LE DUC DE CANDALE
et l'ayant mise dans un état à avoir besoin de sagefemme, me conjura, par toute Tamitié qui était entre nous, de la conduire, la nuit, chez une femme qu'il m'indiqua. Je lui rendis ce service agréablement, et même je lui sus gré de sa confiance; mais, malheureusement, cette maudite créature, qui avait accoutumé do piquer les enfants avec une aiguille empoisonnée, piqua Mlle de ...Le poison en fut si violent qu'elle entra dans des convulsions dans le moment et mourut, comme une désespérée, dans les douleurs les plus horribles. Les voisins, à ses cris, étant entrés dans la chambre de la matrone et voyant mourir sa victime d'une manière si extraordinaire, envoyèrent chercher le commissaire du quartier (l), qui se saisit de la sage-femme et lit son procès-verbal, dans lequel il était déclaré que c'était moi qui lui avais remis la défunte. La mort de cette créature lit un terrible bruit dans Paris. M. de ... failHt en mourir de douleur; pour moi, j'en fus autant surpris que peut être un homme, à qui l'on n'avait confié autre chose sinon que de conduire cette demoiselle où l'on m'avait marqué.
Gepcnilant le Parlement en prit connaissance et la chose fut si loin que mes amis me conseillèrent de me cacher. Le président Le Coigneux, Cha m plâtreux, Bachaumont et quelques autres amis que j'avais dans le Parlement, ayant été informés de mon innocence, m'engagèrent à me justifier et, pour cela, ils m'obligèrent à aller à la Conciergerie (2), d'où l'on me tira pour m'amener en présence des juges pour être interrogé. Ce fut alors que, malgré les assurances que ces Messieui's m'avaient données qu'il ne m'en arriverait rien de fA-
(1) Paris était, depuis 1642, divisé en 17 qiiiirliiMs; chacun avait son conmiissaire au Chàtclet, d«?l»'£;u«' du li«îutenanl-criminel.
(2) Prison du palais de justice.
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cheux, je ne laissai pus que de sentir une sueur froide, qui s'empara de mon corps, et que j'eus une si grande frayeur voyant 1«'S mêmes juges, avec lesquels je faisais la débauche tous les jours, m'interroger d'uu visage si sévère, que je fis serment, innocent ou coupable, que je ne m'aventurerais plus dans une pareille conjoncture. Ce serment, je l'ai si bien tenu, que je n'ai pas voulu me mettre en état do faire entéj'iner la grâce, que le Roy me donna a mon retour d'Allemagne, (|uoiqu'il m'en dût revenir, par là, des biens assez considérables, dont la Maison de Cantomne a encore la jouissance. Enfin, je sortis de cette alfaire, mais non sans alarme.
M. de Caudale eut le commandement de Tarmée de Catalogne, sans que son crédit fiU assez grand pour me faire rentrer dans le service. Ce qui me fit retourner en Auvergne, où pendant le séjour que j'y fis, Saillant (1) eut querelle avec Espinchal (2). Je le servis et nous nous battîmes six contre six dans la plaine de Sorlanges.
Ceux qui étaient de notre côté étaient Anthac, Siougeat (3), Cottance, Le Trémous et moi; ceux du parti contraire étaient d'Espinchal, deux Combalebœuf, le iils de Sabar-Chandolas et Fauché, qui y fut tué avec Chandolas.
Pour moi, j'eus affaire au jeune Combalebteuf, contre lequel je me battis à coups de pistolet. A peine m'eut-il manqué, que mon barbauçon, que je moulais et qui était
(1) Jean d'EsUiing, iiiar(|uis de Saillant, cointe de Uavel, baron tie Ncchere; sa sœur Charlotte, morte tragitjueinent à Sarlal en 1653, ••t;iil la première femme de François de Cliaragnac.
(2) (Hiarles-^laspard d'Kspinchal, baron de Massiuc et des Ternes, marié, en à Hélène de Lévis-Chateaumorand : il était mestre de camp de ravalerie depuis 1651,
(3) De Lailer, comie de Uri^m (en Auvergne^.