instruire M. de (Vandale. Il m'envoya ordre de le venir retrouver avec les olliciers prisonniers ; de faire conduire les soldats a Blaye et d'envoyer au camp mes troupes, qui avaient assez besoin d«* repos. Après y avoir pourvu, je m'embarquai avec mes prisonniers, mes gens et quinze cavaliers, dans le brigantin que j'avais pris sur les ennemis. Dans peu d'heures, j'arrivai à Bordeaux, où M. de Caudale me lit autant d'amitiés qu'il lit de civilités à mes deux capitaines, qui en étaient charmés. Je lui lis voir le présent, qu'ils m'avaient fait et je le partageai avec lui.

Pendant huit jours, ils furent régalés à merveille; au bout desquels, un trompette espagnol apporta leur rançon (1). M. de Caudale n'en voulut point recevoir et les renvoya dans leur brigantin après les avoir embrassés, il donna à chacun une bague de cent pistoles et, comme s'il voulait faire connaître la dilTérence qu'il faisait de don Pédro de los Lassos et de son camarade, il s'ôta son baudrier en broderie, avec une épée d'or parfaitement belle, qu'il le pria de porter pour l'amour de lui. Don Pedro la reçut avec beaucoup de respect et desoumission ; après quoi, je fus les accompagner jus-

(I) l.a raiiroo reiiioti(<* ;iu Moy«"n-ilfçti ; c'i'.hI uiir coutume rlu«vaieres4|ue, ipie les ^«'iililshuiiinics curciix'fiis du Uix-S('|ili«'nit> aiLM:lf (iiU •■onstTvri', juir respect |»our leurs aïeux." Entre tous ces vaillants, [uiur qui la liuerre est le jeu préféré, il y a ut> îMM'rel aiTonI «le rléuienee, un éclianue Ar. i;énér'.»sité, qui Inul que le vaincu est reru à ranron. Il mange a la tahie «le sun vainqueur; il aiiroil à tcius les égards imposés pau* les lois de la cli«^ Valérie. (ju«'lquefois, il reste libre sur sa parole, el le prix de s.i raD«;oii devient une question cramour-propre. Ihi liuesclin, prisonnier, triplera la somme lixée par le Prince Noir, en lui jurant qu'il n'y a Temme ou lille en liretagne «pii ne iilcra une qtonouille pour sa ran«;on. •» (lia lai lira françaises. Tome 7.)

CHAVAUNAC, MAHKCIIAL DK CAMP

qu'à la mer, où je leur fis présent à chacun iPun beau justaucorps, tout couvert de galons d'or, d'un baudrier à franges de même, et d'un boucpiet de belles plumes ; ils m'en parurent si touchés que les'larmes leur en vinrent aux yeux.

— « Vous nous avez si bien traités, me dirent-ils, que nous souhaiterions que vous en eussiez mal usé, afin de ne pas avoir le chagrin de quitter des gens qui nous mettent dans l'impuissance de reconnaître jamais la centième partie de l'obligation que nous leur avons. »

A ces mots, j 'embrassai don Pedro, dont la séparation ne laissa pas que de me faire une véritable peine.

D'abord que je fus arrivé, on me détacha, avec 6,001) hommes, pour aller assiéger Périgueux d'un côté» tandis que Sauvebœuf l'attaquerait de l'autre. II. devait me donner la parofe (1), et moi, commander les attaques et agir sous ses ordres. (jhanlost(2), avec 1,200 hommes du régiment de Condé, en était gouverneur et se préparait à une grosse défense.

Je dinais, à dix lieues de Bordeaux, chez le marquis de Forsat (3), mon parent, quand trois hommes y abordèrent, disant avoir des lettres pour M. le comte de Chavagnac de la part de la Ville. Je trouvai qu'elles étaient d'un magistrat, nommé Boudin, qui avait eu un dilTérend avec Chanlost. Celui-ci, pour le surprendre dans des intelligences avec nous, était allé heurter à sa porte; Boudin, en ayant été averti et se voyant

(1) L«' mol tl'ordrt'.

(2) Louis Piodefert, baron il.» Cliaiilusl, ijiii /-luil ilaiis Périgueux, avait »'U ordre drpuis peu, di- Marrliin, de tenir toujoui-» bon pour sitii niaîlrr, lui proniellanl un puissant secoure. A «luoi ClianlosI s'allai iia fini vi^'ourcuscnicnt. iHisloire de la guerre de (îui/enne par le colonel liallhnzar. Hëimpressiou de Charlea Barry.)

(3) Jean de la Baume.

LE DUC D'ALIit'll(^>LER(^>UK

perdu, pria deux de ses amis de le défendre. Ce qui leur fit prendre trois mousquetons, qu'ils déchargèrent sur Clianlost et deux autres oHiciers, qu'ils tuèrent sur la place ; et aussitôt, sortant dans la rue, ils crièrent :

— Liberté! Vive le Roy! Le tyran est mort! (1)

La Baume rassembla le régiment dans un canton de la ville, mais, se sentant accablé, il se rendit à discrétion (K) septembre).

C'était ces messagers que Boudin m'envoyait pour en porter la nouvelle à M. de Caudale, afin de recevoir ses ordres sur la manière dont on devait les traiter. Ils ajoutèrent que Sauvebœuf était venu à leur porte, mais qu'ils n'avaient pas voulu lui ouvrir, sachant bien qu'il les ferait piller. Je les louai de leur zèle et de leur courage et leur donnai un oiHcier et six cavaliers pour les conduire à M. de (Vandale.

Pour moi, j'allai, avec 150 maîtres, à Périgueux, où j'arrivai à minuit. Boudin m'en lit ouvrir les portes et me vint recevoir à l'entrée, à la tête de tous les plus considérables, me priant instamment de ne laisser entrer Sauvebœuf ni ses troupes que je n'en eusse reçu ordre de M. de Caudale. Je leur en donnai ma parole et ils n'eurent pas lieu de se repentir de la confiance qu'ils avaient en moi, car un trompette de Sauvebœuf ayant demandé à me parler, je sortis de chez le maire, où l'on m'avait logé, pour m'en aller à la place, afin que tout le

(1) l/aulro jour, un bourpoois fougueux

Dv In villo de Périgueux, l>*un roup de daguo inenrlri^rr HenviTsa Chanlosl dans la bit-re; Le susdit Clianlost poignarda Cominandail illec pour Condé.

Cet acte, quoique plein d'audace, Kul lou^' de la populace.

{Muse historique de Loret.)

CHAVAUNAt, MARKCHAL DK CAMI*

inuude l'iU témoin de la manière dont je lui parlerais, il me dit, de la part de son maître, a qu'il me priait de lui faire ouvrir une des portes, où il prétendait être haranj^ué par Messieurs de la Ville, et que je vinsse audevant de lui avec les gens que j'avais amenés, et (pi'il ni' manquerait pas d'y être après dîner. »

— «J'ai donné, répondis-je au trompette, ma parole à ce» Messieurs qui m "ont apporté les clefs de leur ville, que personne n'y entrerait auparavant que je n'en eusse reçu l'ordre de M. de (landale; ainsi, (jue ton maUre ne se fatigue pas à y venir, car assurément, il n'entrerait pas. »

Sur quoi, tout le peuple se mit à crier :

— M Vivent le Roy et Chavaguac qui nous préservera du pillage î »

Sur le soir, arrivèrent les ordres de M. de Caudale pour Messieurs de la ville, à qui il ordonnait de me recevoir, et à moi de ne laisser entrer ni Sauveba^uf ni aucun de ses gens. Par apostille, il me manjuait (ju'il y viendrait lui-même, mais que je n'en dise rien à personne.

Sur ces entrefaites, La Baume, lieutenant-colonel (1) du régiment de Coudé, me lit prier d'agréer qu'il me parlât, me faisant représenter l'extrême misère où étaient ses gens. Je fus le voir ; je le trouvai à demi-nu^ ainsi que tous les officiers du régiment, deux pages de

«Il l.»' (]»>l()n»'l i;f'»n«'Mal «J«' rinfaiileii»' rranraisr, t|ui t'iail. en UuV.i. U' ihïf «l'Epcmun, frow aiur dti «lur de (^inilalp, ••nlrolenail dans <-haqu«' rrgiiiionl une rompatîîiii*, la VoUmelk, qui lui nppartrnail. dette compagnie êlail coimiiandée parmi rapilaine, lieutonant du colonel jit''néral, qui priMiail !»■ lilre de lieutcnanlcolonel. Ayhnl le pas sur tous les autres capitaines du régiment, il tUait le second du nieslre de l anip. I.a charge de (lolonel général fut supprimée par Lnuis XIV le 26 juillet ItWl et tous les nieslres ile cauip devinrent iles colunuls, mais les lieulenanU»colonels fnreni conservés.

LE DUC d'aLBURQUERQUK

M. le Prince qui servaient Chanlost, et son premier ecuyer. Comme ils s'étaient rendus à discrétion, on les avait très mal traités. Le management que je devais avoir pour la ville m'obligea à proposer à Boudin de faire un autre traité, duquel il me rendit le maître, en ajoutant que, comme il avait bien prévu qu'il faudrait l eudre les habits aux ofticiers et aux deux pages de M. le Prince, il les avait fait serrer chez lui. La bonne volonté et l'amitié, que je savais que M. de Caudale avait pour eux, me fit prendre sur moi de faire faire, pour ces ofliciers, un autre traité, qui fut : « qu'on leur rendrait, jusquesauxsoldats, tout ce qu'on leur avaitpris ; qu'on leur donnerait un passeport, pour eux et tout le régiment, pour joindre en Flandre M. le Prince (1), à qui l'on renverrait ensuite ses deux pages, avec quatre chevaux d'Espagne qui lui appartenaient. » Ce qui fut signé par La Baume et Boudin, et le tout exécuté comme je l'avais arrêté. Ensuite, j'emmenai dîner avec moi tous ces officiers ; je prêtai 300 pistoles pour ceux qui en avaient besoin ; ce dont ils m'ont témoigné, depuis, tant de reconnaissance, que je ne me saurais lasser de vous représenter, mes chers neveux, de ne laisser jamais passer une occasion de rendre service et d'obliger tous ceux que vous pourrez, (^ar, sans compter qu'un bienfait n'est jamais perdu, je ne connais pas une satisfaction plus grande pour un honnête homme et qui llatte plus un bon cœur, que de faire plaisir aux gens quand on est en état de le pouvoir faire.

Deux jours après, M. de Caudale arriva avec quantité d'ofiiciers généraux, à qui je donnai à souper en arrivant. Après quoi, M. de Candale me dit qu'ayant

fl) En sepiiiiibie I0o3, (^ondé parlageail avec le comte de Fuetisaldagn.i le eumuiaudemeal de l'année espagnole des Flandres. Tureuae et La Ferlé leur AUient opposés,

ch.\va(;nac, maréchal de camp

appris qu'il y avait encore beaucoup de séditieux dans Périgueux» il voulait absolument en faire un exemple, mais surtout du maire. Comme c'était le maître de la mais(»n où l'on m'avait logé, je le priai instamment de m'accorder sa grAce. M. de Caudale y eut mille peines ; mais enfin il me promit qu'il ne serait pas pendu et me le donna pour en faire ce que je voudrais. Comme il fallait châtier quelqu'un, il fut résolu d'en faire pendre quatre autres et de raser toutes les fortifications de la place. On me chargea d'apporter le mémoire de l'argent qui serait nécessaire pour le démolissement, qui montait à 20,000 francs (1).

Le soir, en m'en retournant, mon hôte se jeta à mes pieds, me disant : « (^)u'il me devait la vie ; que tout son bien était à moi ; que j'en pouvais disposer, ainsi que du reste de ses jours, comme je le trouverais à propos ; mais qu'il me conjurait d'avoir pitié de lui et de toute une famille désolée, qui se mettait entièrement sous ma protection. »

Je lui répondis qu'il no m'avait aucune obligation e^ que je ne concevais pas d'où venaient ses alarmes. Mais il m'assura <» qu'il était dans son cabinet, dont la porte répondait dans la chambre où M. de Caudale avait tenu conseil, et d'où il avait entendu toutes choses ; mais que rien ne pouvait représenter l'agitation et l'inquiétude qu'il avait ressenties pendant ((u'on agitait la question de savoir s'il serait pendu ; qu'il | me recon-

(1) Le fraiiL, liaitcus nummus, riait lu iiiotniair d or (jin, suu.s Ciiarleiniiuiu', valait :J0 sols il'arpenl, qui pesaient ime livre. Suus Jean-le-Hon, en 1300. mi fabriijua le franc à cheval, petite pièce d'or repn^seiitant le i i>i à cheval. (Charles V (It frapper le franc dpic*/, représeiilanl le roi sur .son trAne. Henri III, en 1575, créa le franc il'argeut, le demi-franc, le quart de Tranc, portant d'un côté la face du roi, de Taulre la pile croix à fleurons. La Uévolutien a fait du franc d'argent l'unité monétaire.

[1653] i,E Dtc d'albubqushque 179

naissait après Dieu, pour son sauveur, et qu'il voulait me sacnfler sa v.e pour n,e ...arquer sa'reconnais-

. Je fus touché de son discours et le rassurai de mon m>eui. Apres quoi, j'envoyai ordre au prévôt (i , de Péngueux de se saisir des quatre qu'on avait nommés el qu on fit exécuter sur l'heure.

Le lendemain, M. de Caudale, ayant fait venir les

du Roru 'h': 7"'' "PP'-*"''- ""-tic-

du Roy, leur dit d'une voix menaçante :

- « Sa Majestc a bien sujet de se plai,.dre de votre condmte sur ce que vous avez envoyé u..e députation à M. le l'r.,.ce pour le supplier de vous envoyer des roupes et ..„ gouverneur po.,r vous proléger contre les .mpôts qu on vous obl.goait à payer tous les jours. Et pour vous fa.re v„.r. Messieurs, qu'on ne saurait douter de votre cr.me, j'a. porté avec moi la copie de la harangue que vous fîtes à .M. le Prince. Jugez, après cela Messieurs, les sentiments où le Roy peut être sur votre' compte, se voyant t.aité de tyran par ses sujets Néanmoins la bo,.té de Sa .Majesté est si grande quSle' veut b.en vous accorder une amnistie générale, à la réserve de quatre des plus séditieux, qu'on a fa t mourt pour servr d exemple à ceux ,,ui lui manquent de fidé^ ht . Elle ordonne, de plus, qu'on fasse iaser vos mu. clTe'J:: P---' vivre en repo.

Sa harangue finie, il congédia l'assemblée, qui fut fort surpr.se d'apprendre qu- leur ville n'allait être désormais qu'i.n village.

L'après-dinée. le président de Châtillo.i me vint (0 Magistrat de prtmiirt instance, en .natiire civile et crimi

l^tl!7r, t «"'"^o (bourgeoi Je e, pe "1" :

c e«t le chef de la pol.ce muDicipale. i":<ip.e) ,

CHAVAC.NAC, MARÉCHAL DE CAMP

trouver, poiu* me prier de sauver les murailles et d'empècher que Ton Ht pendre encore les quatre autres que demandait M. de Caudale, et qui étaient des mieux apparentés de toute la ville.

Je leur promis de les servir, et je m'y employai si utilement, après plusieurs jillées et venues, que je fis résoudre M. de Caudale à ne plus parler de rasement de murailles, ni de pendus, moyennant 100,000 francs qu'on lui donna et à moi 3,000 pistoles, en manière de gratification pour les services que j'avais pris la peine de leur rendre.

Page 1