LE DUC DE CANDALE
le meilleur cheval que j'aie jamais eu en ma vie, se mit dans une telle furie qu'il alla ii la charge sur le cheval de mon ennemi, le prit par le col et le terrassa. Gombalebd'uf en fut porté à terre ; si bien que, sans aucun danger, mon homme fut hors de combat, mais j'eus bien de la peine à l'arracher des dents de mon cheval, qui le faisait crier de toutes ses forces. Après que j'en fus venu à bout, j'allai séparer Saillant et Espinchal, que je lis embrasser dans le moment. Le dernier fut en grand danger, car Le Trémous, qui avait tué les deux autres, ne lui voulait faire aucun quartier, disant qu'on s'était battu k dépêche compagnon; mais nous l'en empêchâmes. Huit jours après, il fit appeler Saillant pour la seconde fois ; ce qui n'eut pas de suite.
M. de Caudale, allant en Catalogne, passa en Auvergne ; je fus assez fol de faire encore avec lui la campagne, où il ne se passa rien de considérable. J'y fus très malheureux en mon particulier : M. d Estrades (1), (|ui commandait l'armée sous M. de Caudale, m ayant gagné, dans un après-dîner, 2,000 pistoles, je lui donnai mon cher barbançon pour 1,000 écus.
L'hiver d'après, je ne retournai pas à Paris. M. de Caudale y eut une grosse alTaire, sur la mort du chevalier do Montrevel (2), que La Barthe, un de ses écuyers, avait tué (3).
(1; tjodi'froy, coinU' »rEstraJ«?s, maréchal de France en 1675.
(2) Fran(;ois do la Hauine de Munlrcvel, chevalier de Malle.
(3) « Un jour que M. de Omdale pass<iil derrl»;re riiùlel de Guise, proche une fontaine qui est vis-à-vis l'hAlel de Saint- Denis, le chevalier de Montrevel, accompagné seulement du chevalier de La Palisse, fit arrêter son carrcsse et lui dit (ju'il le voulait voir lï;pée à la main. M. de Candale n'avait avec lui que Uamhouillet, «|ui n'est point d'épée. il se jeta à bas du carrosse et sauta h sou épée, qu'un de ses pages tenait. Pondant cela, les petits pages et les laquais de M. de Candale l ourureiit à son logis, qui était proche, et crièrent qu'on l'assassinait. En môme
M. <le (îuise (1) prit parti pour Muiitrevel ; mais enlin, tout s'accommoda et M. de Candale retourna commander en Catalogne 1057).
Je ne lus plus assez sot pour y ristourner en volontaire ; mais, à son retour, j'allai jus(|u'à Vienne (2) au-devant de lui. La goutte m'y prit chez l'archevêque, où je fus obligé de séjourner quelque temps. M. de Candale, à son arrivée, vint, quoitjue malade, m'embrasser et me pria de rester avec lui quand Uni\ le monde irait souper. Il me raconta un petit malheur qu'il avait eu a Campredon ^3;, dont il était inconsolable, et le chagriti qu'il en avait lui causa une grosse fièvre. 11 ne laissa pas que de se faire porter à Lyon chez Saint-Maurice-Perrachon, où il logea. Mériller, son valet de chambre et confident de ses amours, qu'il avait envoyé à Paris, revint le trouver à Lyon. 11 eut une longue conférence avec lui, pendant laquelle je dis à ses gens qu'au cas qu'il se trouvAtplus mal, on vint me chercher (^hez La Forest-des-Halles (4), mon cousin germain, qui logeait dans le voisinage.
A deux heures après minuit, un de ses valets de
temps, sortin>nl du loi^is «les giMisdi- l.mlll•^ Tarons et un ^)•nillliomm».', nommé La Harllie, (|ui dunnu un « oup d'«"i)«^»- par derrière au chevalier df Munlrevel. Des g»*ns «le I holei dr liuisc sortirent aussitôt. Hou mal ne dura pas lon^lempH el il mourut en bref. » [Mcmoires de iltutemoisclle.)
(1) Henri (II) d<> Lorraine, due de (iuise, pelit-lils du HalarnS le glorieux défenseur de Melr, t'iait né en 1011, et archevêque à quinze ans. Relevé de ses vœux en IGU, il se maria deux fois, se rendit maitr»- de .\aples, en 1(»V7, à l'appel d»î Masiuiiello, et fut, pendant quatre ans, prisonnier des Espagnols. C(mdé avait obtenu, en 1G53, i]uVm lui rendit la liberti-.
(2) En Uauphiiié.
(3) Ville fortu de Catalogne, sur le Ter, à H kilomètres de la frontière de France.
(4) Hector Charpin, marié à Louise de Villars.