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faire, mais les lieutenants-généraux l'en détournèrent à cause de moi. (]e que m'ayant appris M. de Caudale, je rassurai que, s'il voulait, j'attacherais, cette nuit même, le mineur à la muraille. Il m'en sut si bon gré qu'il pria le marquis d'Aguilar (1 1, lieutenant-général, de trouver bon que je commandasse la tranchée, la nuit. Le pauvre homme en fut si aise qu'il m'en vint embrasser ; il était Espagnol et gouverneur de la Catalogne quand il la fit révolter (2).
Je fis ce que j'avais promis à M. de Candale, qui voulut être présent à tous les ordres que je donnai pour cela, sans quitter de toute la nuit la tranchée. Le matin, il passa chez le prince de Conti pour lui rendre compte de ce qui s'était passé, ce qui le surprit beaucoup ; mais les lieutenants-généraux le furent bien davantage, car ils étaient encore à plus de cent pas de la contrescarpe (3). M. le prince de Conti dit à M. de Candale « de me charger de presser toujours l'attaque de son côté, car il n'importait pas par quelle tranchée on prît la ville, pourvu que nous la prissions. »
Ses honnêtetés et celles de M. de Candale m'engagèrent à y faire de mon mieux, si bien (|ue la place se rendit le neuvième jour (21 octobre 1654). La garnison, forte de 1,400 hommes de pied et de 400 chevaux, en sortit en bon état. Après quoi, M. le prince de Conti et M. de Candale laissèrent reposer l'armée pendant quinze jours.
(1) Jdseph ilo Hivro de Margueril.
(2) En 1640, IMiilippe IV et son ministiv, le <luc d'Olivarez, avaient nllenlV* aux privilèges de la Citalogne en y levant 6,000 soldats pour la guerre contre la Fnince. Barcelone se révolta, massacra son vice-roi et acclama l'envoyé de Louis XIII, Bernard du IMcssis-Bfsançon. l'n traité «lalliance av«'c les («italans avait livré aux Hottes Iranraises 1rs poris de la ('atalogne et du Houssillon.
(3) Le bord l'xlérieur du fossé de l'enceinte.
188 CHAVAGNAC, MVHKCIIAL DE CVMI*
On y jouait, cependant un jeu terrible ; je voulus m'y mettre, mal à propos, car, après trois séances, il ne me resta pas un sol. La Fiarjçe m'en voulut j)n*'ter pour me remettre en fortune, mais je n'en voulus pas, me contentant de ce qu'il m'avait promis de m'en fournir pour me ramener avec mon équipage.
La campagne Unie, nous partiuies de Puycerda pour Perpignan. Comme je connaissais le défilé de la tour de Villars (l), je fis partir deux île mes mulets avec le reste de mon équipage à minuit, alin de n'être pas obligé d'attendre. Le lendemain, le prince de Conti,qui était fort paresseux, ne marcha que sur les huit heures ; il fut suivi d'une si grande quantité de gens, que ses bagages, qui marchaient les premiers, ne purent entrer dans le défilé que sur les sept heures du soir. Les miensétaient arrivés avant que je partisse de Puycerda, si bien que je trouvai mes gens établis <'t mon lit tendu. Tous les autres généraux, qui avaient appétit aussi bien que moi, avaient très grand besoin de manger. Mais, comme je ne faisais pas de provisions, ne mangeant pas chez moi pendant cette campagne, je crus n'y rien trouver. Néanmoins, pressé par la faim, je denuindai à mes valets s'ils n'avaient rien et leur dis ([ue je mourais de faim. Mon maître d'iiôtel me répondit « qu'il avait trouvé deux volailles dans ma maison; qu'il y avait du bceuf, du mouton et du veau dans le pot, et (jue, même si j'amenais six personnes chez moi, il me donnerait bien à souper, car il avait une longe de veau mortifiée, un gros coq d'Inde, un gigot de mouton et huit perdrix rouges, qu'il avait achetées d'un paysan en entrant au quartier; mes caves étaient pleines et le pain frais. » Je leur ordonnai de tenir tout prêt pour quand je reviendrais.
Il b.i Tuur «Ir Cirol (canloii tir Saillaitoust»^ ; choiiiin (Je Mnnt- • iiiis ]>,-ir l.lili.i.
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Je fus me promener juscim. chez M. le Prince de Conti et M.deCandale, que je trouvai couchés sur de la paille, n'en pouvant plus de faim et df lassitude. C'était en vain que le Prince avait ordonné qu'on fit avancer ses mulets; ils ne pouvaient arriver encore de six heures; si bien que je crus lui faire un grand plaisir que de lui offrir mon lit et un morceau à manger. Il Taccepia volontiers et, sans vouloir permettre qu'on l'apportât chez lui il eut une telle impatience et une si grande nécessite de manger, qu il monta à cheval sur-le-champ pour se rendre à mon logis, où nous ne fûmes pas plutùt arrivés que M. de Caudale et tous les olliciers généraux s y rendirent pour la même raison. Mon cuisinier redoubla ses fricassées et la soupe, si bien que jamais dîner ne fut si a propos ni ne fit plaisir à plus de gens. M. le prince de Conti se mit, à la lin du repas, dans mon ht, où il reposa trois heures. Chacun en lit autant; au bout desquelles, Lavardin l), frère de Uoquelaure, dit que je leur ferais le cadeau tout entier, si je voulais leur faire apporter des cartes ; mon valet de chambre lui en présenta un douzain. Sur quoi, Lavardin sortit pour un moment, compta cent pistoles et, sachant que j'avais perdu tout mon argent, il me dit qu'il romprait avec moi si je ne les prenais. Je len remerciai, ne voulant pas jouer a cause du malheur qui me poursuivait depuis un mois ; mais il m'en pressa tant que je ne pus m'en défendre. Si bien que nous fîmes une grosse partie de lansquenet, dont étaient M. le prince de Conti, M. de Caudale, Lavardin, lechevalierd'Aubeterre,Marsilly 2i,La Barge,
(1) Henri de lU-aumanoir, mar.piis de Lavardin, l'ami de Mme de Srvigné, qui deviendra aml.assadrur à Home cl gouverneur de (îuyenne.
(2) Antoine Iieschamps, manjuis do Marsilly, ineslre de camp
de cavalerie.
Villars et moi. La main me tomba le premier, dont je perdis quatre-vingts pistoles, de cent que j'en avais. Avec les vingt autres, j'en regagnai cent avant que la main ne me revînt, qui me fut si heureuse que j'en fis trois de suite sans laisser aucune carte. Enfin, dans deux ou trois séances, je payai ce que j'avais emprunté. Je me remis en équipage mieux que jamais : quatre beaux chevaux d'Espagne, de plus de 500 écus (1); pour 2,000 francs de meubles, que j'achetai à Narbonne, et 3,000 pistoles d'argent comptant, avec lesquelles je m'en retournai en France.
Quelque temps après, je m'en allai à Paris, où je trouvai M. de Caudale, qui eut une alTaire avec un nommé Barlet (2), secrétaire du Roy. Il lui avait fait couper les cheveux par Laval, son écuyer, pour avoir tenu quelques discours insolents contre lui ; ce qui fit plus de bruit que la chose ne méritait, car le Cardinal l'avait pris sous sa protection.
J'en eus une, d'une dilFérente nature, où je faillis à perdre la vie sans être coupable. M. de ... ayant été amoureux pendant fort longtemps de Mlle de ...
(1) Le denier d*or à lY'cu, frapp»' rn I33C par Philippe de Valois, est roriuine de Vécu i|ui valait (> livres, ou 123 sous en 1654.
(2) " Isaar Barlel,s(MT(^laire du cabinet du Uni. dit. un jour, dans les Tuileries, comme on parlait de M. de Caudale et de sa bonne mine : « Je le voudrais voir sans canons et sans moustaches; je crois qu'il ne serait pas mieux qu'un autre. » M. de Caudale sut cela et .s'en tint offensé. Un jour, dans la rue Sainl- Thomas-du-Louvre, quatre ou cinq hommes à lui, sans masques et fort connaissables, lirent arrêter le caiTosse de llarlel dans lequel il <Uait, lui coupèrent les cheveux d'un côté, une moustache, et lui déchirèrent les canons de sa culotte, en lui di.sant que c'était pour lui apprendre à parler d'une personne de la qualité de M. de Caudale. » {Mémoires de Mademoiselle de Montpensier.)