‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 52 sur 88 · JKU DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

JKU DE LA GUERRE

que M. de Turenne, sachant notre détachement, ne vint entreprendre quelque chose contre nous, lorsque le prince de Lorrainfe, qui marchait de nuit, fut averti par le comte de Tilly, major de mon régiment, qu'il entendait du bruit. Ce qui l'obligea à faire mettre les deux régiments de dragons pied à terre et à les faire enfoncer dans le bois.

Ils n'eurent pas fait cinq cents pas qu'ils rencontrèrent l'avant-garde de M. de Turenne, sur qui ils firent leur décharge. Tracy (1), major de brigade de l'armée de M. de Turenne, venant à l'alarme, vint droit au régiment de Trausmansdorf, le croyant de leurs troupes, et demanda à Athie, lieutenant-colonel de ce régiment, où était M. de Turenne, et d'où venait l'alarme. Celui-ci le saisit et, en même temps, lui dit qu'il n'y avait pas grande apparence qu'il le vit de la journée ; et, l'ayant fait prisonnier, il l'envoya à M. de Lorraine, à qui Tracy apprit que iM. de Turenne était là eu personne et que toute son armée marchait. Ce qui lui fut confirmé par d'autres prisonniers qu'on fit.

M. de Lorraine, n'en pouvant plus douter, prit le parti de se retirer. Caprara en lit autant dans les montagnes, ayant failli donner dans l'armée des ennemis.

Montecuccoli, ayant été averti de cela par Tracy qu'on lui envoya, résolut de gagner Sasbach. Il me chargea de faire l'arrière-garde avec 4,000 hommes de pied, 4,000 chevaux et mon régiment de dragons, me disant qu'il ferait sa marche de manière que son corps de bataille serait prêt à me soutenir. Je le remerciai de l'honneur qu'il me faisait et lui promis de garder le pont assez longtemps pour lui donner le temps de poster l'armée comme il le souhaiterait.

(1) Henri Konneau de Tracy, capilain»* aux (ianles frariraises. mourra mar«^rhal de cainp, en 1682.

DERNIÈRES CAMPAGNES

[1 commença a faire défiler l avant-garde et le bagage dès minuit. Je fus averti par un de mes partis que M. de Turenne, qui s'était remis pendant le jour dans non TÏeux camp (l), marchait, et que son arrière-garde était i\ p«^u près de la force de la nôtre. J'en donnai avis à M. de Montecuccoîî et, dès qu'il fut à une demi-lieue de moi, je lis marcher mon arrière-garde, qui se posta aussi tranquillement que je le pouvais désirer.

Après cette disposition, je fus rendre compte à Montecurcoli, que je trouvai à table. Il me dit que le posie était meilleur que celui de Sasbach et il me pria de refaire le camp, qu'il ne trouvait pas à son gré.

Comme je faisais planter les piquets au quartiermaitre général, nous entendîmes deux coups de canon et vîmes, en même temps, un officier qui venait avertir que Tarmée ennemie marchait à nous.

Montecuccoli partit, au môme moment, avec deux régiments de cavalerie et mon régiment de dragons, qu'il trouva à cheval ; il emmena tous les officiers généraux, à la réserve du prince Pio pour conduire l'infanterie, et moi, la cavalerie. Je crois que si M. de Turenne TeiH su, nous aurions mal passé notre temps, étant à deux grosses heures de Sasbach et quasi tous défilés.

Dès que Montecuccoli y fut arrivé, il posta mon régiment sur le ruisseau vis-à-vis de l'église et mit sa cavalerie en bataille dans la plaine.

Il nous venait, de moment en moment, des ordres de presser notre marche et, à la fin, il m'en vint un de laisser à un autre la conduite de mes troupes et de venir joindre incessamment.

Je pris avec moi le régiment d'HeusIer, lequel, quoique je galopasse toujours, ne me quitta pas.

(1) De VNagshurst.

iSU DE LA r.URRHF

Quand j'abordai Monlecucroli, il me dit de mettre le» troupes en bataille et que nous combattrions très aAau* r<^ment. La chose ne fut pas diflicile, ayant une plainr spacieuse.

Je me piOBKnai le long du ruisseau^ que je ne trouvai pas fort aisé à gueyer (1) ; ce qui m'obligea de dire à Montecuccoli que je ne croyais pas qu'il y eût bataille, attendu qu'il n'y avait pas d'apparence qu'il passAt le ruisseau devant M. de Turenne, ni que M. de Turenne le passAt devant lui. L'un et l'autre avaient posté leur infanterie tout le long du ruisseau, et Turenne avait un gros de cavalerie, qui montait tantAt à la montagne et tantôt descendait à la plaine.

Montecuccoli m'ordonna de prendre 8,000 chevaux des deux ailes et d'observer ce gros de cavalerie, en faisant le môme mouvement.

Après mon départ, il monta sur une petite hauteur, où il fit mettre six pièces de canon, et, comme il était extraordinairement fatigué, il s'alla jeter sur une paillasse d'un sergent de mon régiment (personne n'ayant ses bagages) tandis que le prince Hermann de Bade faisait tirer ses six pièces ; un malheureux boulet emporta M. de Turenne (2).

(1) Passer h pif'.

(2) « Il avait le plaisir de voir dr< ainp»'r l'arnu^e des ennemis devant lui ; et, le 27, qui ♦'tail samedi, il alla sur une petite hauteur pour observer leur marche : son dessein f-iaii de donner sur rarri^»re-Rardc, et il mandait au Roy à midi quo, dans cette penst''o. il avait envoy/' dire h Brissac qu'on fil les prières de quarante heures. Il mande la mort du jeune d'Hocquincourt, et qu'il enverra un rnurrier pour apprendre au Roy la suite de cette entreprise : il cachette sa Irtire et l'envoie à deux heures. Il va sur cette petite colline avec huit ou dix personnes; on tire de loin, à l'aventure, un malheureux coup de canon, qui le coupe par le milieu du corps, et vous pouvez penser les cris et les pleurs de cette arm<*e ! Le courrier part à l'instant; il arriva lundi,

DERNIÈRES CAMPAGNES

La nouvelle en fut donnée par un chirurgien de M. de Boufflers (1), qui venait se rendre. Monlecuocoli me l'envoya pour Tinterroger. Il m'en dit tous les tenants et aboutissants: mais pour m'en assurer davantage, je lui dis « qu'il n'était qu'un menteur et que M. de Turenne, depuis une heure et demie qu'il disait qu'il avait été tué, m'avait renvoyé deux de mes dragons. »

Ce discours le surprit si fort, qu'il m'en parut embarrassé ; ce qui me lit douter de la vérité. J'en dis mon sentiment à Montecuccoli, qui m'ordonna d'aller à mon aile droite, de bien faire observer les ennemis et de lui donner avis de tout ce qui se passerait.

Je me retirai, à la nuit, à mon aile, où mes gens m'avaient mené heureusement ma calèche de cuisine ; j'en envoyai la moitié à M. de Lorraine, et le surplus servit à tous les officiers, qui en avaient grand'besoin.

Toute la nuit, je me promenai avec le comte Taiï tout le long du ruisseau. J'entendais un gjand bruit au quartier général des F'rançais; ce qui m'obligea de dire à Taff, ou que M. de Turcnne était mort, ou qu'il donnait des ordres pour nous attaquer.

comme j<* vous ai dil: de sorlr qu'à un«> lnMin' l'une de l'autre. IpHov put une lettre de M. de Turenne et la nouvelle de sa mort. Il est arrivr depuis un gentilhMmrne de M. de Tnrenne, qui dit que les nrmtVs sont assex près l'un»' de l'autre; M. de Lorces commandf à la place de son oncle, et «jue rien ne peut ^tre comparable à la violente affliction de toute cette arm»*e. » (Lettre de madame de SétHgné au comte de Grignan^ 31 juillet 167.%.)

(1) Louis-François, briffailifr gén(^ral des dragons en i6TS; niar<^chal de France en IttîKi.

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